Monument aux morts du Père-Lachaise

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Monument aux morts
Photographie du monument aux morts du Père-Lachaise après la restauration intervenue en 2009.
Photographie du monument aux morts du Père-Lachaise après la restauration intervenue en 2009.
Présentation
Type sculpture monumentale dans un espace public
Sculpteur Albert Bartholomé
Date de construction 1887 - 1899
Dimensions 8 m (h) x 14,10 m (l)
Destination initiale Monument aux morts
Propriétaire Ville de Paris
Protection Logo monument historique Classé MH (1983)
Géographie
Pays France
Région Île-de-France
Commune Paris
Arrondissement 20e arrondissement
Localisation
Coordonnées 48° 51′ 39.89″ N 2° 23′ 32.99″ E / 48.8610806, 2.392497248° 51′ 39.89″ Nord 2° 23′ 32.99″ Est / 48.8610806, 2.3924972  

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Monument aux morts

Le Monument aux morts du cimetière du Père-Lachaise est l'œuvre du peintre et sculpteur Albert Bartholomé inauguré le 1er novembre 1899, après douze ans de travaux.

Ce monument est dédié à tous les morts sans distinction, trois autres monuments aux morts militaires avaient déjà été érigés, en mémoire des soldats morts durant le Siège de Paris (1870) (division 64), en mémoire des Gardes Nationaux de la Seine tués au combat de Buzenval le 19 janvier 1871 (division 72) et à la mémoire des défenseurs de Belfort (division 54).

Localisation[modifier | modifier le code]

Vue du monument depuis l'avenue principale.

Le monument aux morts est implanté à l'intérieur du cimetière du Père-Lachaise. Il s'insère dans la perspective formée par la porte d'entrée principale et la chapelle. Le monument est adossé à la colline[1] ; un ossuaire a été construit par la suite (dans les années 1950) sur la colline qui sépare le monument aux morts de la chapelle[2].

L'installation au Père-Lachaise fut un temps remise en question. Suite aux pressions de la corporation des marbriers[3],[4],[5], le Conseil municipal envisagea de placer l'œuvre sur la voie publique, derrière l'ancien palais du Trocadéro. La proposition fut finalement rejetée pour revenir au projet initial d'installer le monument aux morts dans le cimetière[6],[7].

Historique[modifier | modifier le code]

Photographie du monuments aux morts vers 1898-1901 par Eugène Atget.

Le peintre français Albert Bartholomé (1848-1928) se met à la sculpture à la mort de sa femme Prospérie de Fleury (1849-1887) en commençant la réalisation du monument aux morts[8]. Il présente son projet au salon de la Société nationale des beaux-arts au Champ-de-Mars du 25 avril au 30 juin 1895[9]. Par décision du conseil municipal de Paris le 13 juillet 1895 et arrêté du 1er août 1895, le monument est acquis conjointement par l'État et la ville de Paris, à l'initiative de M. Poincaré, alors ministre des Beaux-arts[10]. La propriété revient à la ville. 150 000 francs sont versés au sculpteur pour l'érection du monument en pierre au Père-Lachaise. L'État verse 100 000 francs et la Ville de Paris règle 50 000 francs[11], l'achat de la matière première et les frais d'installations au Père-Lachaise[12].

Le modèle en plâtre du Salon de 1895 est déposé au musée des beaux-arts de Marseille par un arrêté du 24 juin 1899[12],[13] avant de se retrouver au musée des beaux-arts de Lyon[8].

Après douze années de travaux, le monument est inauguré le 1er novembre 1899 sans cérémonie officielle[14] mais en présence d'une centaine de personnes invitées par Bartholomé dont le préfet de la Seine Justin Germain Casimir de Selves, le président du conseil municipal de Paris Pierre Baudin, le directeur des Beaux-Arts Henry Roujon et l'architecte Jean Camille Formigé[10],[15].

Des fragments du monument sont exposés au Salon du Champ-de-Mars en 1897[12] et lors de l'exposition de Liège en 1905[16].

Le monument aux morts fait partie de la seconde série de protection aux monuments historiques dont bénéficiera le Père-Lachaise. La première série, datant de mars 1983, a permis l'inscription de l'ensemble des monuments funéraires construits avant 1900 dans la partie romantique du cimetière. L'œuvre de Bartholomé est classée aux monuments historiques par un arrêté du 14 novembre 1983[17].

Description[modifier | modifier le code]

Le monument Aux morts est un monument simple et massif en pierre d'Euville[18] mesurant 8 mètres de haut et 14,10 mètres de large. Au modèle exposé en 1895, Bartholomé rajoute deux ailes pour adapter le monument à l'emplacement où il est installé.

Dans le Journal des débats politiques et littéraires, l'historien de l'art André Michel décrit le modèle en plâtre présenté au Salon de 1895 :

Partie supérieure du monument.
Partie inférieure du monument.

« À gauche, et suivant une ligne ascendante, une femme est assise, les cheveux dénoués, le front dans ses mains crispées, portant sur son épaule nue son nourrisson inanimé ; derrière elle, une jeune fille s'appuie, défaillante, à la muraille, et un jeune homme, accroupie frissonne d'angoisse ; une femme agenouillée, de ses deux bras violemment croisés, se fait un bandeau pour ne pas voir la porte sombre près d'elle, la main tendrement appuyée sur son épaule, son compagnon lui donne un suprême baiser ; — appuyés l'un sur l'autre, dans un dernier groupe, le visage caché par leurs bras noués ou leurs mains suppliantes, deux autres malheureux attendent l'inexorable mort.

— Et de l'autre, côté, suivant une ligne descendante, une théorie pareille fait pendant à celle-ci. C'est un homme chancelant qui, de ses deux mains, s'accroche au bord de la porte dont il va franchir le seuil ; une femme, agenouillée, — ce n'est pas assez dire, repliée sur elle-même et prosternée, la face contre terre, une vierge, les mains jointes dans une muette et ardente contemplation, un enfant dont les maigres épaules sont comme secouées d'horreur, — et un peu plus loin, une femme aux longs cheveux défaits, succombant sous le fardeau de sa détresse, soutenue par l'étreinte fraternelle d'un ami ; — une jeune fille, au moment de s'engager sur la voie douloureuse, se détourne soudain et, un genou en terre, son beau torse redressé, elle envoie, de ses doigts, unis sur ses lèvres encore souriantes, un baiser fervent au cher passé qu'elle quitte, un suprême adieu à la vie. Chacune de ces figures porte avec elle son suaire et la draperie, toujours simple et large, accompagne et prolonge de ses ondulations et de ses plis tombants la douceur, la résignation, la tristesse et la beauté des gestes qui traduisent aux yeux les sentiments de la pauvre âme humaine devant le mystère tragique de la mort.

Mais un couple est entré dans le caveau, et, rasant des deux côtés la paroi de l'étroit couloir, s'enfonce dans l'ombre qui déjà l'enveloppe ; — l'homme a passé le premier et sa compagne, dans un geste charmant d'abandon, de doux appel, de tendresse caressante, s'appuie sur son épaule et semble plus confiante, presque joyeuse, à présent qu'elle est unie dans l'au delà avec celui qu'elle aime, — plus rassurée, en tout cas, que la foule de ceux qui, au dehors, attendent dans l'ignorance et dans l'angoisse.

Au-dessous, au centre du soubassement massif qui supporte cette scène, une large baie est creusée ; sous l'arc, surbaissé d'un caveau, un homme et une femme sont étendus côte à côte, leurs quatre mains unies et leurs visages rapprochés — ; un enfant est comme jeté en travers de leurs corps, — agenouillée au-dessus d'eux, une figure radieuse ouvre, comme pour un grand essor, ses deux bras étendus ; sur ceux qui étaient descendus au pays de l'ombre, une lumière resplendit[19]. »

— André Michel, Journal des débats politiques et littéraires, 3 mai 1895

Le monument comporte trois séries d'inscriptions. Sur la partie supérieure figure l'inscription « AUX MORTS ». Les deux autres inscriptions se trouvent dans la partie inférieure.

« Sur ceux qui habitaient
le pays
de l'ombre de la mort,
une lumière resplendit. »

et

« a 21 O
A. Bartholomé. sc. »

où 21 correspond au nombre de figures sculptées sur le monument[12].

Réception de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Les Pleureuses au Musée des beaux-arts de Brest.

Dès son inauguration, le monument a été salué par la presse[20] : « cette œuvre magnifique, qui restera comme un des plus purs joyaux de notre sculpture moderne » pour Le Petit Parisien[21], « œuvre magnifique [...] une des plus belles conceptions de la sculpture moderne » pour Le Matin[22], « une des œuvres d'art les plus saisissantes et les plus grandioses qu'ait produite l'école française depuis nombre d'années » pour Le Figaro[6], « la statuaire française vient de s'enrichir d'un remarquable monument, qui est un monument et non pas un bibelot de place publique » pour le Journal des débats politiques et littéraires[23].

La Croix reproche au monument son caractère laïc (« cet entassement de choses païennes est d'un triste effet à la porte d'un cimetière où tant de baptisés attendent la résurrection »[24]) et qualifie le monument de « poésie désespérante crie le néant et n'a aucun reflet de l'âme immortelle »[25].

Le lendemain de son inauguration, les Parisiens qui se rendaient habituellement en masse au cimetière du Père-Lachaise pour la Toussaint étaient 60 000 à découvrir le monument[26].

Pour l'historien des cimetières auprès de la Ville de Paris Christian Charlet, le monument est au début du XXIe siècle le lieu de commémoration le plus important de la capitale, avant l'Arc de Triomphe[27].

La notoriété de l'œuvre a entrainé une commercialisation de copies ou fragments. Ainsi on retrouve de nombreux exemplaires en plâtre, bronze et pierre, de nombreuses études et de fragments du monument[8]. On en retrouve dans plusieurs musées : musée des beaux-arts de Brest, Musée d'Art moderne André Malraux au Havre, musée des beaux-arts de Lyon[28], musée d'Orsay[8], Institut d'art de Chicago[29], Staatliche Kunstsammlungen Dresden[30],[31].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Presse,‎ 1er novembre 1899 (lire en ligne)
  2. José de Valverde, Le cimetière du Père-Lachaise : Promenades au fil du temps, Ouest-France,‎ 2007 (ISBN 978-2-7373-3927-1), p. 19
  3. Le Petit Parisien,‎ 24 avril 1896 (lire en ligne)
  4. Journal des débats politiques et littéraires,‎ 17 novembre 1896 (lire en ligne), p. 3
  5. Chronique des arts et de la curiosité,‎ 9 janvier 1897 (lire en ligne)
  6. a et b Arsène Alexandre, « Un Monument », Le Figaro,‎ 31 octobre 1899 (lire en ligne)
  7. Chronique des arts et de la curiosité,‎ 25 avril 1896 (lire en ligne)
  8. a, b, c et d Notice no RF 3881, ministère français de la Culture.
  9. Notice no ARC00237, base Archim, ministère français de la Culture.
  10. a et b Jules Moiroux, Le cimetière du Père-Lachaise,‎ 1909 (lire en ligne), p. 51
  11. Journal des débats politiques et littéraires,‎ 14 juillet 1895 (lire en ligne), p. 2
  12. a, b, c et d Henry Jouin, « Monuments ou statues érigés par l'État, par la ville ou à l'aide de souscriptions et sépultures historiques entretenues par la ville dans les cimetières de Paris », Inventaire général des richesses d'art de la France. Paris, monuments civils, vol. 3,‎ 1902, p. 193-194 (lire en ligne)
  13. Chronique des arts et de la curiosité,‎ 2 août 1899 (lire en ligne), p. 258
  14. La Croix,‎ 4 novembre 1899 (lire en ligne)
  15. Thiébault Sisson, « Le statuaire Bartholomé et son monument “Aux Morts” », Le Temps,‎ 2 novembre 1899, p. 2 (lire en ligne)
  16. Journal des débats politiques et littéraires,‎ 19 juillet 1905 (lire en ligne), p. 2
  17. « Notice no PA00086780 », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  18. Le Petit Journal,‎ 2 novembre 1899 (lire en ligne)
  19. Journal des débats politiques et littéraires,‎ 3 mai 1895 (lire en ligne), p. 2
  20. Dans le dossier « Le Père Lachaise : un cimetière bien vivant » du no 669 de novembre 2010, l'Ami du 20ème indique que le monument « resta voilé, car ces corps nus choquaient les visiteurs ». Ni la presse de l'époque, ni les ouvrages parus ultérieurement n'évoquent cela.
  21. Le Petit Parisien,‎ 25 octobre 1899 (lire en ligne)
  22. « Echos de Partout », Le Matin,‎ 1er novembre 1899, p. 3 (lire en ligne)
  23. « En flânant », Journal des débats politiques et littéraires,‎ 20 octobre 1899, p. 1 (lire en ligne)
  24. La Croix,‎ 8 août 1896 (lire en ligne)
  25. La Croix,‎ 30 novembre 1911 (lire en ligne)
  26. L'Univers,‎ 2 novembre 1899 (lire en ligne)
  27. Christian Charlet, Le Père-Lachaise : Au cœur du Paris des vivants et des morts, Découverte Gallimard,‎ 2003 (ISBN 2-07-030155-9), p. 53
  28. Notice, musée des beaux-arts de Lyon.
  29. Notice, institut d'art de Chicago.
  30. Chronique des arts et de la curiosité,‎ 12 janvier 1901 (lire en ligne), p. 10
  31. Notice no ZV 2205 b, collections nationales de Dresde.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Demaison, « M. Bartholomé et le monument aux morts », La Revue de l'art ancien et moderne, vol. 6,‎ octobre 1899, p. 265-280 (lire en ligne)
  • Thérèse Burollet et Virginie Delcourt, Albert Bartholomé : Le sculpteur et la mort, Somogy, coll. « Les cahiers du MuMA »,‎ 2011 (ISBN 978-2757204931)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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