Autoneige

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Une autoneige est un véhicule qui a une cabine pouvant transporter plusieurs personnes dans des régions recouvertes de neige ou de glace sans nécessiter de route. Elles servent par exemple au transport d'équipes de travail sur des chantiers isolés, au travail sur les pentes de skis (dameuse) ou au transport de matériel. Elles sont en général mues par des chenilles mais parfois par des pneus. Elles ne doivent pas être confondues avec les motoneiges.

Origine[modifier | modifier le code]

Les premiers véhicules motorisés conçus pour le déplacement sur la neige datent du début du XXe siècle. En Europe en 1910, à la demande du tsar de Russie, Adolphe Kégresse met au point des autochenilles originales (à partir de véhicules Packard, Mercedes-Benz et Delaunay-Belleville) capables de se déplacer facilement, particulièrement dans la neige. Il expérimente divers matériaux légers et souples comme des cordes, des courroies de cuir tressé et du caoutchouc armé. Il avait ainsi inventé le principe du « halftrack ».

À la même époque, Igor Sikorsky crée en 1909 ou 1910 un type d'autoneige propulsé par une hélice d'avion et fonctionnant sur des skis, l'Aerosan. Il fut utilisé pour les communications (liaison), pour des distributions de courrier (transport), pour patrouiller sur la frontière au nord de la Russie (reconnaissance), l'évacuation sanitaire en condition extrême et pour les loisirs. Les aerosans ont été employés par l'Armée rouge soviétique pendant la Guerre d'Hiver et la Seconde Guerre mondiale.

Aux États-Unis, un système autochenille est breveté par Ray H. Muscott, de Waters au Michigan, le (brevet #1,188,981). D'autres constructeurs se lancèrent sur cette voie vers la même époque en modifiant des automobiles, surtout des Ford Modèle T, où le train roulant était remplacé par des skis et des chenilles. Bien qu'il ne fut pas le seul à y travailler, Joseph-A. Landry[1] fait breveter l'invention en 1923, au Canada et aux États-Unis. Il avait transformé une automobile et fait le voyage de 40 km entre Mont-Joli et Rimouski avec son procédé. De 1924 à 1948, une centaine de véhicules de la même série sont produits, surtout pour l'industrie forestière.

En 1934, l'explorateur américain Richard Byrd utilise trois Citroën-Kégresse prêtées par André Citroën pour son expédition en Antarctique[2]. Elles résisteront tant bien que mal à des froids de -70 °C. Il s'agit là encore de l'adaptation d'un véhicule pour le transport sur la neige mais pas spécifiquement conçu pour celui-ci.

Évolution[modifier | modifier le code]

Voici quelques-unes des compagnies qui ont suivi et les innovations qu'elles ont introduites aux autoneiges.

Bombardier[modifier | modifier le code]

Autoneige B-12 de Bombardier
Intérieur d'une B-12

Joseph-Armand Bombardier[3], de Valcourt au Québec, a eu l'ambition de faire de l'hiver une saison où il est aussi facile de se déplacer que pendant les trois autres saisons. Durant l'hiver 1936-1937[4],[3], il vend ses premières autoneiges B7 (B pour Bombardier et 7 pour sept passagers). Le B7 utilise son brevet du barbotin-chenille (29 juin 1937, brevet canadien no 367104[5]), un engrenage recouvert de caoutchouc, et des chenilles sur les roues arrières. C'est ce système de traction partiellement en caoutchouc qui rend instantanément tous les véhicules de Bombardier hautement plus efficaces sur neige que tous les autres véhicules à chenilles de métal pouvant être inventés à l'époque. Le B7 est un succès, mais ce n'est pas assez pour l'inventeur.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il produit de gros fourgons semi-chenillés à bandes de caoutchouc renforcées de lames d'acier pour les troupes[6] fondés sur son B-12 (1942). Ils servent ensuite comme d'ambulance, d'autobus scolaires et de transport local en hiver en zone rurale au côté de la série des B (B-12 et B-18)[7]. L'avènement du déneigement des routes coupe drastiquement ce créneau de vente. Les Industries Bombardier se tournent alors vers le travail en forêt et produisent de grosses chenillettes de transport.

Muskeg

De tous ces véhicules, le tracteur Muskeg[8], marécage en amérindien, est la plus grande réussite de ces années-là. Ce tracteur se démarque par sa faible pression au sol qui lui donne accès aux terrains marécageux. Il sortit des usines de Valcourt en 1953 et remporte un grand succès commercial, répondant à de multiples besoins de travaux et de transport en terrains difficiles. On l’utilisera autant dans les Alpes pour le transport de skieurs, que dans le Sahara pour le dégagement des routes. En versions modifiées, le tracteur Muskeg se vend encore aujourd’hui dans tous les coins du monde.

Plus tard, on produit également de gros véhicules qui servent à damer les pistes de ski et des petits comme le tracteur SW chasse-neige de trottoir[8], en plus d'inventer la motoneige moderne. La division des véhicules industriels de Bombardier, qui fabrique les autoneiges, a été achetée en août 2004 par la compagnie Camoplast[9] de Sherbrooke au Québec.

Sno-Cat de Tucker[modifier | modifier le code]

Un Tucker de 1949 avec 2 skis + 2 chenilles
Modèle restauré de Tucker 342 de 1967 avec chenille en acier

La compagnie Tucker fabrique depuis les années 1940 des autoneiges et leurs remorques pour toutes conditions de neige[10]. Ils ont été utilisés, entre autres, lors d’expéditions dans l’Arctique et l’Antarctique, comme dameuse et pour le transport. La caractéristique principale de ces machines est l’utilisation de quatre chenilles indépendantes pour mouvoir un véhicule de la grosseur d’un camion. Elle est considérée comme le modèle classique des autoneiges faites aux États-Unis.

Il y avait des variantes allant de la berline, au camion fermé ou ouvert. Les modèles ont été identifiés par leur série, leur nombre de chenilles et leur nombre de portes. Ainsi le Modèle 342 fait partie de la série « 300 » à « 4 chenilles » et « 2 portes ». Les modèles les plus anciens ont des chenilles en acier tournant autour d’un cadre en acier munis de roues dentées (barbotins) à chaque extrémité. Les cadres seront fait plus tard en fibre de verre pour éviter la rouille. Finalement les chenilles furent faites de caoutchouc clouté d'acier tournant sur un ensemble de roulettes-guides et roues dentées. Plus récemment, dans le système Terra Track, les chenilles sont faites entièrement de caoutchouc, même les clous[10].

Système Terra Track
Un Tucker Kitten à porte courbe

L’explorateur britannique Sir Vivian Fuchs utilisa quatre Tucker Sno-Cats pour la première traversée du continent antarctique. Les Tucker ont ainsi acquis une très forte réputation de fiabilité et de robustesse dans les conditions extrêmes ce qui en fait le choix encore aujourd’hui pour ce type d’exploration[10].

Bien qu’en général les autoneiges Tucker utilisent quatre chenilles, certains modèles expérimentaux du début de la compagnie étaient montés sur deux chenilles à l’arrière pour la propulsion et deux skis pour la direction à l’avant. Il y a même eu trois modèles de production montés sur deux chenilles, dont la direction se faisait, comme pour un char de combat, en ayant une vitesse différente de roulement de ces dernières. Il s’agissait de petites autoneiges avec moteur à l’avant, ou au centre, appelées Kitten (chaton).

Thiokol[modifier | modifier le code]

Autoneige Modèle 601 de Thiokol pour la US Air Force
LMC 1500

La compagnie Thiokol est un fournisseur de matériel militaire et aérospatial. Elle est particulièrement connue pour son rôle dans les programmes de la NASA, en particulier dans le désastre de la navette spatiale Challenger. Durant les années 1950, elle mit sur pied une division de production d'autoneiges pour les forces armées américaines. Elle se diversifia ensuite dans la production de dameuses pour les centres de skis mais en 1978 vendit cette division à John DeLorean qui la renomma DeLorean Motor Company (DMC). Elle devint Logan Machine Company (LMC) en 1988 et cessa ses opérations en 2000.

Toutes les machines produites par Thiokol utilisent deux chenilles servant à la propulsion et à la direction. Elles étaient particulièrement bonnes dans les pentes raides au transport de matériel, de personnel et autres fonctions.

Snow Trac[modifier | modifier le code]

Snow Trac avec moteur de Volkswagen de 54 chevaux-vapeur à 4 vitesses manuelles
Version militaire pour les Royal Marines avec canon WOMBAT

En 1954, l'ingénieur chef de AB Westerasmaskiner, une compagnie suédoise d'équipement de ferme, développe un véhicule à chenilles pour aller avec son frère à la pêche blanche en hiver. La compagnie reprend son idée et met en production sa première autoneige Snow Trac en 1957. Il s'agit d'un petit véhicule à deux chenilles de la grosseur d'une auto compacte. Une des nouveautés est l'utilisation d'un volant au lieu de leviers pour le diriger. Ce volant est relié à un variateur de courant qui répartit la vitesse de déroulement des chenilles selon la position du volant. Le conducteur est le seul à faire face vers l'avant, les six passagers son assis de chaque côté et l'entrée est à l'arrière.

Le Snow Trac fut produit en Suède mais a été exporté à travers le monde dont en Alaska et dans le nord du Canada pour le transport des équipes de réparations et d'entretien des télécommunications et des routes. En particulier, ils ont servi le long de la route Al-can (Canada-Alaska) pour l'entretien du réseau à micro-onde.

La polyvalence de cette autoneige permit de la retrouver comme transport avec cabine pour deux et aire de chargement ouverte, décapotable, comme base mobile de canon et même comme véhicule tout-terrain. Il fut un véhicule très utilisé par l'OTAN durant la Guerre froide. Une version plus longue et large, appelée Trac Master, permit le déplacement en neige profonde et servit comme dameuse. On l'a retrouvé aux Jeux olympiques de Sapporo pour le travail des pistes de skis et le transport. On a utilisé avec succès des Snow Trac en Antarctique également. La production cessa en 1981.

Kristi[modifier | modifier le code]

Dessin du concept des chenilles ajustables du Kristi
Version KT3 toujours utilisée pour atteindre les tours de relais micro-onde en montagne

La compagnie Kristi de l'État du Colorado (États-Unis), produisit des autoneiges très spéciales de la fin des années 1950 au début des années 1970[11]. C'était de petits véhicules pour le transport de quelques personnes dont la caractéristique principale était l'ajustement en hauteur des chenilles. Grâce au mécanisme vu dans l'image de droite, les chenilles pouvaient suivre la pente de telle sorte que la cabine demeurait horizontale en traversant des dénivelés. Le devant et l'arrière des chenilles pouvaient également être relevés ou abaissés ce qui permettait encore une fois de garder la cabine horizontale lors de montée ou descente[11].

Bien que techniquement intéressants, les autoneiges Kristi ne devinrent jamais populaires et la compagnie ne vendit au cours de ses douze ans de vie autant que chacune des autres compagnies concurrentes en une seule année.

Autocar Terra Bus[modifier | modifier le code]

Le Terra Bus original, sans suspension et donc très inconfortable
Version moderne dont quatorze ont été produits (2005) et deux servent en Antarctique

La compagnie canadienne Foremost Industries LP est l'une des rares à produire des autocars pour le transport de masse de personnes. Le Terra Bus original était un autocar monté sur quatre chenilles pour la visite touristique du Glacier Athabasca dans le Parc national Jasper. Les nouveaux modèles utilisent six énormes pneus très larges et gonflés à faible pression. Ils peuvent confortablement transporter 56 passagers, sur et hors-route, dans toutes les conditions de neige.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Qui a inventé la motoneige », Les archives de Radio-Canada, Société Radio-Canada
  2. (fr) Georges Gadioux, « Richard BYRD, en 1934, utilise du matériel français en Antarctique », Transpolair,‎ 2007 (consulté le 12 mars 2008)
  3. a et b (fr) « La motoneige de Bombardier », Les archives de Radio-Canada, Société Radio-Canada
  4. (fr) « De 1926 à 1938 : Premiers succès », Musée J-Armand Bombardier (consulté le 20 avril 2007)
  5. (fr) « Liste de brevets de J. Armand Bombardier », Musée J-Armand Bombardier (consulté le 20 avril 2007)
  6. (fr) « De 1939 à 1945 : Les années de guerre », Musée J-Armand Bombardier (consulté le 20 avril 2007)
  7. (fr) « De 1946 à 1948 : Essor d'après guerre », Musée J-Armand Bombardier (consulté le 20 avril 2007)
  8. a et b (fr) « De 1949 à 1958 : Les véhicules industriels », Musée J-Armand Bombardier (consulté le 20 avril 2007)
  9. (fr) « Marchés et Produits », Camoplast (consulté le 3 mai 2007)
  10. a, b et c (en) Bill Siuru, « Tucker Sno-cat », This Old Truck (consulté le 2 mai 2007)
  11. a et b (en) « The Official Kristi Snowcat Webpage », The Kristi Corporation (consulté le 2 mai 2007)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]