Autologisme

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L'autologisme est la propriété d'une phrase, d’un syntagme ou d’un mot qui se décrit lui-même : à l'inverse, s'il ne correspond pas à sa propre définition, il est dit hétérologique. Ces notions ont été inventées par le professeur Kurt Grelling, qui les fit découvrir à ses élèves lors d'un cours sur les différentes sortes d'adjectifs. Lorsque le professeur eut fini son exposé, les élèves, intrigués, commencèrent à se demander si le mot « hétérologique » était lui-même autologique ou hétérologique[1].

Paradoxe de Grelling-Nelson[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Paradoxe de Grelling-Nelson.

Le paradoxe de Grelling-Nelson est un paradoxe sémantique formulé en 1908 par Kurt Grelling et Leonard Nelson, et parfois attribué par erreur au philosophe et mathématicien allemand Hermann Weyl. Il est alors appelé paradoxe de Weyl, mais aussi paradoxe de Grelling.

Est nommé hétérologique un mot qui ne se décrit pas lui-même. Par exemple : « long » est un mot hétérologique en ceci qu'il n'est pas « long ».

Ainsi selon cette définition, le mot « hétérologique » est hétérologique si et seulement s’il ne l'est pas.

Ce paradoxe est semblable à celui du menteur. Il repose toutefois sur un usage plus explicite de l'argument diagonal.

Toute classification binaire par un discriminateur donné crée automatiquement quatre classes dont quelques-unes peuvent être vides :

  • le discriminateur répond positivement ("court" est autologique)
  • le discriminateur répond négativement ("long" n'est pas autologique)
  • le discriminateur ne peut répondre parce qu'on est en dehors de son domaine de définition (un substantif ou un verbe ne sera ni autologique, ni hétérologique, sauf cas particulier comme le mot "existe", qui existe)
  • le discriminateur ne peut répondre pour certains opérandes, pour des raisons cette fois-ci sémantiques et non syntaxiques. Ceux-ci sont donc à exclure de son domaine de définition (comme le 0 en dénominateur pour l'opération de division).

Caractère extrinsèque et intrinsèque[modifier | modifier le code]

D'un point de vue strictement sémantique, l'autologisme, en tant qu'il résulte de la propriété d'un mot se décrivant lui-même, doit être compris comme un caractère intrinsèque au mot. Autrement dit, est autologique tout mot qui se définit lui-même. Ainsi, les mots français, tétrasyllabe, court, masculin ou encore monosémique sont autologiques. A contrario, est hétérologique tout mot dont la définition ne peut s'appliquer à ce dernier. Fort de cette analyse, la question est de savoir si un mot peut appartenir aux deux catégories, c'est-à-dire être autologique et hétérologique. Cela suppose une extension de la notion d'autologisme. Ainsi, un mot qui n'est pas intrinsèquement autologique pourra cependant l'être en raison de circonstances particulières.

Le mot intrus peut être considéré comme extrinsèquement autologique. En effet, ce mot n'est pas intrinsèquement autologique, puisqu'il ne correspond pas à sa propre définition. Néanmoins, il est autologique dans la liste suivante : « écrit, lisible, polysyllabique, singulier, intrus, substantif, mot, traduisible, prononçable », puisque sa présence en fait un intrus dans ladite liste (les autres mots sont autologiques, ce qu'il n'est pas intrinsèquement).

Force est de constater que certains mots ne sont autologiques ou hétérologiques qu'en raison d'un consensus. Ainsi, pour la doctrine majoritaire, le mot bizarroïde est considéré comme autologique, cela relève d'une appréciation de l'originalité du mot, mais rien n'empêche de le considérer comme hétérologique. À l'inverse, à titre d'exemple, les mots laid ou beau ne sont pas considérés par la doctrine comme autologiques, ce qui relève encore une fois d'une appréciation subjective. De même, le mot court est aux yeux de la majorité de la population autologique, contrairement au mot long : le fondement de cette classification est la longueur moyenne des mots fréquemment utilisés en français.

En outre, le paroxysme de l'extension de la notion d'autologisme consiste à considérer comme autologiques des mots qui n'existent pas. Ainsi, le mot erronné est majoritairement jugé autologique. Cela repose sur des critères d'existence d'un mot mal orthographié (en l'occurrence, erroné). Sur ce fondement, des dérives sont à craindre, encore faut-il que le mot devenu autologique à cause d'une erreur d'écriture soit fortement usité (lllooonnnggg deviendrait autologique).

Le mot horizontal est autologique, contrairement au mot vertical, hétérologique. Mais tous deux peuvent changer de catégorie (à condition d'adopter une autre méthode de lecture) :

Horizontal autologique.JPG

devient hétérologique ;

Vertical autologique.JPG

devient autologique.

Les mots couleurs peuvent aussi être autologiques ou hétérologiques : noir/noir ; bleu/bleu ; vert/vert. Cependant, comment considérer le mot orange ? Cela soulève un problème particulier : ce mot ne correspond pas (du moins entièrement) strictement à sa définition, il peut donc être considéré comme hétérologique. L'on peut aussi considérer que le simple fait qu'il soit partiellement orange suffit à le classer comme autologique. Pour contourner le problème, certains proposent d'introduire les notions de semi-autologique et semi-hétérologique.

Le mot lu pose lui aussi un problème de classification. En effet, tant qu'il n'a pas été lu il est hétérologique. Au bout de cette phrase se trouve le mot dont l'appartenance à l'une des catégories est débattue : il n'est pas autologique tant qu'il n'a pas été lu. Il l'est à présent.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. René-Jean Anderson, Le stylibroscope, page 123.

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