Autel de la paix d'Auguste

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Autel de la Paix
Ara pacis, représentation d'une procession
Ara pacis, représentation d'une procession

Lieu de construction Champ de Mars
Date de construction de 13 à 9 av. J.-C.
Ordonné par Sénat romain
Type de bâtiment Autel
Le plan de Rome ci-dessous est intemporel.
Planrome2b.png
Autel de la Paix

Localisation de l'Autel de la Paix d'Auguste dans la Rome Antique (en rouge)
Coordonnées 41° 54′ 23″ N 12° 28′ 32″ E / 41.906389, 12.47555641° 54′ 23″ Nord
       12° 28′ 32″ Est
/ 41.906389, 12.475556
  

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Autel de la Paix

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Autel de la Paix
Liste des monuments de la Rome antique

L'autel de la paix d'Auguste (Ara Pacis Augustae) est un monument de la Rome antique édifié par l'empereur romain Auguste entre 13 et 9 av. J.-C. dans la zone septentrionale du Champ de Mars. L'autel rend hommage à une déesse romaine et se situe sur la Via Flaminia dans une zone du Champ de Mars dédié à la célébration des victoires romaines. C'est un lieu symbolique car il est situé dans une zone proche du pomerium (à environ 1 472 m), c'est-à-dire la limite où le magistrat romain revenant d'une expédition militaire perdait ses pouvoirs militaires (imperium militiae) et reprenait possession de son autorité civile (imperium domi).

Ce monument est l'un des exemples les plus importants de l'art à l'époque du règne d'Auguste et il est destiné à symboliser la paix et la prospérité atteint par l'Empire romain pendant la Pax Romana. Auguste fait également construire d'autres monuments dans la partie nord de la ville de Rome. Pendant l'Antiquité tardive et le Moyen Âge, l'autel est peu à peu enterré sous quatre mètres de vase à cause de sa localisation dans la plaine inondable du Tibre.

Le monument est redécouvert au XVIe siècle, et des fouilles sont entreprises au XIXe siècle. De nouvelles fouilles d'envergure, en 1937-1938, conduisent à une reconstitution de l'édifice non loin de son emplacement originel, à proximité immédiate du mausolée d'Auguste. Le lieu d'exposition fait l'objet d'une profonde réfection et réorganisation au début des années 2000.

L'édifice a été qualifié par Filippo Coarelli de « monument clé pour la connaissance de l'art public à l'époque augustéenne »[1].


Sommaire

Étymologie et histoire [modifier]

Étymologie [modifier]

Le nom de l'autel provient du titre que s'est donné Octave en 27 av. J.-C. : Auguste. Le mot latin pacis vient de l'un des objectifs que s'est donné le nouvel empereur, à savoir rétablir la paix sur terre[2].

Histoire antique [modifier]

Horologium augusti et ara pacis sur le plan de Rome de l'université de Caen. Noter que la représentation, censée être celle de la Rome au IVe siècle, est largement anachronique dans l'Antiquité tardive du fait des perturbations liées aux inondations récurrentes dans la zone et aux constructions sur zone dès cette époque.
Horologium et ara pacis localisés sur un plan de Paul Bigot

Auguste lui-même évoque la création de l'autel dans le texte des Res Gestae, dont l'exemplaire original sur bronze était situé à proximité du mausolée qu'il fit construire pour abriter les dépouilles des membres de sa famille[3]. Il raconte le contexte de création de la construction, il revient d'Hispanie et de Gaule après trois ans d'absence. Pendant ces trois ans, il a mené des opérations de pacification, et a organisé les provinces du sud de la Gaule :

« Lorsque je suis revenu d’Hispanie et de Gaule après avoir heureusement réglé les affaires dans ces provinces, sous le consulat de Tiberius Nero et de Publius Quintilius, le sénat décida en l’honneur de mon retour de consacrer un autel à la Paix Auguste près du Champ de Mars, autel sur lequel il décréta que les magistrats, les prêtres et les Vierges vestales procéderaient à un sacrifice anniversaire »

— Auguste, Res Gestae, 12.

.

Ovide mentionne deux célébrations concernant l'autel : une pour une constitutio le 4 juillet 13 et une pour une dedicatio le 30 janvier 14[Ref_ant 1],[3]. La première célébration marque le retour d'Auguste et la décision du Sénat pour la construction d'un autel dédié à la Pax Augusta, en l'honneur du victorieux retour de ce dernier à Rome[2]. La seconde célébration, qui est la cérémonie de consécration solennelle aux dieux qui marque le début du fonctionnement de l'édifice, marque l'inauguration du monument en 9 av. J.-C.[4],[2]. La date a son importance car c'est le jour de l'anniversaire de l'épouse d'Auguste, Livie : l'aspect dynastique s'en trouve nettement souligné.

L'Ara Pacis Augustae est construit sur la rive orientale du Champ de Mars, lieu d'entraînement des soldats, sur la Via Flaminia (aujourd'hui la Via del Corso), à l'extérieur des limites de la ville augustéenne[5],[6]. Cette voie romaine partait de Rome en direction du nord de l'Italie (époque romaine) et a été construite sur ordre de l'empereur Auguste[2]. De l'autre côté de la voie se trouvait peut-être un autre autel augustéen, l'Ara Providentiæ Augustæ[3].

Les noms des artistes qui ont participé à l'élaboration du bâtiment et des décors ne sont pas connus, mais le style artistique laisse penser à des artistes venus de l'Orient hellénistique[2].

La topographie du champ de Mars change au IInd siècle, dès quelques décennies après la construction le niveau du sol est massivement remblayé du fait des débordements fréquents du Tibre[7]. L'autel est alors isolé par un mur de brique et est dès ce moment enterré en partie[3]. Cette protection ne fut pas suffisante[7].

Redécouverte [modifier]

Fragment de l'ara pacis au musée du Louvre, 1,14 m de haut, 1,57 m de long.

Vers 1536, Agostino Veneziano réalise une plaque, aujourd'hui perdue, d'une partie du relief[5] : cette plaque présente un cygne aux ailes déployées et une frise à rinceaux d’acanthe, aux analogies évidentes avec l'ara pacis[8].


Lors de la construction du Palazzo Peretti en 1568, neuf blocs du mur d'enceinte du bâtiment sont découverts et achetés par la famille Médicis. Personne à l'époque ne reconnut ces blocs comme faisant partie du bâtiment. Les blocs latéraux étaient décorés et en relief, mais ils étaient coupés en deux dans le sens de la longueur. Les blocs qui furent transférés dans la capitale des Médicis à Florence sont par exemple le relief de Tellus, la procession (grand bloc droit) et le deuxième bloc du grand côté gauche. Le fragment gauche de la procession provient du Vatican et est offert en 1954 à l'État italien. Aujourd'hui, ce fragment et le verso de ce dernier se situent dans le bâtiment moderne qui abrite l'Ara Pacis[5].

Pendant que les fragments de Florence et du Vatican étaient assemblés, d'autres fragments non complétés du bâtiment étaient dispersés en Europe, comme par exemple celui acheté en 1863 par le musée du Louvre et issu de l'ancienne collection Campana. En 1859, la base de l'autel et un autre fragment fut découvert par hasard en renforçant les fondations du Palazzo Ottoboni, ce dernier représentait Énée et une tête de Mars du relief du Lupercal[3]. Le fragment fut transféré à Vienne et ne revint que beaucoup plus tard à Rome[5].

Friedrich von Duhn identifie la construction en 1879[3]. Une première reconstitution de l'ensemble est faîte en 1902 par E. Petersen, mais les fouilles des années suivantes ne permettent pas de confirmer sa proposition. Une nouvelle campagne de fouilles est mise en place en 1903. Cette dernière permet la réalisation du plan de l'infrastructure antique qui dans le même temps fut partiellement reconstruite[5]. Dès juillet 1903 les fouilles cessent pour ne pas menacer la stabilité du palais alors que seule la moitié de l'autel avait été explorée[8].

La décision de reprise des fouilles date de février 1937[8]. Les fouilles définitives ont lieu en 1937-1938[9]. Réalisée avec les techniques de fouilles archéologiques les plus modernes de l'époque, cette campagne permet de mettre définitivement à jour l'autel[5], en particulier deux côtés de l'enclos, dont l'un en très bon état de conservation[3]. Ces travaux prennent place dans le cadre de la commémoration par le régime mussolinien du bimillénaire d'Auguste ; au même moment le mausolée du fondateur de l'Empire est dégagé[10].

Mise en valeur et musée [modifier]

Le nouveau bâtiment abritant l'autel depuis 2006.

La décision est prise de reconstruire l'autel dès le 20 janvier 1937[11]. Le pavillon destiné à accueillir l'autel est construit entre juin et septembre 1938, l'ensemble étant inauguré par Mussolini le 23 septembre[8]. Pour tenir les délais, le projet initial est simplifié, les matériaux choisis étant le béton et le faux porphyre. Cette simplification, considérée de prime abord comme provisoire, fut définitive du fait du coût financier et de la montée des périls précédant la seconde guerre mondiale[11].

Lors de l'étape de reconstruction, la décision de laisser la frise du piédestal dans son état de découverte est prise. Aujourd'hui, la frise n'est pas complète car seulement quelques fragments ont été découverts. Certains fragments partiels comme la personnification des provinces romaines ou des peuples barbares voisins de l'Empire n'ont pas été transférés dans le nouveau bâtiment[12].

Mur avec la restitution des Res Gestae, seul élément de l'écrin mussolinien conservé.

Depuis 1938, l'Ara Pacis Augustae est reconstruit entre le Tibre et le Mausolée d'Auguste ; mais avec un angle de 90° par rapport à l'orientation initiale[13]. L'inauguration a lieu le 23 septembre 1938[3]. Du fait du second conflit mondial, les vitres sont démontées et un mur pare-éclats est conçu[11]. Les travaux de remise en état du bâtiment abritant l'autel, débutés dans les années 1950, s'achèvent en 1970. L'autel fait l'objet d'une restauration d'energure dans les années 1980, cependant dès 1995 le constat est alarmant : du fait de la pollution, de l'amplitude thermique et de l'hydrométrie, l'autel se dégrade[14].

Depuis 2006, c'est un bâtiment moderne conçu par Richard Meier qui l'abrite, qui fut l'objet de controverse. Le bâtiment moderne a été réalisé pour protéger le monument reconstruit et limiter son exposition directe aux rayons du soleil. L'éclairage diffus qui prévaut actuellement donne au relief un aspect calcaire, ce qui permet aux ajouts en plâtre de se confondre avec les fragments originaux[2].

Description [modifier]

Enceinte [modifier]

Pièce de monnaie romaine de l'époque de Néron représentant l'autel de la paix d'Auguste.

Le monument a une enceinte rectangulaire de 11,65 m sur 10,625 m[6] avec deux portes larges de 3,60 m sur les côtés est et ouest et muni d'un escalier.

L'autel de la paix d'Auguste se compose de murs d'enceinte entourant un autel sacrificiel qui s'élève sur trois marches[3].

Les murs d'enceinte semblent séparer le domaine de cette divinité de celui des autres dieux. L'Ara Pacis Augustae semble constituer une exception architecturale dans les bâtiments de la religion romaine, car ce type de bâtiments est généralement constitué d'une seule porte, mais l'autel de la paix en possède deux, orientées dans un axe est-ouest. Des pièces de monnaie de l'époque nous indiquent que le bâtiment était fermé par des portes doubles, mais aucune trace archéologique de ces dernières n'a été trouvé à ce jour[15].

Sesterce (côté revers) de 65-66 sous le règne de Néron représentant le temple de Janus à Rome.

L'existence des deux portes pourrait être lié à un autre bâtiment religieux très important dans la Rome antique : le temple de Janus sur le Forum Romanum, fondé par le roi Numa Pompilius[Ref_ant 2]. Ce bâtiment rectangulaire possédait également deux portes d'accès : une orientée en direction de l'est et une autre en direction de l'ouest[15].

La zone autour du bâtiment était pavée. L'entrée principale se situait sur le Champ de Mars, en montant un escalier de neuf marches. La seconde entrée permettait d'accès au lieu au niveau du sol et était localisée sur la Via Flaminia. La surface interne de l'autel devrait être constituée par des blocs de travertin de forme carré. Les murs étaient percés de quatre fentes sur les deux côtés les plus longs de l'infrastructure et de deux seulement sur les côtés les plus courts. Ces feintes permettaient l'évacuation de l'eau de pluie puisque l'autel de la paix d'Auguste n'avait pas de toit[15].

Les parties externes étaient faites avec du marbre provenant à l'époque des carrières de Luni, c'est-à-dire aujourd'hui le marbre de Carrare[2].

Autel [modifier]

Un des lions-griffons restaurés de l'autel.

L'accès à la table d'autel se faisait au moyen de 5 marches sur le côté ouest[3]. La personne qui offrait le sacrifice se situait à côté de la table de l'autel. La largeur de cette dernière est déterminée par les ornements qui sont présents de chaque côté : ceux de droite sont en éclats et ceux de gauche sont encore intacts aujourd'hui. Sur les quatre angles de la table, se situent quatre lions-griffons qui sont tournés vers l'extérieur, avec des ailes en forme de croissant, une gueule ouverte et deux cornes sur la tête (une des cornes nous est parvenue intact sur l'un des lions-griffons). Chaque griffon est situé sur des feuilles d'acanthe, ce qui l'un des principes connus de l'art oriental de cette époque. Les feuilles donnent une indication de la manière dont les côtés de l'autel pouvaient être décorés[16].

Les éléments d'architecture sur les murs extérieurs de l'autel-même sont réduits au minimum. Les pilastres d'angle sont par exemple : lisse à l'intérieur et décorés à l'extérieur avec un motif avec des candélabres[16]. Ce style architectural pourrait correspondre à une phase transitoire dans l'art architectural de la Rome antique[Ref_ant 3].

L'autel est placé au centre et trois marches y mènent sur chacun des côtés sauf sur un des côtés, destiné au prêtre officiant, pourvu lui de huit marches[6].

Décors sculptés [modifier]

Les parois intérieures sont décorées de guirlandes et de bucrânes. Les côtés des portes sont décorés de reliefs relatant l'origine de Rome : les Lupercales, le sacrifice d'Énée, la personnification de la Terre et de Rome. Sur la partie haute des deux côtés les plus longs (sans portes) est représentée une longue procession guidée par Auguste et accompagné de Agrippa et de Livie. Sur la partie basse des quatre côtés, se déroule une frise de spirales d'acanthe et de petits animaux variés[3]. D'importants fragments des décors sculptés ont été retrouvés au fur et à mesure des fouilles archéologiques, hormis les panneaux de Rome assise en armes et celui de la découverte de Romulus et Rémus pour lesquels il subsiste uniquement quelques fragments[17].

Par la présence des portes, l'autel présente deux surfaces importantes au nord et au sud, et deux panneaux sur les côtés est et ouest. L'absence de continuité a empêché un programme de frise continue[17]. Charbonneaux considère qu'il n'y a pas de relation entre la frise et les tableaux des panneaux[18].

Panneaux [modifier]

Façade orientale : panneaux de Rome et Tellus [modifier]
Panneau allégorique avec la Terre Mère (Tellus Mater)

Le panneau de Tellus représente la Terre maternelle, voilée, assise sur un rocher et avec deux enfants dans les bras. Dans son vêtement se trouvent des fruits, des feuilles et des fleurs. A ses pieds il y a une vache et une brebis, et également deux femmes portées l'une par un animal marin et l'autre par un cygne. Ces deux femmes sont des personnifications de l'air et du vent[19]. Le panneau en entier est une allégorie de la Terre italienne[19].

Dans ce panneau, « la symétrie académique de la composition est tout à fait dans la lignée du classicisme augustéen » selon Charbonneaux[19], même si les motifs sont issus de modèles grecs.

Le panneau de Rome est très fragmentaire : la personnification de la cité, assise sur des armes, remet une couronne à la paix d'Auguste, accompagnée d'Honos, symbole des vertus militaires. L'oeuvre est une allégorie des gloires du présent[20].

Façade occidentale : panneaux du Lupercal (découverte de Romulus et Rémus) et d'Enée à Lavinium [modifier]
Sacrifice d'Enée

A propos du panneau du sacrifice d'Enée, Charbonneaux dit que « l'art romain nous a laissé peu d'oeuvres où le sentiment religieux s'affirme avec autant de noblesse et d'émouvante simplicité »[19]. Enée est représenté voilé au moment où il effectue une libation sur un autel, derrière lui se trouve un personnage très fragmentaire, Achate. La truie est située au premier plan avec deux camilles pourvus d'une couronne de lauriers. Les Pénates de Troie sont abrités dans un temple situé au-dessus des rochers. La scène est localisée dans la forêt des bords du Tibre, symbolisée par un chêne[21]. Charbonneaux suppose que les deux camilles sont des représentations des fils d'Agrippa, Caïus et Lucius[20].

L'autre panneau -connu uniquement par quelques fragments- représentait les deux jumeaux et la Louve, avec Mars et Faustulus, avec comme éléments de paysage la grotte du Lupercal et le figuier Ruminal[20].

Frises processionnelles [modifier]

Les deux frises sont orientées de l'est vers l'ouest, orientation qui était aussi celle de la procession[20].

Les frises les mieux préservées se situent vers Aenas et le relief de Tellus sur les deux murs les plus courts et sur le long mur gauche. Les feuilles d'acanthe sont les plus importantes en taille et en nombre par rapport aux autres plantes de la frise. Ces feuilles semblent apparaître brusquement des profondeurs humides et ombragées, où un crapaud s'accroupit sous des feuilles et où un serpent glisse vers un nid de jeunes oiseaux. Deux lézards courent également sur ​​ces feuilles d'acanthe. Il est rare que dans l'art visuel les plantes et les animaux soient si étroitement liés[22].porces

Petite procession [modifier]
Partie de la procession représentant les vestales et leur suite.

La petite procession est une frise étroite qui fait le tour entier de l'autel. La partie de gauche est très bien conservée, mais seulement quelques fragments demeurent sur la petite droite de la frise[23].

Dans la partie inférieure, il est possible de remarquer six vestales ayant chacune leur tête enveloppée. Elles sont entourées de chaque côté par des licteurs et par une autre partie du personnel des temples de la Rome antique : les apparitores. Plusieurs des vestales ont sur eux des instruments pour pratiquer des sacrifices. De nombreuses têtes de cette procession ne sont pas d'origine, elles ont été remplacées suite à des dommages subis pendant l'Antiquité[24].

Dans la partie supérieure, il est possible de voir un cortège d'animaux sacrificiels guidé prêtres et de deux licteurs, et avec à sa tête une personne jeune. Parmi les animaux, un mouton marche en tête, il faut probablement y voir ici un sacrifice préliminaire en l'honneur du dieu Janus. Le mouton est suivi par des vaches et de jeunes hommes habillés avec des tuniques courtes. À la fin du cortège seul un fragment représentant un jeune homme a été préservé[24]. Il semblait regarder derrière lui le cortège qui défilait[Ref_ant 4], mais cette partie de la procession est manquante aujourd'hui.

Grande procession [modifier]

Contrairement à la petite procession, la procession située sur les longs murs semblent avoir une direction : elle va en direction de l'entrée. Les figures sont disposés sur deux plans : le premier est l'avant-plan qui est composé de personnalités importantes sculptées en haut-relief, et le deuxième est réalisé en bas-relief en arrière-plan. Toutefois, il est possible à certains points de voir l'existence d'un troisième plan comme dans la zone proche d'Auguste et de Livie[24].

La procession de gauche ne suit pas celle de droite. En effet, les deux processions représentent la division du cortège au niveau de la Via Flaminia lorsqu'elles longent le bâtiment avant d'atteindre l'entrée principale. La frise du Parthénon semble avoir servi de modèle pour la réalisation du relief de cette partie du monument[25].

  • Côté sud, procession des prêtres et de la famille impériale dont Auguste, voilé et en tenue d'officiant et ses licteurs[20]. Auguste n'est pas figuré comme Grand Pontife, 4 flamines (des cultes de Jupiter, Mars, Quirinus et du Divin Jules), il y a également un porteur de hache rituelle. Un enfant tient un pan de la toge d'Auguste. Seraient également représentés selon Charbonneaux Livie, Tibère, Julie, Lucius Caesar, Drusus, Antonia, Germanicus, Livilla ; cependant l'identification n'est pas assurée[26].


  • Côté nord, cortège des magistrats, dignitaires et du peuple. La formule républicaine SPQR est perpétuée « pour attester l'apparente survivance des anciennes institutions »[26]. Les têtes des magistrats ont fait l'objet d'importantes restaurations[27].

Interprétation [modifier]

Œuvre éclectique [modifier]

L'oeuvre, bien qu'elle soit qualifiée de « monument typiquement romain » par Charbonneaux[17], présente des éléments d'influences diverses : art classique (grandes frises qui rappellent la frise des Panathénées), art hellénistique (rinceaux, panneaux du Lupercal et d'Enée), voire éléments de tradition romaine selon Coarelli (petite frise)[1].

Les reliefs de la frise sont gradués et une « incontestable réussite » selon Charbonneaux[27].

Selon Charbonneaux « sur les deux frises des longs côtés le caractère romain du monument s'affirme en langage clair »[20]. De même « les symboles, les dieux et les mythes sont latins »[28], dans une mise en scène du cortège teintée de réalisme, ce qui est une différence avec son illustre modèle, même si parmi les personnages représentés certains étaient déjà morts au moment de la cérémonie[29]. De même la mise en scène dénote « le sens romain de la structure sociale »[27], avec un accent sur « la continuité de la vie par la diversité des âges »[18].

Œuvre de propagande [modifier]

L'autel est une oeuvre de propagande politique, dans laquelle « l'histoire de Rome et du monde est (...) reliée de façon providentielle au nom d'Auguste »[3]. Le présent de l'Urbs est relié à son passé (le mythe) et à son avenir (l'allégorie), c'est l'éternité de Rome qui est ainsi soulignée[18].

La représentation des groupes « comme un ensemble homogène » (Charbonneaux) sur les frises porte également un sens, « la communauté familiale ou sociale (...) s'exprime par la cohésion du groupe ». L'oeuvre exprime ainsi selon Charbonneaux une grande différence entre un monde grec davantage individualiste et un monde romain soucieux de hiérarchie, d'ordre et de classement, cette volonté de mettre en scène la cohésion, l'unité du groupe passant par un gommage des côtés individuels des personnages[30].

L'ensemble du programme iconographique a une finalité didactique, politique et religieuse[18].

Notes et références antiques [modifier]

  1. Ovide, Fastes, I, 709.
  2. Tite-Live, Histoire romaine, I, 19, 2.
  3. Vitruve, De architectura, 3 ; 5 et 7.
  4. Auguste, Res Gestae, 12.

Notes et références [modifier]

  1. a et b Coarelli 1994, p. 212.
  2. a, b, c, d, e, f et g (en) Erika Simon, Ara Pacis Augustae, p. 8.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Coarelli 1994, p. 211.
  4. Ara Pacis Augustae
  5. a, b, c, d, e et f (en) Erika Simon, Ara Pacis Augustae, p. 7.
  6. a, b et c Fleury 2005, p. 241.
  7. a et b [1]
  8. a, b, c et d [2]
  9. Moati 1989, p. 133.
  10. Moati 1989, p. 132.
  11. a, b et c [3]
  12. (en) Erika Simon, Ara Pacis Augustae, p. 10.
  13. (en) Erika Simon, Ara Pacis Augustae, p. 7-8.
  14. [4]
  15. a, b et c (en) Erika Simon, Ara Pacis Augustae, p. 9.
  16. a et b (en) Erika Simon, Ara Pacis Augustae, p. 11.
  17. a, b et c Charbonneaux 1948, p. 66.
  18. a, b, c et d Charbonneaux 1948, p. 73.
  19. a, b, c et d Charbonneaux 1948, p. 67.
  20. a, b, c, d, e et f Charbonneaux 1948, p. 69.
  21. Charbonneaux 1948, p. 68.
  22. (en) Erika Simon, Ara Pacis Augustae, p. 12.
  23. (en) Erika Simon, Ara Pacis Augustae, p. 14.
  24. a, b et c (en) Erika Simon, Ara Pacis Augustae, p. 15.
  25. (en) Erika Simon, Ara Pacis Augustae, p. 16.
  26. a et b Charbonneaux 1948, p. 70.
  27. a, b et c Charbonneaux 1948, p. 72.
  28. Charbonneaux 1948, p. 70-71.
  29. Charbonneaux 1948, p. 71.
  30. Charbonneaux 1948, p. 71-72.

Annexe [modifier]

Articles connexes [modifier]

Bibliographie [modifier]

Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article : ouvrage ou article utilisé comme source pour la rédaction de cet article

Ouvrages généraux [modifier]

  • Jean Charbonneaux, L'art au siècle d'Auguste, La Guilde du Livre, 1948 
  • Filippo Coarelli, Guide archéologique de Rome, Hachette, 1994 (ISBN 2-01-235428-9) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Philippe Fleury, La Rome antique : plan relief et reconstitution virtuelle, Caen, Presses universitaires de Caen, 2005 (ISBN 2841332322) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Heinz Kähler, Rome et son empire, Paris, Albin Michel, 1983 (ISBN 2226018379) 
  • Zsolt Kiss, L'iconographie des princes julio-claudiens au temps d'Auguste et de de Tibère, Varsovie, PWN - Presses universitaires de Pologne, 1975 
  • Claude Moati, À la recherche de la Rome antique, découvertes Gallimard, 1989 (ISBN 2070530736) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Paul Rehak, Imperium and cosmos : Augustus and the northern Campus Martius, Madison, University of Wisconsin Press, 2006, 222 p. (ISBN 0-299-22010-9) 
  • (en) Ian Richmond, Roman archaeology and art : essays and studies, Londres, Faber and Faber, 1969, 294 p. (ISBN 0-571-08841-4) 
  • Robert Turcan, L'art romain, Flammarion, 1995 (ISBN 9782080101877) 

Ouvrages sur l'autel de la paix d'Auguste [modifier]

  • (en) Wayne Andersen, The Ara Pacis of Augustus and Mussolini : an archeological mystery, Genève, Editions Fabriart, 2003, 234 p. (ISBN 0-9725573-1-8) 
  • (en) Diane Atnally Conlin, The artists of the Ara Pacis : the process of Hellenization in Roman relief sculpture, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1997, 145 p. (ISBN 0-8078-2343-0) 
  • (it) Giulia Bordignon, Ara pacis Augustæ, Venise, Cafoscarina, 2010, 133 p. (ISBN 978-88-7543-273-7) 
  • (de) Ludwig Budde, Ara Pacis Augustae : der Friedensaltar des Augustus, Hanovre, Tauros Presse, 1957, 13 p. 
  • (it) Giulia Caneva, Il codice botanico di Augusto : Roma, Ara Pacis : parlare al popolo attraverso le immagini della natura, Rome, Gangemi, 2010, 223 p. (ISBN 978-88-492-1933-3) 
  • (it) M. E. Cannizzaro, Ara pacis Augustae Estratto dal "Bolletino d'Arte" anno I, num. 10, Ottobre 1907 In 4°, 16 p. 1 f. de pl, Rome, E. Calzone, 1907 
  • (en) David Castriota, The Ara Pacis Augustae and the imagery of abundance in later Greek and early Roman imperial art, Princeton, Princeton university press, 1995, 253 p. (ISBN 0-691-03715-9) 
  • M. David, Ara pacis Augustae, Lille, Société des sciences, de l'agriculture et des arts, 1939, 24 p. 
  • (de) Karl Dissel, Der Opferzug der Ara Pacis Augustae, Hambourg, Lütcke & Wulff, 1907 
  • Bastien Gallet, Arno Bertina et Ludovic Michaux, Anastylose : Rome, XIII av.J.-C., IX av. J.-C., 1942 : farce archéologique en deux actes et un aparté, Rome, Académie de France, 2006, 159 p. (ISBN 978-2-84975-059-9) 
  • (de) Victor Gardthausen, Der Altar des Kaiserfriedens Ara Pacis Augustae, Leipzig, von Viet, 1908, 56 p. 
  • (it) Guglielmo Gatti, Ara Pacis Augustae, Rome, Tip. Ediz. del Tritone, 1970 
  • (de) Theodor Kraus, Die Ranken der Ara Pacis : ein Beitrag zur Entwicklungsgeschichte der augusteischen Ornamentik, Berlin, Gebr. Mann, 1953, 88 p. 
  • (it) Eugenio La Rocca, Ara Pacis Augustae : in occasione del restauro della fronte orientale, Rome, L'Erma di Bretschneider, 1983, 128 p. (ISBN 88-7062-539-7) 
  • (it) Giuseppe Moretti, Ara Pacis Augustae, Rome, Libreria dello Stato, 2005, 325 p. (ISBN 88-240-1205-1) 
  • (it) Roberto Paribeni, Ara pacis Augustae, Rome, Istituto nazionale L. U. C. E., 1932 
  • (de) Eugen Petersen, Ara Pacis Augustae, Vienne, A. Hölder, 1902, 204 p. 
  • (it) Ermanno Ponti, Ara Pacis Augustae : origine - storia - significato, Rome, Vittorio Ferri, 1938, 57 p. 
  • (de) Emil Reisch, Zur Ara Pacis Augustae, Vienne, 12 p. 
  • (it) Orietta Rossini, Ara Pacis, Milan, Electa, 2007, 135 p. (ISBN 978-88-370-5366-6) 
  • (en) Erika Simon, Ara pacis Augustae [lire en ligne] Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (it) Pino Stampini, Ara Pacis Augustae, Rome, Rotary Club Roma sud, 1978, 83 p. 
  • (de) J. Starczuk, Zum Figurenfies der ara Pacis Augustae, Lviv, Université de Lviv, 1938, 66 p. 
  • (en) Samir Younés, Counter projects : Ara Pacis, Florence, Alinea, 2002, 71 p. (ISBN 88-8125-592-8) 
  • (it) Relazione sul restauro della parete esterna del lato nord della Ara pacis Augustae, Rome, CBC, 1982 

Articles [modifier]

  • (en) Diana E. E. Kleiner, « The great friezes of the Ara Pacis Augustae. Greek sources roman derivatives and augustan social policy », Mélanges de l’École française de Rome. Antiquité, vol. 90, no 90-2, 1978, p. 753-785 [texte intégral (page consultée le 2 avril 2013)] 
  • Gilles Sauron, « Le message symbolique des rinceaux de l'Ara Pacis Augustae par M. Gilles Sauron », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 126, no 1, 1982, p. 81-101 [texte intégral (page consultée le 2 avril 2013)] 
  • Marcel Simon, « Rapport sur les travaux de l'École française de Rome pendant l'année 1979-1980 ; lu dans la séance du 7 novembre 1980 », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 124, no 4, 1980, p. 624-633 [texte intégral (page consultée le 2 avril 2013)] 

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