Aumisme

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Le Mandarom, vu de l'autre rive du Lac de Castillon

L'aumisme est un nouveau mouvement religieux fondé en 1969 par Gilbert Bourdin (appelé par ses adeptes « sa Sainteté le Seigneur Hamsah Manarah » et « Messie Cosmo-planétaire »). Le mouvement se définit comme un « ordre initiatique en dix-sept degrés, axé sur la recherche de la libération spirituelle ou réintégration divine ». Classé en France comme secte par une commission parlementaire en 1995[1], l'aumisme est présenté par ses adeptes comme une « religion mystique » ou « Religion universelle de l'Unité des visages de Dieu », et se veut une synthèse de toutes les religions existantes. Sa structure juridique l'« Association des Chevaliers du Lotus d'Or » est devenue en 1995 « Association du Vajra Triomphant ».

Gilbert Bourdin et le « Mandarom « (« cité sainte » de l'aumisme établie dans les Alpes françaises), ont été au centre de diverses polémiques et procédures judiciaires à la fin des années 1990. Les noms « Mandarom » ou « secte du Mandarom » sont souvent utilisés pour désigner le mouvement.

Origine du mouvement[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gilbert Bourdin (aumisme).

Né en Martinique le 25 juin 1923, Gilbert Bourdin fréquente dans les années 1950 différents mouvements ésotériques. Il séjourne ensuite en Inde. Revenu en France, après avoir un temps enseigné le yoga, il crée en 1967 l'« Association des Chevaliers du lotus d'or » et en 1969 la « cité sainte du Mandarom Shambhasalem ».

Le terme aumisme vient du mantra aum (ou om) qui, dans les traditions religieuses hindouistes et bouddhistes, représente le son à l'origine de la création de l'univers.

Gilbert Bourdin organise du 22 août 1990 au 22 août 1991 des cérémonies publiques qui attirent un nombre croissant de visiteurs. Débutent dans le même temps diverses polémiques et procédures judiciaires à l'encontre de Gilbert Bourdin et du mouvement.

Durant les années 1980, à de nombreuses reprises, Gilbert Bourdin tenta de demander l'indépendance de la "cité sainte du Mandarom", auprès des autorités françaises, sur le même modèle de la cité du Vatican, ou de la principauté de Monaco, mais il ne fut pas pris au sérieux, et sa requête fut considérée comme absurde, farfelue, ou folle, par les élus (députés, sénateurs, etc...). En 1988, Gilbert Bourdin renonça à l'indépendance, après que la Poste Française et l'U.P.U (Union Postale Universelle) déclarèrent illégaux l'émission de timbres postes par la cité du Mandarom. Le stock de timbres fut détruit par le service des douanes, opération supervisée par la gendarmerie (brigade de Castellane). Par la suite, il fut avéré que le désir d'indépendance de la cité de Mandarom était voulu par Gilbert Bourdin surtout pour des raisons juridiques, et fiscales, pour échapper à la justice française, s'il y avait par la suite des poursuites judiciaires à l'encontre de sa personne, ce qui fut le cas (accusations de viols).

Gilbert Bourdin, au cas d'une éventuelle indépendance, souhaitait instaurer une monnaie au Mandarom : la Roupie de Mandarom, qui ne verra jamais le jour, tout comme son désir d'une banque du Mandarom, ou d'une école privée au sein de la cité du Mandarom. Il tentera aussi de créer une armée, qui se limitera à une simple milice, sans moyens.

Doctrine et culte[modifier | modifier le code]

Selon son fondateur, l'aumisme « est une religion active et dynamique, permettant par des moyens simples, concrets, accessibles à tous, de construire ensemble au-delà des races, des classes, des croyances, les nouvelles valeurs de notre humanité ». Son dogme est l'« Unité des visages de Dieu »[2]

Formulée dans les 22 livres dont Gilbert Bourdin est l'auteur, la doctrine de l'aumisme est une synthèse de diverses traditions religieuses ésotériques et exotériques, inspirée notamment de certaines des idées d'Helena Blavatsky, d'Alice Ann Bailey et de Paul Le Cour[3]. Les différentes grandes religions sont considérées comme divers chemins conduisant à l'Absolu. Selon cette représentation, celui qui « s'élève vers le Divin (Dieu, Allah, le Tao...) » par sa propre religion se rapproche de plus en plus des autres religions ou voies.

Le symbole de l'aumisme est « l'hexamide », une pyramide dont la base a la forme d'un hexagone (d'où le terme "hexamide", hexa + mide). Décorée aux sept couleurs de l'arc-en-ciel, elle est surmontée d'une sphère contenant la lettre sanskrite OM, symbolisant « l'Absolu divin ». L'aumisme est représenté à la base de l'hexamide, comme un ciment entre les traditions, ainsi que comme une colonne blanche au centre de l'hexamide rejoignant l'arc-en-ciel au cœur de l'hexamide. Douze religions principales sont symbolisées sur les faces de l'hexamide par des couleurs:

L'aumisme déclare également viser « à l'équilibre du corps et de l'esprit »: pour préserver la santé de ces derniers, le mouvement recommande aux adeptes le végétarisme, la naturopathie, le hatha yoga, les arts martiaux, la maîtrise du souffle[4].

La prêtrise est divisée en deux branches : les moines, résidents permanents de l'ashram du « Mandarom » ayant fait vœu de chasteté, et les prêtres et prêtresses, membres séculiers qui peuvent se marier et avoir une vie familiale et professionnelle. Ne font pas partie de la prêtrise les « Chevaliers » adeptes de base n'ayant pas été initiés dans « l'Ordre initiatique des Chevaliers du Vajra Triomphant ».

Le Mandarom[modifier | modifier le code]

Panneau indiquant l'accès au « Mandarom »

« Mandarom Shambhasalem » est le nom de la « cité sainte » de l'aumisme qui se situe près des gorges du Verdon à 10 kilomètres au-dessus de Castellane, dans les Alpes-de-Haute-Provence françaises, et s'étend sur 55 hectares[réf. nécessaire]. Cet « ashram » se veut un rassemblement de toutes les religions et possède des temples évoquant diverses grandes confessions. Y résident des adeptes moines et moniales, ainsi qu'à titre temporaire d'autres adeptes venant effectuer des retraites.

Divers édifices ont été construits sur le site - entre autres: en 1977 un « Temple Lotus » de 11 mètres de haut, en 1981 un Bouddha assis (Bouddha Maitreya) de 22 mètres de haut qui serait selon le mouvement la plus haute représentation de ce type dans le monde occidental, en 1987 une statue de 17 mètres de haut du « Christ cosmique », en 1988 « un Temple de la Trimurti d'âge d'or » d'inspiration hindouiste, en 1989 une « Maria Cosmica », une « Mosquée de l'Imam Mahdi » et un « Temple de l'avatar Kalki».

Le mouvement souhaite y ajouter une pyramide de plus grande ampleur mais n'a à ce jour pas obtenu le permis de construire correspondant en dépit de plusieurs demandes[5].

Sur le site a également été construite une statue de 33 mètres (incluant un socle d'une hauteur de 8 mètres dans lequel était logé un petit temple) représentant Gilbert Bourdin. Objet de nombreuses polémiques, cette statue du « Messie Cosmo-Planétaire », aussi connue sous le nom de « statue du Mandarom », fut dynamitée le 6 septembre 2001 par la force publique suite à une décision de justice, au terme de diverses péripéties judiciaires relatives à la validité du permis de construire et des demandes de son annulation faites par « l'association pour la protection des lacs et sites du Verdon » ainsi que deux voisins[6],[7],[8]. Le mouvement conteste encore à ce jour la validité de la décision de justice. En 2001, le dynamitage était assimilé à un acte de "barbarie", du point de vue des adeptes du Mandarom, et "comme un acte semblable au dynamitage des Boudhas de Bamyan en Afghanistan, par les talibans, en 2001".

Accusations envers Gilbert Bourdin[modifier | modifier le code]

Au printemps 1995, puis en 1996, Gilbert Bourdin est l'objet de plaintes[9] pour « viols et agressions sexuelles » déposées par deux anciennes adeptes, Florence Roncaglia et Francine Grad. Le 12 juin 1995, la police l'arrête au Mandarom avec dix-sept adeptes, relâchés quant à eux le jour suivant[10]. Au terme de diverses péripéties judiciaires (confrontation avec Florence Roncaglia, libération sous caution, placement sous contrôle judiciaire, classement sans suite d'une plainte, nouvelles plaintes...), l'action publique est abandonnée du fait du décès du prévenu le 19 mars 1998.

Lutte anti-sectes[modifier | modifier le code]

L'« Association des chevaliers du lotus d'or » fut répertoriée en 1995 comme « mouvement sectaire d'inspiration orientaliste » par un rapport de la commission d'enquête parlementaire sur les sectes. Elle est également citée par le rapport de 1999, intitulé Les sectes et l'argent[11], contesté par le mouvement[12].

Début 2008, le président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), dans une interview sur la politique et l'action de la Mission estime que des « mouvements, un temps mis en cause, "étaient rentrés dans les clous" et présentaient une moindre dangerosité » et cite en exemple "le Mandarom ou Hare Krishna" »[13].

Maurice Duval, ethnologue au CERCE et maître de conférences à l'université de Montpellier, a indiqué qu'il estimait sans fondement l'amalgame de ce mouvement avec des « groupes criminels » lors d'interviews accompagnant la sortie en 2002 de son ouvrage Un ethnologue au Mandarom. Enquête à l'intérieur d'une "secte" rendant compte d'une immersion de quatre ans au Mandarom[14],[15],[16]. D'autres auteurs ont souligné le caractère de règlement de compte inconscient qui a enlisé le Mandarom et son fondateur dans un contexte où l'incrimination frappe aveuglément mainte démarche simplement atypique au sein de la french way of life[17].

Le mouvement aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Gilbert Bourdin est mort le 19 mars 1998 à l'hôpital de Grasse, à l'âge de 74 ans.

Christine Amory a pris alors la direction du l'Association qui a changé de nom trois ans avant ce décès, devenant l' « Association du Vajra triomphant ». Au début du XXIe siècle, l'aumisme est présent essentiellement en France et dans une moindre mesure en Belgique, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie, au Canada, aux États-Unis, et au Congo Brazzaville.

L'aumisme comptait en 2001 environ 400 adeptes en France, 100 au Québec et entre 30 et 50 moines et moniales au sein du « Mandarom »[18], nombre tombé à une quinzaine en 2004[19].

En janvier 2013, le Mandarom gagne un procès contre l’État français, qui est condamné à lui verser 3,5 millions d’euros d’indemnités sur des questions de fiscalité des donations[20],[21].

Aujourd'hui le temple est toujours en activité. En janvier 2014, le mouvement comptait environ 1000 adeptes dans le monde, dont un bon tiers des adeptes vivent dans le département des Alpes Maritimes, 35 en région parisienne, le reste vivant au Québec, au Congo Brazzaville, et une dizaine d'autres pays, dont les États-Unis. La religion aumiste progresse au Congo Brazzaville, ou elle a 55 membres, et depuis 2010, une dizaine d'adeptes sont présents en RDC, surtout à Kinshasa, après des conversions.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le rapport disponible en ligne : Rapport no 2468
  2. Voir sur le site officiel > l'aumisme > son dogme.
  3. Alain Lallemand, Les sectes en Belgique et au Luxembourg
  4. Voir "Naturopathie et Yoga" de S. Hamsah Manarah
  5. Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Jean-Pierre Chantin. Cf Bourdin Gilbert, p.24
  6. Et Aussi, l'Humanité
  7. Le Mandarom déboulonné, L'Humanité
  8. France: Destruction de la statue du Mandarom à Castellane, Le Quotidien du peuple, 7 septembre 2001 (page consultée le 24 octobre 2008).
  9. (fr) http://www.bretagne-online.com/telegram/htdocs/archive/1998/19980320/article/3451825.htm
  10. Le gourou du Mandarom présenté au juge, L'Humanité
  11. Les sectes et l'argent, 1999
  12. Commentaire sur le rapport parlementaire de 1999.
  13. « Critiquée, la Miviludes défend le principe d'une "liste" des sectes », Stéphanie Le Bars, Le Monde du 5 avril 2008.
  14. cité par L'Express du 4 avril 2002
  15. (fr) http://www.cesnur.org/2002/duval.htm
  16. interview au « Midi Libre » 23 mars 1998
  17. les prophètes d'aujourd'hui, alain paul fimbel, merry world, 2011
  18. Pauline Cote (dir), Frontier Religions in Public Space/Chercheurs De Dieux Dans L'Espace Public, Groupe Beauchemin, 2001, p. 120.
  19. C dans l'air, 6 janvier 2004
  20. « Les sectes à l’abri de l’austérité européenne », La Marseillaise, 2 février 2013, p. 4
  21. http://www.leparisien.fr/faits-divers/strasbourg-trois-sectes-dont-le-mandarom-font-condamner-la-france-31-01-2013-2528391.php

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]