Aulerques Diablintes

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Plan des peuples gaulois.svg

Les Diablintes (Diablinti) sont un peuple gaulois localisés sur des premiers confins Est du Massif armoricain. Ils ont donné leur nom à la ville de Jublains. Ils sont une des quatre branches du puissant peuple des Aulerques (littéralement « Ceux qui sont loin de leurs traces », comprendre « les Migrants » ?). Au Nord sont les Abrincates, Ésuviens ou Sagii, à l'Est les Aulerci Cenomani, à l'Ouest les Redones, au Sud les Andecavii.


Formes anciennes et étymologie[modifier | modifier le code]

Formes anciennes du nom[modifier | modifier le code]

Les formes les plus anciennes datent du Ier siècle av. J.-C.: - Diablintres ou Diablintes (var. Diabintes, Dialintes, etc.), selon César (G.G. III-9); Diablindi ou Diablinti, selon Pline (IV,1O7); ou plus tardive, Aulerci Diablitai, selon le géographe Ptolémée (II, 8), qui est le seul à associer Aulerques et Diablintes ; et Diaulitae Tolomeo (II.8)[1]. Le consensus se faisant sur la forme Diablintes.

Que signifie Diablintes ?[modifier | modifier le code]

Les études anciennes d'étymologie proposaient que ce nom se décomposait en Dia-blintes: formé de blino : fatigue, et *dia : particule et suffixe privatif ou intensif ; d'où littéralement : les 'Infatigables', les 'Inlassables', cf. La Lingua Celtica [1], ; des hypothèses récentes le décompose en Di-ablintes, formé de *ablo-, idée de 'force', et le prefixe di-, de sens intensif, d'où les « Très forts »[2].

Le grand oppidum de Moulay[modifier | modifier le code]

Le site a été découvert en 1970, au sud de la ville de Mayenne, à Moulay (53100), à l'extrémité d'un vaste promontoire rocheux, de 12  ha L'oppidum est situé à la confluence de la Mayenne et de l'Aron. Elles le bordent respectivement sur les flancs Ouest et Sud. Une première enceinte ferme les flancs Nord et Est. En 2011, on découvre, plus au Nord, que ce grand oppidum est doté d'une deuxième enceinte concentrique. Le site avoisine les 135 ha et c'est le plus vaste oppidum identifié sur le Massif armoricain. Ce qui le classe parmi les 10 plus grands oppida connus de ce type en France. Des traces d'urbanisation, avec quartiers spécialisés et alignés ont été retrouvées et permettent de lui donner le qualificatif de ville. Ce serait la capitale vraisemblable du territoire des Aulerques Diablinthes au IIe siècle et au Ier siècle av. J.-C.[3] , plan du site [4], et [5]. Au Ier siècle ap. J.-C. un nouveau site fut créé à 10km vers l'est : Noviodunum qui deviendra Jublains.

Numismatique[modifier | modifier le code]

statère Diablintes Ier siècle - Cabinet des Medailles

Les premières monnaies des Diablintes (statères d'argent & d'or), Ier siècle avant J.-C., présentent une belle tête à chevelure importante, et un revers un cheval androcéphale conduit par son aurige à torque, l'animal fabuleux galopant sur un personnage allongé, tenant une situle. Ce thème est typiquement armoricain. Il représenterait sur l'avers : le portrait divin de Lugus, l'apollon celtique, le revers: le cheval et l'aurige la course solaire selon Dominique Hollard[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

La Tène ancienne[modifier | modifier le code]

Les ancêtres des premiers peuples Aulerques sont arrivés au milieu du Ve siècle av. J.-C. dans cette région 'entre Seine et Loire'. Ils vont se diviser en quatre tribus[7] : - les Aulerques Diablintes, localisés dans le Bassin de la Mayenne ; - les Aulerci Cenomani; - les Aulerci Eburovices; - les Aulerques Brannovices, cette dernière étant séparée des autres et plus à l'Est (Yonne ou Saône) et clients des Éduens. Ces populations connurent un grand essor car placées sur la route de l'étain provenant de la Bretagne insulaire[8].


La Conquête Romaine[modifier | modifier le code]

Lorsque Jules César entreprend la conquête de la Gaule, en 58 avant J.-C., celle-ci est divisée entre une foule de petits peuples. Parmi eux, les Aulerques Diablintes occupent les deux tiers nord de l’actuel département de la Mayenne. En 56 avant J.C., ils participent au soulèvement des Vénètes du Morbihan, en compagnie de peuples proches de la mer. Cet essai de résistance s’achève dans une défaite navale au large du Morbihan.

L'époque Impériale[modifier | modifier le code]

La Gaule conquise est réorganisée sous l’empereur Auguste et ses frontières intérieures sont remodelées. On voit naître des cités, correspondant plus ou moins aux territoires des anciens peuples, et des villes pour les administrer. Ptolomée, au IIe siècle après J.-C., signale les Diablintes et leur chef-lieu, dans une énumération concernant la province de Gaule lyonnaise, sous la forme suivante : « au milieu des terres par rapport aux Vénètes, vers l'est, sont les Aulerques Diablintes dont la ville est Noviodunum (Villenouvelle[9]) ». Ce nom disparaitra. Il sera remplacé par Diablinti, qui aboutira à la forme Jublains ((évolution classique : di- devant voyelle est devenu j-, cf. diurnus aboutissant à 'jour', Lacroix). À cette époque, le territoire contrôlé par le chef-lieu s’étend sur les deux tiers nord de la Mayenne et sur le sud de l’Orne ; il comprend plusieurs pays, dont celui d’Entrammes. Le sud-est de la Mayenne appartient à la cité des Andes (chef-lieu Angers), tandis que le sud-ouest (Craonnais) dépend des Namnètes du pays nantais.

Ve siècle, fin de l'indépendance des Diablintes[modifier | modifier le code]

À la fin du Ve siècle, dom Piolin, auteur de l'histoire de l'Église du Mans, suppose que les Diablintes cessèrent d'exister comme nation et que leur capitale a cessé d'être comptée au nombre des cités vers l'année 497, sous l'épiscopat de Thuribe II :

« Pour le roi Regnomer (ou Reghenomer), roi franc fixé au Mans, le pays des Diablintes s'offrait à lui comme la première des conquêtes qu'il pût, entreprendre tant à cause de la proximité des lieux qu'à raison de l'état d'affaiblissement où se trouvait ce peuple, par suite des ravages qu'il avait soufferts de la part des premiers envahisseurs. Une fois maître du territoire, [...] le roi du Mans priva la nation des Diablintes de son existence comme cité. Ainsi finit vraisemblablement l'Eglise des Diablintes: cette nation domptée et soumise relevant désormais de la capitale des Cénomans, ne forma bientôt plus qu'une seule église sous la conduite d'un seul évêque[10],[11],. »

Haut Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Le pays des Diablintes fut, peu à peu absorbé par le diocèse du Mans.

Au VIe siècle (580-581), la vie de Saint-Domnole, évêque du Mans, mentionne certain personnage qui s’empara violemment du village de Trans, appartenant à l’église du Mans et situé dans le pays des Diablintes (villam ecclesiae Cenomannicae, Tridentem vocabulo, sitam in condita Diablintica).

En 616, saint Bertrand, aussi évêque du Mans, lègue à sa cathédrale, par son testament, domum Diablentes quam meo opere aedificavi, et quidquid undique in oppidum Diablintis juxta ripam Aroenae (Aron) fluvii comparavi, expecto res antiquas sanctae ecclesae Diablinticae; et dans le même testament nomme aussi villa Marciliaco, sita secus Diablintas, aujourd’hui Marcillé-la-Ville[12].

En 710, un autre évêque du Mans, appelé Beraire, fonde un monastère dit Caladunum, in pago Cenmanico, in condita Diablintica.

En 777, saint Aldric, évêque du Mans, mentionne villam ad Mansiones in vicaria Diablintica qui est Mésangers près d’Évron.

Au IXe siècle, Diplômes de Charlemagne et de Louis-le-Débonnaire confirme à l’église du Mans diverses possessions situées in vico Diablintico et le nom de monasteriolum Sancti Martini in Diablintico[13],[14].

À la fin du Xe siècle, le territoire des Diablintes allait former la partie occidentale du comté du Maine. La ville de Mayenne, peu à peu, prend de l'importance, se développe, et devient capitale des Diablintes, à la place de Jublains.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'ABBE (Philippe). La geographie royalle, presentée au tres-chrestien Roy de France. (1673), p. 107
  2. LACROIX (Jacques), Les noms d'origine gauloise: la Gaule des Combats., (2003), p. 124.
  3. site de l'Inrap
  4. film du site (2010), archéologue responsable Elven Le Goff
  5. film du site (2013), archéologue responsable Elven Le Goff
  6. HOLLARD (D.) Aperçus sur les images monétaires gauloises et la Mythologie celtique. Bull. trim. du groupe Île-de-France de Mythologie Française, lettre no 83(2012), p. 3-14. de France
  7. BELLOGUET (Roger de), Ethnogénie gauloise (1872) 252-253
  8. MARTIN (George A. D.). Normandie, terre du Graal: au cœur de la légende. (2005), p. 28, 31.
  9. KRUTA (Venceslas). Les celtes, Histoire et Dictionnaire, (2000), p. 69.
  10. TROUILLARD (Charles). Origines féodales et religieuses du Bas-Maine. (1868), p. 15.
  11. Dom PLOTIN. Histoire de l'Église du Mans, t. I, p. 124.
  12. La BORDERIE (Arthur Le MOYNE de) Diablintes, curiosolites et corisopites : géographie gallo-romaine de l'Armorique. (1879), p. 5-6.
  13. CAUVIN, Géographie ancienne du diocèse du Mans, article Diablens, p. 296, 297, et aussi p. 92, 256, 394, 406, 526
  14. Le FIZELIER (Jules) Études sur la géographie ancienne du Bas-Maine, Arvii et Diablintes, Comptes rendus du Congrès de la Sté franc. d’Archéologie, (1878), p. 29-35.

liens[modifier | modifier le code]

La cité gallo-romaine de Jublains

Cuisine des Diablintes

Articles connexes[modifier | modifier le code]