Aubert d'Avranches

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Le songe de Saint Aubert, sculpture à l'abbaye du Mont-Saint-Michel .
Reliquaire du chef (crâne) de Saint Aubert à la basilique Saint-Gervais d'Avranches.
Fontaine Saint-Aubert.

Saint Aubert (né en 660, mort vers 725), fut un évêque d’Avranches (Manche) qui a fondé le Mont Saint-Michel au VIIIe siècle. Il est fêté le 10 septembre.

Biographie légendaire[modifier | modifier le code]

Saint Aubert naquit aux environs d'Avranches dans la famille des Seigneurs de Genêts, au temps du roi Childebert IV. Il est élu évêque d'Avranches en 704 à la mort de son prédécesseur[1].

Le récit légendaire et hagiographique[2] raconte la légende de Saint Aubert et du dragon. L'évêque délivra ses fidèles d'un dragon harcelant leurs troupeaux : par le signe de la croix et en jetant son étole sur l'animal, il lui commanda de rejoindre la mer et de ne plus réapparaître[1].

La même hagiographie rapporte qu'après avoir été le témoin d'un combat entre l'archange saint Michel et un dragon débuté sur le mont-Dol et achevé sur le mont Tombe, il a reçu de l’archange Michel l’ordre d’entreprendre la construction à l'endroit où il a vaincu le Malin, le mont Tombe, à l'instar du Mont Gargano en Italie où l’archange était déjà honoré depuis le Ve siècle[3] : en 708, saint Aubert eut une vision dans laquelle l’archange Michel lui ordonnait d’édifier une église sur l’île de marée rocheuse à l’embouchure du Couesnon. Ce rocher escarpé s'élevait, aride et solitaire, dans une baie formée par la réunion des côtes de la Normandie et de la Bretagne. Une nuit, Aubert a reçu trois fois, au cours de son sommeil, l'ordre de l'Archange Saint Michel de faire ériger sur le Mont Tombe une église en son honneur, mont où il se retirait pour s'y livrer à la prière et à la méditation. Vu l'état de cette pointe rocheuse, à peine rattachée au continent, couverte de broussailles et de ronces et seulement habitée, outre les bêtes sauvages, par quelques ermites, il jugea cela impossible et pensa d'abord à un tour du malin. Ce n'est que la troisième fois qu'il obéit après que l'archange, afin de mettre fin à ces hésitations, appuya fortement le doigt sur son front et y laissa une empreinte. Aubert se réveilla avec un creux sur le front et comprit la véracité de l'ordre du saint[4].

Des événements providentiels le guidèrent dans sa tâche : un rond de rosée, un matin de septembre, lui indiqua la forme ronde de l'oratoire, un taureau attaché en montra l'emplacement. Une source d'eau douce jaillie miraculeusement de la pierre dure fut trouvée (l'emplacement correspond aujourd'hui à la fontaine Saint-Aubert), un puits creusé, la place nivelée. Une pierre cultuelle païenne (ancien menhir ?) à cet emplacement ne fut renversée par un fermier des environs, nommé Bain et ses douze fils, que par l'intervention miraculeuse de son dernier nouveau né dans les bras d'Aubert qui l'appuya contre la pierre. Après un nouveau songe, Aubert envoya deux moines chercher au sanctuaire du Mont Gargano en Italie, dédié à saint Michel et ses reliques du lieu. Puis, le 16 octobre 709, l'évêque fit la dédicace de l'église et y installa un chapitre de douze chanoines. Le Mont Saint-Michel quitta son appellation de « Mont Tombe » pour prendre celui de Mont-Saint-Michel-au-péril-de-la-Mer : l'abbaye du Mont-Saint-Michel était née[4].

À sa mort, il fut enterré selon ses vœux dans le chœur du Mont-Saint-Michel, la tête vers l’autel, les chanoines prenant sa tête et son bras droit pour en faire des reliques. Un récit d'Invention de reliques raconte que son corps fut retrouvé lorrsqu'il fut volé par un chanoine en 1109 mais retrouvé miraculeusement par l'abbé Hildebert Ier[5]. Le crâne de l'évêque (appelé « chef de saint Aubert » portant le stigmate du doigt de l’archange : trépanation ? Tumeur épidermoïde d'un homme âgé mais non préhistorique comme d’aucuns l'ont prétendu[6]?), vénéré par les pèlerins, fut sauvé des affres révolutionnaires en 1792 par un médecin (Louis-Julien Guérin prend prétexte de sa qualité de médecin pour récupérer à des fins d'étude la relique du crâne. La paix revenue, il la restitue au clergé avranchinais), tandis que le reliquaire de son bras a disparu. En 1856, son crâne fut transféré à la basilique Saint-Gervais-et-Saint-Protais d'Avranches, où il est conservé depuis dans son trésor[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Patrice de Plunkett, Les romans du Mont Saint-Michel, Éditions du Rocher,‎ 2011, 318 p. (ISBN 2268071472)
  2. Texte de la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis in monte Tumba (plus souvent abrégé en Revelatio) fut rédigé au début du IXe siècle par un chanoine du Mont-Saint-Michel.
  3. Archange apparu le 8 mai 490 à l'évêque Lorenzo Maiorano (autre version : le 8 mai 492 à un bouvier) dans l’éperon de la botte du Monte Sant'Angelo où il laissa comme témoignage un voile de couleur violette et l'empreinte de son pied dans un marbre
  4. a et b Jean Huynes, Louis de Camps, Estienne Jobart, Histoire générale de l'abbaye du Mont Saint-Michel au péril de la mer, diocèse d'Avranches, province de Normandie, etc., A. Le Brument,‎ 1872, 270 p. (lire en ligne)
  5. De translatione et miraculis beati Autberti, manuscrits de la bibliothèque municipale d’Avranches : ms. 211, f. 22v-26 (a’), et ms. 213, f. 143v-146 (C).
  6. Emmanuel Poulle, « Le crâne de saint Aubert entre mythe et histoire », Revue de l’Avranchin, vol. 76,‎ 1999, p. 167-188