Au clair de la lune
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Au clair de la lune est une chanson populaire française anonyme du XVIIIe siècle. On l'attribue parfois au musicien Jean-Baptiste Lully.
En 1886, Camille Saint-Saëns, dans Le Carnaval des animaux, cite à la clarinette les premières notes de la comptine dans le mouvement des Fossiles. Ce mouvement, particulièrement comique, pastiche quelques airs populaires français.
Illustration parue en 1866 dans les Chansons nationales et populaires de France de Théophile Marion Dumersan.
Sommaire |
Paroles [modifier]
-
- 1.
- Au clair de la lune,
- Mon ami Pierrot,
- Prête-moi ta plume
- Pour écrire un mot.
- Ma chandelle est morte,
- Je n'ai plus de feu ;
- Ouvre-moi ta porte,
- Pour l'amour de Dieu.
-
- 2.
- Au clair de la lune,
- Pierrot répondit :
- « Je n'ai pas de plume,
- Je suis dans mon lit.
- Va chez la voisine,
- Je crois qu'elle y est,
- Car dans sa cuisine
- On bat le briquet. »
-
- 3.
- Au clair de la lune,
- L'aimable Lubin
- Frappe chez la brune,
- Ell' répond soudain :
- — Qui frapp' de la sorte ?
- Il dit à son tour :
- — Ouvrez votre porte
- Pour le dieu d'amour !
-
- 4.
- Au clair de la lune,
- On n'y voit qu'un peu.
- On chercha la plume,
- On chercha le feu.
- En cherchant d'la sorte,
- Je n'sais c'qu'on trouva ;
- Mais je sais qu'la porte
- Sur eux se ferma...
Une autre version :
-
- 3.
- Au clair de la lune,
- S'en fut Arlequin
- Tenter la fortune
- Au logis voisin :
- « Qui frappe à la porte ?
- Dit-elle à son tour,
- — Ouvrez votre porte
- Pour le dieu d'amour ! »
Version enfantine [modifier]
Une comptine sur l'air d'Au clair de la lune commence ainsi :
- J'ai vu dans la lune
- Trois petits lapins
- Qui mangeaient des prunes
- Au fond du jardin,
- La pipe à la bouche,
- Le verre à la main,
- En disant : « Mesdames !
- Servez-nous du vin ! »
Critique d'un tableau de Pierre-Auguste Vafflard [modifier]
Au Salon de peinture de 1804, Pierre-Auguste Vafflard exposait un tableau représentant le poète anglais Edward Young enterrant sa belle-fille de nuit (car de religion protestante). Un critique anonyme composa ces paroles sur l'air d'Au clair de la lune, à propos du monochromisme du tableau :
- « Au clair de la lune
- Les objets sont bleus
- Plaignons l'infortune
- De ce malheureux
- Las ! sa fille est morte
- Ce n'est pas un jeu
- Ouvrez-lui la porte
- Pour l'amour de Dieu. »
Autres versions [modifier]
Il existe de nombreuses autres interprétations et adaptations, certaines insérant des morceaux de mélodie originale ou changeant tout ou une partie des paroles, telles que les versions de Charles Trenet ou Colette Renard, cette dernière est à déconseiller aux enfants, s'agissant d'une version paillarde.
Commentaires [modifier]
En prosodie classique, le texte de « Au clair de la lune » compte cinq syllabes par vers, rimes croisées féminines et masculines. Mais, sans y rien toucher, la chanson alterne vers de cinq et six syllabes puisque, surnuméraire, le e des rimes féminines est prononcé :
- Au-clair-de-la-lu-NE (6)
- Mon-a-mi-Pier-rot (5)
- Prête-moi-ta-plu-ME (6)
- Pour-é-crire-un-mot (5)
Le gabarit de « Au clair de la lune » sera repris successivement par Marceline Desbordes-Valmore, Arthur Rimbaud et Paul Valéry :
- Marceline Desbordes-Valmore, pionnière du vers impair au XIXe siècle, décalque le format de « Au clair de la lune » et l'applique à « Ma chambre », poème lunaire de 1843 :
- Ma demeure est haute,
- Donnant sur les cieux ;
- La lune en est l’hôte
- Pâle et sérieux.
- (…)
- Arthur Rimbaud en fait autant pour « L'Éternité » en 1872, invoquant non plus la lune mais le soleil ; nouveauté rimbaldienne, la rime facultative :
- Elle est retrouvée.
- Quoi ? - L'Éternité.
- C'est la mer allée
- Avec le soleil.
- (…)
- Un symboliste souscrira à son tour à la forme sélénet, dans des vers de circonstance : Paul Valéry s’adressant au Dr Edmond Bonniot, gendre de Mallarmé (cf. Chronique des ventes et catalogues, JP Goujon dans Histoires littéraires n°29, janv. fev. mars 2007, p. 217) :
- Au clair de la lune
- Mon cher Bonniot
- J'ai perdu mon rhume
- Qui t'a pris au mot
- (...)
D'après certaines sources[1] la version originale la chanson disait Prête-moi ta lume plutôt que Prête-moi ta plume. Lume vient du mot lumière et c'est ce dont on a besoin pour écrire lorsque la chandelle est morte. On a donc la demande, « la lumière (lume) pour écrire un mot » et la justification de cette demande, « ma chandelle est morte, je n'ai plus de feu ». Il faut donc du feu pour rallumer la chandelle et avoir ainsi de la lumière (lume). Cette version est plus cohérente avec la voisine qui bat le briquet, c'est-à-dire qui allume son feu, et pourra rallumer la chandelle. Ce sens est perdu avec « Prête-moi ta plume ».
Cependant la version officielle serait cohérente si le protagoniste cherchait deux choses : une plume pour écrire et du feu pour sa chandelle. Ainsi dans le premier couplet la demande de feu serait alors sous-entendue dans « ma chandelle est morte je n'ai plus de feu ». Dans le second couplet la version modifiée donnerait « je n'ai pas de lume, je suis dans mon lit » ce qui signifierait que puisque Pierrot est dans son lit alors il a déjà éteint ses lumières. Mais la version originale « je n'ai pas de plume, je suis dans mon lit » peut être toute aussi logique si Pierrot explique qu'il n'a pas de plume pour son ami et qu'il est dans son lit (sous entendu qu'il a déjà éteint le feu de ses chandelles). De même, pour le quatrième couplet, la version modifiée « on chercha la lume, on chercha du feu » produirait une phrase redondante, alors que la version officielle « on chercha la plume, on chercha du feu » contient deux informations.
À travers des termes comme lubin (moine dépravé), chandelle, battre le briquet (désigne l'acte sexuel)[2] et le dieu d'amour, les paroles ont des sous-entendus sexuels. Ainsi, rallumer le feu (l'ardeur) lorsque la chandelle est morte (le pénis au repos) en allant voir la voisine qui « bat le briquet » peut être interprété de façon lubrique.
Mélodie [modifier]
La mélodie peut être décrite ainsi selon le code Parsons : RRUUDDUDRD.
- Version chantée sur les variations de Matteo Carcassi (1792-1853), vidéo de décembre 2012
Plus vieil enregistrement audio du monde [modifier]
| Fichier audio |
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| Écouter l'enregistrement de 1860 (info) |
Édouard-Léon Scott de Martinville a enregistré la séquence « Au clair de lune » en 1860, dans ce qui semble être le plus ancien enregistrement d'une voix actuellement connu[3].
Références [modifier]
- Sur le changement de lume en plume cf. Victor Proetz : The astonishment of words. An experiment in the comparison of languages. Austin : University Texas Press, 1971, p. 4 ; William Rose Benét : The Reader's Encyclopedia. New York : Crowell, 1955, p. 58.
- http://www.expressio.fr/expressions/battre-le-briquet.php
- « Au clair de la lune », le plus vieil enregistrement du monde, Libération, 28 mars 2008
Voir aussi [modifier]
Articles connexes [modifier]
Liens externes [modifier]
- Sélénets de Gilbert Farelly, sur la forme fixe inspirée de « Au clair de la lune ».