Attentat de l'hôtel King David

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31° 46′ 27.73″ N 35° 13′ 21.42″ E / 31.7743694, 35.2226167

L'hôtel après l'explosion

L'attentat de l'hôtel King David a été perpétré le 22 juillet 1946. Cette attaque à la bombe a été préparée et menée par l'organisation extrémiste juive de l'Irgoun et visait les autorités britanniques dont les bureaux étaient situés au sein de l'hôtel King David à Jérusalem, alors en Palestine mandataire. Cet attentat a fait 91 victimes et 46 blessés.

Historique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Irgoun.

À la suite de différentes attaques de la part de l'Irgoun qui combat la présence anglaise, les autorités britanniques lancent le 29 juin, l'opération Agatha, avec pour but le démantèlement des différentes cellules de l'organisation juive. Des documents contenant des informations importantes sur les organisations telles que la Haganah sont saisis à l'Agence juive, des caches d'armes découvertes et plusieurs milliers de personnes arrêtées[1],[2].

L'hôtel[modifier | modifier le code]

Présentation des lieux[modifier | modifier le code]

L'hôtel en 1931

L’hôtel King David, un des hôtels les plus prestigieux de l'époque, abrite alors au sein de son aile sud, le secrétariat du gouvernement britannique de Palestine, le commandement militaire et une branche de la division d'investigation criminelle. C'est cette dernière qui détient les documents importants sur les groupes armés sionistes récupérés lors de l'opération Agatha. L'Irgoun a donc tout intérêt à faire disparaitre ces documents avant leur utilisation par le gouvernement britannique. Les bureaux des différents services britanniques sont répartis sur cinq niveaux de l'aile sud et deux niveaux de la partie centrale[3].

La sécurité[modifier | modifier le code]

Les autorités britanniques ont sécurisé l'accès à l'aile sud du bâtiment avec des barbelés ainsi que plusieurs points de contrôle. Il faut donc montrer patte blanche pour accéder à cette partie de l'hôtel. Une mitrailleuse avec un puissant projecteur pour éclairer la zone la nuit a même été placé sur le toit d'un bâtiment annexe. Seul le sous-sol n'est pas sécurisé et c'est cette faille que vont exploiter les terroristes[4].

L'attaque[modifier | modifier le code]

Le 22 juillet, vers 12h, une camionnette de livraison se présente à l'entrée de service de l'hôtel. À l'intérieur plusieurs membres de l'Irgoun habillés en arabes[5]. Descendus de leur véhicule ils pénètrent dans le bâtiment se faisant passer pour des livreurs de lait transportant avec eux plusieurs bidons. Puis, pendant que certains d'entre eux tiennent en respect le personnel de cuisine, d'autres se dirigent par le tunnel du sous-sol jusque sous l'aile sud du bâtiment, où ils placent leurs charges explosives. Au même moment une détonation est entendue émanant d'une rue voisine de l'hôtel, à la suite de l'explosion d'une grenade lancée sous un camion-citerne, et ce dans le but de détourner l'attention de l'action en cours à l'hôtel. Dans le même temps, un officier anglais blessé par balle lors d'une rencontre fortuite avec les terroristes quelques minutes avant dans un des couloirs de l'hôtel, arrive à remonter au rez-de-chaussée et donne l'alerte[6]. Les terroristes prennent alors la fuite dans une auto garée à l'extérieur de l'enceinte de l'hôtel. Au moins deux d'entre eux sont blessés par balle lors de leur fuite. A 12h37[7], une explosion secoue le bâtiment et une partie de l'aile sud s'effondre ensevelissant plusieurs dizaines de personnes. Néanmoins d'autres bombes non explosées seront découvertes par la suite dans le sous-sol du bâtiment prouvant que l'explosion aurait pu réduire en cendres une partie plus importante de l'hôtel, mais que dans la précipitation, les terroristes n'ont pu exécuter leur mission jusqu'au bout[8]. D'ailleurs le consulat général de France situé à une centaine de mètres de l'hôtel reçoit, une dizaine de minutes après l'explosion, un coup de fil anonyme le prévenant d'une explosion imminente à l'hôtel[9]. Ce qui permet de penser qu'effectivement les terroristes ont déclenché leur explosion trop tôt et de façon incomplète.

Les victimes[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative posée devant l'hôtel lors du 60 e anniversaire de l'attentat.[note 1]

Six survivants seront extraits des décombres par les équipes de recherches alors qu'au total 91 morts sont dénombrés dont 28 Britanniques, 41 Arabes, 17 Juifs Palestiniens, 2 Arméniens, un Russe, un Grec et un Égyptien. 46 personnes sont plus ou moins grièvement blessées. Côté Irgoun, un des terroristes sera retrouvé mort et un de ses complice blessé au cœur de la vieille ville de Jérusalem par la police[10].

Conséquences[modifier | modifier le code]

L'attentat est condamné de toute part que ce soit par les Arabes, les Juifs, le gouvernement britannique ou les autres États[11]. Le commandement britannique est mis à mal car, selon l'Irgoun[8], un appel anonyme lui aurait été passé avant l'explosion, conseillant l'évacuation du bâtiment. Cet appel n'aurait pas été pris en compte et aurait donc augmenté le nombre de victimes de l'attentat. Les britanniques n'ont jamais reconnu avoir reçu un tel coup de fil. Cet attentat va conforter le gouvernement britannique dans sa politique pro-arabe[12] mais va aussi l'amener petit à petit à un retrait progressif de sa présence en Palestine, jusqu'à son départ total à l'heure de la création d'Israël en mai 1948.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La plaque commémorative fait état de 92 morts car les autorités israéliennes ont souhaité ajouter au décompte des victimes, le terroriste décédé. Au grand dam des britanniques qui n'ont guère apprécié ce mélange des victimes de la bombe avec leur auteur.

Références[modifier | modifier le code]

René Neuville (Consul général de France en Palestine), Attentat du 22 juillet contre le siège du Gouvernement et le Quartier Général britannique, Diplomatie France,‎ 24 juillet 1946 (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article[PDF]

Lien externe[modifier | modifier le code]

[image]René Neuville, consul général de France en Palestine, « Plan schématique des lieux de l'attentat », Diplomatie France,‎ 24 juillet 1946