Atlantropa

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Vue d'artiste de la région méditerranéenne avec le projet Atlantropa.

« Atlantropa » est le nom donné à un projet prévoyant la construction d'un immense barrage au niveau du détroit de Gibraltar, ce qui aurait permis de fermer la mer Méditerranée. Il a été proposé pour la première fois le 1er mars 1928 par l'architecte allemand Herman Sörgel (en).

Le projet[modifier | modifier le code]

Organisation[modifier | modifier le code]

Carte du projet Atlantropa (en allemand).

La base constitutive du projet était la construction d'un immense barrage hydro-électrique de 35 km de long au niveau du détroit de Gibraltar, ce qui aurait permis d'isoler la mer Méditerranée de l'océan Atlantique. Ce barrage aurait eu un débit de plus de 88 000 mètres cubes d'eau par seconde, ce qui aurait permis la production d'au moins 50 000 mégawatts[1], soit environ l'équivalent de 31 EPR. Ce barrage fut dessiné par Bruno Siegwart, et devait comprendre des usines hydroélectriques souterraines, ainsi qu'un jeu de canaux et d'écluses. Ces dernières devaient être signalées du côté Atlantique par une tour haute de plus de 400 mètres[2].

Afin de limiter sa hauteur, le barrage avait été dessiné en forme de coude afin qu'il se trouve le plus possible dans des zones d'eau peu profonde. En effet, ainsi, seule une section de cinq kilomètres aurait été située dans une zone d'eau plus profonde au lieu de douze kilomètres, la largeur du détroit.

Cette construction aurait permis de limiter l'approvisionnement en eau de la mer Méditerranée, dont le niveau aurait diminué de 20 % (la mer aurait totalement disparu en moins de 2 000 ans si la perte était d'un mètre par an[1]). Selon des calculs, si le niveau de la mer diminuait de 80 cm par an, il aurait fallu deux siècles pour atteindre le niveau souhaité[2]. Ceci aurait permis de gagner 233 000 km2 de friches, soit quasiment la superficie de la Roumanie, principalement au niveau de l'Afrique du Nord[1].

De plus, deux voies ferrées étaient prévues, ce qui aurait permis de relier Berlin, Rome et Le Cap.

Le projet prévoyait aussi la construction d'un second barrage de plus petite envergure entre la botte italienne, la Sicile et la Tunisie. La mer Méditerranée aurait alors été divisée en deux bassins, celui occidental d'un niveau inférieur de 100 mètres à la normale alors que le niveau du bassin oriental aurait été inférieur de 200 mètres. Le barrage entre ces deux bassins aurait lui aussi permis la production d'énergie électrique, ceci dans l'optique d'un épuisement à long terme des ressources en charbon et en pétrole.

L'Europe aurait ainsi eu en sa possession des moyens de production d'énergie suffisants pour tout son territoire.

Herman Sörgel avait prévu la production d'électricité grâce aux lacs africains. Celle-ci aurait été transmise en Europe grâce à trois lignes très haute tension. La première serait passée par le détroit de Gibraltar, la seconde aurait bordé la mer Méditerranée par l'Égypte, la Palestine et la Syrie pour entrer en Europe par l'intermédiaire de la mer Noire et de la vallée du Danube. La troisième aurait été établie grâce à la pose d'un câble sous-marin entre l'Afrique du Nord et l'Italie via la Sicile[3].

L'abaissement du niveau de la mer Méditerranée aurait provoqué l'assèchement de quasiment toutes les villes et ports en bordure de celle-ci. L'architecte Peter Behrens imagina et dessina des digues pour maintenir en eau les ports historiques comme Gênes ou Venise, ainsi que les plans de nouveaux ports à construire[2].

Un barrage devait être construit sur le fleuve Congo afin de créer un très important lac artificiel. Une partie de l'eau de ce lac devait permettre d'irriguer le Sahara en passant par le lac Tchad[2].

Objectifs[modifier | modifier le code]

Le projet visait principalement la production d'énergie, l'acquisition de nouvelles terres par l'abaissement du niveau de la Méditerranée, et enfin l'union entre les continents européen et africain. Ceci était la solution proposée par Herman Sörgel pour résoudre les problèmes de la civilisation européenne : l'Europe aurait eu un approvisionnement intarissable en énergie (carburant et électricité), et ceci aurait permis d'unir les Européens dans un projet pacifique commun, tout en fournissant de nouvelles terres pour l'agriculture et l'industrie tout en reliant le continent à l'Afrique.

Ceci aurait aussi permis en d'autres termes de rattacher l'Europe à l'Afrique, ce qui aurait pu avoir de nombreux effets d'après son inventeur : sécurisation des apports en matières premières, irrigation du Sahara, création d'un centre mondial géopolitique à Genève.

Enfin, Atlantropa aurait permis d'assurer de façon certaine des marchés industriels et commerciaux à l'Europe.

Promotion[modifier | modifier le code]

La porte du barrage de Gibraltar dessinée par Peter Behrens en 1931.

Bien qu'incomplet alors, le projet fut pour la première fois exposé au public en . À l'époque, le New York Times publia un article à ce sujet. Herman Sörgel fut alors invité à l'exposition universelle de Barcelone en 1929[1].

Une exposition ambulante se déplaçait en Allemagne et en Autriche afin de promouvoir le projet, et aussi afin de collecter des fonds en vue du démarrage des travaux. Ceci était géré par « l'Atlantropa-Union ». L'exposition se déplaça en 1930 à Munich, en 1931 à Essen, Hambourg et Berlin et en 1932 à Zurich, Munich et Dortmund et provoqua l'étonnement de ses visiteurs. Ceci entraîna par la suite une déferlante d'articles, livres, conférences, films et nouvelles expositions, ce qui prouve l'intérêt provoqué par le projet.

Avec l'arrivée en 1933 au pouvoir du NSDAP, Herman Sörgel nourrit de plus grandes ambitions à propos de son projet. Il noue des contacts auprès du nouveau pouvoir, expose son projet, fournit de nombreux plans et dessins. Mais malheureusement pour lui, les Allemands n'avaient pas les mêmes projets que lui : Adolf Hitler avait déjà exprimé sa volonté dans Mein Kampf d'étendre l'emprise de l'Allemagne non vers le sud, mais vers l'est.

Herman Sörgel fut aussi invité à présenter son projet à l'exposition universelle de New York en 1939.

Le romancier John Knittel dans son livre Amédée écrit en 1939, met en scène un ingénieur suisse convaincu de la nécessité de ce projet. À plusieurs reprises ce roman explique cette grande idée. L'avant-propos nous apprend que « l'auteur, d'accord avec Herman Soergel, a exposé le projet d'Atlantrope dans le présent volume, par le truchement de son principal personnage ».

Herman Sörgel et Atlantropa[modifier | modifier le code]

Le projet Atlantropa aura occupé l'existence d'Herman Sörgel à partir de 1928 et ce jusqu'à son décès en 1952. Il aura tout au long de sa vie essayé de promouvoir son projet. À travers ce projet, l'architecte voulait créer un centre géopolitique mondial, un nouveau continent, qui aurait permis l'union de l'Afrique et de l'Europe. Rien ne semblait insurmontable pour l'architecte, pas même l'arrivée de l'énergie nucléaire.

En formulant le projet d'Atlantropa, Herman Sörgel avait un objectif de rayonnement mondial. En effet, le monde aurait ainsi été divisé en trois « A » : Amérique, Atlantropa, Asie. Il croyait que ce serait le seul moyen pour l'Europe de tirer son épingle du jeu face aux capitaux américains et à la population asiatique. De plus, l'Europe aurait ainsi un accès direct et privilégié aux matières premières africaines[4].

Herman Sörgel avait mis en place son projet avant tout pour l'Homme, afin de promouvoir l'Homme nouveau. Il voulait résoudre les problèmes que connaissait la civilisation européenne. Il écrivait : « Soit Atlantropa, soit le déclin du monde ».

Afin de mettre toutes les chances de son côté, l'architecte fit appel à plusieurs de ses collègues ou ingénieurs :

  • La pièce maîtresse de son projet, le barrage du détroit de Gibraltar, fut dessinée par son collaborateur le plus proche, l'ingénieur Bruno Siegwart, le directeur de la compagnie Royal Dutch Shell[2].
  • L'architecte Peter Behrens réalisa des projets de construction de nouveaux ports, et évoqua aussi l'idée de protéger les plus beaux et anciens ports[2].
  • Enfin, Erich Mendelsohn se chargea de l'aménagement de la Palestine, qui suite à l'abaissement du niveau de la mer Méditerranée aurait disposé d'un territoire plus important. Ces éléments auraient pu permettre la résolution du conflit israélo-palestinien avant son commencement, et l'installation de colonisateurs juifs[2].

Herman Sörgel a produit de nombreux textes, dessins et plans afin d'étayer son projet et de le rendre crédible. Ses travaux les plus importants et les plus nombreux ont globalement été publiés avant l'arrivée au pouvoir des nazis. Ceux-ci ne considéraient pas le projet intéressant, car leur vision expansionniste était plus tournée vers l'est. De plus, Herman Sörgel avait une vision pacifiste dans son projet, ce qui n'était pas le cas du nazisme. Ceci valut à Sörgel l'interdiction de publication en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale.

Il voyait la construction et le mouvement dans la ville un peu de la même manière que Fritz Lang dans son film Metropolis.

Les problèmes[modifier | modifier le code]

Herman Sörgel considérait certains problèmes soulevés comme peu importants. Ces problèmes allaient des risques de changements climatiques aux risques terroristes, en passant par le destin de l'Afrique. Certains[Qui ?] ont aussi accusé Herman Sörgel de vouloir établir la paix, mais ceci au prix de la domination de l'Afrique par les Européens.

On peut enfin citer les nombreux et très importants problèmes écologiques, ainsi que d'importants risques tectoniques.

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

  • Dans Le Maître du Haut Château de Philip K. Dick (1962), le projet Atlantropa a été plus ou moins suivi, la mer Méditerranée ayant été vidée et remplacée par d'immenses espaces fertiles.
  • Dans le diptyque Ilium et Olympos de Dan Simmons, la mer Méditerranée a également été vidée et remplacée par des terres arables.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Herman Sörgel, Atlantropa, Zurich, Fretz et Wasmuth, 1932.
  • (de) Wolfgang Voigt, Atlantropa: Weltbauen am Mittelmeer. Ein Architektentraum der Moderne. Dölling und Galitz, Hamburg 1998 (ISBN 3-933374-05-7).
  • (fr) Courrier International, L'Atlas des atlas, Arthaud, 2008 (ISBN 978-2700301687), p. 170-173 : Atlantropa, le rêve fou d'un architecte visionnaire, par Stefan Jonsson.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Volker Lange, « Immer der Sonne nach ! », in Morgenwelt (15 février 2006) [lire en ligne].
  2. a, b, c, d, e, f et g Stefan Jonsson, « Atlantropa, le rêve fou d'un architecte visionnaire », in Courrier International (mars 2005) [lire en ligne].
  3. « ATLANTROPA », in National Museum of American History [lire en ligne].
  4. (de) Von Lars Ole, « Der Traum von Atlantropa », in ZDF (3 janvier 2003) [lire en ligne].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]