Atelier Kane Kwei

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'atelier Kane Kwei est un atelier de menuiserie-sculpture basé dans la ville de Teshie au Ghana (5° 35′ 16″ N 0° 05′ 59″ O / 5.587742, -0.09961 ()5° 35′ 16″ N 0° 05′ 59″ O / 5.587742, -0.09961 ()), dont l'activité est centrée sur la production de cercueils et notamment de « cercueils de fantaisie ». Depuis 2005, il est dirigé par Eric Adjetey Anang et son père Cedi Anang, fils de Seth Kane Kwei.

L'atelier Kane Kwei
mise en scène Guy Hersant le 10 janvier 2010

Historique[modifier | modifier le code]

Paa Joe, le plus fameux apprenti de Kane Kwei
Palanquin figuratif; dessin de Ataa Oko (1918-2012)

Seth Kane Kwei (1922-1992) était un charpentier menuisier établi à Teshie, dans les faubourgs d’Accra au Ghana. Il était considéré longtemps comme l'inventeur des cercueils fantaisie dans les années 1950. Ces cercueils étaient liés avec les palanquins figuratifs que les rois Ga utilaient avant[1],[2],[3] des design coffins ou fantasy coffins, en français « cercueils de fantaisie », et en langue Ga (ethnie prédominante de la région d’Accra) Abebuu adekai (« boîtes à proverbes »). Seth Kane Kwei fut le premier artiste à rendre célèbres ses cercueils figuratifs à l'étranger.

Si quelques unités avaient été acquises dans les années 70 par des galeristes américains (Vivian Burns en 1973, Ernie Wolfe[4], tous deux établis à Los Angeles) c’est à partir de 1989 que les cercueils de Kane Kwei ont accédé à une reconnaissance internationale en tant qu’œuvres d’art éphémère, emblématique de la création contemporaine en Afrique. Leurs présentations successives dans les expositions Les Magiciens de la terre (Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou et Grande Halle de la Villette, Paris, 1989 – Commissaire Jean-Hubert Martin[5],[6]) et Africa Explores (New Museum of Modern Art, New York, États-Unis, 1992 – Commissaire Susan Vogel[7]) ont été déclencheurs de cette reconnaissance.

L’utilisation de ces cercueils lors des funérailles en pays Ga (peuple) s’est généralisée dès le début des années 1960, devenant de facto une véritable tradition.

Au décès de Kane Kwei, son fils Sowah prend la relève à la tête de l’atelier puis ce fut le tour de Cedi – cadet de Sowah – après la disparition de ce dernier en 1999. Depuis 2005, Eric Adjetey Anang (né en 1985, fils de Cedi) s’attache à dynamiser la créativité de l’atelier par l’introduction de nouveaux modèles, la création de meubles réalisés dans le même esprit et avec les mêmes techniques que les cercueils.

Une dizaine d’ateliers établis à Teshie et dans la région d’Accra produisent des cercueils apparentés. Quelque patrons sont d’anciens apprentis de Kane Kwei ou de ses successeurs. Parmi eux, on trouve ceux de Paa Joe à Pobiman, Paa Willie à Nungua (mort en 2009, son fils Odai a repris son atelier), Tei à Dorwanya, Daniel Mensah (Hello) et Lay à Teshie, Tetteh à Amasaman, Tetteh Red à Ningo, Eric Kpakpo à La ou encore Kudjoe Affutu à Awutu (Central Region).


L'atelier depuis 2005[modifier | modifier le code]

L’Atelier Kane Kwei utilise des bois légers comme le wawa (bois blanc) ou l'emien pour les cercueils destinés à des funérailles. Ceux voués à l’exportation en tant qu’œuvres d’art sont réalisés à partir d’essences plus nobles et aussi plus chères, comme le limba ou l'acajou d’Afrique.

L’Atelier Kane Kwei est profondément ancré dans la tradition Ga, tant par la genèse de ses productions, par les protocoles encadrant leur utilisation locale, que par son type de fonctionnement basé sur une main d’œuvre d’apprentis dont le nombre peut atteindre une dizaine. À la fin de l’apprentissage qui dure de deux à cinq ans, une cérémonie traditionnelle est organisée. À cette occasion, l’apprenti doit verser une somme d’argent, faire don de boissons alcoolisées, d’un parasol, d’une paire de sandales au patron de l’atelier et un certificat lui est remis[8],[9].

Le processus de fabrication des cercueils débute par l’observation scrupuleuse de documents visuels reproduisant le modèle considéré – voire du modèle lui-même, une poule vivante par exemple – immédiatement suivie par son interprétation en trois dimensions. Ni plans ni croquis ne sont réalisés en préalable à leur fabrication. Une fois l'assemblage réalisé, le cercueil est poncé et les éventuelles fissures sont bouchées au plâtre de Paris. Deux couches de peinture d'apprêt sont passées au pistolet avant de procéder à la décoration peinte elle-même. L'intérieur de l'objet fait aussi l'objet d'une grande attention dans la manière d'apprêter et de présenter la garniture en tissu.

A l’initiative de l’Atelier, des partenariats artistiques avec des structures occidentales ont été mis en œuvre et des résidences d’artistes étrangers organisées[8],[10].

En 2013, la reconnaissance et la réputation de l'atelier sont à la fois établies au plan local - en tant que fabrique de cercueils - et international - en tant que laboratoire de création artistique. Le rôle que jouent certaines agences de voyage qui inscrivent sa visite à leur programme joue un rôle non négligeable dans cette perspective de fusion des reconnaissances.


Modèles de cercueils créés par l'atelier Kane Kwei (liste non exhaustive)[modifier | modifier le code]

Type objets représentés
Animaux Aigle • Antilope • Baleine • Caméléon • Colombe • Coq • Crabe • Dindon • Écrevisse • Eléphant • Escargot • Langouste • Lion • Paon • Perroquet • Poisson (red fish) • Poisson à rayures • Poisson chat • Poisson tilapia • Porc • Poule • Requin • Sardine • Serpent • Thon • Tortue • Vache • Aulacode (Thryonomys swinderianus) • Raie manta • Doberman
Bâtiments Église catholique • Maison d’habitation • Epicerie • Ferme traditionnelle danoise
Fruits et légumes Ananas • Banane plantainCabosse de cacao • Canne à sucre • Épi de maïs • Noix de palme • Oignon • Piment rouge • Piment vert • Potiron • Carotte • Tomate
Objets Ballon de football • Bible • Container Maersk • Bouteille de bière Star® • Bouteille de Coca-Cola® • Bouteille de soju • Bouteille de vodka • Canette de soda Aquarius® • Chaussure de football • Clé • Eolienne • Épée traditionnelle • Fusil à deux coups • Fusil mitrailleur • Guitare • Journal “Graphic” • Filet de pêche • Louche • Machine à coudre • Marmite • Marteau • Microphone • Moteur hors-bordPiano à queue • Projecteur de cinéma • Rabot • Robot • Sac de farine • Sceptre traditionnel • Scie égoïne • Seringue • Sifflet d’arbitre • Soufflet de forge • Stylo à bille • Stylo à bille et cahier • Tabouret Ashanti • Tambour basse • Tambour parlant • Télécommande • Téléphone mobile • Truelle • Boîte de maquereax • Liasse de billets de banque • Balle de 9mm • Xylophone • Préservatif • Chargeur de Kalashnikov
Véhicules Ambulance • Autobus 32 places • Avion Ghana Airways • Avion KLM • Bateau de croisière • Camion Bedford • Camion benne • Camion de pompiers • Canot de pêche • Char d’assaut • Minibus Volkswagen® • Tracteur • Voiture Mercedes-Benz • Voiture Toyota Corolla • Jet privé
Autre Soleil • Terrain de football

Présence de l'atelier sur la scène culturelle internationale depuis 2005 : voir l'article Eric Adjetey Anang[modifier | modifier le code]

Sélection d’expositions antérieures à 2005[modifier | modifier le code]

Expositions collectives[modifier | modifier le code]

  • 2005 Arts of Africa, Grimaldi Forum, Monaco, France[11]
  • 2005 African Art Now, Museum of Fine Art, Houston, États-Unis.
  • 2005 Sexualität und Tod - AIDS in der Zeitgenössischen Afrikanischen Kunst, RJM Museum, Cologne, Allemagne.
  • 2003 Ghana: hier et aujourd’hui, Musée Dapper, Paris, France[12]
  • 1998 AFRICA Vibrant New Art from a Dynamic Continent, Tobu Museum of Art, Tokyo, Japon.
  • 1996 Neue Kunst aus Afrika, Maison des Cultures du Monde, Berlin, Allemagne.
  • 1993 Skizzen eines Projektes, Ludwig Forum für internationale Kunst, Aachen, Allemagne.
  • 1991 Africa Explores: 20th Century African Art, New Museum of Contemporary Art, New York, États-Unis.
  • 1989 Magiciens de la Terre, National Museum of Contemporary Art - Georges Pompidou Center, La Grande Halle de la Villette, Paris, France.

Expositions individuelles[modifier | modifier le code]

  • 2000 Ein Fisch für die letzte Ruhe, Museum auf dem Ohlsdorfer Friedhof, Hamburg, Allemagne[13].
  • 1998 Kane Kwei, Museum of Contemporary and Modern Art, Geneva, Suisse.
  • 1997 Wie das Leben, so der Sarg...Nam June Paik, Ifa Gallery, Bonn, Allemagne.
  • 1995 Nam June Paik Recent Works, galerie Benamou-Gravier, Paris, France - Oeuvres de Kane Kwei revisitées par Nam June Paik[14].

Site Internet[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. http://actesbranly.revues.org/227
  2. (en) « Kane Kwei », sur culturebase.net (consulté le 1er avril 2010)
  3. Mais l'ethnologue Regula Tschumi avance qu'il y eut, avant les années 50, des charpentiers comme Ataa Oko (1919-2012) qui fabriquaient déjà des palanquins figuratifs; voire la thèse 2013 en allmand de Regula Tschumi et son article en "African Arts" 2013 sur les palanquins figuratifs.
  4. http://travel.yahoo.com/p-travelguide-2813104-ernie_wolfe_gallery_los_angeles-i
  5. http://www.art-contemporain.eu.org/base/chronologie/302.html
  6. http://www.culturebase.net/artist.php?153
  7. http://www.africanart.org/products/37/africa_explores_20th_century_african_art
  8. a et b http://michaeldeforeststudio.blogspot.com
  9. voir aussi Verlet, Martin (2005), Grandir à Nima (Ghana) - Les figures du travail dans un faubourg populaire d'Accra, Ed. IRD-Karthala, sur la question de l'apprentissage professionnel au Ghana
  10. "http://brcdesigns.com/index.php/blog/brc-designs-ghana-coffin-making/
  11. http://www.grimaldiforum.com/fre/culturel/expo_info.aspx?r=48&ID=19
  12. http://www.africultures.com/php/index.php?nav=evenement&no=1148
  13. en allemand : http://rhein-zeitung.de/on/00/11/23/topnews/sarg.html
  14. http://www.fichier-pdf.fr/2011/10/10/revue-noire-n-16-1995/

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Accam, T., Dangme and Klama Proverbs, University of Legon, Ghana, 1972.
  • (en) L. Albertazzi. The magicians convene in Paris / / photographs by Charles Dolfi-Michele. In Contemporanea. 2 (5), July-August 1989, pages 54–61. New York.
  • (en) Karin Barber, Popular Arts in Africa, African Studies Review, 30 (3), 1987, p. 1-78.
  • (fr) Roberta Bonetti,Abebuu adekai chez les Ga du Ghana. Un regard anthropologique sur l’image, in Histoire de l'art et anthropologie, Paris, coédition INHA / musée du quai Branly (« Les actes »), 2009.
  • (en) Roberta Bonetti, Absconding in plain sight. The Ghanaian Receptacles of Proverbs revisited, RES, 55/56, Spring Autumn 2009.
  • (it) Roberta Bonetti, Antropologia di oggetti funerari tra arte, mercato e musei, Quaderni LEA, (3) Bologne, Baiesi, 2008.
  • (en) Roberta Bonetti, Artefacts in Transit, Laboratorio di Etno-Antropologia, (4) Bologne, Baiesi, 2005.
  • (fr) Pierre Cappelaere, Ghana, les chemins de la démocratie, Paris, éditions L’Harmattan, coll. « Points de vue concrets »,‎ 2007, 282 p. (ISBN 9782296039162)
  • (en) Vivian Burns, Travel to Heaven : fantasy coffins. In African arts. 7 (2) winter 1974, pages 24–25. Los Angeles.
  • Collection de l'Art Brut 2010: "Ataa Oko." Infolio éditions, Gollion
  • (en) Joseph Boakye Danquah, Gold Coast: Akan Laws and Customs London, George Routledge & Sons, LTD, 1928.
  • (fr) Annie Dupuis, Rites de la mort, catalogue d’exposition, Musée de l’Homme, Paris, 1981.
  • (en) Johannes Fabian, Popular culture in Africa : findings and conjectures, Africa, 48 (4), 1978, p. 315-334.
  • (en) M.J. Field, Social organisation of the Ga people, The Crown Agents for the Colony, Londres, 1940.
  • (fr) David Freedberg, Il Potere delle immagini, Turin, Einaudi, 1993.
  • (en) Alfred Gell, Art and Agency: An Anthropological Theory, Oxford, Clarendon Press,1998.
  • (en) Ghana National Archives, Accra 1888: An Ordinance to provide for interments in cemeteries and to prohibit intramural sepulture. By sir William Brandford Griffith. ADM 4/1/8 Gold Coast Ordinance No. 7, 1888.
  • (en) Michelle Gilbert, The Christian Executioner: Christianity and Chieftaincy as Rivals, Journal of Religion in Africa, XXV, 4, 1995, p. 347-386.
  • (en) Jack Goody, Death, Property and the Ancestor. A Study of the Mortuary Customs of the LoDagaa of West Africa, Londres, Tavistock, 1962.
  • (en) Hannah R. Griffiths, Diverted journeys : the social lives of ghanian fantasy coffins, occasional papers, University of Edinburgh, Center of African Studies, 2000.
  • (it) Remo Guidieri, Fantasmagoria di Icona e Feticcio, Turin, Hopefulmonster, 1998.
  • (en) Dele Jegede, Kane Kwei. In Contemporary African art: five artists, diverse trends. Pages 52–56. Indianapolis: Indianapolis Museum of Art, 2000.
  • (de) Saskia Konniger, De herkomst van de Ghanese doodkist : designerkisten uit Ghana. In Nieuwsbrief van de Vereniging Vrienden van Etnografica. no. 67, zomer 1999, pages 27–44. Hilversum, Netherlands, 1999.
  • (en) Mary Esther Kropp Dakubu, dir., Ga-English Dictionary, Language Centre, University of Ghana, and M. E. Kropp Dakubu, Accra, 1999.
  • (de) Martin, 1993 : Jean-Hubert Martin. Kane Kwei. In Kunstforum international. Bd. 122, 1993, pages 278-279. Mainz.
  • (en) Pamela McClusky, Riding into the next life : a Mercedes-Benz coffin.in Art from Africa: long steps never broke a back. Pages 244-251. Seattle: Seattle Art Museum in association with Lund Humphries, 2002.
  • (en) Ninette Monod. Perception : die in style, die with us! In Around Ghana. no. 3, August-September 1994, pages 5–7. Accra.
  • (en) Olu Oguibe, Art, boundaries : the Rome lecture. in Nka : journal of contemporary African art. N°3, fall-winter 1995, pages 26–33, Brooklyn, NY, 1995.
  • (fr) (en) QNii O. Quarcoopome, Majestueux départs vers l'au-delà = Majestic rides into the afterlife. In Ghana: hier et aujourd'hui = yesterday and today. Pages 261-283. Paris: Musée Dapper, 2003.
  • (fr) Jean Rouch, Migrations au Ghana (Gold Coast) (Enquête 1953-1955), Paris, Société des Africanistes/Musée de l'Homme,‎ 1956, 175 p.
  • (en) Thierry Secretan (photos) et Amanda Mitchinson, Buried treasure / / photographs by Thierry Secretan ; text by Amanda Mitchison. Independent magazine. no. 349, May 27, 1995, pages 20–25. London.
  • (fr) Thierry Secretan, Il fait sombre, va-t-en !, Paris, Éditions Hazan, 1994.
  • (en) Robert T. Soppelsa. A life well lived : fantasy coffins of Kane Quaye, Gallery of Art, University of Missouri-Kansas City, September 23-October 21, 1994. In African arts. 28 (2) spring 1995, pages 74–75. Los Angeles.
  • (fr) (en) Jacques Soulillou. The solubility of Ghanaian coffins in a cathodic milieu = De la solubilité des cercueils ghanéens en milieu cathodique. In Revue noire. no. 16, mars-avril-mai 1995, pages 88–89. Paris.
  • (en) Regula Tschumi: The Figurative Palanquins of the Ga. History and Significance, in: African Arts, vol. 46, 4, 2013, p. 60-73.
  • (fr) (en) Regula Tschumi: Les trésors enterrés des Ga. L’art des cercueils au Ghana. Bern. Benteli. 2011. ISBN 978-3-7165-1663-8; en: The buried treasures of the Ga. Coffin Art in Ghana. Benteli, 2008, traduit de l'allmend: Die vergrabenen Schätze der Ga. Sarg-Kunst aus Ghana. Benteli, 2006.
  • (en) Regula Tschumi: Last Respects, First Honoured. Ghanaian Burial Rituals and Figural Coffins. In: Kunstmuseum Bern (Hrsg.): Six Feet Under. Autopsy of Our Relation to the Dead. Kerber, Bielefeld & Leipzig 2006, S. 114-125. Deutsch: Die letzte Ehre kommt zuerst. Ghanaische Bestattungsrituale und figürliche Särge. S. 114-125
  • (en) Nkecji Uzoigwe. Grave arts of Ghana.in West Africa. no. 3783, February 26-March 4, 1990, pages 349-350. London.
  • (en) Susan Mullin Voger. New functional art : future traditions.in Africa explores : 20th century African art. Pages 94–113. New York: Center for African Art; Munich: Prestel-Verlag, c1991
  • (en) Marlene de Witte, Long Live the Dead! Changing Funeral Celebrations in Asante, Ghana, Amsterdam, Aksant Academic Publishers, 2001.

Films[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]