Assassinat de Louis d'Orléans

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Assassinat du duc Louis d'Orléans.
Enluminure du Maître de la Chronique d'Angleterre, vers 1470 ?-1480 ? (BnF)

L'assassinat de Louis d'Orléans est un évènement de l'Histoire de France survenu le 23 novembre 1407 à Paris.

Contexte[modifier | modifier le code]

La guerre de Cent Ans connaît une trêve. Les Anglais, qui ont vu une patiente reconquête du territoire français menée par de valeureux capitaines (comme Bertrand Du Guesclin), sous le règne de Charles V de France, font face à de graves troubles politiques.

Depuis 1392, le roi de France Charles VI a sombré dans la folie et la France est gouvernée par un conseil de régence, présidé par la reine Isabeau, mais piloté par les grands du royaume. Le caractère intermittent de la folie du roi, qu'on appelait ses « absences », empêche la mise en place d’une régence stable. De fait, à partir de 1401, une profonde haine oppose Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et son neveu, Louis d'Orléans, frère du roi. Le duc Philippe est favorable à la trêve avec l'Angleterre, qui ménage les intérêts de ses sujets flamands ; le duc Louis, digne héritier de la politique de Charles V, se fait le champion de la reprise de la lutte contre l'ennemi anglais.

Face aux manigances de Philippe le Hardi, qui cherche en parallèle à réunir ses terres bourguignonnes à celles des Flandres pour former un nouvel État en cas d'une nouvelle défaite de la France, Louis d'Orléans forme peu à peu des alliances au sein de l'Empire pour contrer l'ambitieux bourguignon[1]. En 1404 Jean sans Peur qui succède à son père au duché de Bourgogne, jouit d'une image positive selon Christine de Pisan [2], mais a peu d'influence au Conseil. Louis d'Orléans, le jeune frère du roi aurait une liaison avec la reine et tient le Conseil. Il se taille la part du lion dans le trésor royal et manœuvre pour empêcher le duc de Bourgogne de réaliser une continuité territoriale entre ses possessions des Flandres et le duché de Bourgogne en acquérant le duché de Luxembourg gageant les deniers de la Couronne

En août 1405, Jean sans Peur fait une démonstration de force en entrant dans Paris à la tête de ses armées, obligeant Isabeau et Louis d'Orléans à s'enfuir à Melun. La guerre civile est évitée de justesse par une réconciliation apparente le 10 octobre.

La tension remonte en 1406 et 1407, le duc de Bourgogne tenant d'abord le duc d'Orléans responsable de son échec devant la ville de Calais, qu'il comptait reprendre aux anglais. Ensuite, par l'ordonnance du 28 avril 1407 réformant la composition du Conseil du roi qui vit le nombre de Bourguignons diminuer de vingt-six représentants à seulement deux, le duc de Bourgogne, voyant le pouvoir lui échapper, décide de passer à l'acte.

La préparation[modifier | modifier le code]

Dès la fin de juin 1407, il semble que le duc de Bourgogne projette l'assassinat de son cousin[3]. Il verse le 8 août 1407 à Lille 100 écus à Raoul d'Anquetonville[4] son homme de main désigné, et 1 500 écus à Lourdin de Saligny, homme de confiance de Jean Sans Peur, à déposer dans un lieu secret dans Paris [5].

Ce lieu secret, c'est l'hôtel de l'image Notre-Dame, tenu par le couple Fouchier. Le 14 novembre 1407, un courtier de maison nommé Pierre d'Asignac, se mit d'accord avec l'épouse Fouchier pour louer l'hôtel jusqu'à la Saint Jean-Baptiste suivante, moyennant la somme de seize livres parisis. Ce serait la cache des malfaiteurs.

Les faits[modifier | modifier le code]

Entrée de l'impasse des Arbalétriers avec une borne historique rappelant le meurtre de Louis d'Orléans.

Le 23 novembre 1407, le duc d'Orléans va rendre visite à la reine Isabeau, qui a accouché peu de temps avant, à l'Hôtel Barbette, rue Vieille-du-Temple, à Paris[6].

Thomas de Courteheuse, valet du roi et trempant lui-même dans la conspiration, se présente à l'hôtel de la reine Isabeau sur les coups de vingt heures et fait savoir au duc d'Orléans que le roi Charles VI le mande de toute urgence. Le duc prend donc congé de la reine et se met en route pour l'hôtel Saint-Pol, où réside le roi.

Quand bien même le duc disposait selon Enguerrand de Monstrelet de près de six cents hommes d'armes dans le tout Paris[6], son escorte ne se composait ce soir-là que d'une petite dizaine de piquiers et de valets. Le duc, perché sur son mulet et ne se doutant pas de ce qui l'attendait, entreprit de remonter la rue Vieille-du-Temple. Une quinzaine d'individus, tapis dans l'ombre des bâtiments, attendent avec impatience son passage.

Au signal, les malfaiteurs, menés par Raoul d’Anquetonville, se ruent sur la petite troupe du duc, disposent de la garde, et parviennent à mettre Louis à bas de son mulet avant de lui couper la main. Le duc, surprit, s'écria : « Je suis le duc d'Orléans ! » On lui répondit : « C'est lui que nous voulons ! » Un coup de hache à la tête eut raison de la vie du frère du roi, qui expira au côté de son fidèle valet flamand Jacob[6].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le duc de Bourgogne a le soutien de la population parisienne et de l'Université, qu'il a su séduire en promettant l'établissement d'une ordonnance proche de celle de 1357[7]. Pouvant prendre le pouvoir, il peut donc avouer publiquement l'assassinat. Loin de s'en cacher, Jean sans Peur fait rédiger un éloge du tyrannicide par le théologien Jean Petit, théologien de la Sorbonne, auquel répond le contre-argumentaire de Thomas de Bourg, abbé de Cerisy, qui prend le parti de la veuve Valentine Visconti.

Charles VI roi de France, pour apaiser les belligérants suite à cet assassinat, convoqua le duc de Bourgogne et les enfants du défunt, le 28 février 1409 (date nouv st.) à Chartres : il chargea également le comte Guillaume IV de Hainaut (beau-frère de Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne) d’assurer, à la tête de 400 hommes d’armes et de 100 archers, la protection de chacune des délégations lors de ses déplacements et de s’engager à se ranger aux côtés du parti éventuellement agressé[8].

Le 15 avril 1410, à Gien, lors des noces de Charles d'Orléans (le fils du duc assassiné) et de Bonne d'Armagnac, les grands du royaume présents se liguent contre le duc de Bourgogne. La guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons qui s'ensuit ne se terminera que 25 ans plus tard, avec la signature du traité d'Arras en 1435. Jean sans Peur sera lui-même assassiné par les Armagnacs en 1419.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Raymond, « Enquête du prévôt de Paris sur l'assassinat de Louis, duc d'Orléans (1407) », in Bibliothèque de l'école des chartes, tome 26, 1865, p. 215-249, [lire en ligne]
  • Alfred Coville, « Le véritable texte de la justification du duc de Bourgogne par Jean Petit (8 mars 1408) », in Bibliothèque de l'école des chartes, tome 72, 1911, p. 57-91, [lire en ligne]
  • Léon Mirot, « Raoul d'Anquetonville et le prix de l'assassinat du duc d'Orléans », in Bibliothèque de l'école des chartes, tome 72, 1911, p. 445-458, [lire en ligne]
  • Jacques d'Avout, La querelle des Armagnacs et des Bourguignons, Paris, Gallimard, 1943, 431 p., [compte rendu en ligne].
  • Bernard Guenée, Un meurtre, une société. L'assassinat du duc d'Orléans, 23 novembre 1407, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1992, 350 p., (ISBN 2-07-072577-4), [compte rendu en ligne].
  • Corinne Leveleux-Teixeira, « Du crime atroce à la qualification impossible. Les débats doctrinaux autour de l'assassinat du duc d'Orléans (1408-1418) », in François Foronda, Christine Barralis, Bénédicte Sère (dir.), Violences souveraines au Moyen Âge. Travaux d'une école historique, Paris, Presses universitaires de France (PUF), coll. « Le nœud gordien », 2010, p. 261-270.
  • (en) Eric Jager, Blood Royal : A True Tale of Crime and Detection in Medieval Paris, New York, Little, Brown and Company, 2014.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Glenisson, La France de la guerre de Cent ans, éd. Culture, Art, Loisir, Paris, 1971, p. 54.
  2. Georges Minois, La Guerre de Cent Ans, Perrin, 2008, p. 280
  3. Bernard Guenée, Un meurtre, une société. L'Assassinat du duc d'Orléans, 23 novembre 1407, Paris, Gallimard, collection « Bibliothèque des histoires », 1992, p. 207.
  4. Léon Mirot, Raoul d'Anquetonville et le prix de l'assassinat du duc d'Orléans, 1911, vol. 72, p. 452.
  5. Bernard Schnerb, Lourdin de Saligny, p. 45-93.
  6. a, b et c Enguerrand de Monstrelet, Chronique, I, p. 154-166.
  7. Noël Coulet, « Le temps des malheurs (1348-1440) » tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p. 418-419
  8. Geoffroy G. Sury, « Bayern Straubing – Hennegau : la Maison de Bavière en Hainaut, XIVe - XVe s. », édition Geoffroy G. Sury, 2e éd., dép. lég., Bruxelles, 2010, p. 157. - Missive dressée à Tours le 21 janvier 1409 (date nouv. st.) de Charles (VI) roi de France au comte Guillaume (IV) de Hainaut. In, G. Wymans, « Inventaire analytique du chartrier de la Trésorerie des comtes de Hainaut », aux A.E. Mons, n° d’ordre (cote) 1290, Éditions A.G.R., Bruxelles, 1985, p. 271. (Or. sur pch. ; sc. ébréché avec contre-sceau.)