Ashvamedha

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Illustration du Ramayana représentant Kausalya (mère de Rama, héros de l'épopée) achevant un cheval blanc et allongée rituellement à ses cotés (peint en 1652).

L'Ashvamedha (en sanskrit devanagari : अश्वमेध ; IAST : aśvamedha), « sacrifice d'un cheval », était l'un des quatre plus importants rituels traditionnels dans la religion védique. Les deux sources littéraires majeures en ce qui concerne ce sacrifice sont le Shatapatha Brahmana (littéralement le brahmana des cent chemins, recueil d'hymnes et de formules compilé vers 900-700 ACN) ainsi que le Yajur-Véda[1]. Cependant, on retrouve les premières mentions faites à ce rituel dans une source sanskrite bien plus archaïque, le Rig-Véda (notamment dans l'hymne RV. I. 163 [2] et dans celui consacré à Indra RV. VIII. 57).

Étymologie du mot[modifier | modifier le code]

Le nom ashvamedha tire son origine du mot sanskrit अश्वमेध (translittéré aśvamedha) de même signification.

Ce mot est lui-même composé d'un premier terme ashva (en sanskrit अश्व, signifiant le cheval[3]) et d'un second terme medha (en sanskrit मेध, signifiant le sacrifice sanglant, et plus exactement la victime sacrificielle[4]).

Déroulement des cérémonies[modifier | modifier le code]

On dit de ce sacrifice qu'il devait être entrepris et accompli par un roi (appelé Raja, राजा) dans le but d'assurer sa prospérité, la bonne fortune de ses terres ainsi que sa souveraineté sur les provinces voisines[5]. Outre l'immolation même de la bête qui était le point culminant de l'Ashvamedha, les cérémonies qui l'entouraient duraient une année complète[6].

Le cheval destiné au sacrifice devait être un étalon âgé de plus de 24 ans (selon les sources sanskrites) et est le plus souvent représenté dans l'art et dans l'imaginaire collectif comme étant d'une robe immaculée.

Le cheval nouvellement choisi était d'abord arrosé d'eau puis le roi sacrificateur accompagné d'un Adhvaryu (prêtre officiant dans les sacrifices védiques) lui murmuraient dans mantras à l'oreille[7].

Après cette bénédiction, le cheval était lâché et laissé à errer où il le voulait pour une période allant d'un an à un an et demi (selon les interprétations). Il foulait librement les terres voisines et hostiles au roi sacrificateur et devait alors être acceptée et révérée (ou non) par les ennemis. Si l'un des râja dont les terres étaient traversées par le cheval s'emparait de l'animal, c'était le signe d'un refus de suzeraineté et le déclenchement de la guerre. Dans le cas contraire, le râja qui laissait traverser ses terres sans intervenir manifestait sa tacite vassalité.

Ce cheval était suivi par une centaine de jeunes hommes (fils de princes ou de hauts fonctionnaires) chargés de sa protection.

Pendant cette année d'errance, d'autres rites variés étaient accomplis dans la demeure du roi sacrificateur.

Au retour de l'étalon, de nouvelles cérémonies étaient effectuées en présence des vassaux et du nouveau suzerain ; le cheval était attelé à un char doré avec trois autres cavales et l'on récitait un passage du Rig-Véda (RV. I. VI, 1-2)[8]. Il était alors entraîné dans l'eau et baigné avant d'être oint de Ghi (sorte de pâte graisseuse originaire d'Inde et utilisée dans les sacrifices religieux hindous) par la reine et deux autres épouses royales. La reine oignait les avant-quarts tandis que les autres s'occupaient du canon et de la croupe. Elles paraient finalement la tête, le cou et la queue du cheval avec des bijoux et des ornements en or.

D'autres animaux lui étaient enfin liés (dont le nombre et les races diverses sont énumérées dans le Yajur-Véda, VSM. XXIV) et, après ces préparatifs, le cheval était abattu avec les trois autres membres de l'attelage (Yajur-Véda, VSM. XXIII 15).

La reine imitait ensuite l'acte de copulation avec le corps du cheval mort (dans un but symbolique d'assurer la fécondité de cette dernière) tandis que les autres épouses du roi récitaient des formules rituelles[9].

Les trois reines, avec une centaine d'aiguilles d'or, d'argent et de cuivre indiquaient, tout le long du corps du cheval les lignes qui seraient suivies pour la dissection du cadavre. L'étalon était alors dépecé et ses chairs rôties. Diverses pièces de viandes étaient offertes à une foule de divinités et d'éléments personnifiés (Rig-Véda. I. 162, Yajur-Véda XXIV, 24-44).

Les prêtres officiant à l'Ashvamedha étaient récompensés par une partie du butin amassé lors de la cavale du cheval en terres ennemie.

Symbolique du rituel[modifier | modifier le code]

Monnaie d'or commémorant l'ashvamedha de Kumâragupta Ier.

Le voyage du cheval était censé symboliser le voyage du Soleil dans le ciel. Partant de là, le roi qui sacrifiait ce cheval passait pour être le seul maître de la Terre, comme le Soleil dominait le Ciel.

Le râja ayant pratiqué le sacrifice du cheval recevait le titre de chakravartin.

Bien que le sacrifice revêt une dimension indéniablement religieuse, il est quasi certain qu'il était entrepris de prime abord dans un but d'accroissement de la puissance politique des rois[10].

Dans le Shatapatha Brahmana (en), on insiste beaucoup sur le caractère royal du sacrifice. Il est d'ailleurs dit (SB, XIII, IV, 1) : « L'Ashvamedha est le sacrifice des kshatriyas [du sanskrit क्षत्रिय, « qui a le pouvoir temporel »]. »

Sa face intemporelle et éternelle est aussi évoquée dans les mêmes sources qui disent que le seigneur de la création (le Prajapati) a affecté les sacrifices aux divinités, mais qu’en revanche il a conservé l’Ashvamedha pour lui-même (SB, XIII.2.1). Dans un autre passage, il est même dit : « L’Ashvamedha est le Prajapati. »

Rama combattant Lava et Kusha pour la possession du cheval de l'Ashvamedha.

 Finalement, sa dimension universelle est exprimée plus tard par la phrase : « L'Ashvamedha est tout. »

Exploits mythologiques et historiques[modifier | modifier le code]

Le rite est décrit dans les textes anciens, comme le Mahābhārata et le Ramayana par exemple. Le premier souverain historique ayant pratiqué l'ashvamedha et dont on garde le souvenir est Pushyamitra Shunga, l'assassin de Brihadratha, le dernier Maurya et le fondateur de la dynastie des Shunga, qui célébra de cette manière sa victoire sur les satrapes grecs. Plus tard, le souverain Samudragupta (330-380) de la dynastie Gupta réalise ce même rituel, et le fait savoir en frappant des monnaies commémorant cet événement sur l'avers. Les grands souverains Chola du XIe siècle l'ont peut-être aussi pratiqué.

Références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Ashvameda » (voir la liste des auteurs).

  1. (en) Ralph Thomas Hotchkin Griffith, The texts of the white Yajurveda, translated with a popular commentary, New Delhi, Munshiram Manoharlal,‎ 1899, réimpression en 1987 (ISBN 9788121500470)
  2. Louis Renou (commentaire et traduction), Hymnes spéculatifs du Véda, Paris, Gallimard / UNESCO,‎ (ISBN 2-07-070553-6), p. 17-19
  3. Gérard Huet, Dictionnaire Sanskrit-Français,‎ version du 28 février 2015 (lire en ligne), p. 80
  4. Gérard Huet, Dictionnaire Sanskrit-Français,‎ version du 28 février 2015 (lire en ligne), p. 521
  5. (en) Madan Gopal, India through the ages, Ministère de l'Information et de la Radiodiffusion, gouvernement de l'Inde.,‎ , p. 72
  6. (en) Roman Zaroff, « Aśvamedha - A Vedic horse sacrifice », Studia Mythologica Slavicia, no VIII,‎
  7. (en) Julius Eggeling (traduction), Satapatha Brahmana According to the Text of the Madhyandina School (Sacred Books of the East), F. Max-Muller,‎ (ISBN 978-8120801134, lire en ligne), Pour les préparatifs de l'Ashvamedha voire SB. XIII
  8. Alexandre Langlois, Rig Véda ou Livre des hymnes, Bibliothèque Nationale Universelle,‎ (lire en ligne)
  9. (en) Arthur Berridale Keith, The Veda of the Black Yajus School Entitled Taittiriya Sanhita, Oxford,‎ , p. 615-616
  10. Michel Angot, L'Inde Classique, Paris, Les Belles Lettres,‎ (ISBN 2-251-41015-5), p. 126