Arthur Richard Dillon

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Arthur Richard Dillon
Image illustrative de l'article Arthur Richard Dillon
Anonyme, Portrait de Arthur Richard Dillon, archevêque de Narbonne, huile sur toile, XVIIIe s.
Biographie
Naissance 14 septembre 1721
Saint-Germain-en-Laye, France
Décès 5 juillet 1806
Londres, Royaume-Uni
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 28 octobre 1753 par Mgr Nicolas de Saulx-Tavannes
Archevêque de Narbonne
1762 – 1790/1801
Précédent Charles Antoine de La Roche-Aymon
Archevêque de Toulouse
1758 – 1762
Précédent François de Crussol d'Uzès Étienne-Charles de Loménie de Brienne Suivant
Évêque d'Évreux
1753 – 1758
Précédent Pierre-Jules-César de Rochechouart Léopold-Charles Choiseul-Stainville Suivant

Blason
Dum spiro spero[1].
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Arthur Richard Dillon, né le 14 septembre 1721[2] à Saint-Germain-en-Laye et mort à Londres le 5 juillet 1806, est un prélat français, dernier archevêque de Narbonne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Parenté[modifier | modifier le code]

Fils d'Arthur Dillon (1670-1733), gentilhomme irlandais devenu général au service du roi de France, et de Christina Sheldon (1757), il était l'oncle d'Arthur et Théobald Dillon, apparenté à la comtesse de Boigne par la mère de celle-ci, née Éléonore Dillon ainsi qu'à la marquise de La Tour du Pin née Henriette Lucy Dillon.

Carrière[modifier | modifier le code]

Diplômé en Sorbonne, il entra dans le sacerdoce et fut successivement abbé commendataire d’Élan près de Mézières, vicaire général de Pontoise (1747) puis évêque d'Évreux (1753), archevêque de Toulouse (1758)[3], enfin archevêque de Narbonne et primat de la Gaule narbonnaise (1762), et, grâce à cette charge, président-né des États de Languedoc. Il obtint en 1777 Saint-Étienne de Caen (la prestigieuse abbaye aux Hommes), et en fut le dernier abbé commendataire.

Fait commandeur de l’ordre du Saint-Esprit par Louis XVI en 1776, il présida en 1788 l’assemblée du clergé. Archevêque de Toulouse, il avait été élu mainteneur de l’Académie des Jeux floraux (1761).

Réalisations[modifier | modifier le code]

Administrateur visionnaire et entreprenant, en relation avec les physiocrates et les encyclopédistes, grand seigneur[4], il se consacra beaucoup moins à la direction spirituelle de son diocèse qu'à son bien-être temporel. Il fit réaliser de nombreux travaux d'utilité publique, des ponts, des canaux, des routes, des ports, etc ; il créa des chaires de chimie[5] (confiées à Chaptal) et de physique à Montpellier et à Toulouse et il essaya de réduire la pauvreté, en particulier à Narbonne.

Il a laissé son nom à une promenade de la ville de Toulouse qu'il avait fait aménager : le cours Dillon. Sur son intervention, les États de Languedoc décidèrent le 17 février 1776 la mise à exécution du vieux projet élaboré par Vauban en 1684 et qui consistait à « joindre le canal de Narbonne à celui de communication des mers », c'est-à-dire unir la Robine au canal du Midi par la création du canal de Jonction. Il fit dresser en 1788 un projet pour l'achèvement de la cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur[6].

Il fit aussi publier le dernier missel narbonnais en 1778, d'inspiration néo-gallicane, fortement influencé par celui de Charles Gaspard Guillaume de Vintimille du Luc pour l'Église de Paris, en faisant disparaître une grande partie de la liturgie propre à l'Église de Narbonne[7].

Du pouvoir à l’exil[modifier | modifier le code]

Il fut l'un des rares dignitaires de la cour de Versailles à approuver le traité d'alliance avec la Cochinchine négocié par Pigneau de Behaine en 1787[8]. Peu présent dans sa métropole[9], il ne jouit pas d'une bonne réputation auprès de son clergé, avec qui il entra en conflit dès son installation sur le siège épiscopal, lorsqu'il avait tenté de lui imposer comme grand archidiacre un membre d'une famille irlandaise exilée en France. Ce manque de popularité explique qu'en 1789 il ne fut pas élu député aux États généraux.

À la suite de ce qu'il ressentit comme un affront, il quitta Narbonne pour Paris et son domaine de Hautefontaine. Bien que peu après l'adoption de la Constitution civile du clergé les Narbonnais eussent obtenu (contre Carcassonne) que l'évêque du département de l'Aude siégeât dans leur ville, et qu'ils pressassent leur pasteur de les rejoindre, Dillon s'y refusa[10].

Il n'accepta pas plus de prêter le serment constitutionnel et dut finalement émigrer à Coblence en 1791. À Narbonne, il fut remplacé par un évêque constitutionnel, Guillaume Beseaucèle. Peu après, il se rendit à Londres, où il vécut jusqu'à sa mort, en 1806, en refusant le Concordat qui avait supprimé son siège archiépiscopal. Il s'éteignit semble-t-il réconcilié avec sa foi chrétienne « et en demandant pardon de ses péchés »[11].

Ses restes, à l'origine inhumés au cimetière de l'église « Old St Pancras » de Londres, puis exhumés lors de travaux pour l'extension de la gare ferroviaire internationale de St Pancras[12], furent transférés à Narbonne le 16 mars 2007 dans un caveau de la chapelle Saint-Martin, à l'intérieur de la cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur, à l’issue de cérémonies officielles, en présence du cardinal Lustiger[13].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Discours des députés de l'Assemblée du clergé au Roi / [par M. l'archevêque de Narbonne], 178? : [1].
  • Discours prononcés à la dernière séance de l'Assemblée des notables tenue à Versailles le 25 mai 1787, dans lesquels on verra le précis & le résultat de toutes les questions qui y sont discutées, & les intentions de Sa Majesté, 1787 : [2].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Audibret L., Le dernier président des États de Languedoc, Mgr Arthur Richard Dillon, archevêque de Narbonne, Bordeaux, 1868.
  • Comtesse de Boigne, Mémoires, Mercure de France, Paris, 1971.
  • Devic C., Vaissète J., Histoire générale de Languedoc, tome IV, Toulouse, Privat, 1876[14].
  • Marquise de La Tour Du Pin, Mémoires, Mercure de France, Paris, 1989, p. 38 sq.
  • Michaud J., Cabanis A., Histoire de Narbonne, Privat, Toulouse, 1981, p. 219-220.
  • Sabarthès (Abbé Antoine Auguste), Arthur Richard Dillon, dernier archevêque de Narbonne, 1943.
  • Sapori J., Qu'est devenue la bibliothèque de l'archevêque Dillon ?, Annales historiques compiègnoises, no 83/84, automne 2001.
  • Burke's genealogical and heraldic history of the Peerage, baronetage and knightage (...), 1953, p. 629.

Iconographie[modifier | modifier le code]

  • Anonyme, Portrait de Arthur Richard Dillon, archevêque de Narbonne, peinture, XVIIIe s. Conservée dans l'ancienne cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne. Classée monument historique.
  • Anonyme, Portrait de Arthur Richard Dillon, archevêque de Narbonne, peinture (huile sur toile), XVIIIe s. Conservée au Musée d'art et d'histoire de la ville de Narbonne.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Denis-François Gastelier de La Tour, Armorial des États de Languedoc, Imp. Vincent, Paris, 1767, p.31. Les communes audoises d'Alaigne, de Bize-Minervois, de Gruissan, de Pieusse et de Routier, toutes anciens fiefs de l'archevêque de Narbonne, ont gardé les armoiries de leur dernier seigneur, Arthur Richard Dillon.
  2. La date du 14 septembre est donnée par Rémy Cazals, Daniel Fabre (s.d.), Les Audois, Dictionnaire biographique, Carcassonne, Association des Amis des Archives de l'Aude, Fédération Audoise des Œuvres Laïques, Société d'Études Scientifiques de l'Aude,‎ 1990 (ISBN 2-906442-07-0)
  3. Dillon était archevêque de Toulouse lorsqu'éclata l'affaire Calas, mais il semble n'y avoir joué aucun rôle.
  4. Dans ses Mémoires (éd. Bouquins, 2007, p.137) Talleyrand le cite en exemple comme un de ces hommes du clergé de la fin d'Ancien régime « mettant (...) une certaine gloire à quitter les formes de leur état pour vivre en gentlihommes » et note aussitôt : « M. de Dillon, archevêque de Narbonne, avait une terre près de Soissons, où il passait six mois de l'année à la grande chasse. Cette terre se nommait Haute-Fontaine ». Quant à la comtesse de Boigne (Mémoires, éd. E. Paul, Paris, 1921-23, tome I, p.23) elle rapporte que « L'archevêque de Narbonne (Dillon) (...) se porta aussi protecteur actif des nouveaux époux [les parents de Mme de Boigne], les attira à la campagne chez lui, dans une terre en Picardie, nommée Hautefontaine, où il menait une vie beaucoup plus amusante qu'épiscopale ». Sur la vie à Hautefontaine, voir aussi pp.45-47.
  5. « La fin de la session des États de 1784 fut marquée par quelques fondations utiles. L'assemblée provinciale avait précédemment établi à Montpellier une chaire de « chimie docimatique » en faveur de Chaptal. Le succès de cet enseignement inspira la pensée de l'étendre. Le diocèse de Toulouse sollicitait pareille création. L'archevêque de Narbonne soutint la requête. Il exposa (...) que les montagnes des diocèses de Saint-Papoul, de Lavaur, de Rieux, de Mirepoix, de Couserans, de Comminges & de Pamiers renfermaient des mines de toute espèce ; que les rivières prenant leur source dans ces diocèses, la Garonne, le Salat & l'Ariège, charriaient de l'or assez abondamment pour faire croire à l'existence de riches veines de ce métal (...). On désigna Chaptal pour occuper cette nouvelle chaire, en attendant qu'il eût formé à Toulouse des sujets capables de le suppléer. Le professeur devait partager son temps entre ces deux villes. » Devic C., Vaissète J., Histoire générale de Languedoc, tome XIII, Toulouse, Privat, 1877, pp.1330-1331.
  6. Jean-Marie Pérouse de Montclos, Languedoc-Roussillon, le guide du patrimoine, Paris, Hachette,‎ 1996 (ISBN 2-01-242333-7), p.360.
  7. Michaud J., Cabanis A., Histoire de Narbonne, Privat, Toulouse, 1981, pp.216.
  8. Gilles van Grasdorff, La Belle histoire des missions étrangères 1658-20088, Paris, éd. Perrin, p. 238
  9. « L'archevêque avait huit cent mille livres de rentes de biens du clergé. Il allait tous les deux ans à Narbonne passer quinze jours, et présidait les États à Montpellier pendant six semaines. Tout ce temps-là, il avait une grande existence, très épiscopale, et déployait assez de capacité administrative dans la présidence des États. Mais, le jour où ils finissaient, il remettait ses papiers dans ses portefeuilles pour n'y plus penser jusqu'aux États suivants, non plus qu'aux soins de son diocèse. » ; comtesse de Boigne, Mémoires, éd. E. Paul, Paris, 1921-23, tome I, p.45.
  10. Ils lui mandent : « Venez recueillir au milieu de vos concitoyens les fruits de vos longs et pénibles travaux », à quoi il répond : « Quelque empressement que j'aie de me rendre à Narbonne, vous jugez aisément qu'un dépouillement subit et qui pis est, rétrograde de plus de cent mille écus de rente, entraîne nécessairement des difficultés de tout genre ... ». Quelques mois plus tard, il leur écrit encore : « Quiconque osera en vertu d'une élection non autorisée par l'Église s'asseoir sur mon siège, méritera le double reproche d'intru et de schismatique ». Le procureur syndic du département réplique à la municipalité de Narbonne : « Il est temps de remplacer ce prêtre orgueilleux qui ose calomnier avec la dernière impudence les représentants de la Nation et ériger en droit sacré le despotisme qu'il exerçait autrefois dans la ci-devant province de Languedoc ». In Michaud J., Cabanis A., Histoire de Narbonne, Privat, Toulouse, 1981, pp.219-220.
  11. Phrase citée sans référence par J. Michaud in Michaud J., Cabanis A., Histoire de Narbonne, Privat, Toulouse, 1981, p.219.
  12. Voir un article sur l'analyse de son dentier retrouvé à cette occasion (en anglais) (www.gifford.uk.com
  13. Voir à ce sujet (avec un portrait de Dillon)narbonne.latitude-gallimard.com
  14. L'Histoire générale de Languedoc a deux courtes notices sur Arthur Richard Dillon, dans la liste des archevêques de Narbonne (p. 260) et dans celle des archevêques de Toulouse (p.364), toutes deux par Émile Mabille. On constate étrangement des divergences sur les dates, une erreur manifeste dans la notice de Narbonne (Mabille fait mourir Dillon en 1790) et éventuellement une autre, lui faisant présider l'assemblée du clergé non en 1788 mais en 1785. On doit donc prendre avec prudence les renseignements qui y sont donnés, en particulier qu'il a été fait abbé commendataire de Saint-Jean-des-Vignes en 1766, et de Signi en 1787.