Artamans

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Les Artamans (en allemand Artamanen) est le nom que se donnaient les membres de la « fédération d'Artam » (Bund Artam e.V.), un mouvement de jeunesse d'extrême droite de la mouvance völkisch fondé en 1923 à Munich.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Ce nom se réfère directement à un texte de Willibald Hentschel, qui appelait en 1923 dans Blätter aus Niegard 2 à la création d'« une communauté chevaleresque de combattants allemands sur la terre allemande - que je nommerais Artam », chargée de défendre le sol allemand[1]. Les conceptions de Hentschel ont évolué au fil du temps, et, dans un pamphlet, intitulé Was soll nun aus uns werden (Qu'adviendra-t-il de nous ?), il définit une divinité pour la race aryenne, Artam, nom à partir duquel il crée le nom Artamans (en Allemand, Artamannen, Les hommes d'Artam)[1].

Organisation[modifier | modifier le code]

Hentschel dirigea les Artamans jusqu'en 1927. Si l'organisation se place sous sa tutelle intellectuelle, elle est organisée par des membres de droites du mouvement de jeunesse, parmi lesquels on compte Wilhelm Kotzde, fondateur du groupe Adler Und Falken, et Bruno Tanzmann, un agitateur, encourageant le renouveau de la culture paysanne germanique qu'il perçoit comme nécessaire au développement de l'énergie du Volk, de ce fait estimé par Himmler et gratifié en 1933 par Hitler d'un revenu à vie[2].

Puis ce fut un membre du parti nazi, Hans Holfelder qui en prit la tête de son siège de Halle. Parmi ses dirigeants figurent également Bruno Tanzmann, de l'institut agronomique allemand, Wilhelm Kotzde, fondateur et chef du groupe « Aigles et faucons » (Adler und Falken) et August Georg Kenstler, rédacteur de la revue Blut und Boden. En 1927, Georg Wilhelm Schiele créa une « société des amis des Artamans », par laquelle il obtint un important soutien de milieux financiers[3].

Idéologie[modifier | modifier le code]

Les Artamans comptèrent jusqu'à 2000 membres. Ils représentaient l'idéologie völkisch « agro-romantique » Blut und Boden (« le sang et le sol »), et encourageaient à effectuer un service de travail volontaire dans l'agriculture. Pour eux, Artam représentait « le renouveau des forces de la nation par le sang, la terre, le soleil et la vérité ». Les Artamans voulaient former des communautés agraires autarciques dans les provinces orientales de l'Allemagne, pour former une sorte de glacis empêchant les ouvriers agricoles saisonniers polonais de venir travailler en Allemagne au moment des moissons. Par ce moyen, ils souhaitent relancer la colonisation agraire germanique en direction de l'Est, repousser ainsi la frontière du Reich, rendant possible la constitution d'un Lebensraum, occupé par des Allemands régénérés par le travail de la terre[4].

En 1907, dans son ouvrage intitulé Varuna, texte oublié aujourd'hui, mais ayant rencontré un important succès alors, Willibald Hentschel, le fondateur de la société des Artamans, développe sa vision du monde, largement reprise par les Artamans: le développement de l'homme est avant tout la libération de son potentiel d'énergie et la race une charge électrique dynamique à protéger par la défense de la pureté raciale et à développer par l'augmentation de cette même pureté raciale; pour défendre la race germanique, il propose la création d'une colonie germanique, Mittgart[5], au sein de laquelle les capacités de reproduction de la population est encouragée, notamment par la polygamie[6]. Favorablement accueilli par le milieu Völkisch, les thèses de Hentschel se heurtent au conservatisme moral de ces derniers, pour lesquels les liens familiaux constitue un centre de gravité important pour la société Völkisch[7]; au sein même des Artamans, des divergences apparaissent autour de ce thème: Darré, notamment, s'y oppose[1].

À partir de 1927, les Artamans furent organisés hiérarchiquement selon le principe du chef (Führerprinzip). Leur conviction était que le destin de l'Allemagne ne se jouerait pas à l'ouest sur le Rhin ou dans la Ruhr, mais à l'est sur la Vistule (Pologne) et à Memel.

Mise en pratique[modifier | modifier le code]

Les projets coloniaux réclamant des fonds importants, les membres du groupes s'engagent comme travailleurs agricoles sur des domaines[1]. L'idéal pastoral des Artamans, mis en avant par des campagnes de propagande, ainsi que leur volonté d'appliquer leurs idéaux, attirent à eux un certain nombre de soutiens intellectuel et financier : le mouvement Völkisch dans son ensemble, le NSDAP, malgré des réticences de la part du mouvement, en raison du caractère de parti de masse du parti nazi, des membres importants des partis de la droite conservatrice comme Georg Wilhelm Schiele[8].

Destins de membres[modifier | modifier le code]

Certains membres des Artamans devinrent par la suite de hauts dignitaires du régime nazi, notamment le ministre de l'agriculture et de l'alimentation Walther Darré, le commandant du camp d'Auschwitz Rudolf Höß, et le dirigeant SS Heinrich Himmler.

Après l'interdiction et la dissolution de tous les mouvements de jeunesse par les nazis, la fédération des Artamans fut un des seuls à être incorporé aux jeunesses hitlériennes (Hitlerjugend, HJ) en octobre 1934, et constitua le noyau du service national obligatoire des HJ lors de sa mise en place en 1943.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d G. L. Mosse, Les racines intellectuelles du Troisième Reich, p. 143.
  2. G. L. Mosse, Les racines intellectuelles du Troisième Reich, p. 143 et 145.
  3. Wolfgang Schlicker, Freiwilliger Arbeitsdienst und Arbeitsdienstpflicht 1919-1933. Die Rolle militaristischer und faschistischer Kräfte in den Arbeitsdienstbestrebungen der Weimarer Republik. Potsdam, thèse de doctorat de la Pädagogische Hochschule, 1968. Cf. particulièrement dans cet ouvrage : Artamenbewegung, Landwerk und Ostmärkische Landarbeiter- und Siedlerschule - Vorläufer des faschistischen Arbeitsdienstes und Zentren des aggressiven Nationalismus und Faschismus auf dem Lande, p. 82-105
  4. G. L. Mosse, Les racines intellectuelles du Troisième Reich, p. 144.
  5. G. L. Mosse, Les racines intellectuelles du Troisième Reich, p. 139-1940
  6. G. L. Mosse, Les racines intellectuelles du Troisième Reich, p. 141.
  7. G. L. Mosse, Les racines intellectuelles du Troisième Reich, p. 146.
  8. G. L. Mosse, Les racines intellectuelles du Troisième Reich, p. 145.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Walter Dietrich, Artam-Siedler, Siedlungen, Bauernhöfe. Versuch einer Dokumentation über die Siedlungsgebiete der Artamanen in den Jahren 1926-1945, Selbstverlag, Witzenhausen, 1982.
  • (de) Michael H. Kater, Die Artamanen - Völkische Jugend in der Weimarer Republik, in : Historische Zeitschrift 213 (1971), p. 577-638.
  • (fr) George L. Mosse, Les racines intellectuelles du Troisième Reich. La Crise de l'idéologie allemande, Calmann-Lévy, Paris, 2006, ISBN 2-7021-3715-6
  • (de) Alwiß Rosenberg, Bäuerliche Siedlungsarbeit des Bundes Artam. Ein agrarpolitischer Versuch bündischer Jugend, in: Jahrbuch des Archivs der Deutschen Jugendbewegung, 9 (1977), p. 199-229
  • (de) Peter Schmitz, Die Artamanen: Landarbeit und Siedlung bündischer Jugend 1920 - 1945. Bad Neustadt an der Saale, 1985, (ISBN 3-922923-36-4).
  • (de) Volkmar Weiss, Der Clan aus Geld und Genen: ein erster Bericht aus dem Reich Artam. Norderstedt, BoD, 2003, (ISBN 3-8330-0253-0).
  • Volkmar Weiss, Das Reich Artam. Die alternative Geschichte. Leipzig, Engelsdorfer Verlag, 2007, (ISBN 3-86703-226-2).

Liens internet[modifier | modifier le code]