Art du monde indien

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Détail d'une miniature du 18e s. Gouache sur papier. Kishangârh, Rajasthan

La vaste portée de l'art indien est fortement liée avec l'histoire culturelle, les religions et les philosophies qui placent la production d'art et le mécénat dans des contextes sociaux et culturels propres à l'histoire de cette vaste partie du monde. Sachant que par « art indien » on considère l'art des sociétés et des cultures du sous-continent indien et des espaces de l'Asie du Sud-Est où se manifestent influences et échanges culturels avec les cultures issues du sous-continent indien [1].

L'art indien peut être découpé en périodes liées à l'évolution religieuse, politique et culturelle :

Relations entre les arts indiens[modifier | modifier le code]

Au regard de l'histoire universelle des arts, l'art de l'Inde occupe une place exceptionnelle. Il la doit autant à la permanence et à l'originalité de ses traditions qu'à la qualité de ses réalisations. Cette fidélité, probablement unique, à un idéal, à une doctrine attestés depuis vingt-trois siècles au moins, assure à l'art indien une unité certaine, qui n'exclut pas la diversification. S'il arrive que cet art, justement célèbre, mais souvent assez mal connu, déroute parfois- surtout dans ses manifestations tardives - par la profusion, la surcharge de motifs qui semblent trop souvent les mêmes, il doit être pourtant regardé comme l'un des plus homogènes : celui où, dans le respect imposé d'un ensemble cohérent de prescriptions strictes, peinture, sculpture et architecture sont le plus intimement et le plus constamment associées en vue de réaliser une unité qui est beaucoup moins affaire d'esthétique qu'expression d'une métaphysique. L'art de l'Inde, d'inspiration avant tout religieuse et régi par des textes précis, ne laisse, pratiquement, que peu de place à l'invention. Son but essentiel est de matérialiser la présence d'une forme divine, de favoriser l'accès au divin.

Dans le contexte indien, les arts visuels (sculpture, peinture et architecture) sont étroitement liés avec les arts non visuels. D'après Kapila Vatsyayan [2], « l'architecture indienne classique, la sculpture, la peinture, la littérature (kaavya), la musique et la danse ont évolué d'après leurs propres règles conditionnées par leurs moyens d'expression respectifs, mais elles ont aussi partagé non seulement les croyances spirituelles fondamentales de l'esprit religieux et philosophique Indien, mais encore les procédures par lesquelles les relations entre symboles et états spirituels ont été explorées en détail. »

La connaissance des qualités uniques de l'art indien est réalisée à travers la compréhension de la pensée philosophique, la riche histoire culturelle, sociale, religieuse ainsi que la mise en perspective politique des œuvres d'art.

En Inde, la distinction entre « beaux-arts » et les « arts décoratifs » n'est pas prononcée.

L'histoire de l'art en Inde commence avec les peintures rupestres, dont celles de Bhimbetka. Les premières cultures urbaines d'Harappa et de Mohenjodaro avec leurs villes, construites en briques de tailles normalisées, organisées autour d'un centre indiquent une culture hautement développée et une compréhension de l'espace qui se retrouve dans leur architecture et l'urbanisme où les bains publics apparaissent dès cette haute époque dans le sous-continent indien. La danseuse en cuivre de la civilisation de la vallée de l'Indus, divers sceaux provenant de Harappa et d'autres objets de terre cuite modelée montrent une connaissance précise de l'anatomie humaine, aussi bien qu'un degré de conscience et de perception aigu des formes animales et leur stylisation qui seront une constante dans l'art indien.

L'utilisation de formes symboliques en Inde remonte aux sceaux harappéens. Les autels du feu de la période védique, avec leurs significations mathématiques et astronomiques jouent aussi un rôle important dans l'évolution ultérieure des temples.

Les matériaux de l'architecture et des arts plastiques en Inde[modifier | modifier le code]

Détail du temple du soleil construit vers 1241 en blocs de chlorite (grès avec inclusions de paillettes de fer) à Konarak, Orissa[3].

En Inde, l'architecture civile était construite en bois et autres matériaux de construction naturels biodégradables, mais en raison des conditions climatiques cette architecture n'a, en Inde, qu'une durée de vie très limitée. La roche excavée et la pierre à bâtir sculptée ont cependant permis de conserver l'image des dieux et leurs lieux de cultes, et c'est ce qui fait l'une des caractéristiques majeures des arts plastiques en Inde.

Il semblerait que l'usage de la terre cuite, en brique ou modelée, n'ait été abondamment utilisé dans l'antiquité que par la civilisation de la vallée de l'Indus. La période entre le déclin de cette civilisation et la période historique qui commence avec les Mauryas est couverte d'ombre. Les objets dévotionnels en terre cuite réalisés sous les Mauryas semblent avoir été brisés dans le cadre du culte. Mais l'art islamique, en Inde, a fait un usage constant et de grande qualité artistique de la terre cuite, sous toutes ses formes, alliée aux marbres, pierres dures, stucs et aux bois travaillés et peints.

Les plus anciennes religions indiennes à inspirer des monuments artistiques majeurs ont été le bouddhisme et le jaïnisme. Il est particulièrement remarquable que les grottes excavées datant de cette époque ont repris la forme des structures en bois qui leur étaient contemporaines ([4] et [5]). Les bouddhistes ont laissé de monumentales temples et monastères excavés, ainsi que les Hindous et les Jaïns à Nasik, Bhaja, Ajanta 4 et 9, Badami, Aihole, Ellora, Elephanta, Aurangabad et Mamallapuram.

L'art hindou de la pierre a continuellement évolué, depuis les premières grottes excavées, afin de servir différents objectifs, des contextes religieux et sociaux, avec des différences sensibles selon les régions considérées.

Art folklorique et tribal[modifier | modifier le code]

Parallèlement à l'art classique, des traditions d'art folklorique et tribal ont évolué. Ces formes d'art sont l'expression visuelle de gens appartenant à différentes cultures et groupes sociaux que l'ont peut regrouper dans la grande catégorie de l'hindouisme. Cet art est l'expression de personnes dont la vie est rythmée par la nature, sa loi d'évolution cyclique et dont la vie est liée aux énergies de la terre.

L'art folklorique et tribal représente les énergies unitaires des différentes communautés comme un ensemble. C'est une forme d'art vivante et changeante qui évolue avec le temps, la nécessité, la mémoire et les expériences de ces peuples.

Souvent, les dieux purâniques et les légendes sont transformées sous des formes contemporaines et des images familières. Les fêtes, festivals et déités locales jouent un rôle vital dans ces arts.

C'est dans l'art que la vie et la créativité sont inséparables. Les arts tribaux ont une sensibilité unique, puisque les gens possèdent une conscience exacerbée très différente des peuples urbanisés. Leurs esprits sont souples et intensément peuplés de mythes, de légendes, d'histoires d'une multitude de dieux nés de leurs rêves et de leur fantaisie. Cet art est une expression de leur vie et rassemble toute leur émotion et leur mystère.

L'art folklorique inclut aussi des expressions visuelles de nomades. C'est l'art de personnes exposées à des paysages changeant alors qu'ils voyagent à travers les vallées et les hautes terres de l'Inde. Ils transportent avec eux leurs expériences et souvenirs de différents espaces et leur art représente le modèle passager et changeant de la vie. La vie rurale, tribale et les arts des nomades constitue une matrice de l'expression folklorique.

L'esprit folklorique a un rôle immense à jouer dans le développement de l'art et la conscience de la culture en général.

Musique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Musique indienne.

La musique d'Inde inclut de multiples variétés de musique folklorique, populaire, pop et classique. La tradition de la Musique indienne, dont la musique carnatique et hindoustani qui a une histoire millénaire et s'est développée durant plusieurs époques artistiques, reste fondamentale dans la vie des indiens aujourd'hui en tant que source d'inspiration religieuse, d'expression culturelle et de pur divertissement. L'Inde est composée de plusieurs dizaines de groupes ethniques, parlant chacun leurs propres langues et dialectes. En plus de formes subcontinentales distinctes, il y a des influences importantes de musique persane, arabe et britannique. Des genres indiens comme le filmi et le bhangra sont devenus populaires dans tout le Royaume-Uni, L'Asie du Sudet de l'est, et le monde entier.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Glossaire des arts de l'Inde ancienne

Asana Fait ou manière de s'asseoir ; siège, place. Asura Classe de démons ennemis des dieux. Avatara Descente, incarnation divine, spécialement de Visnu. bodhisattva Être sur la voie du complet Éveil (Bodhi). Caitya (ou chaitya) Objet, lieu vénéré, édifice abritant un objet vénéré et, par extension, sorte de mouvement funéraire. Cakra Roue, disque. Cakravartin Monarque universel. Deva Être céleste, dieu. Devi Déesse, spécialement Durga. Dharmacakra Roue de la loi (spécialement bouddhique). Dvara Porte. Hvarapala ou dvarapalaka Personnage figuré comme gardien de porte. Gavaksha, ou kudu Motif d'architecture, ouverture en forme de fer à cheval ou circulaire. Gopura Porte de ville ou de temple, monumentale. Hasta Main, coudée, geste de la main (iconographie). Jina Vainqueur, le ou l'un des Bouddha, aussi un des saints du jaïnisme. Kailasa Nom d'une montagne, résidence de Siva. Kïrti Gloire. Kïrtimukha Masque de monstre (art décoratif). Lakshana Marque, signe distinctif favorable. Linga Marque, emblème, phallus, spécialement de Shiva (divinisé). Mandala Cercle, groupe, disposition ésotérique. Mandana Pavillon, salle en avant d'un sanctuaire. Meru Montagne fabuleuse au centre de la surface terrestre, séjour d'Indra. Mudra Sceau, marque, geste des mains et des doigts de signification mystique (bouddhisme mahayanique). Mürti Matière, forme personnifiée (d'une divinité). Naga Serpent, être semi-divin plus ou moins ophiomorphe. Nagara Ville, cité (on dit aussi pura, puri). Nata Danseur. Nataraja Roi des danseurs, aspect de Shiva. Padma Lotus, spécialement rose (utpala = lotus bleu). Pata Étoffe, spécialement peinte ou couverte d'inscriptions. Pitha Siège, trône, piédestal. Prasada Palais, temple, tour et, par extension, sanctuaire. Puja Adoration, rite journalier devant une idole. Purna Plein, comblé. Purnaphata, purnakumbha Vase d'abondance. Rakshasa Démon, généralement malveillant (féminin : rakshasi). Ratha Char, spécialement de guerre, édifice. Shakti Énergie d'un dieu sous son aspect féminin et, par extension, épouse d'un dieu. Shastra Loi, enseignement, théorie. Shilpasastra Traité d'art, d'architecture (on dit aussi vastuvidya, architecture). Sikhara Pointe, tour, sanctuaire d'un type particulier. Simha Lion ; narasimha : homme lion, spécialement avatara de Vishnou. Stupa Monument en forme de dôme abritant des reliques du Bouddha ou de religieux éminents, aussi commémoratif. Tandaya Danse, notamment de Shiva (108 modes définis). Tantra Doctrine, spécialement magique et mystique (tantrisme). Tirthankara « Celui qui assure la traversée, le salut », titre particulier des Jina (jaïnisme). Torana Arc, porche, portail. Tribhanga « Triple flexion », attitude caractéristique. Ushnisha Turban, protubérance crânienne du Bouddha. Vahana Véhicule, monture, spécialement d'une divinité. Vihara Monastère bouddhique ou jaïna. Vimana Char, palais, sanctuaire d'un type particulier. Yaksha Êtres surnaturels, plutôt favorables (féminin : yakshi, yakshini). Yantra Instrument, amulette, figure magique. Yoga Système philosophique et pratique religieuse. Yogin Adepte du yoga, ascète pratiquant le yoga.


Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Art, ouvrages généraux et culture classique[modifier | modifier le code]

  • Édith Parlier-Renault (directrice.), L'art indien : Inde, Sri Lanka, Népal, Asie du Sud-Est , Paris, PUPS : Presses de l'Université Paris-Sorbonne,‎ 2010, 419 p. (ISBN 978-2-84050-702-4)
  • Édith Parlier-Renault, Temples de l'Inde méridionale (VIe-VIIIe siècles) : la mise en scène des mythes, Paris, PUPS (Presses de l'Université Paris-Sorbonne),‎ 2007, 413 p. (ISBN 978-2-84050-464-1)
  • Anne-Marie Loth, Art de l'Inde : diversité et spiritualité. 1, des origines à la fin du VIIIe siècle, Bruxelles ; Paris, Chapitre Douze,,‎ 2006, 448 p. (ISBN 2-915345-02-3)
  • Anne-Marie Loth, Art de l'Inde : diversité et spiritualité. 2, du IXe au XVIIe siècle, Bruxelles ; Paris, Chapitre Douze,,‎ 2006, 443 p. (ISBN 2-915345-03-1)
  • M.C. Joshi, Pierre-Sylvain Filliozat, Amina Okada, J.E. Dawson, Thierry Zéphir, L'Âge d'or de l'Inde classique : l'empire des Gupta : exposition, Galeries nationales du Grand Palais, 4 avril-25 juin 2007, Paris, Réunion des musées nationaux,‎ 2007, 335 p. (ISBN 978-2-7118-5212-3)
  • Grace Morley, La Sculpture indienne, Paris, Moreau,‎ 2005, 144 p. (ISBN 2-909458-30-X)
  • C. Sivaramamurti (musée de Delhi), Amina Okada (musée Guimet, Paris), Thierry Zéphir. Photographies : Jean-Louis Nou, L'Art en Inde, Paris, Citadelles & Mazenod,‎ 1999, 630 p. (ISBN 2-85088-073-6)
  • Louis Frédéric, L'Art de l'Inde et de l'Asie du Sud-Est, Paris, Flammarion, Tout l'art,‎ 1994, 479 p. (ISBN 2-08-012252-5)
  • Brijindra Nath Goswamy, catalogue. Photographies: Jean-Louis Nou, Rasa, les neuf visages de l'art indien [Texte imprimé] : [exposition], Galeries nationales du Grand Palais, 13 mars-16 juin 1986, France, Association française d'action artistique,‎ 1986, 333 p. (ISBN 2-86545-043-0)
  • Roy C. Craven, L'Art indien, Paris, Thames and Hudson, L'univers de l'art,‎ 1976 et 1997, traduction revue et augmentée 1991 et 2005, 256 p. (ISBN 2-878011-254-7[à vérifier : isbn invalide])
  • (en) Vidya Dehejia, Indian Art, Londres, Phaidon,‎ 1997, 446 p. (ISBN 0-7148-3496-3)
  • (en) Partha Mitter, Indian Art, Oxford, Oxford University Press,‎ 2001, 295 p. (ISBN 0-19-284221-8)
  • (en) George Michell, Hindu Art and Architecture, Londres, Thames and Hudson, World of Art,‎ 2000, 224 p. (ISBN 0-500-20337-7)
  • (en) T. Richard Blurton, Hindu Art, Londres, The British Museum Press,‎ 1992, revu et augmenté 2001, reprinted 2007, 240 p. (ISBN 978-0-7141-1442-2)
  • (en) Robert E. Fisher, Buddhist Art and Architecture, Londres, Thames and Hudson, World of Art,‎ 1993, revu et augmenté 2002, 216 p. (ISBN 0-500-20265-6)
  • (en) Gilles Béguin, L'Art bouddhique, Paris, CNRS éditions,‎ 2009, 415 p. (ISBN 978-2-271-06812-5)
  • Anjan Chakraverty, La miniature indienne, Paris, Moreau,‎ 2005, 140 p. (ISBN 2-909458-29-6)
  • sous la dir. de Amina Okada ; catalogue par Roselyne Hurel,... Amina Okada,..., Pouvoir et désir : miniatures indiennes du San Diego Museum of Art, Paris, Paris-Musées,‎ 2002, 173 p. (ISBN 2-87900-729-1)
  • Amina Okada, Le Grand Moghol et ses peintres, Paris, Flammarion,‎ 1992, 229 p. (ISBN 2-08-010964-2)
  • Antonio Martinelli, Photographie. Amina Okada, Préface, Lucknow, Paris, Flammarion,‎ 2011, 65 p. (ISBN 978-2-350-46211-0)
  • sous la direction de Stephen Markel et Tushara Bindu Gude ; avec la collaboration de Muzaffar Alam et Sanjay Subrahmanyam, Caherine Asher...[et al.] ; traduit de l'anglais par Véronique Crombé, Une cour royale en Inde, Paris, Réunion des musées nationaux, Grand Palais,‎ 2011, 271 p. (ISBN 978-2-7118-5811-8)
  • sous la direction de Stephen Markel et Tushara Bindu Gude ; avec la collaboration de Muzaffar Alam et Sanjay Subrahmanyam, Caherine Asher...[et al.] ; traduit de l'anglais par Véronique Crombé, Une cour royale en Inde, Paris, musée Guimet,‎ 2011, 271 p. (ISBN 978-2-9521597-9-1)
  • (en) Vidya Dehejia, The Advaita of Art, Delhi, Motilal Banarsidass,‎ 2000, 97 p.
  • (en) Kapila Vatsyayan, Classical Indian Dance in Literature and the Arts, New Delhi, Sangeet Natak Akademi,‎ 1977, 8 p.

Art contemporain[modifier | modifier le code]

  • Deepak Ananth, Cédric Vincent, Geeta Kapur, Henry-Claude Cousseau, Collectif, Indian Summer - La jeune scène artistique indienne, Paris, ENSBA,‎ 2005, 316 p. (ISBN 2-84056-183-2)
  • Geeta Kapur, de Ranjit Hoskote, de Savita Apte, d'Iftikhar Dadi, Sharmini Pereira, Naeem Mohaiemen, Indian Highway IV. Exposition MAC Lyon, été 2011, Cologne, Buchhandlung Walter König,‎ 2011, 320 p. (ISBN 978-3-86560-946-9[à vérifier : isbn invalide])
  • Sophie Duplaix, Fabrice Bousteau, Collectif, Paris - Delhi - Bombay L'exposition, Paris, Centre Pompidou,‎ 2011, 364 p. (ISBN 978-2-84426-526-5)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]