Art d'Océanie

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L' art d'Océanie (ou art océanien) regroupe l'ensemble des productions esthétiques matérielles et immatérielles des peuples autochtones du Pacifique. Ainsi, il ne sera pas question dans cet article des œuvres et artistes d'origine européenne (ou non-océanienne en général) habitant dans le Pacifique. Il est, en outre, important d'inclure la part immatérielle dans cet art de par l'importance qu'elle revêt pour les nombreux habitants du Pacifique. Notre appréhension du monde océanien et de son art serait nécessairement incomplète sans cette prise en compte.

Considérations générales[modifier | modifier le code]

Au contraire de l'Occident, il n'existe pas de conception esthétique stricte en Océanie. La pensée du Beau est toujours reliée au domaine du sacré. Ainsi les anthropologues ont mis en évidence que l'émotion suscitée par le divin est semblable dans son expression à notre propre ressenti émotionnel occidental devant le Beau [1]. Un objet est paré de beaux atours en Océanie non pour décorer mais pour relier cet objet à l'ensemble du monde, lieu d'expression et de rencontres entre le Visible et l'Invisible. Et il arrive régulièrement que l'objet le plus simple, le plus humble soit le réceptacle du divin absolu, source d'une grande exaltation.

L'Océanie a connu deux vagues de peuplement : la première est le fait d'une population à peau noire dont les descendants sont les actuels Aborigènes d'Australie et les peuples papous de l'île de Nouvelle-Guinée[2]. Les premiers constituent une aire artistique spécifique tandis que les seconds se rattachent à la grande diversité artistique de la Mélanésie. Les Austronésiens forment la seconde vague de peuplement ; ce peuple s'est disséminé dans l'ensemble du Pacifique à travers une succession de vagues de peuplement des îles. Un premier ensemble civilisationnel forme la culture Lapita dont dérive ensuite les autres cultures autochtones du Grand Océan. Ainsi malgré les adaptations aux environnements spécifiques de chaque île habitée, les productions artistiques conservent une homogénéité forte.

Pour le détail de cet article, choix a été fait de suivre la division traditionnelle de l'espace océanien (Mélanésie, Micronésie et Polynésie) à laquelle s'ajoute l'espace australien qui doit nécessairement être traité à part du fait de sa singularité historique, géographique et culturelle.

Canons[modifier | modifier le code]

Quoique les productions se sont particularisées au gré des îles et de leurs divers environnements, il demeure des traits communs tant dans la grammaire des formes que dans l'usage des couleurs. Dans la statuaire anthropomorphe, la marque caractéristique est la pliure des genoux – symbole de vie par le mouvement. La volonté réaliste est souvent moins importante que la stylisation, laquelle peut aller jusqu'à une abstraction surprenante voire déroutante, tant par son expression que par l'ancienneté des œuvres (en comparaison avec notre propre histoire de l'art occidentale dans laquelle l'abstraction est d'expression récente).

La palette des couleurs est assez restreintes de par l'usage de colorants naturels, issus d'une chimie basique et non pétrolière. Rouge, blanc, noir, ocre, sont les principales couleurs. Le bleu, le vert et le jaune viendront, sauf exception, uniquement suite aux contacts avec les Blancs [3]. Le rouge est la couleur divine dans l'ensemble du monde pacifique, porter du rouge est signe de grand prestige ; le blanc est celle des morts.

Typologie des productions[modifier | modifier le code]

Cette typologie est forcément bancale et mal adaptée mais permet un aperçu des productions artistiques océaniennes en regard de nos classifications de l'Art. Ainsi, tous les arts (au sens classique et occidental du terme) sont représentés en Océanie de l'architecture aux « arts de la scène » qu'est la danse, expression artistique immatérielle dont l'importance a provoqué la production de nombreux objets. Une certaine prépondérance est donnée à la sculpture et notamment au masque. Le tatouage forme un art bien distinct et peut-être porté à son expression maximum dans l'espace pacifique. En architecture, diverses constructions mégalithiques reflètent le génie des cultures océaniennes. Il existe aussi des arts inconnus en Occident comme le dessin sur sable. Concernant ce que l'Occident appelle les « arts décoratifs », c'est principalement le textile qui est représenté par le tapa.

En reprenant Jean Guiart [4], il est possible d'appréhender l'art océanien par sa capacité de renouvellement des formes. Le célèbre ethnologue obtient ainsi les aires stylistiques suivantes :

Styles à innovation libre, à renouvellement rapide des formes Styles à innovation réduite au détail
Nouvelle-Guinée (Moyen-Sépik, Kwoma, Asmat, Golfe de Papouasie) Nouvelle-Irlande & Nouvelle-Bretagne, Vanuatu (Ambrym & Malékula), Nouvelle-Zélande, Hawaï, Nouvelle-Guinée (Yuat, Mundugumor, Maprik, Golfe Huon, Golfe de Cenderawasih, île Tami, îles de l'Amirauté), îles Salomon, Nouvelle-Calédonie, Polynésie occidentale, Îles Marquises, Île de Pâques

Matériaux et modes de production[modifier | modifier le code]

Comme toujours, ce sont les environnements et leurs variétés qui imposent à l'Homme ses ressources. Ainsi le bois et la pierre (tuf volcanique, obsidienne, néphrite) sont les deux matériaux principaux de l'expression artistique. À ces premières ressources, il faut rajouter la nacre et l'écaille de tortue savamment sculptées mais aussi les plumes, notamment à Hawaï même si cet art plumaire n'a pas atteint le degré de sophistication qu'il connaît en Amérique du Sud. On compte peu de travail de la terre glaise et bien entendu aucun travail du métal, du moins dans les productions anciennes. L'apport de ce dernier matériau, lors des premiers contacts, a permis avant tout de libérer encore des formes et une grammaire déjà vivaces en reposant les forces des artistes, lesquels ne pouvaient compter jusque là que sur l'abrasion des peaux de requins et du sable et le tranchant des coquillages, des herminettes de pierre ou encore des dents de requin.

La création des œuvres artistiques prennent souvent place dans le cadre des cérémonies religieuses. Ainsi, en Mélanésie, la majorité des productions se justifient par les différentes cérémonies (intronisation d'un chef, cérémonie de prise de grade, initiation, mariage, deuil) et cycles d'échange (comme la célèbre Kula ou le Malangan de Nouvelle-Irlande). Les instruments de danse et de musique entrent parfaitement dans cette logique de création pour cérémonies. De fait, une part de ces créations artistiques sont donc détruites après la cérémonie qui les a nécessitées : ce qui a survécu est donc ce que les Occidentaux ont pu recueillir avant destruction. Lorsque les objets ne sont pas créés pour des occasions particulières, ils gardent une large part de relation au sacré. C'est par exemple le cas des statues de divinités en Polynésie, des crochets pour la chasse aux têtes ou des décorations protectrices des grandes maisons communes. Ce que l'ethnologie a mis en lumière également c'est le principe de droit d'auteur dans le renouvellement des formes : le motif neuf peut être vendu par son créateur et/ou par le détenteur de l'objet. Cela augmente bien entendu le prestige de l'artiste comme celui du détenteur, conférant ensuite à l'un comme à l'autre une importance sur le plan socio-politique.

Brève histoire des arts du Pacifique[modifier | modifier le code]

Il est possible de périodiser en trois phases l'art océanien. Une première période s'étend de l'installation des Hommes dans la région à la colonisation européenne (environ le début du XIXe) : les objets produits ont leur pleine valeur d'usage dans le cadre des cultures du Pacifique. Durant cette période, les traits communs s'acquièrent pour ensuite se particulariser au gré des installations dans les différentes îles et leurs environnements variables.

Suit la période de rencontre avec les Européens lesquels amènent avec eux les processus parallèles de colonisation et d'évangélisation. Durant cette période (comprise entre environ 1820 et 1970), dans le but de profiter des biens européens, une petite production d'exportation se met en place : ces objets sont troqués avec les marins occidentaux de passage (santaliers, baleiniers, militaires). Ces échanges se justifient pour les Océaniens par leur besoin d'accumulation des biens qui va de pair avec une importance politique dans leur société : plus un homme a, plus important il est (voir les concepts de big man (en) et de mana).

Enfin, la dernière période s'ouvre avec la décolonisation qui voit un double mouvement : d'une part un artisanat touristique (les curios) qui reprend les stéréotypes des productions classiques avec plus ou moins de réussite et de qualité et un art contemporain fait de retour aux sources et d'influences occidentales. Ce second mouvement acquiert une certaine notoriété sur le marché de l'art actuel, en témoignent, par exemple, les régulières expositions pour vente en galerie des peintures aborigènes.

Évolution du regard occidental[modifier | modifier le code]

Si Jean Guiart peut écrire en 1983 « il n'y a rien que puisse réclamer comme sien l'art moderne occidental, que l'Océanie n'eût imaginé avant lui » [4] c'est qu'il arrive dans un moment charnière de l'histoire de la réception des arts océaniens.

Dès les premiers contacts entre Océaniens et Européens, ces derniers repèrent les productions artistiques des premiers et n'y sont pas indifférents. Les objets d'abord collectés par l'échange forment le socle des cabinets de curiosité princiers et royaux avant d'alimenter les premiers musées ; ce système de collecte et de dépôt en musée perdurera jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale environ. L'évangélisation des peuples autochtones conduit les missionnaires à interdire certaines représentations (notamment la nudité et les figures d'ordre sacré) et à influencer les productions. Un art mixte naît progressivement. Les pièces anciennes deviennent autant de preuves de la réussite du travail des missionnaires et sont donc confisquées et détruites pour la plupart mais certaines sont préservées et arrivent en Europe. Cette double perception ambivalente aura permis la survie de quelques chefs-d’œuvre.

Le XIXe puis le XXe siècle connaissent une évolution de perception de ces arts. Une certaine vision darwiniste de l'Histoire inscrit l'art océanien et ses productions dans une vue évolutionniste : ils sont la preuve d'un état primitif de l'art et des Hommes qui l'ont produit. L'ethnologie va suivre cette vue pendant un temps avant de redonner place et sens à égalité avec les productions occidentales. Ce sera le long travail de savants comme Franz Boas, Claude Lévi-Strauss etc. Mais l'évolution du regard s'est aussi fait par les artistes et les marchands d'art. À l'orée de 1900 et du siècle nouveau, Guillaume Apollinaire et son ami galeriste Paul Guillaume et à leur suite Vlaminck, Picasso puis André Breton et les Surréalistes reconnaissent une force d'expression et d'esthétisme à ces arts. Par ce mouvement dual, la perception des pièces d'art océaniennes (et leurs cousines d'Afrique et d'Amérique du Nord) quittent peu à peu la sphère ethnologique pour la sphère artistique non sans ambiguïté[5] ni débat scientifique sur cette reconnaissance (voir dans en liens internes une liste non exhaustive des principaux musées présentant des arts océaniens).

Aires stylistiques de la Mélanésie[modifier | modifier le code]

L'espace mélanésien regroupe la grande île de Nouvelle-Guinée et ses dépendances insulaires (Nouvelle-Bretagne & Nouvelle-Irlande), l'archipel des Salomon, celui du Vanuatu et la longue île de Nouvelle-Calédonie. Cette aire stylistique est sûrement la plus diversifiée dans ses expressions plastiques. L'art mélanésien se préoccupe de l'effet visuel sur les spectateurs (membres du clan comme ennemis lors d'un raid), le réalisme est très secondaire. Cette cherche esthétique des couleurs, textures, contrastes renvoie bien sûr au domaine spirituel : celui qui montre les esprits et les idées détient un grand pouvoir sur eux et donc sur les Hommes – il en est de même lors des guerres tribales : l'image terrifiant l'ennemi est déjà une marque de la victoire. La décoration des espaces construits est importante mais la recherche d'un effet immédiat sur un public a poussé la recherche artistique du côté du mouvement et du spectaculaire (dans son double sens étymologique et actuel) ; de ce fait, l'art de la danse a été le moteur de production de nombreux objets : parures et vêtements (dont des masques – cette aire possède un art du masque très développé que ne connaît guère le reste de l'espace pacifique), bien sûr, mais aussi pagaies, massues ou bâtons de danse qui devaient servir à la réalisation de différentes figures. La scarification est un art corporel très développé en Mélanésie, surtout en Papouasie-Nouvelle-Guinée (voir ci après, galerie d'art papou).

La Nouvelle-Guinée[modifier | modifier le code]

Article principal : Art papou.

C'est vraisemblablement dans cet espace que l'expression artistique touche à la plus grande profusion de styles et de formes. Il en est même difficile de dresser des généralités tant chaque tribu a une expression propre. L'inspiration est naturaliste : l'animal comme le (calao, la roussette – dont les poils rouges sont très prisés comme marque de courage et de vigueur guerrière - , le crocodile) y tient une grande place – notamment en tant que figure de proue (le crocodile est le protecteur tutélaire de beaucoup de peuples papous). Ainsi le crochet, à la fois outil, pièce rituelle et objet sacré est vu comme la stylisation régulière du bec du calao. Mais le végétal n'est pas oublié car celui-ci procure les matériaux même de l'art mais aussi des formes (par exemple les racines des palétuviers) parfois rendues abstraites. La vie animale et végétale sont donc matières premières et source constante d'inspiration.

L'usage de la couleur est central  : une statue ne prend sens et vie (elle est dite chaude ) qu'avec l'application de la couleur. Les statues sont délavées après usage ou bien repeintes en gris [6].

Si l'utilisation du bois est dominante, on compte aussi sur l'utilisation de l'argile (poterie élémentaire des Iatmul) et de la vannerie, notamment chez les Baining ou les Abelam. L'os de casoar est aussi un support important pour des dagues finement ouvragées ; enfin, toujours concernant les os, cette fois humain, les crânes surmodelés sont aussi un support vu comme artistique.

Îles Salomon[modifier | modifier le code]

L'archipel des Salomon forment un pont géographique et esthétique entre les îles papoues et les derniers archipels de l'Océanie proche (Vanuatu, Nouvelle-Calédonie et Fidji). L'art statuaire y est fortement développé. Les îles Buka et Bougainville fournissent de bels exemples de cette virtuosité avec des statues d'ancêtres grandeur nature. Il existe de plus, un art naval fécond : les figures de proue (Nguzu nguzu) y sont particulièrement reconnu pour leur finesse et leur expressivité. En outre, le monde animal fournit un important répertoire : nombreuses sont les statues d'oiseaux (en vol souvent) ou de grands poissons (bonite, requin) qui servent de reliquaires aux crânes d'ancêtres. En effet, c'est symboliquement par ce biais que l'ancêtre voyage dans le monde des esprits et pousse ces derniers à envoyer bonne pêche et bonne récolte aux vivants.

A cet art statuaire, il faut ajouter un art décoratif flamboyant avec les remarquables plats de l'archipel dont la pureté et la simplicité de formes peuvent rivaliser avec le meilleur du design occidental. Ces objets sont souvent monoxyle ou parfois en écaille de tortue. Lorsque les objets sont en bois, ils sont décorés par des incrustations blanches (nacre, os) et jouent agréablement avec le noir du bois [7]. Il existe un remarquable art de la parure avec les kapkap : une écaille de tortue ajourée en divers motifs posée sur un disque de tridacne blanc. Enfin, signalons les agréables monnaies de plumes des îles Santa Cruz consistant en un long bandeau enroulé de plumes rouge sang.

Vanuatu[modifier | modifier le code]

Une bonne définition de ce qui caractérise l'art du Vanuatu et particulièrement sa statuaire est donnée par Alberto Giacometti : « La sculpture des Nouvelles-Hébrides est vraie, et plus que vraie, parce qu'elle a un regard. Ce n'est pas l'imitation d'un œil, c'est là bel et bien un regard. Tout le reste est support du regard. »[8]. Cet art statuaire s'exprime par exemple dans les figures rambaramp, effigie funéraire enchâssant le crâne d'un personnage important (chef ou guerrier) sur une structure de bois et de bambou recouverte ensuite d'argile. Le Vanuatu est aussi connu pour ses dessins sur sable, au départ simples messages entre habitants et petit à petit devenant expression des mythes. Cet art est aujourd'hui entré au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité. D'une complexité et d'un ésotérisme comparables à nos labyrinthes de cathédrales, le sandroing du Vanuatu puise son répertoire dans le quotidien (objets usuels, pirogues) comme dans l'environnement animalier de l'archipel. L'artiste peut utiliser le dessin lorsqu'il conte un récit sacré ou profane. Après usage, à l'opposé de nos conceptions, le dessin est effacé (principe du tapu). Enfin, le travail des crânes hurmains surmodelés est aussi connu au Vanuatu avec des réalisations aussi belles que celles de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Nouvelle-Calédonie[modifier | modifier le code]

Article principal : Art kanak.

L'art kanak est marqué par le travail du bois en priorité. Le style est variable du Nord au Sud de l'île : la partie Nord sculpte l'humain dans son entier quand le Centre et le Sud ne s'en tiennent qu'aux bas-reliefs et aux visages. La représentation humaine est bien entendu celle des ancêtres, source et lien de la communauté. Outre la décoration architecturale (lfèches faîtières de case, portes et chambranles) et l'architecture elle-même (cases), l'art du bois s'exprime aussi dans le masque. Il est le support des cérémonies de deuil. Les Kanaks travaillaient aussi la parure (sparterie, tapa) mais aussi l'argile et la pierre. Avec ce dernier matériau, le peuple néo-calédonien fabriquait les très célèbre hache-ostensoirs, objets de prestige consistant en un disque de jade verte relié à un manche de bois et cordelettes en sparterie.

Aires stylistiques de la Micronésie[modifier | modifier le code]

La Micronésie regroupe un confettis d'îles et d'archipels disloqués. L'environnement terrestre est pauvre en ressources et en possibilité. L'océan est donc la source principale pour la survie des Hommes qui y sont installés. On y retrouve une très forte unité culturelle. Malgré la difficulté de se procurer des matériaux, le gigantisme existe : ensemble architectural de Nan Madol ou encore pierre de latte, support des cases communes des îles Mariannes. À ce travail architectural de la pierre, ajoutons le travail simpliste des monnaie de pierre de Yap, énormes roues de pierre nécessaire aux paiements d'importance. Néanmoins, l'art micronésien est un art épuré et de faible taille. La statuaire est présente dans les îles Carolines (précisément dans l'atoll de Nukuoro) avec les tino aitu, statues de divinité dont l'épure et la finesse sont un équivalent de l'art cycladique. Un exemple célèbre est présent à Berlin. Dans les États fédérés de Micronésie, dans le district des îles Mortlock, on remarque de très beaux masques, les tapuanu c'est-à-dire visage d'ancêtre qui entrent dans des rituels de fertilité (cérémonie liée à l'arbre à pain, moyen essentiel de subsistance). La majorité des objets micronésiens ont un lien direct avec l'océan, élément central de la vie micronésienne : figures de proue, ornements de bateau, hameçons... Mais aussi objets de guerre : armures en fibre de coco, dagues et épées à dents de requin ou encore casque en peau de diodon. Le tatouage est en outre un art corporel bien attesté en Micronésie [9]. Les arts musicaux et langagiers (poésie, chants) tiennent une place de choix aussi ; et bien sûr le tissage.

Aires stylistiques de la Polynésie[modifier | modifier le code]

La virtuosité des artistes polynésiens est reconnu depuis les premiers contacts qui donnèrent lieu aux premières citations de ces peuples au sein de collections européennes. Les différences entre les îles est une distinction presque artificielle tant la grammaire des formes et des couleurs sont identiques dans les deux sous-groupes polynésiens ; seule la Nouvelle-Zélande dont le climat et les ressources naturelles sont particulières sera traité à part. Les Polynésiens des différentes îles partagent des rites communs (kava) et un mode de vie très proche comme le prouve notamment l'art vestimentaire du tapa. L'art de la danse a été le moteur de production de nombreux objets : vêtements (dont des masques), bien sûr, mais aussi pagaies ou bâtons de danse qui devaient servir à la réalisation de différentes figures. L'art du tatouage atteint son sommet dans cette partie du Pacifique, notamment aux Fidji, en Polynésie française et en Nouvelle-Zélande.

Îles de Polynésie occidentale[modifier | modifier le code]

Cet ensemble compte les principales grandes îles du Pacifique : Tonga, Fidji, Îles Samoa, Wallis-et-Futuna, Tuvalu, Niue. Hors les Tuvalu et Niue, ces îles sont toutes des îles d'origine volcanique dont les populations ont connu la civilisation Lapita qui ont donné une unité culturelle forte. C'est aussi à travers l'empire Tu’i Tonga que les productions artistiques ont acquis une seconde homogénéité, si bien que les styles sont communs entre Fidji, Tonga et leurs conquêtes samoanes, wallisienne[10], tuvaluanes[11] et niuéennes[12]. Dans les productions artistiques, le travail de l'ivoire baleinier, du bois, du liber (tapa) ou encore la coquille du grand bénitier constituent les principaux matériaux. Comme beaucoup de peuples du Pacifique, l'inspiration est naturaliste mais l'expression formelle est stylisée. Ainsi les bol à kava prennent souvent une forme épurée avec une anse qui représente de manière simple une tête de tortue ; c'est parfois le plat lui-même qui est une tortue schématisée. Quelques exemples (comme celui en galerie) possèdent un décor sur le rebord.

L'abstraction géométrique est souvent employée dans le décor des tapa, vêtements du quotidien comme de l'exceptionnel (mariage, deuil). Le tapa peut aussi servir de monnaie car il possède une valeur en fonction de sa qualité, des décors et de l'ancienneté (principe du mana qui s'accumule aussi avec le temps et les transactions). Ces décorations géométriques se retrouvent aussi dans les incisions ornementales faites sur les armes (massues et casse-tête). Ces derniers ont des formes spécifiques dont l'une est en losange, forme simplifié de la raie, poisson symbole de puissance.

L'ivoire de cachalot fournit un matériau de choix pour des parures de haute valeur. Les contacts avec les Européens, qui croisent dans le Pacifique comme chasseurs de cétacés, vont fournir la ressource en nombre important ; et avec l'outillage en métal, obtenu via les mêmes Européens, va permettre un beau travail des dents de cachalots, notamment pour la statuaire de petite taille. Il existe aussi une statuaire en bois qui est un matériau régulièrement travaillé malgré sa faible disponibilité.

Îles de Polynésie orientale[modifier | modifier le code]

Cet ensemble regroupent des îles plus éparses à savoir les Îles Cook, la Polynésie française (comprenant les Îles Marquises, les Îles de la Société, les Îles Australes, les Îles Gambier), l'Île de Pâques et Hawaï. Atteintes en dernier par la colonisation polynésienne, distantes entre elles par des dizaines de kilomètres, il n'en demeure pas moins que cette zone connaît une forte cohésion culturelle. Les assertions formulées sur l'art de Polynésie occidental demeurent vraies. Cependant, la décoration est surtout marquée par la présence de la figure du tiki, entière ou partielle, qui est la stylisation de la figure humaine d'après les canons océaniens. Ce motif trouve son point culminant doublée d'une originalité teintée de mystère avec le moaï pascuan dont la déclinaison en gigantesque statue de pierre est la plus célèbre. À côté de ces imposantes représentation, il existe des statues de bois nommée moaï. Les Polynésiens de l'île de Pâques sont connus également pour leurs pétroglyphes. Hawaï est célèbre pour son art plumassier très développé ; il a d'ailleurs causé l'extermination des perroquets (notamment ceux ayant des plumes rouges et jaunes).

Nouvelle-Zélande[modifier | modifier le code]

Les Māori sont reconnus de tous pour l'excellence de leur travail du bois et de la néphrite verte qui rêvet un caractère sacrée. Le motif central de l'art maori est la courbe, déclinée en rinceaux et entrelacs. Ce motif curve trouve son origine dans le koru, la fronde de la fougère argentée très présente sur toute la Nouvelle-Zélande ; ainsi ses formes arrondies et ses lacis fournissent un motif infini et récurrent pour la sculpture et le tatouage maoris. Peuple guerrier, l'art est tourné vers la représentation de cette activité : le motif de la langue tirée (signe de défi) hante les armes (voir taiaha), les statues et la danse (voir le célèbre haka). Peuple marin, les figures de proue et poupe des waka sont connues de longue date pour leur finesse et leur épure.

Australie[modifier | modifier le code]

Ile-continent, l'Australie offre une grande variété d'environnements et donc de matériaux et de source d'inspiration pour les arts. Toutefois, l'expression artistique s'est concentrée dans le dessin et la peinture, surtout pour les régions côtières (le territoire le plus célèbre pour ses représentations picturales est la Terre d'Arnhem) ; dans le désert les possibilités de support graphique sont moindres : quelques décors pariétaux, du dessin sur sable (éphémère donc) c'est surtout la danse et le chant qui prennent le relais. Les parois rocheuses de divers lieux ont été le support de peintures de gravures dont les plus anciennes datent assurément du peuplement humain de l'île. La peinture exprime les mythes des communautés aborigènes, surtout la terre où vit le groupe. L'attachement au lieu, à son histoire mythique fonde l'art comme lien spirituel entre le passé et le présent, le monde divin et le plan matériel d'existence. Le support principal est l'écorce d'eucalyptus ou la roche. Sont distinguées plusieurs techniques picturales, principalement le dot painting ou pointillisme (la peinture est déposée par le bout des doigts) et le style rayons X où l'intérieur de l'objet figuré est peint (organes, os mais aussi "tramages de lignes qui incarnent souvent l'intérieur spirituel de l'être représenté"[13]). Dans le désert, la figuration se fait par la trace : un trait peut représenter aussi bien un humain couché, qu'un bâton à fouir ou une lance, un demi-cercle est un lieu ou un groupe assis, un cercle désigne tout à la fois selon la lecture nécessaire un feu, une source, un fruit. La couleur est très présente dans la limite des colorants naturels disponibles. Outre la peinture, il existe aussi une statuaire toujours en lien avec le sacré : les poteaux funéraires. L'évolution des mentalités et des cadres juridiques australiens sur la question aborigène ont permis depuis les années 70 un renouveau de l'art autochtone (voir ci-après, production contemporaine).

Production contemporaine[modifier | modifier le code]

La production actuelle est d'une part accaparé par un art pompier touristique aux qualités et réussites très variables mais qui trouvent parfois sa place dans des galeries d'art en Occident. Et d'autre part par une réelle production contemporaine, reconnue pour ses qualités esthétiques. Il est possible de penser, à tout le moins de l'affirmer fermement, que c'est par l'Australie que ce renouvellement a eu lieu. Assez tôt, dès les années 1930, la peinture aborigène intéresse les Blancs. Mais c'est surtout après la Seconde Guerre mondiale et la naissance d'individualités artistiques que cet art pictural reprend de l'ampleur (voir à titre d'exemple l'art balgo contemporain). Le travail ethno-esthétique de Karel Kupka joue beaucoup pour dans l'évolution du regard et l'intérêt du public. Tant des galeries que des institutions publiques acquièrent des œuvres pour expositions et ventes (la loi australienne fera aussi le nécessaire pour protéger le droit d'auteur aborigène). Aujourd'hui, des institutions comme Centre d'art warnayaka de Lajamanu fondé par Jimmy Robertson en 1991[14] assurent le relais entre les communautés, les autorités publiques et le marché de l'art international, rendant ainsi pérenne cette expression artistique essentielle pour les Aborigènes[15].

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, l'émergence d'un art papou contemporain est très liée à l'indépendance. Tant et si bien qu'une œuvre majeure de cette renaissance artistique prend corps dans le bâtiment du Parlement du pays. Le renouveau tient aussi par l'affirmation d'une génération individualisée de peintres dont le représentant le plus célèbre est sans doute Mathias Kauage (en).

En outre, l'art océanien contemporain doit sa vivacité à de nombreux festivals et institutions publiques. Toujours en Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Festival de Mount Hagen (en), inauguré dans les années 1950, rassemble annuellement dans un "concours de beauté" un grand nombre de Papous des Hautes Terres des régions voisines ; un autre festival papou annuel est donné à Goroka (en). Ce sont des attractions touristiques d'importance : les tour-opérateur s'alignent généralement sur les dates de ces événements pour leur circuits en Papouasie-Nouvelle-Guinée[16]. À l'échelle régional, il faut citer le Festival des Arts du Pacifique (en) festival interrégional, de promotion des arts océaniens. Il a lieu tous les 4 ans depuis 1972 dans une ville d'un pays océanien. Du côté des institutions publiques, il est primordial de citer le Centre culturel Tjibaou qui a beaucoup œuvré et œuvre toujours pour le réappropriation par les Kanakes de leur culture. Toujours dans la zone francophone d'Océanie, citons l'Espace contemporain des arts du Pacifique est un centre de création contemporaine située sur l'île de Bora-Bora en Polynésie française afin de promouvoir les arts contemporains du Pacifique. Enfin, dernière institution en date, le PŪTAHI 3 rassemble près de 80 artistes confirmés et en devenir, maîtres de conférence, enseignants, moniteurs, étudiants, stagiaires de Aotearoa (School of Education et School of Maori and Pacific development de l’Université de Waikato – School of Maori studies de l’Université de Massey Palmerston North), Vaihi (Kamakakuokalani Center for Hawaiian Studies de l’Université de Hawaii Manoa - Keaholoa STEM Scholars Program de l’Université de Hawaii Hilo), Papouasie - Nouvelle Guinée (Melanesian and Pacific studies Centre), Fidji (Oceanian Centre for Art, Culture and Pacific Studies) et Polynésie française (Centre des Métiers d’Art).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Arts d'Afrique, des Amériques et d'Océanie Étienne Fléau et alii, Larousse
  2. Alain Nicolas L'art papou : Austronésiens et Papous de Nouvelle-Guinée (catalogue d'exposition, Musée de Marseille, Marseille
  3. Ainsi la célèbre sculpture du Vanuatu exposée au Louvre (Pavillon des Sessions) tire son bleu de la lessive ; cf. Trrou Körrou
  4. a et b Encyclopédie Universalis 1983 article Océanie – Les arts
  5. Voir aussi Le scandale des arts premiers de Bernard DUPAIGNE
  6. Anthony Meyer (dir.), Art océanien, Paris, Gründ,‎ 1995, 640 p. (ISBN 2-7000-2323-4) volume 1, p. 47-48r.
  7. http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/prochainement/leclat-des-ombres.html
  8. Citation donnée par Anne d'Alleva dans Le monde océanien, Flammarion, p. 63
  9. http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/expositions-passees/un-artiste-voyageur-en-micronesie-lunivers-flottant-de-paul-jacoulet.html
  10. Un exemple d'art wallisien : http://collections.tepapa.govt.nz/Object/656850
  11. Un exemple d'art de Tuvalu : http://collections.tepapa.govt.nz/Object/83199
  12. Exemples d'art de Niue : http://collections.tepapa.govt.nz/Object/148170 ; http://collections.tepapa.govt.nz/Object/450174 ; http://collections.tepapa.govt.nz/Topic/1953
  13. Barbara Glowczewski, article "Aborigènes australiens" in Encyclopédie Universalis, tome 1, Paris 2008
  14. et dont il assura la direction jusqu'à son décès en 2002 ; ce centre est le lieu d'expression de la communauté yapa''Pistes de rêves – voyage en terres aborigènes de Barbara GLOWCZEWSKI & Jessica De LARGY HEALY
  15. Voir aussi Pintupi
  16. In Papous de Eric Lafforgue & Almut Schneider, kubik éditions

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

  • Arts premiers, Marine Degli & Marie Mauzé, Gallimard.
  • (fr) Jean-Jacques Breton, Les arts premiers, Paris, 2008 (Que sais-je ?, 3817) (ISBN 978-2-13-056609-0)
  • Jean Guiart, Océanie, Gallimard, coll. « L'univers des formes »,‎ 1963, 462 p. (ISBN 2-07-010244-0)
  • Adrienne Kaeppler et Christian Kaufmann (préf. Douglas Newton), L'art océanien, Paris, Citadelles et Mazenod,‎ 1993, 637 p. (ISBN 2-85088-061-2)
  • Anthony Meyer (dir.), Art océanien, Paris, Gründ,‎ 1995, 640 p. (ISBN 2-7000-2323-4) Deux volumes
  • Vincent Bounoure, Vision d'Océanie : Exposition. Paris, Fondation Dapper. 1992-1993, Musée Dapper,‎ 1992, 252 p. (ISBN 2-906067-20-2)
  • Nicholas Thomas, L'art de l'Océanie, Londres et Paris, Thames & Hudson, coll. « L'univers de l'art »,‎ 1995, 216 p. (ISBN 2-87811-099-4)
  • Frank Herremann (dir.), Océanie : Signes de rites, symboles d'autorité, Bruxelles, Fonds Mercator,‎ 2008, 191 p. (ISBN 978-90-6153-838-7)
  • Motifs d'Océanie, Hazan

Mélanésie[modifier | modifier le code]

  • Art papou, Nouvelles Éditions Scala, Paris, 2000 & L'art papou : Austronésiens et Papous de Nouvelle-Guinée (catalogue d'exposition, Musée de Marseille, Marseille, 2000 ; ces deux ouvrages sont de Alain Nicolas.
  • Maxime Rovere (dir.) et Magali Melandri, Rouge kwoma : peintures mythiques de Nouvelle-Guinée : exposition, Paris, Musée du quai Branly, 14 octobre 2008-4 janvier 2009, Paris, Réunion des musées nationaux : Musée du quai Branly,‎ 2009, 94 p. (ISBN 978-2-915133-93-6)
  • Objets de pouvoir en Nouvelle-Guinée, Réunion des musées nationaux : musée d'Archéologie nationale, Saint-Germain-en-Laye,‎ 2006
  • Vanuatu Océanie : Arts des îles de cendre et de corail, Paris, Réunion des musées nationaux,‎ 1996, 365 p. (ISBN 2-7118-2914-6)
    Catalogue de l'exposition au musée de Port-Vila (28 juin 1996-10 août 1996), au Musée territorial de Nouvelle-Calédonie à Nouméa (3 septembre 1996-30 octobre 1996), au Museum für Völkerkunde à Bâle (15 mars 1997-10 août 1997), et au Musée national des arts d'Afrique et d'Océanie à Paris (30 septembre 1997-2 février 1998)
  • 100 objets de navigation en Mélanésie, Didier Zanette, Publication de la Galerie Lapita (Nice, juillet 2009)

Micronésie[modifier | modifier le code]

  • Art de Micronésie Jean-Edouard Carlier, publication de la Galerie Voyageurs et curieux (Paris, 2013)
  • Micronésie et Para-Micronésie Jean-Edouard Carlier, publication de la Galerie Voyageurs et curieux (Paris, 2007)

Polynésie[modifier | modifier le code]

  • Sylviane Jacquemin, Rao-Polynésies, Paris, Éditions Parenthèses / Réunion des Musées Nationaux,‎ 1992, 75 p. (ISBN 2-86364-501-3)
  • Polynésie Arts et divinités, Steven Hooper, RMN-MQB, Paris, 2008
  • Mangareva Panthéon de Polynésie, Philippe Peltier [dir.], Somogy, Paris, 2009

Australie[modifier | modifier le code]

  • Wally Caruana, L'Art des Aborigènes d'Australie, Thames & Hudson,‎ 1994 (ISBN 2-87811-078-1)
  • Morphy, Howard, L'art aborigène, Phaidon, coll. « Art et idées »,‎ 2003, 447 p. (ISBN 0-7148-9305-6)
  • Alain Nicolas (dir.), Paysages rêvés : artistes aborigènes contemporains de Balgo Hills (Australie occidentale) : Exposition, Marseille, musée d'Arts Africains, Océaniens, Amérindiens ; Galeries Gaston Defferre-Centre de la Vieille Charité, 5 juin-3 octobre 2004, Gand, Snoeck,‎ 2004, 128 p. (ISBN 90-5349-497-9)
  • Karel Kupka, Un art à l'état brut : peintures et sculptures des aborigènes d'Australie, La Guilde du Livre et Éditions Clairefontaine,‎ 1962

Jeunesse[modifier | modifier le code]

  • Taonga Trésors des peuples d'Océanie, Réunion des musées nationaux : Grand Palais
  • L'Art maori, Marine Degli & Olivier Morel, Éditions courtes et longues, 2008.
  • L'Art aborigène, Marine Degli & Olivier Morel, Éditions courtes et longues, 2010.
  • Magali Mélandri, Arts de l'Océanie : Merveilles du Pacifique, Paris, Palette,‎ 2012, 29 p. (ISBN 978-2-35832-098-6)