Armand-Emmanuel du Plessis de Richelieu

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Armand-Emmanuel
du Plessis de Richelieu
Armand-Emmanuel du Plessis, duc de Richelieu
Armand-Emmanuel du Plessis, duc de Richelieu
Fonctions
5e président du Conseil des ministres français
20 février 182014 décembre 1821
(1 an, 9 mois et 24 jours)
Monarque Louis XVIII
Gouvernement Richelieu (2)
Législature IIe législature
Prédécesseur Élie Decazes
Successeur Joseph de Villèle
2e président du Conseil des ministres français
et Ministre des Affaires étrangères
26 septembre 181529 décembre 1818
(3 ans, 3 mois et 3 jours)
Monarque Louis XVIII
Gouvernement Richelieu (1)
Législature Chambre introuvable
IIe législature
Prédécesseur prince de Talleyrand
Successeur Jean-Joseph Dessolles
Biographie
Nom de naissance Armand-Emmanuel-Sophie-Septimanie de Vignerot du Plessis
Date de naissance 25 septembre 1766
Lieu de naissance Paris, France
Date de décès 17 mai 1822 (à 55 ans)
Lieu de décès Paris, France
Nationalité française
Parti politique Indépendant
Profession Diplomate
Religion catholique
Présidents du Conseil des ministres français

Armand-Emmanuel-Sophie-Septimanie de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu est un officier, diplomate et homme politique franco-russe, né à Paris le 25 septembre 1766 et mort dans la même ville le 17 mai 1822.

Il est le deuxième président du Conseil des ministres en titre de l'Histoire de France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Au service de Louis XVI[modifier | modifier le code]

Fils de Louis-Antoine du Plessis, duc de Fronsac, et petit-fils du maréchal de Richelieu[1], Armand-Emmanuel de Vignerot du Plessis naît en 1766 à Paris.

En 1785, il entre dans les régiments de Dragons de la reine Marie-Antoinette, puis devint premier gentilhomme de la Chambre du roi Louis XVI.

Titré alors comte de Chinon, il est marié à l'âge de quinze ans à Rosalie de Rochechouart Faudoas, une enfant de douze ans qui souffrait d'une malformation. Les deux (très) jeunes époux sont séparés après la cérémonie de mariage et Armand-Emmanuel entreprend un tour de France et de Suisse avec son gouverneur-précepteur. Devenue bossue à l'âge de 14 ans, sa femme redoute que son mari, parti plusieurs années, prenne en horreur cette difformité.

Capitaine au sein du régiment des hussards, se trouvant à Paris quand est lancée la marche sur Versailles, il émigre peu après en Russie.

Gouverneur d'Odessa[modifier | modifier le code]

À la demande de la Reine, il quitte Paris en 1790 pour Vienne, afin de s'entretenir avec l'empereur Joseph II d'Autriche, frère de la souveraine, sur les développements de la Révolution.

Ce dernier étant mort avant son arrivée, il se rend à Francfort pour assister au couronnement du nouvel empereur, Léopold II qu'il suit à Vienne, et de là rejoint l'armée russe en compagnie du prince de Ligne et du comte de Langeron. Ils atteignent à temps le quartier général de l'armée russe basé à Bender en Bessarabie[2] pour participer à la prise de la ville d'Izmaïl par le général Souvorov. Richelieu est décoré par Catherine II de l'ordre de Saint-Georges, avec épée d'or.

Après un retour à Paris pour servir Louis XVI puis des missions de diplomate à Vienne, il s'engage dans l'armée des émigrés menée par Condé.

Après les défaites de cette dernière, Catherine II lui propose de s'engager au sein de sa propre armée ; il accepte et devient rapidement général de corps d'armée, mais est contraint de démissionner en raison d'intrigues menées par ses rivaux.

En 1803, le tsar Alexandre Ier, qui succède à Paul Ier, le nomme gouverneur de la ville d'Odessa et de la Nouvelle Russie[3], région qui englobait tout le sud de la Russie et qu'il fallait coloniser et peupler, poste qu'il conserve jusqu'en 1814.

Il est reconnu comme l'artisan du développement de la ville d'Odessa, petit village qu'il a transformé en capitale de cette province conquise aux Turcs. La « perle de la mer Noire » garde encore en souvenir sa statue en haut de l'escalier qui domine le port[4]. Il reste une figure particulièrement populaire auprès de la population de cette ville, en ce début de XXIe siècle[réf. nécessaire].

En 1806 et 1807, il mène plusieurs expéditions dans le Caucase lors des guerres contre l'Empire ottoman et participe à la conquête de la Circassie et de la Bessarabie. En 1812, alors que la France et la Russie se déclarent la guerre, Richelieu est sur le point de rejoindre la Volhynie, où sont basées ses troupes et ainsi rejoindre l'armée russe. C'est à ce moment-là que la peste fait son apparition à Odessa. Au lieu d'abandonner la ville pour prendre le commandement militaire où il était appelé par le Tsar, il reste auprès de la population pour la soutenir contre le fléau qui la décime. Au bout de deux ans, le gouverneur parvient par ses mesures à l'éradiquer totalement. Entre-temps, l'armée russe, alliée à la Prusse et l'Autriche, repoussant les armées napoléoniennes, est entrée en France. Il décide alors de rejoindre les troupes russes et de retourner en France. Il regrettera toujours de ne pas retourner en Russie, où il était demeuré quinze ans de ses meilleures années.

Entre 1808 et 1811, il fait édifier la première villa européenne avec un jardin exotique à Oursouf[5] et qui existe toujours, dans le parc de l'établissement de cure Pouchkino, à cent mètres de la mer[6].

Les ministères Richelieu[modifier | modifier le code]

Soutenir la restauration en combattant la réaction[modifier | modifier le code]

Quand il rentre en 1814, Louis XVIII est sur le trône de France. Richelieu est accueilli par le roi qui le rétablit dans ses anciennes charges : il est nommé pair de France et premier gentilhomme de la Chambre.

Quand Napoléon revient de l'île d'Elbe, Richelieu accompagne Louis XVIII, sur le chemin de Gand, jusqu'à Lille, puis rejoint le tsar Alexandre au Congrès de Vienne, afin de défendre la cause du roi auprès des princes étrangers. Ami personnel du tsar, il exerça sur lui une grande influence au sein du Conseil des alliés.

Après Waterloo, il retourne au service du roi. Bien que ses biens aient été confisqués sous la Révolution, il n'en garde aucun ressentiment à l'égard des précédents régimes, contrairement à une grande majorité des émigrés, mais refuse cependant d'entrer dans le cabinet de Talleyrand, arguant que son long éloignement du territoire français ne lui donnait pas les connaissances nécessaires pour assumer de hautes responsabilités.

Nomination[modifier | modifier le code]
Le duc de Richelieu en 1818

Après la démission de Talleyrand, Richelieu accepte finalement, sous l'insistance du roi et surtout du tsar, de devenir chef du gouvernement, bien qu'il reconnaisse lui-même ne connaître aucun des visages qui le composaient. Le 24 septembre 1815, lors de la Seconde Restauration, il est nommé président du Conseil et ministre des Affaires étrangères ; Talleyrand persifla : « Bon choix assurément, c'est l'homme en France qui connaît le mieux la Crimée ! ».

Ceci entre effectivement en compte dans les raisons de sa nomination, et dès lors « la carte russe » remplace l'alliance anglaise symbolisée par Talleyrand. Richelieu bénéficie de plus d'une réputation d'intégrité qui faisait défaut à son prédécesseur, enfin, comme Louis-Philippe, cet émigré n'avait jamais porté les armes contre son pays.

La mission immédiate qui incombe à ce président du Conseil inexpérimenté est pourtant loin d'être aisée. Le traumatisme laissé par les Cent-Jours incite les royalistes à l'intransigeance, sinon à la violence, alors que le personnel politique formé ces 25 dernières années est contraint de disparaitre. Dans un tel climat la stabilisation intérieure, comme le redressement diplomatique de la France, s'avèrent autant de tâches délicates pour lui.

Son premier ministère (au sens de gouvernement) marque un tournant à droite en comparaison du précédent. À l'exception du génois Corvetto aux finances, il est exclusivement composé de victimes de l'arbitraire révolutionnaire ou impérial, comme du Bouchage à la Marine, Vaublanc à l'Intérieur et Barbé-Marbois à la Justice, ou de fidèles des Cent-Jours, comme Clarke à la Guerre et Decazes à la Police.

Le second Traité de Paris[modifier | modifier le code]

La première tâche de Richelieu est donc la négociation du traité de paix avec les Alliés, dont les Cent-Jours ont raffermi les positions face à une France décidément incorrigible. Les puissances victorieuses tiennent absolument à mettre la grande nation sous la tutelle de la récente « quadruple alliance ».

L'appui de l'empereur de Russie Alexandre Ier lui permet d'obtenir quelques concessions, bien maigres face la sévérité du traité, signé le 20 novembre 1815 : La France est ramenée à ses frontières de 1790, doit subir une occupation militaire d'au moins trois ans, et acquitter une indemnité de guerre de 700 millions de francs. Est également mise sur pied une conférence des ambassadeurs, deux fois par semaine, durant laquelle les représentants de la quadruple alliance à Paris statuent de la progression de la situation intérieure française et en réfèrent à leurs cours : la libération du territoire dépend donc en partie de la politique intérieure menée par le président du Conseil. Cette mesure, comme le reste du traité, est perçue comme particulièrement humiliante par le duc de Richelieu.

À la suite de sa signature, il aurait confié à Barante, ex-sous-préfet de l'Empire devenu directeur général des Contributions indirectes : « On mérite de porter sa tête à l'échafaud quand on est Français et qu'on a mis son nom au bas d'un pareil traité ».

L'épuration[modifier | modifier le code]
Statue du maréchal Ney, non loin du lieu de son exécution

Richelieu comme Decazes n'apprécient guère les ultras de la « Chambre introuvable » ; tous deux ont servi des empires autoritaires, et voient ceux-ci comme une entrave potentielle à la bonne marche de leur gouvernement, dont les prétentions aristocratiques ne sont pas sans leur rappeler la Fronde ou le Parlement du XVIIIe siècle. Le gouvernement et la Chambre se trouvent toutefois provisoirement en accord en ce qui concerne la répression des partisans des Cent-Jours.

Ainsi, le 29 octobre 1815, la loi de Sûreté générale, suspendant provisoirement les libertés individuelles, présentée par Decazes, est acceptée sans modification.

Le 9 novembre, et cette fois-ci après moult modifications de la part de la Chambre, c'est la loi sur les cris et écrits séditieux, présentée originairement par Barbé-Marbois, qui est votée.

Ce dispositif, qualifié de « terreur légale », se poursuit, et 70 000 arrestations sont effectuées, ainsi que 9 000 condamnations politiques et 60 000 fonctionnaires destitués.

Brusqué par les ultras Richelieu décide même d'intervenir dans l'affaire du maréchal Ney, remettant à la Pairie le soin de condamner à mort ce symbole du bonapartisme, réclamant une « éclatante réparation ».

La loi d'amnistie et l'opposition ultra[modifier | modifier le code]

Le lendemain même de l'exécution de Ney, jugeant l'occasion propice d'entamer une période de paix civile, Richelieu porte sa loi d'amnistie à la Chambre des députés. C'est probablement la discussion et le vote de cette loi qui marquent la rupture définitive entre le Conseil et la Chambre, pour qui la chasse aux comploteurs des Cent-Jours reste prioritaire.

Dès lors, de plus en plus organisée derrière Villèle, Corbière ou le comte d'Artois, les parlementaires entament une véritable guerre de popularité contre le ministère Richelieu. Le président du Conseil est rapidement perçu comme inconscient de la situation réelle de la France après 25 années d'exil et manipulé par son ministre de la Police.

Le projet de loi de Richelieu, reprenant la liste de coupables de Fouché, ne prévoit le maintien des poursuites que pour 19 personnes, et le bannissement de 38 ainsi que de la famille Bonaparte. La majorité ultra le rejette et entend mener à la place le procès public des Cent-Jours, seule façon d'achever selon eux l'épuration de la France révolutionnaire. Ils choisissent de remplacer cette liste nominative par des catégories de coupables à excepter de l'amnistie. Le vote final du 12 janvier rejettera les catégories mais adoptera d'autres mesures de la Chambre, comme le bannissement des régicides relaps.

La loi électorale et le budget[modifier | modifier le code]

Le combat entre la majorité et le Conseil se poursuit sur les autres projets de loi présentés dans cette période.

Corvetto, ministre des Finances, propose le 22 décembre sa loi sur le budget qui vise, sans trop augmenter les recettes, à acquitter les frais et verser l'indemnité d'occupation ainsi qu'à indemniser les créanciers de la Révolution et de l'Empire. Il propose l'émission d'obligations gagées sur la vente d'anciens bois du Clergé, idée bien évidemment scandaleuse pour la Chambre. Celle-ci fait traîner les discussion sur la question de la loi électorale afin de faire pression sur Richelieu, impatient d'acquitter les frais d'occupation.

Les articles de la Charte relatifs aux élections ont en effet été soumis à révision par Talleyrand dans l'été 1815 ; ils concernent la définition de l'assiette du corps électoral (cens d'élection et d'éligibilité), le mode de scrutin et la durée de la législature.

Pour Richelieu, il s'agit de « la brèche où il faut vaincre ou mourir » (écrira-t-il à Decazes). En effet, le déplacement du cens de quelques centaines de francs peut ajouter ou exclure du scrutin la moyenne bourgeoisie (censitaires de 300 à 500 francs) et dont le nombre dépasse largement celui des électeurs au-dessus de 500 francs, principal foyer de l'Ultraroyalisme.

Les ultras voient bien évidemment là le moyen du ministère pour se débarrasser de la « Chambre introuvable ». Loin de demander une augmentation du cens, mesure logique mais impopulaire, Villèle préconise au contraire son abaissement à 50 francs, permettant à la paysannerie aisée, autre soutien aux ultras, l'accession au vote.

De cette lutte paradoxale où les ministres progressistes défendent les droits historiques de l'ancienne dynastie et les nobles les plus réactionnaires ceux d'un parlementarisme qu'ils ont toujours combattu, aboutit le 6 mars à un vote de la Chambre des députés, immédiatement cassé à la demande du ministère par la Chambre des pairs.

La majorité refuse de s'incliner, de même que Richelieu, et l'assiette électorale reste au statu quo de 1815.

La dissolution de la « Chambre introuvable »[modifier | modifier le code]

C'est Decazes qui, le premier, préconise la dissolution de la Chambre. Celui-ci, après avoir fédéré une majorité de rechange autour du Ministère parmi la minorité parlementaire, s'attèle à convaincre les autres ministres. Richelieu a récemment remplacé Vaublanc, trop proche des ultras, par Lainé, tout en sacrifiant en contrepartie Barbé-Marbois remplacé par Dambray. La tâche est donc facilitée pour Decazes, les ultras ayant perdu leur principal appui ministériel. Richelieu et ses ministres se laissent rapidement convaincre durant l'été 1816.

Après avoir refusé puis hésité, Louis XVIII lui-même accepte et signe le 5 septembre 1816 l'ordonnance annonçant l'élection d'une nouvelle Chambre des députés.

« Royaliser la Nation, nationaliser la Royauté » (septembre 1816 - décembre 1818)[modifier | modifier le code]

L'élimination des ultras et la réaffirmation du pouvoir royal[modifier | modifier le code]

Dès lors, le ministère s'attèle à maintenir l'alliance entre « la volonté royale et l'opinion nationale ». C'est dans la Charte qu'elles se rencontrent et c'est bien par elle que Richelieu et ses ministres veulent gouverner.

Pour ce faire, il convient d'en finir avec les ultras. Ayant perdu leur majorité à la Chambre, qui se compose dorénavant de 150 députés royalistes dévoués, dans l'immédiat, au ministère contre seulement 100 sièges pour Villèle et ses partisans, ils occupent toujours des places importantes dans l'administration du nouveau régime. C'est une politique de « fermeture à droite » que va donc opérer le ministère.

En son sein même tout d'abord, excluant les derniers ministres proches de l'« ultracisme » au profit d'hommes de la France nouvelle, issus le plus souvent de la hiérarchie napoléonienne. Ainsi Pasquier, ancien préfet de Police de l'Empire, remplace-t-il en janvier 1817 Dambray à la Justice, coupable d'avoir critiqué à la Chambre le projet de loi d'élection.

Le 13 juin, le maréchal de Gouvion-Saint-Cyr devient ministre de la Marine à la place de Dubouchage, puis succède, le 12 septembre, à Clarke à la Guerre, lui aussi proche des ultras, laissant la Marine à Molé. Ainsi tous les ministres, à l'exception de Richelieu, ont servi sous l'Empire. Rien d'étonnant dès lors à ce que les habitudes centralisatrices et autoritaires de ceux-ci soient mises au profit d'une « épuration administrative » du parti ultra.

C'est sous l'impulsion de Decazes que les préfets ultras sont progressivement déplacés ou destitués. Il rencontre toutefois les scrupules de Richelieu et de Lainé, ce dernier surtout perturbé par les agissements du ministre de la Police sur son propre domaine.

Decazes, bénéficiant de l'appui royal, arrive rapidement à ses fins et, lorsqu'il n'y parvient pas, peut contrôler, via son vaste réseau d'agents, les préfets suspects. Une fois la réappropriation des préfets effectuée, le ministère en renforce les pouvoirs dans une série d'ordonnances de 1817 à 1818. Ces mesures sont défendues par les ministres comme l'extension et la réaffirmation de l'autorité royale, bénéfiques aux communes, contre les différents corps qui tentent de s'interposer entre le Roi et elles.

Naturellement, la censure de la presse est maintenue jusqu'en 1818, retirant là encore un terrain d'expression et de pouvoir à leurs ennemis.

Enfin, c'est au parlement qu'il faut consolider le pouvoir ; le ministère s'assure une majorité de manœuvre via les pressions qu'il exerce. Ainsi en 1816, plus de la moitié des présidents de collèges électoraux nommés par le roi sont élus, ceux-ci étant par ailleurs - le cumul est autorisé - le plus souvent fonctionnaires, ils savent qu'ils dépendent totalement du gouvernement.

Le ministère va également de plus en plus tenter de séduire la minorité libérale, bourgeoise, de l'assemblée, qualifiée de « doctrinaire » dès 1816, composée alors d'une douzaine de membres dont Guizot, Royer-Collard, Barante et Camille Jourdan.

Gouverner avec les libéraux[modifier | modifier le code]

Deux lois vont alors symboliser la tournure libérale du ministère, les lois d'élection et de recrutement.

La première, que Rémusat qualifie d'« acte d'investiture de la classe moyenne comme classe gouvernante », est présentée par Lainé le 28 novembre 1816. Le projet rassemble plusieurs idées déjà avancées par le ministère en février 1816, avant que l'opposition ultra ne le contraigne à l'abandon. Elle prévoit la réunion en un collège unique, chef-lieu de département, des contribuables âgés de plus de 30 ans et payant plus de 300 francs de contribution pour une élection directe (le cens).

Là encore, évidemment, les ministres se heurtent à l'opposition ultra, cette fois-ci devenue minoritaire à l'assemblée. Face à eux, les Doctrinaires et les Modérés défendent la nouvelle notion de l'électeur « capacitaire », qui, par sa fortune, preuve de ses compétences, garantit la qualité de son choix. Les ultras, tout en conservant la ligne qui était leur quelques mois plus tôt, proposent tout d'abord un suffrage universel à deux degrés, hérité de l'Empire, où le peuple tout entier est invité à choisir parmi les 600 plus imposés du département, solution selon eux à la fois plus démocratique et plus aristocratique.

Puis Bonald propose à chaque commune de désigner un grand électeur (qui seraient donc au nombre de 40 200), élisant eux-mêmes les députés, sans tenir compte de la taille des communes. Rapidement et paradoxalement, ceux-ci sont accusés, en vantant le suffrage universel, d'amener le retour au désordre et à la violence révolutionnaire.

La loi sera finalement votée telle quelle à la Chambre des Députés par 132 voix contre 100, puis à la Chambre des pairs par 92 voix contre 81. S'il se réjouit du coup porté aux ultras, Richelieu ne tardera pas à regretter cette mesure, trop libérale, trop révolutionnaire à son goût.

La loi du recrutement est quant à elle présentée le 29 novembre 1817 par Gouvion-Saint-Cyr. À ce moment, le Ministère est en pleine négociation avec les puissances alliées et le retrait des troupes d'occupation s'annonce proche. Il est donc nécessaire, dans ces conditions, de reconstruire au plus vite une armée, aux effectifs réellement insuffisants depuis le licenciement de l'armée de la Loire (on compte 117 000 hommes fin 1817, contre les 250 000 de l'armée impériale). L'article de la charte au sujet du recrutement reste, de plus, incomplet.

C'est donc une « armée nationale », qui est proposée au grand dam, encore une fois, des ultras. Il est question de recruter 40 000 hommes par an, via le tirage au sort (avec possibilité d'achat d'un remplaçant), pour atteindre un complet de paix de 240 000 soldats, renouant avec l'ancien système napoléonien. Gouvion Saint-Cyr cherche aussi à recruter les anciens combattants de l'armée de la Loire, « passant l'éponge » sur les événements de 1815. Enfin ce n'est plus au Roi de nommer les officiers, mais un système d'avancement à l'ancienneté est mis en place du grade de lieutenant à celui de colonel.

Malgré la dénonciation par les ultras d'une loi « scélérate », favorisant « le passage d'une armée du Roi à une armée de la loi », le projet est voté et accepté le 12 mars 1818.

Ce tournant libéral est toutefois arrêté par les lois sur la Presse. Si les doctrinaires avaient accepté face à la menace ultra la reconduite de la censure pour un an en février 1817, ils s'opposent vivement à sa prolongation passé ce délai. Leur soutien envers le ministère et un Richelieu qui ne parvient pas à comprendre leurs principes « inapplicables dans la pratique » s'atténue dès lors.

L'affaire du Concordat[modifier | modifier le code]

L'Église de France est, depuis 1815, gravement désorganisée, malgré le concordat de 1801. Si elle obtient de nombreuses concessions durant les premières années de la Restauration, son statut reste ambigu. Louis XVIII juge nulles et non avenues les négociations de l'Empereur avec le Pape, tandis que Pie VII reconnaît le Concordat de 1801, signé avec son total consentement.

Après de difficiles tractations avec le Saint-Siège, Louis XVIII obtient gain de cause, un traité, négocié secrètement par Talleyrand, puis Richelieu et Lainé, remettant partiellement en vigueur le concordat de 1516. Les autres ministres, une fois mis au courant, le voient toutefois d'un mauvais œil. Les libertés gallicanes de 1802 sont en effet menacées. Pasquier insiste pour que le traité soit soumis à la Chambre sous forme d'un projet de loi.

Le gouvernement y rencontre naturellement l'opposition des Doctrinaires, gagnant à eux une partie des députés gallicans. C'est pour une fois sur les députés ultras que comptent les ministres. Ceux-ci semblent dans un premier temps favorables, mais un bref du Pape déclarant déplacé de soumettre au vote une décision de Rome et appelant à s'opposer à la loi les fait changer de camp et le projet est annulé. Le gouvernement se met définitivement à dos avec cette affaire l'opposition des doctrinaires.

La libération du territoire[modifier | modifier le code]

Depuis le traité de paix du 20 novembre 1815, la France est soumise au contrôle militaire et politique des puissances européennes. Si Richelieu s'efforce de contenter tous ses voisins aux desseins divers, il conçoit l'occupation du territoire comme gage de paiement des indemnités de guerre plus que comme moyen de surveillance de la France.

Aussi la question financière joue-t-elle le rôle le plus important. Depuis 1815, les récoltes sont compromises par les guerres, les sécheresses ou les pluies continuelles, et l'incapacité d'une partie de la population de subvenir à ses propres besoins, la hausse des prix, entretiennent la faible consommation. À cela s'ajoutent les funestes conséquences de la pauvreté, vols, pillages des marchés, attaques des convois de blés, etc.

Face à cette situation le gouvernement se lance à partir de 1817 dans une large politique d'emprunt. Dès 1817 sont créés 26 millions de rentes à 5 %, qui produisent 315 millions de francs. Ce sont ces emprunts qui, à eux seuls, vont payer les 3/5 des indemnités de guerres et acquitter ce qui reste des frais d'occupation. Pour la première fois, devant la réticence de la banque parisienne, des emprunts sont souscrits à l'étranger (Londres, Amsterdam). Ceux-ci sont alors revendus dans toute l'Europe, multipliant le nombre de particuliers intéressés au rétablissement du crédit en France et susceptibles de faire pression sur leur gouvernement.

Une première phase de retrait est alors opérée en février 1817, avec le départ de 30 000 hommes de l'armée d'occupation.

Reste à payer, entre autres, les dettes de guerre laissées par l'armée française à l'étranger. Richelieu, avec l'appui du tsar Alexandre, réussit à les limiter à 265 millions contre un milliard 600 millions de francs jusqu'ici exigés. L'emprunt est cette fois-ci effectué en France, auprès d'un consortium issu de la banque française (Laffitte, Pereire, Casimir Perier à sa tête). L'opération est là encore un véritable succès, mais insuffisant aux yeux des puissances alliées, d'où la décision de placer le reste de l'emprunt auprès de la banque londonienne.

En novembre 1818, les trois ans minimum d'occupation exigés par le traité de 1815 seront écoulés, aussi s'ouvre dès le mois de septembre le congrès d'Aix-la-Chapelle. Le 9 octobre, les cinq puissances signent la convention de libération de la France et le départ des troupes est fixé pour le 30 novembre, malgré quelques inquiétudes de celles-ci envers la poussée libérale qui gagne alors la France. Richelieu sort victorieux de ce traité, admirablement bien négocié.

La chute du ministère[modifier | modifier le code]

Loin de calmer la situation politique intérieure, la réussite d'Aix-la-Chapelle signifie, pour les oppositions libérale et ultra, le début d'une ère nouvelle déployant d'autres possibilités sur le plan intérieur. Celles-ci se sont fortement développées et organisées durant l'année 1818. La première, sous le nom d'indépendants, à travers le journal la Minerve, passe rapidement de l'attaque des ultras à l'attaque du Pouvoir, et récolte près de 40 sièges aux élections de 1818. Si ce sont les principaux touchés par ce changement au sein de l'assemblée, les ultras obtiennent toutefois, avec leur journal, le conservateur Minerve blanche, mené par Chateaubriand, une arme efficace dans le combat d'opinion qui se déroule alors.

À cela s'ajoutent l'évolution et l'amplification des premières dissensions ministérielles. Les scrupules de Richelieu par rapport aux attaques envers les ultras, dont il partage le milieu et parfois les vues, se transforment en remords au fur et à mesure de leur affaiblissement.

Decazes pourtant continue sa politique « anti-ultra », utilisant pour parvenir à ses fins des méthodes particulièrement douteuses aux yeux du président du Conseil; fort de ses pouvoirs de ministre de la Police, il n'hésite pas à recourir à la diffamation, amplifiant ou liant certaines affaires dans lesquelles peuvent être impliqués des individus proches de l'« ultracisme » (affaire de Lyon, conspiration du bord de l'eau, etc...).

Decazes va jusqu'à priver Monsieur le comte d'Artois, du commandement de la garde nationale par une ordonnance le 30 septembre 1818. Richelieu ne désavoue pas cette mesure mais commence à penser que la réconciliation avec les ultras est urgente pour le maintien du ministère, face à un ministre de la Police qui privilégie l'alliance avec les doctrinaires.

Deux tendances se dessinent alors, d'un côté les partisans d'un ministère de Centre-Droit, Richelieu et Lainé, de l'autre Decazes, Gouvion Saint-Cyr et Molé. Le 8 septembre, las des intrigues du ministère, le président du Conseil avait annoncé au roi son intention, une fois le territoire libéré, de quitter des fonctions qu'il n'avait jamais aimées. Bien involontairement, il laissait alors libre cours aux ambitions des uns et des autres, créant une situation d'incertitude au sein du ministère. À son retour d'Aix-la-Chapelle, il se rend compte que la gravité de la situation politique l'oblige à rester.

Pendant plus d'un mois les oppositions se manifesteront au sein du Conseil des ministres et de la nouvelle session parlementaire. Après quelques divergences et intrigues autour des présidences et vice-présidences de la Chambre, les deux partis s'accusent d'intrigues déloyales.

Le 21 décembre Richelieu, Lainé et Molé (qui a alors changé de camp) déposent leur démission au roi, immédiatement suivis par Decazes et Pasquier. Louis XVIII hésite alors entre sauver Decazes, son favori, et un Richelieu dont le prestige est encore intact. Il accepte finalement d'éloigner Decazes et laisse le soin au duc de former un nouveau ministère, plus à droite, composé de certains chefs ultras, tel Villèle. Ce nouveau ministère ne durera que quelques jours, les dissensions du centre-droit avec la droite étant en fait beaucoup plus « creusées » que celles avec le centre-gauche.

Le 26 décembre, pour la deuxième fois, Richelieu remet sa démission à Louis XVIII, qui est cette fois-ci acceptée, et c'est Decazes qui sera chargé de la formation du nouveau ministère.

Le second Ministère Richelieu (1820-1821)[modifier | modifier le code]

Après l'assassinat du duc de Berry, Richelieu est rappelé aux affaires ; il préside une deuxième fois le Conseil des Ministres de 1820 à 1821, mais sous la pression des ultras d'un côté et des libéraux de l'autre, il démissionne à nouveau en 1821.

Sous ce dernier ministère, il rétablit la censure sur les journaux par la loi du 31 mars 1820[7].

Il meurt d'apoplexie le 17 mai 1822 ne laissant aucun héritier direct. Une ordonnance royale transfère le titre de duc de Richelieu ainsi que la pairie, à son neveu Odet de Jumilhac.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Le château de Richelieu[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Château de Richelieu.

En 1805, Napoléon Ier avait restitué au duc et à ses demi-sœurs, mesdames de Jumilhac et de Montcalm, le grand domaine éponyme, au château d'ampleur quasi-royale édifié en Poitou par Lemercier pour leur glorieux ancêtre, qui en 1792 avait été vidé de son mobilier et de ses très importantes collections d'art par des saisies révolutionnaires (œuvres au musée du Louvre à Paris et dans ceux de Tours et d'Orléans) ; l'immense demeure était alors « très abîmée ».

En 1832, dix ans après la mort du duc, les héritiers Richelieu le vendirent au démolisseur Boutron, lié à un certain Pilté-Grenet, membre de la « Bande noire », syndicat de liquidateurs de grands domaines aristocratiques français en déshérence... qui démolit jusqu'en 1835 presque tous les bâtiments de ce véritable palais dont sa chapelle, pour en récupérer les matériaux, à l'exception du portail d'entrée, de l'orangerie, du « pavillon des chais » (restaurés), d'une glacière et du pavillon central de l'aile dite des écuries ; l'aile Est ne fut rasée qu'en 1900.

Hommages[modifier | modifier le code]

Lieux et appellations à Odessa en son honneur
  • Rue Richelieu (Richelievskaïa) à Odessa
  • Lycée Richelieu d'Odessa
  • Grand-théâtre Richelieu (jusqu'en 1920)
  • Jardin du duc (Dioukovski sad)
  • Cinéma Le Duc en or (Zolotoï diouk)
  • Festival international de cinéma à Odessa Le Duc en or
  • Champagne brut d'Odessa, Le Duc
  • Cognac d'Odessa, Le Duc d'or
  • Boîte de nuit d'Odessa Zolotoï diouk

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lui-même petit-neveu du cardinal de Richelieu
  2. Aujourd'hui Tighina en Transnistrie, région sécessionniste de la Moldavie.
  3. Novorossiya, en russe.
  4. Le duc de Richelieu est appelé simplement en russe « le duc » (en français dans le texte)
  5. Selon l'orthographe en usage en français de l'époque.
  6. Pouchkine y fit un séjour de trois semaines en 1820.
  7. Alexandre Auguste Ledru-Rollin, L.-A.-M. d'Auvilliers, Journal du Palais : répertoire général contenant la jurisprudence de 1791 à 1850, l'histoire du droit, la législation et la doctrine des auteurs, vol.3, Bureau du Journal du Palais, 1846.

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Léon de Crousaz-Crétet, Le Duc de Richelieu en Russie et en France, 1897
  • Armand-Emmanuel du Plessis de Richelieu, « Ma retraite du pouvoir », Revue de Paris, 1897
  • R. de Cisternes, Le Duc de Richelieu, son action aux conférences d'Aix-la-Chapelle, 1898
  • marquise de Montcalm, Mon journal (1815-1818) pendant le premier ministère de mon frère, publié par S. Charléty, Grasset, 1935
  • Emmanuel de Waresquiel, Le Duc de Richelieu, Paris, Perrin, 1990 ; rééd. 2009 (ISBN 978-2-262-03117-6)
  • Emmanuel de Waresquiel et Benoît Yvert, Histoire de la Restauration, 1996
  • Benoît Yvert (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernement en France (1815-2007), Perrin, 2007
  • Louis-Victor-Léon de Rochechouart, Souvenirs sur la Révolution et l'Empire ; rééd. Plon, 1889

Lien externe[modifier | modifier le code]

Chronologies[modifier | modifier le code]