Armand Deperdussin

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Armand Deperdussin

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Armand Deperdussin en 1913

Naissance 1860
Liège
Décès 11 juin 1924 (à 64 ans)
Profession représentant de commerce

Armand Deperdussin, né probablement à Liège en 1860[1] et mort par suicide le 11 juin 1924 à Paris, fut l'un des plus célèbres constructeurs d’avions d'avant la Première Guerre mondiale.

À l’origine de la prestigieuse firme aéronautique SPAD, il a possédé de 1912 à 1913 l’Aérodrome de la Champagne, aérodrome privé ultramoderne qui, bâti à partir de 1909 à l’emplacement de l’actuelle Base aérienne 112 Reims-Champagne, a notamment hébergé l’une de ses écoles d’aviation.

Biographie[modifier | modifier le code]

On ne sait pratiquement rien de la jeunesse d'Armand Deperdussin ; représentant pour une société pharmaceutique belge, il vint s'établir à Paris en 1901 et fut représentant de commerce d'un négociant en soie de la Rue des Jeûneurs. Il démarcha une banque, le Comptoir Industriel et Colonial avec un projet détaillé de concentration verticale du marché français de la soie[2],[3]. Vivement impressionnés, les autorités de cet établissement lui avancèrent les fonds et en l'espace d’exactement dix ans, de juillet 1903 à juillet 1913, Deperdussin s'imposa comme un magnat du marché de la soie, présentant un bilan fictif de 202 000 000 FF ; car au cours de cette décennie, l'industriel avait multiplié les fausses factures, pour un montant estimé à 706 500 000 FF, dont environ 400 000 000 FF détournés à son propre profit[2].

C'est en 1912 qu'il racheta l’Aérodrome de la Champagne, terrain d’aviation sur lequel il installa une société de constructions aéronautiques – soit une trentaine de hangars servant d’ateliers de construction et au logement du matériel aérien et quelques bâtiments administratifs ou d’hébergement – et l’une de ses écoles de pilotage.

Créée en 1910, la firme Deperdussin connut un succès rapide grâce à Louis Béchereau à qui Armand Deperdussin confia la conception des avions de la marque. Celui-ci conçut en effet des appareils « monocoques » – appareils dont l’originalité résidait notamment dans le fuselage, rigidifié par la coque elle-même et non plus par l’armature – dont les formes aérodynamiques offraient des performances inaccessibles jusqu’alors. Forte de collaborateurs dévoués et de choix techniques révolutionnaires, la maison Deperdussin remporta de nombreux prix, en particulier la fameuse coupe internationale d’aviation de vitesse Gordon-Benett de 1912 avec le pilote Jules Védrines et la coupe Gordon-Bennett de 1913, disputée à Reims et remportée par le Rémois Maurice Prévost avec plus de 203 kilomètres à l’heure.

Parvenu au premier rang de l’industrie aéronautique française, Deperdussin s'était lancé dans le music-hall, avait fondé un sanatorium privé, financé un institut de balnéothérapie[2]. Il possédait le château des Barilliers, à Chambray-lès-Tours.

En reconnaissance des services qu'en tant que créateur de plusieurs modèles d'aéroplanes, propriétaire et directeur de deux usines d'avions, et propriétaire du célèbre aérodrome de Champagne, il avait rendus à l’aviation de guerre française, le gouvernement français l'avait élevé au rang de chevalier de la Légion d’honneur[2].

À la mi-août 1913, la SPAD – firme dont le sigle signifiait « Société de Production des Aéroplanes Deperdussin » – s'avéra incapable de rembourser ses créanciers et fut déclarée en faillite : elle sera rachetée par Louis Blériot.

Deperdussin fut arrêté avec sa femme, ancienne vendeuse d’un grossiste en tissus, alors qu’il prenait la fuite[2]. L’affaire Deperdussin fut jugée le 30 mars 1917 devant les Assises de la Seine. L’acte d'accusation reprochait à Déperdussin d’avoir abusé de sa position pour détourner d’énormes sommes d'argent à son profit : l’accusé, se disant accablé par la maladie, reconnut en bloc sa culpabilité ; quant à sa femme, qu’il avait épousée sous le régime de la séparation des biens, elle se trouvait désormais à la tête d’une immense fortune, son mari ayant mis les actifs de ses sociétés à son crédit[2].

Armand Deperdussin sera condamné à quatre ans de prison avec sursis en mars 1917, malgré le soutien de plusieurs de ses anciens pilotes venus témoigner en sa faveur, en pleine guerre.

En 1921, après quatre ans de préventive, Armand Deperdussin conservait encore à soixante ans un peu du « charme ensorceleur » de l’ancien placier. On le revoyait à Montmartre, en smoking, s’essayant à faire revivre, dans cette atmosphère de luxe, les splendeurs passées. Le lundi 9 juin, il rentrait à son hôtel, décidé à mourir plutôt que de vivre misérablement[3]. À neuf heures et demie du matin (les lettres qu'il a laissées en témoignent) il s'était suicidé. Dans la soirée, un télégramme arrivait pour lui : c'est ainsi qu'on l'a trouvé, râlant, la tête traversée d’une balle de revolver, étendu dans le cabinet de toilette du petit appartement meublé qu’il habitait depuis six semaines au n° 3 de la rue Saint-Lazare. Deux lettres : l’une adressée à son ex-épouse (il avait divorcé en 1922), l’autre au commissaire du quartier, faisaient part de sa détermination[3]. Transporté à l’hôpital Lariboisière, Armand Deperdussin y est mort à dix heures[3], au matin du 11 juin 1924.

Avions Deperdussin[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. D'après James M. Laux, « The Rise and Fall of Armand Deperdussin », French Historical Studies, vol. 8, no 1 (printemps),‎ 1973
  2. a, b, c, d, e et f D'après Stanley Spooner, « The Deperdussin Case », Flight, vol. IX, no 15 (433),‎ 1917, p. 348 (lire en ligne)
  3. a, b, c et d « La fin tragique d'une vie d'aventures - Armand Deperdussin, ex-multimillionnaire menacé par la gêne, s'est suicidé », Le Petit Parisien, no 17271,‎ 1924 (lire en ligne)