Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie
Asala
Image illustrative de l'article Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie

Idéologie Nationaliste et marxiste-léniniste
Objectifs Reconnaissance du génocide arménien, rattachement à l'Arménie de territoires à l'est de la Turquie peuplés d'Arméniens avant le génocide
Statut Inactif
Fondation
Date de formation 1975
Fondé par Hagop Tarakchian et Hagop Hagopian
Pays d'origine Liban
Actions
Mode opératoire Attentat à la bombe, assassinat
Victimes (morts, blessés) 46 morts et 299 blessés (selon le Memorial Institute for Prevention of Terrorism[1])
Zone d'opération Divers pays, dont la Turquie, la Bulgarie, les États-Unis, la Suisse et la France
Période d'activité 1975-1997[2]
Organisation
Chefs principaux Hagop Hagopian
Groupe relié CJGA, PKK, FPLP
Le territoire revendiqué par l'Asala, approximativement.

L'Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie (arménien : Հայաստանի ազատագրության հայ գաղտնի բանակ, Hayastani azatagrut'yan hay gaghtni banak), souvent abrégée en Asala, est un groupe armé issu de la diaspora arménienne, d'inspiration marxiste-léniniste et surtout actif de 1975 à 1984. Au gré de leurs actions, les commandos de l'Asala ont parfois pris des noms spécifiques liés à une opération particulière, comme, par exemple, le groupe d'Orly ou le groupe du 3-octobre ; ou alors, le nom d'une personnalité héroïque arménienne comme le « groupe Khrimian Haïrik[3] ».

Ses objectifs principaux sont de forcer le gouvernement turc à reconnaître le génocide arménien et unifier les territoires peuplés (ou peuplés avant le génocide) d'Arméniens (en Turquie, en Irak et en Union soviétique) en une nation arménienne.

Création de l'Asala sur fond de guerre civile libanaise[modifier | modifier le code]

En effet, l'Asala est fondée en 1975 à Beyrouth, par de jeunes Arméniens de la diaspora installés au Liban et qui ont perdu patience devant l'échec de la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA) à faire reconnaître le génocide arménien par la Turquie. L'Asala est, initialement, une dissidence des CJGA instaurés par la FRA pour éliminer les personnalités considérées comme responsables du génocide ou de sa négation[4]., Cependant, les deux groupes vont très rapidement se lancer dans une féroce lutte d'influence, des règlements de comptes entre la FRA et l'Asala faisant même plusieurs morts (notamment à Beyrouth). Les deux principaux fondateurs de l'Asala sont Hagop Tarakchian et Hagop Hagopian (de son vrai nom Haroutioun Tachikian)[5].

Le passage vers la lutte armée plus radicale se fait avec en toile de fond de la guerre civile libanaise. Si les Arméniens du Liban n'ont pas été directement impliqués dans le conflit (auquel ils paieront pourtant un lourd tribut en vies humaines), ils ont été en contact par la force des choses avec les groupes terroristes palestiniens et la jeunesse voit des similarités entre les causes arménienne et palestinienne. Durant quatre ans, la FRA tente d'infiltrer et de contrôler cette aile qui tente de la dépasser par la gauche, mais en 1979, la rupture est consommée entre les deux groupes. Dans le même temps, la communauté arménienne du Liban fuit le pays en nombre, et on estime que, de 1975 à 1980, pas moins de 40 000 Arméniens quittent le pays, apportant la douleur et la violence du Moyen-Orient dans les communautés diasporiques d'Europe occidentale et d'Amérique du Nord où ils s'installent.

La ligne politique en dix points[modifier | modifier le code]

Le 10 juillet 1978, dans une déclaration publique (fait très rare pour ce groupe qui cultive le secret et la clandestinité), l'Asala explique sa ligne politique et ses objectifs stratégiques, que l'historien Yves Ternon a synthétisé en dix points[6] :

  1. Le seul ennemi de l'Asala est le gouvernement turc.
  2. Les alliés de l'État turc sont les adversaires de l'Asala.
  3. Les mouvements révolutionnaires qui luttent contre la Turquie et l'impérialisme américain sont les amis de l'Asala. Les partis révolutionnaires du peuple turc et du peuple kurde, tous deux opprimés par l'État, sont les seuls alliés officiels de l'Asala.
  4. Les amis des Arméniens sont ceux qui ont reconnu le génocide ; leurs ennemis, ceux qui s'obstinent à le nier.
  5. Les chefs des partis politiques arméniens n'ont obtenu aucun résultat en soixante ans. Le temps de la FRA est passé.
  6. Tous les Arméniens regardent vers l'Asala car elle est exactement à l'image de leurs désirs.
  7. L'Église arménienne peut être récupérée et ramenée dans le droit chemin.
  8. Le combattant de l'Asala n'est pas un terroriste mais un pur révolutionnaire.
  9. L'Asala est solitaire, indépendante, orgueilleuse et fière.
  10. L'Arménie soviétique est la base unique et irremplaçable du Peuple arménien.

Conformément à ces principes de base, les activités de l'Asala seront en grande majorité des attentats à la bombe et des assassinats dirigés contre des cibles turques - ou considérées comme soutenant la Turquie (en général ou dans sa politique étatique de négation du génocide arménien). Pour diffuser ses idées, l'Asala éditera un périodique intitulé Hayastan (« Arménie ») en plusieurs langues. Certaines conférences de presse seront aussi organisées, mais en général, le groupe se cantonne à la clandestinité. Si son objectif premier est la reconnaissance du génocide arménien, l'Asala fait silence sur la Shoah et fera même preuve d'un antisionisme revendiqué et motivé par les liens établis entre Israël et la Turquie.

Les débuts de la violence[modifier | modifier le code]

Entre 1975 et 1984, l'organisation commet, selon le Memorial Institute for Prevention of Terrorism, quatre-vingt-quatre attentats et assassine quarante-six personnes[1]. Le premier attentat à la bombe de l'Asala vise le bureau du Conseil œcuménique des Églises à Beyrouth, attaqué le 3 janvier 1975 parce que cette organisation encourageait à l'émigration, ce que l'Asala percevait comme une tentative de comploter pour éliminer la Question arménienne. Le premier assassinat connu a aussi lieu au Liban ; il coûte la vie au premier secrétaire de l'ambassade de Turquie, Oktay Cerit, le 16 février 1976 à Hamra. L'année suivante, l'Asala s'internationalise et commet un attentat à la bombe contre le domicile d'un couple d'historiens américains, Stanford Jay Shaw et Ezel Kural Shaw auxquels elle reproche de défendre les thèses turques et de ramener le génocide arménien à de simples massacres et déportations justifiés dans le contexte de la Première Guerre mondiale.

Plus radicale que la FRA (neuf attentats arméniens sur dix sont revendiqués par l'Asala), l'Asala va recruter parmi ceux dont la patience est épuisée et qui sont séduits par l'extrémisme. Au moment de la fondation de l'Asala, en outre, la FRA traverse elle-même une crise d'identité qui l'affaiblit et l'empêche d'étouffer dans l'œuf les initiatives des fondateurs de l'Asala et de leurs premiers partisans. La politique libanaise vient se mêler aux luttes de pouvoir internes à la diaspora arménienne de Beyrouth, et l'attitude de neutralité (avec un penchant pour les phalangistes de Gemayel pro-israéliens) de la FRA va encore radicaliser la fracture.

La collaboration avec des groupes étrangers[modifier | modifier le code]

L'un des grands défis que l'Asala doit régler est l'absence de toute base territoriale sur les terres historiques arméniennes, et même en diaspora avec la fuite de la diaspora arménienne de Beyrouth et du Liban durant la guerre civile[7]. Pour y remédier, l'Asala va collaborer avec les Kurdes dans leur effort de lutte de libération nationale, et tout particulièrement avec le PKK : les Kurdes disposent de l'assise territoriale dans le sud-est anatolien et les Arméniens disposent du savoir-faire révolutionnaire acquis au Liban. Il est en effet établi que les militants de l'Asala se sont entrainés avec les groupes palestiniens qui avaient aussi établi leur base arrière au pays du Cèdre : au début avec l'OLP puis, après que Yasser Arafat eut entamé des négociations avec Ankara, l'Asala se rapproche du FPLP et du FDPLP. L'idéologie de ces groupes va déteindre sur l'Asala, mais il serait présomptueux d'imaginer qu'ils ont pu instrumentaliser les terroristes arméniens comme ce qui était parfois affirmé à l'époque devant la similitude des méthodes. Il s'agit d'alliés objectifs poursuivant chacun leur but propre mais en mettant leurs connaissances « théoriques » de la lutte armée en commun[8].

Hagop Tarakchian meurt du cancer en 1980.

L'arrestation de deux militants détourne l'Asala de son objectif premier[modifier | modifier le code]

Durant les quatre derniers mois de 1979, l'Asala commet pas moins de quinze attentats à travers l'Europe (Genève, Francfort, Madrid, Ankara, Copenhague, Milan, Rome, Paris (dégâts matériels importants et trois blessés), puis Istanbul le 30 décembre, pour marquer le cinquième anniversaire de sa fondation. Les cibles sont alternativement des diplomates turcs ou des intérêts économiques turcs - et tout particulièrement la compagnie aérienne Turkish Airlines qui essuie le gros des explosions.

Le début de l'année 1980 voit les attentats se poursuivre - à un rythme moins soutenu cependant -, puis le choc en retour se produit le 3 octobre 1980, lorsque deux membres de l'Asala sont arrêtés : il s'agit d'Alec Yenikomchian et Suzy Masseredjian, qui se sont blessés en manipulant des explosifs dans un hôtel de Genève. Cette arrestation fait suite à plusieurs attentats commis dans la ville suisse, mais également à travers toute l'Europe ; elle marquera un tournant dans l'histoire de l'Asala et illustre bien les dérives à venir.

Pour la première fois, le public peut mettre un visage sur l'Asala. Cette arrestation jouera un rôle déterminant également sur l'engrenage fatal dans lequel l'Asala va alors s'engager. Désormais en effet, l'objectif de la reconnaissance du génocide arménien va passer pour ainsi dire au second plan, les stratèges de l'Asala mettant sur pied nombre d'attentats pour obtenir la libération de leurs compagnons incarcérés. Après l'arrestation d'octobre 1980, l'Asala accuse les autorités suisses et les menace de représailles à cause des circonstances de l'arrestation qui ont coûté la vue à Alec Yenikomchian, et d'un interrogatoire toléré par les forces de l'ordre helvétiques au cours duquel Suzy Masseredjian aurait été questionnée par le FBI et peut-être même par le MIT (services secrets turcs) ; son avocat commis d'office aurait été lui aussi en collusion avec la CIA[9]. Dès lors, l'Asala va multiplier les attaques contre les intérêts suisses, sur le territoire national comme à l'étranger : la compagnie aérienne Swissair verra notamment plusieurs de ses agences à travers le monde être ciblées par un « Groupe du 3 octobre ». En effet, l'Asala crée régulièrement des groupes plus ou moins autonomes chargés d'accomplir un objectif particulier de l'organisation (qu'il s'agisse d'éliminer un diplomate turc ou de faire pression sur les autorités d'un pays). Une vague d'attentats est commise contre les intérêts suisses à Beyrouth, Paris, Londres, dans le train Paris-Interlaken (une bombe qui n'a pas explosé y est découverte), devant le palais de justice de Genève, à Rome (5 blessés), devant l'UBS de Genève, à l'aéroport de Zurich-Kloten et enfin à Madrid le 29 décembre 1980, dernier en date de cette opération d'intimidation qui est suivie dès le 1er janvier 1981 par une requête de l'Asala auprès du CICR et d'Amnesty International pour examiner les conditions de détention des deux militants toujours incarcérés. Le gouvernement suisse autorise le CICR à les visiter et l'Asala annonce qu'elle suspend ses actions jusqu'à mi-janvier. Au terme de leurs procès un mois plus tard, les deux militants sont immédiatement libérés car ils bénéficient du sursis (18 mois pour chacun).

La trêve avec Berne sera de courte durée puisque, le 9 juin 1981, un troisième militant de l'Asala, un Arménien de Beyrouth, est arrêté à Genève non loin de l'endroit où un diplomate turc vient d'être assassiné. Rapidement, il avouera être l'auteur du crime et donnera quelques explications sur le mode opératoire d'une cellule de l'Asala. Un « Groupe du 9 juin » apparaît alors, qui revendiquera une dizaine d'attentats contre les intérêts suisses entre le 26 juin (succursale de la SBS à Los Angeles) et le 16 septembre (ambassade suisse à Téhéran), mais aussi à Zurich et Lausanne (26 blessés dans l'explosion d'un grand magasin le 21 juillet).

L'engrenage[modifier | modifier le code]

Le 7 août 1982, une bombe tue neuf personnes à l'aéroport d'Ankara. Le 15 juillet 1983, une autre bombe à l'aéroport d'Orly tue huit personnes au comptoir de la compagnie Turkish Airlines. Le chef du commando d'Orly, Varoujan Garbidjian est arrêté 48 heures après et condamné à la prison à vie le 3 mars 1985, à l'issue d'un procès débuté le 19 février 1985 ; après dix-sept ans derrière les barreaux, il est expulsé vers l'Arménie en 2001.

L'attentat d'Orly, par son lourd bilan et surtout sa mise en œuvre indiscriminée, provoque une grave crise de conscience à l'intérieur même de l'Asala, et coupe l'organisation de ses soutiens dans la diaspora arménienne révoltée par une dérive qui semble incontrôlée. Le groupe se scinde entre une aile nationaliste (Asala-Militant) et une aile populaire (Asala-Mouvement révolutionnaire), mais son activisme se disloque et les attentats cessent pratiquement.

Le chef et fondateur de l'Asala, Hagop Hagopian, est assassiné à Athènes le 28 avril 1988 par des hommes masqués. Plusieurs pistes sont évoquées pour expliquer qui sont les commanditaires de l'assassinat : il est clair qu'Hagopian, au style autoritaire pour ne pas dire tyrannique s'était fait des ennemis à l'intérieur de l'Asala. La Fédération révolutionnaire arménienne aurait soutenu les préparatifs mais n'est probablement pas l'auteur de l'exécution athénienne. Celle-ci fut d'ailleurs possible parce que les États (URSS, Syrie, Libye, Iran) qui avaient jusqu'alors soutenu/protégé Hagopian s'étaient finalement lassés. La France avait de quoi en vouloir à Hagopian depuis l'attentat d'Orly et l'élimination par les hommes d'Hagopian d'un de ses agents au Liban. Quant à la Turquie, elle ne pouvait que se réjouir de la mort d'Hagopian mais il est peu probable que ses agents aient pu intervenir sur le territoire grec[10].

La scission et la mise en sommeil[modifier | modifier le code]

Depuis, divisé, le groupe est relativement inactif. Le 19 décembre 1991, l'ambassadeur de Turquie à Budapest échappe de justesse au tir d'un terroriste de l'Asala contre sa voiture, grâce au blindage de celle-ci[11].

Le 20 juin 1997, un attentat à la bombe contre l'ambassade turque à Bruxelles a été revendiqué par les Unités militaires Gourken Yanikian, nom utilisé autrefois par l'Asala[2] ; c'est le dernier attentat qui ait été revendiqué par l'Asala - ou qu'on lui ait attribué.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Fiche sur l'Asala dans la base de données du MIPT
  2. a et b Compte-rendu de l'attentat sur le site du MIPT
  3. Du nom du prélat qui mena la délégation arménienne au Congrès de Berlin en 1878 Mkrtich Khrimian.
  4. Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, PUF, 2002, p. 29. Il semblerait selon G. Minassian que l'Asala a été créée, à partir d'une section des CJGA, par le FPLP de Georges Habache, qui comptait reprendre à son avantage le militantisme des jeunes Arméniens du Liban (et d'ailleurs) pour s'en servir comme relai et réseau international de la résistance palestinienne.
  5. G. Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, p. 29. Hagopian aurait été placé comme numéro 2 de l'Asala par Georges Habache, qui met à sa tête un certain Wadie Haddad, « inventeur » des détournements d'avion David Samuels, « In a Ruined Country. Arafat's Children », The Atlantic, septembre 2005.
  6. Yves Ternon, La cause arménienne, pp. 233-236
  7. En Occident, la situation est un peu différente dès le départ, les communautés diasporiques n'ayant pas véritablement de quartier propre comme celui de Bourj-Hammoud à Beyrouth.
  8. Yves Ternon, La Cause arménienne, pp. 244-245.
  9. Yves Ternon, La Cause arménienne, pp. 245-247.
  10. Gaidz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, pp. 125-126.
  11. « HONGRIE — L'ambassadeur de Turquie échappe à un attentat », Le Monde, 21 décembre 1991 ; « HONGRIE — Deux policiers blessés dans un attentat visant des juifs soviétiques », Le Monde, 25 décembre 1991

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Chaliand et Yves Ternon, 1915, le génocide des Arméniens, éd. Complexe, 2006 (nouvelle édition augmentée : p. 175–178 ; 1er édition: 1980)
  • (en) Michael M. Gunter, “Pursuing the Just Cause of Their People”: A Study of Contemporary Armenian Terrorism, New York, Greenwood Press, 1986
  • (en) Francis P. Hyland, Armenian Terrorism: The Past, The Present, The Prospects, Jérusalem, Westwiew Press, 1991
  • (en) Anat Kurz et Ariel Merari, Asala: Irrational Terror or Political Tool, Westview Press, 1985
  • Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Presses universitaires de France, 2002 (ouvrage issu d'une thèse de doctorat en science politique)
  • Yves Ternon, La Cause arménienne, Le Seuil, 1983 (le chapitre 5 de la troisième partie est entièrement consacré à l'Asala : p. 228–253)

Liens externes[modifier | modifier le code]