Arletty

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Arletty

Nom de naissance Léonie Marie Julia Bathiat
Naissance 15 mai 1898
Courbevoie, Île-de-France
Nationalité France Française
Décès 23 juillet 1992 (à 94 ans)
Paris
Profession Actrice
Films notables Hôtel du Nord
Circonstances atténuantes
Fric-Frac
Le jour se lève
Les Visiteurs du soir
Les Enfants du paradis

Léonie Bathiat, dite Arletty, née le 15 mai 1898 à Courbevoie (Seine, aujourd'hui Hauts-de-Seine)[1] et décédée le 23 juillet 1992 à Paris[2], est une actrice française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille de Michel Bathiat, ajusteur, et de Marie Dautreix, blanchisseuse, elle a un frère cadet, Pierre. Elle fait de bonnes études dans l'institution privée Sainte-Thérèse de Clermont-Ferrand, puis étudie la sténographie chez Pigier. La guerre de 1914 fauche sur le champ de bataille son premier amour, surnommé « Ciel » à cause de la couleur de ses yeux. En 1916 son père meurt, écrasé par un tramway. Arletty, son frère et sa mère sont expulsés du dépôt.

Elle se laisse alors séduire par le jeune banquier, Jacques-Georges Lévy qui l'emmène dans sa villa au 18 de l'avenue Alphonse-de-Neuville, à Garches. Ils ont pour voisins Coco Chanel et André Brulé. Jacques-Georges lui fait connaître le théâtre, les grands couturiers, les bons restaurants et la haute société parisienne. Elle le quitte et séduit Paul Guillaume, le marchand de tableaux ami de Picasso, Modigliani, Soutine, qui la recommande à Armand Berthez, directeur du petit théâtre des Capucines. Un temps mannequin chez Poiret sous le pseudonyme d'Arlette, elle devient Arletty pour mener les revues de Rip, où la fantaisie et le luxe sont de mise, et chanter, dès 1928, les opérettes de Maurice Yvain Yes, Gabaroche Azor (1932), Raoul Moretti Un soir de réveillon (1932), Reynaldo Hahn Ô mon bel inconnu!.

Elle débute au cinéma en 1930, dans La Douceur d'aimer, auprès de Victor Boucher. Dès 1931, elle se distingue dans un premier rôle dans le ravissant film de Jean Choux, Un chien qui rapporte. Elle inspire les peintres Marie Laurencin, Kees van Dongen, Moïse Kisling, Fujita et Jean-Gabriel Domergue, qui la prennent comme modèle. Elle a pour ami Pierre de Régnier, fils de Marie et Henri de Régnier, mais enfant naturel de Pierre Louÿs. En 1928, elle rencontre Jean-Pierre Dubost, qui restera son fidèle compagnon.

Sa carrière sur scène prend un tournant décisif dans l'opérette de Raoul Moretti, Un soir de réveillon, en 1932 aux Bouffes-Parisiens, avec Henry Garat, Dranem et Koval. Elle joue ensuite dans Ô mon bel inconnu, une opérette de Reynaldo Hahn, sur un livret de Sacha Guitry. Puis c'est Au Bonheur des dames avec Michel Simon, joué près de 500 fois sans interruption, malgré leurs désaccords successifs. Elle fait la connaissance de Louis-Ferdinand Céline. Elle tourne La Guerre des valses de Ludwig Berger avec Fernand Gravey, Dranem et Madeleine Ozeray. C'est dans Pension Mimosas de Jacques Feyder, avec Françoise Rosay, qu'elle fait la connaissance de Marcel Carné.

Maison d'Arletty à Belle-Île-en-Mer

Jacques Prévert et Marcel Carné lui offriront au cinéma ses plus beaux rôles. Un film de Carné-Jeanson, Hôtel du Nord, la rend célèbre et la fait entrer de son vivant dans la légende du Paris populaire. « Atmosphère, atmosphère ! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? », lance-t-elle à Louis Jouvet, sur une porte d'écluse du canal Saint-Martin (et non sur la passerelle jouxtant cette écluse).

Dans un même registre, elle incarne Marie qu'a-d'ça dans Circonstances atténuantes de Jean Boyer, auprès de Michel Simon. Elle lance, gouailleuse : « Pas folle, la guêpe ! » Elle enregistre la chanson de ce film Comme de bien entendu et de nombreuses ritournelles de ses revues ainsi que La Java et Mon Homme, pour rendre hommage à sa grande amie Mistinguett.

Sous l'Occupation, elle a l'occasion d'interpréter ses plus beaux rôles : Madame sans gêne, de Roger Richebé, et surtout Dominique dans le film Les Visiteurs du soir, avec Alain Cuny, Jules Berry, Marie Déa, et Garance des Enfants du paradis de Marcel Carné, avec Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur et Maria Casarès. Le scénario est signé Jacques Prévert.

Au théâtre des Bouffes-Parisiens, elle est Isabelle dans Voulez-vous jouer avec moa, une comédie de Marcel Achard, avec Pierre Brasseur.

Après la Libération, Arletty est arrêtée, non pour faits de collaboration, mais en raison d'une liaison avec Hans Jürgen Soehring (1908-1960)[3], un officier allemand. Ils s'étaient connus à Paris, le 25 mars 1941. Soehring lui avait été présenté ce jour-là par Josée de Chambrun, épouse de René de Chambrun et fille de Pierre Laval. Soehring était à l'époque assesseur au conseil de guerre de la Luftwaffe à Paris. Elle aurait dit à Michèle Alfa et Mireille Balin, qui avaient aussi comme amants des officiers allemands : « On devrait former un syndicat. » Elle est internée quelques jours à Drancy, puis à Fresnes. Lorsqu'elle est libérée, on lui conseille de quitter la capitale. Elle trouve refuge pour 18 mois au château de La Houssaye-en-Brie, chez des amis résistants. Prise à partie par l'un des FFI à son arrestation, elle a cette réponse : « Si mon cœur est français, mon cul, lui, est international ! », phrase qui lui avait été suggérée par Henri Jeanson. Elle répond à une détenue qui lui demandait des nouvelles de sa santé : « Pas très résistante »[4],[5]. Après la guerre, Hans Soehring se maria et devint consul de la République fédérale d'Allemagne à Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa) en République démocratique du Congo, où il fut tué par un crocodile[6].

Plaque commémorative au no 14 de la rue de Rémusat à Paris, où Arletty vécut de 1969 à sa mort

Au théâtre, elle joue Un tramway nommé désir de Tennessee Williams, avec Daniel Ivernel et un débutant nommé Louis de Funès, puis La Descente d'Orphée avec Jean Babilée. Elle paraît aussi dans Un otage de Brendan Behan avec Georges Wilson. Au cinéma, elle joue dans des films tels que Portrait d'un assassin avec Erich von Stroheim, Gibier de potence avec Georges Marchal, L'Amour Madame, aux côtés de François Périer, Le Grand Jeu avec Jean-Claude Pascal et Gina Lollobrigida, Maxime d'Henri Verneuil avec Michèle Morgan et Charles Boyer. En tournant Et ta sœur, elle fait la connaissance de Jean-Claude Brialy qui débute. Plus tard, elle retrouve Marie Déa et Hélène Perdrière, des amies qui lui resteront fidèles.

En 1966, elle perd son frère et Jean-Pierre, son ami intime et unique compagnon de route, malgré des « hauts et des bas ». Elle perd aussi partiellement la vue et doit interrompre Les Monstres sacrés de Jean Cocteau, au théâtre des Ambassadeurs. Elle disparaît de la scène et de l'écran, mais prête sa voix pour différents reportages.

À partir de 1984, elle soutient activement l'Association des Artistes Aveugles et sa Présidente fondatrice Marguerite Turlure (qu'elle surnomme « ma Marguerite du Faubourg St-Martin » en ajoutant toujours « moi aussi je suis une fleur des faubourgs » - témoignage de Didier Guelfucci, habitué des après-midi de la rue de Rémusat et bras droit de Mme Turlure), amie de longue date rencontrée par l'entremise de la chanteuse Renée Lebas… Jusqu'à sa mort, Arletty restera fidèle à l'Association des Artistes Aveugles dont elle est pour toujours la Présidente d'Honneur.

Elle décède le 23 juillet 1992 dans son appartement parisien de la rue de Rémusat, et sera inhumée au cimetière de Courbevoie.

Rôles marquants[modifier | modifier le code]

Si aujourd'hui son souvenir semble pour beaucoup indissociable de son rôle de Raymonde dans Hôtel du Nord (1938), de Marcel Carné, sous la direction duquel elle a tourné quatre autres films, nombreux sont ceux qui voient dans son interprétation de Garance dans Les Enfants du paradis (1943) son rôle le plus marquant et le point culminant de sa carrière d'actrice. Cette interprétation a parfois été qualifiée de « lumineuse »[réf. nécessaire], ce qui pourrait tenir tant du jeu de l'actrice que du traitement particulier des éclairages mis en place par Roger Hubert, directeur de la photographie du film.

Prix Arletty[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, la comédienne Fanny Vallon fonde les Prix Arletty en hommage à la célèbre comédienne du film Hôtel du Nord. La comédienne a présidé à la remise des Prix portant son nom jusqu'à sa mort. Parmi les lauréats on compte les comédiennes Zabou Breitman, Isabelle Carré et Dominique Blanc. Le jury de ces Prix était composé de grands noms du cinéma et du théâtre, Pierre Arditi, Gérard Depardieu, Jackie Sardou, Micheline Presle ou encore le metteur en scène Robert Hossein.

Filmographie complète[modifier | modifier le code]

Complément filmographique

En outre on peut voir et entendre Arletty dans les titres suivants :

Dans certaines filmographies, on peut relever deux titres avec Arletty, à confirmer[réf. nécessaire]. Il s'agit de :

Théâtre, opérettes, revues[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Autobiographie
Biographies

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives en ligne de l’état civil des Hauts de Seine, commune de Courbevoie, acte de naissance no 212, année 1898 (page 56/158)
  2. Les gens du cinéma]
  3. Il est avant guerre magistrat et membre du parti nazi. Il s'engage dans l'aviation et devient officier dans la Lutwaffe. Il combat près de Monte casino en 1943. Après guerre il est nommé en 1954 consul en Angola puis ambassadeur de la RFA au Congo. Il meurt noyé avec son fils dans le fleuve Congo le 9 octobre 1960
  4. Page 167 de son autobiographie La Défense, Éditions de la Table ronde, 1971.
  5. Arletty raconte une variante de cette anecdote, en 1986, dans un entretien accordé au quotidien Présent.
    Arletty et Jean Cochet (propos recueillis par), « Une parenthèse heureuse dans le Front populaire (10) : Arletty, princesse du Septième Art », Présent, no 1156,‎ 6 septembre 1986, p. 4« Un matin, je suis reçue par un petit juge, qui me toise avec arrogance et me demande sur un ton méprisant : « Alors, Bathiat, comment vous sentez-vous, ce matin ? » Et moi, du tac au tac, je lui réponds : « Pas très résistante, M. le juge. » Ce matin-là, j'étais contente de moi. »
  6. Antony Beevor, D-Day et la bataille de Normandie, p. 487, Calmann-Levy, 2009.

Liens externes[modifier | modifier le code]