Ariane Lopez-Huici

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Ariane Lopez-Huici

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Portrait de Ariane Lopez-Huici, Alain Kirili, 2005.

Naissance 5 août 1945
France
Nationalité Drapeau de la France Française
Activités photographe

Ariane Lopez-Huici, née le 5 août 1945 à Biarritz (France), est photographe et vit entre New York et Paris. Son travail a été présenté à l’échelle internationale dans des institutions (Institut Valencià d’Art Moderne en Espagne, Musée de Grenoble en France, Moma PS1 et Alliance française de New York aux États-Unis, et bien d’autres encore) et dans des galeries, telles que l’AC Project room à New York et la Galerie Frank à Paris. Des écrivains et historiens de l’art renommés, tels qu’Arthur Danto, Edmund White, Yannick Haenel, Julia Kristeva et Carter Ratcliff, ont témoigné un intérêt très vif pour son travail. Le travail d’Ariane Lopez-Huici se concentre sur le corps humain, transgressant constamment les canons de beauté conventionnels. Pour accentuer les zones d’ombre de l’aventure humaine, elle pratique une photographie noir et blanc marquée par un grain prononcé et des noirs profonds. Ses séries Aviva, Dalila et Holly témoignent de sa passion pour les corps rubéniens. Ses séries africaines Adama & Omar et Kenekoubo Ogoïre révèlent son intérêt pour toute forme d’expression physique et sensuelle. Les séries Rebelles et Triumph portent sur un groupe de femmes voluptueuses affirmant leur majesté. Sa plus récente série, Priscille (2009–2011), présente un ensemble de portraits nus d'un modèle handicapé et affirme, dans la tradition de Rodin, la beauté et personnalité véritables du corps fragmenté. Pour le critique d’art David Cohen, ses photographies « véhiculent l’image d’un corps habité, réel et présent »[1]. Pour Francis Marmande, Lopez-Huici « illumine le modèle, lui donne la force de transgresser ce qu’on voit ou pas "[2] .

Biographie[modifier | modifier le code]

Née à Biarritz en 1945, Ariane Lopez-Huici est la fille d’Eugenio Lopez-Huici, un Basque Chilien, et d’Évelyne Belly, originaire de Lorraine. Sa grande-tante, Eugenia Huici Errazuriz, était une mécène, amie de Stravinsky et de Picasso. Ce dernier a d’ailleurs fait d’elle un portrait célèbre et une série de dessins. En 1970, Ariane Lopez-Huici termine ses études d’art en France et en Italie, et devient l’assistante du cinéaste brésilien Nelson Pereira dos Santos, largement considéré comme le père du Cinema Novo au Brésil. À son contact, elle apprend les techniques d’éclairage et de photographie et développe un attachement profond pour le cinéma d’avant-garde et toute forme d’improvisation artistique.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Elle épouse le sculpteur Alain Kirili en 1977. Cette même année a lieu sa première exposition personnelle au Dartmouth College (New Hampshire). Lors de son deuxième voyage en Inde en 1979, elle visite le célèbre temple érotique de Khajuraho dont elle tire une série de photographies intitulée Indian Ecstasy. L’année suivante, elle emménage avec Alain Kirili dans un loft du quartier new-yorkais de Tribeca, sur White Street. En 1983, elle expose à PS1 (New York) une série de photos intitulée The Tombs of Suleiman the Magnificent, prises lors d’un voyage à Istanbul. Quelques années plus tard, en 1989, elle crée la série In Abstracto.

Aviva

En 1989, elle rencontre le danseur Daniel D. Il sera le modèle de Solo Absolu, l’une de ses séries les plus marquantes, dans laquelle elle photographie un homme en train de se masturber. L’année suivante, elle participe à l’exposition collective Fragments, Parts, Wholes : The body and culture à la White Columns de New York, organisée par Saul Ostrow sur le thème du corps. Elle y présente un travail sur l’érotisme masculin. À la suite de cette exposition, la critique Jeanne Siegel écrit un article sur la sexualité masculine vue par des artistes féminines et s’intéresse notamment à l’implication d'Ariane Lopez-Huici dans son travail de photographe : « C’est une expérience quasi cinématographique, notamment lorsque l’on regarde les différentes photographies dans leur ensemble. Le fait qu’elle participe et qu’elle regarde pendant la prise de vue contribue sans aucun doute à une expérience érotique. Elle se fait complice de l’assouvissement d’un désir »[3]. Solo Absolu, sa série sur la masturbation masculine, est exposée en 1994 à la galerie AC Project Room. Parallèlement à cette exposition a lieu la publication de l’ouvrage A Conversation Between Julia Kristeva and Ariane Lopez-Huici, dans lequel les deux artistes discutent notamment de la vie en couple avec un autre artiste et de la relation de la photographe à la sexualité[4]. À l’occasion de son cinquantième anniversaire et pour montrer sa solidarité avec ses modèles, Ariane Lopez-Huici passe de l’autre côté de la caméra et danse nue dans un film de 20 minutes intitulé TOAK (1995).

Ariane Lopez-Huici expose pour la première fois à Paris sa série Aviva à la galerie Frank en 1999. Cette série constitue une étape décisive dans sa recherche du corps transgressif. Belle et impériale, Aviva pose fièrement allongée ou assise sur un lit. Dans le catalogue de cette exposition, Arthur Danto écrit que « le décor renforce l’identité d’Aviva en tant que modèle. Elle est là pour être représentée, pas pour véhiculer un quelconque message codé. Les poses renvoient également au répertoire du studio : le modèle ne fait rien d’autre que poser, ce qui bien sûr va avec sa nudité ». Il ajoute : « La mise en scène photographique est conçue comme garant de la réalité présentée par les photographies : Aviva est telle que nous la voyons »[5].

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Pendant cette exposition, Ariane Lopez-Huici fait la rencontre de Dalila Khatir qui deviendra un modèle capital dans son travail.

L’année suivante, à la FIAC de Paris, la galerie Frank expose un ensemble de photographies de ses modèles favoris : Aviva, Dalila, Mother and Son, Femme à la Toilette et un nouveau modèle new-yorkais, Bill Shannon, danseur de hip-hop paralysé.

En 2003, elle fait un long voyage en Afrique de l'Ouest. Elle y photographie les lutteurs africains Adama & Omar à Dakar, le maître de cérémonie Keneboubo Ogoïre au Mali et Les Élégantes de Saint-Louis au Sénégal. Ces séries inspirent à son ami, le critique Edmund White, le commentaire suivant dans un essai sur son travail : « Elle est à la recherche d'images, pas de clichés de touriste (son œil est bien plus actif) mais plutôt de photographies qui contestent son propre être, ou confirment ses soupçons les plus sombres ou ses espoirs les plus vifs sur la nature humaine »[6]. Sa série sur les lutteurs africains est présentée en 2005 au Bowery Poetry Club de New York. En 2004, elle présente deux expositions personnelles dans des musées, l’une au Musée de Grenoble en France et l’autre à l’IVAM (Institut valencien d'art moderne) en Espagne. Carter Ratcliff et Edmund White écrivent pour les catalogues respectifs de ces deux expositions. En 2007, à la New York Studio School, Ariane Lopez-Huici présente une sélection de nus, notamment ses séries de groupe les plus récentes, Rebelles et Triumph. Carter Ratcliff écrit le catalogue de l’exposition. Il saisit quelque chose de très vrai à propos du travail de Lopez-Huici et de son travail : « Elle est photographe. Elle n’a pas peur de la chair. Elle ne dévoue pas son art à la forme pure. Ni à la forme impure d’ailleurs, car elle ne croit pas aux dichotomies simples. »[7]

La photographe et artiste multimédia Marilia Destot réalise, en 2008, le film « photographique » Très près du corps, un documentaire rétrospectif qui révèle l’évolution et les enjeux artistiques de la photographie d’Ariane Lopez-Huici, de l’abstraction à la figuration, vers une célébration jubilatoire des corps. Dans son film, Marilia Destot associe photographies et commentaires de l’artiste, et incorpore des citations et des extraits musicaux des écrivains et musiciens proches de l’œuvre d’Ariane Lopez-Huici. Ce film montre pour la première fois l’intimité d’une séance en atelier avec l’artiste et ses modèles. Il est présenté pour la première fois à la Maison Française de la New York University la même année.

Priscille

En 2010, Ariane Lopez-Huici révèle sa série Priscille, portant sur un modèle handicapé, lors de l’exposition Ariane Lopez-Huici and Marilia Destot: The Fragmented Body, à l’Alliance française de New York. Dans le texte « Des corps libres » qui accompagne l’exposition, Guy Sorman écrit : « Les photos d’Ariane, en toute indiscrétion, révèlent donc combien nous vivons en un temps de répression des corps, y compris en Occident, alors même que nous prétendons les libérer. » Il ajoute qu’« Ariane nous autorise à regarder Priscille et à la trouver belle. »[8]

Elle présente, en 2012, une série de photographies réalisée avec deux modèles importants, Dalila et Priscille, à la New York University in France. Dans un texte pénétrant sur le travail d’Ariane Lopez-Huici rédigé pour l’exposition, l’écrivain Yannick Haenel note au sujet des modèles : « Regardez ces femmes : elles transpercent l'écran des convenances, elles ne sont pas correctes, comme on dit aux États-Unis. Leur solitude est un combat splendide : celui des corps qui se regardent surgir, élancent leur souffle, font sourire leurs épaules. Les dos respirent, les chevelures pensent. Respiration et pensée fondent une liberté pour chaque corps irréductible. » Au sujet de Priscille, il écrit : « Car Priscille n'est pas exclue de son corps : tout en elle le proclame avec grâce. Son corps est tranquillement guerrier : désirable. J'ai envie de dire, modifiant la découverte de Rimbaud : le corps est un autre. » Il conclut ainsi : « Jouir, c'est trouver l'attitude, le geste, la méthode qui désensorcellent l'existence ; chaque instant qui rompt la captivité programmée devient une victoire : et même si les accidents de la vie ont abîmé votre corps, un triomphe est possible, effrayant et sublime : il s'affirme ici, dans l'éclair noir et blanc d'Ariane Lopez-Huici. »[9]

Au final, comme l’artiste le dit elle-même lors d’une longue conversation avec son ami le philosophe Paul Audi: « Dans chacune de mes photos, ce n’est pas l’être humain, mais l’humanité même de l’être humain, qui se trouve mise à nu... C’est cette humanité (...) qui m’interpelle et me stimule. »[10]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cohen, David (2007). Ariane Lopez-Huici. New York Studio School
  2. Marmande, Francis (22 octobre 2002). « Des secrets entre ombre et lumière ». Le Monde.
  3. Siegel, Jeanne (septembre 1993). « Unveiling the male body ». Art Press.
  4. Kristeva, Julia (1994). A conversation between Julia Kristeva and Ariane Lopez-Huici. AC Project Room.
  5. Danto, Arthur (1999). The enfleshment of the self. Galerie Frank, Paris.
  6. White, Edmund (2004). The sacred monsters of Arian Lopez-Huici. Valence : IVAM.
  7. Ratcliff, Carter (2004). Ariane Lopez-Huici : Two or Three Things We Know About Her. Valence, Espagne : IVAM.
  8. Sorman, Guy (2010). Des corps libres. New York : FIAF.
  9. Haenel, Yannick (2012). Le corps est un autre. Paris : NYU.
  10. Audi, Paul (2004). L’exemplarité du modèle. Valence : IVAM.

Expositions (sélection)[modifier | modifier le code]

Collections[modifier | modifier le code]

  • Mrs. Agnes Gund Collection, New York.
  • N.S.M. Vie, Paris, France
  • FNAC, France
  • Portland Museum of Art, Portland, États-Unis
  • Installation permanente, siège de GTE, Dallas, États-Unis
  • Time Equities, New York
  • Merril Lynch International, Londres

Films[modifier | modifier le code]

  • Ariane Lopez-Huici : Très près du corps, documentaire sur l’artiste réalisé par Marilia Destot, 2008
  • M... la Maudite, film sur le thème de la masturbation par Jean-Paul Fargier, 2007
  • TOAK, une performance d’Ariane Lopez-Huici filmée par Chrystel Egal, 1995

Liens externes[modifier | modifier le code]