Architecture des temples hindouistes

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L'architecture des temples hindouistes présente une grande variété selon les époques, les matériaux utilisés, les régions et les cultures. Il faut aussi rappeler que de nombreux temples de religion hindoue se trouvent en dehors de l'Inde, soit dans les pays qui ont été dirigés par des souverains de religion hindoue (Cambodge, Indonésie), soit dans les régions avec une forte immigration de population indienne (Afrique de l'Est).

On peut dégager quelques règles générales : un temple hindouiste se compose d'un cœur de sanctuaire, appelé garbha griha dans lequel se trouve la statue ou l'image de la divinité vénérée. Ce sanctuaire est recouvert et protégé par une tour, plus ou moins haute. On entre dans le temple par un porche. On traverse une ou plusieurs salles de prières ou d'assemblées avant d'atteindre le garba griha. Dans certains temples se trouve un couloir dit pradakshina pour permettre le rite de circumambulation autour du garba griha. C'est-à-dire de déambulation dans le sens des aiguilles d'une montre.

Les dimensions d'un temple hindouiste peuvent varier de façon considérable entre un petit sanctuaire de campagne et les temples d'Inde du Sud qui sont de véritables villes.

Les Vedas et le Shatapatha Brahmana donnent des principes pour la construction des temples. Ils sont formalisés dans le Vastu Shastra.

Rapide historique[modifier | modifier le code]

Les temples hindouistes existent depuis très longtemps, mais de ces temples construits en bois, aucun ne nous est parvenu.

Les temples les plus anciens qui nous soient parvenus sont ceux de Sanchi, notamment le temple no 17. C'est un bâtiment très simple avec une salle principale et un portique d'entrée séparée. Il semble encore sous l'influence des temples grecs. Il a été construit au IVe siècle ap J.-C. Il est peu décoré [1].

Les temples ultérieurs sont ceux de la région de Aihole au Karnataka, parfois appelée "berceau de l'architecture des temples hindouistes".

Temple de Lad Khan

Le temple de Lad Khan présente un porche, une grande salle et le garba griha. L'originalité est que la grande salle englobe le garba griha. Elle est ouverte sur l'extérieur par de grandes baies entre les piliers soutenant le toit. Elle permet ainsi le pradakshina autour du cœur du sanctuaire. Le toit au-dessus du garba griha est surélevé, comme une amorce des futures tours que seront les sikharas ou vimanas . Le temple date du Ve siècle ap. J.-C. [1].

Temple de Durga

Le temple de Durga présente une architecture proche. Mais la salle fait un demi-cercle autour du garba griha comme une abside. Les ouvertures sur l'extérieur entre les piliers sont moins larges mais plus nombreuses. On voit également une amorce de tour au-dessus du garba griha Le temple date du 7e - VIIIe siècle ap. J.-C. [1].

Le temple de Kailâsanâtha

En parallèle, dans plusieurs régions de l'Inde et dès les premiers siècles avant J.-C., les trois religions présentes en Inde (hindouisme, bouddhisme et jaïnisme) avaient commencé à construire des temples en dur, mais en creusant des grottes pour y dégager des sanctuaires dans une architecture monolithe. La construction la plus élaborée est le Temple de Kailâsanâtha à Ellora construit au VIIIe siècle. Ce n'est plus une grotte mais toute une falaise qui a été excavée pour dégager un temple de 45 m de long, 30 m de large et 33 m de haut[2].

Article détaillé : Temple de Kailâsanâtha.
Les Pancha Rathas
Le temple du Rivage

À partir du VIIIe siècle, les architectes indiens ont peu à peu abandonné cette architecture et commencé à construire des temples en pierre sur le sol, inspirés par ces constructions précédentes. Mahabalipuram présente cette transition avec les Pancha Rathas qui sont encore des temples d'architecture monolithe. Et le Temple du Rivage qui est un des premiers temples construits.

Le premier style a été celui de l'architecture Chalukya. Le garba griha est précédé d'une vaste salle et d'une entrée.

Par la suite, cette architecture a évolué vers deux styles différents :

  • Le style du nord de l'Inde ou Nagara : La tour, appelée sikhara, est curviligne en forme de pain de sucre.
  • Le style du sud de l'Inde ou Architecture dravidienne : La tour, appelée vimana est de forme pyramidale avec des étages de plus en plus petits [3].

Ce sont les deux seuls styles que l'on peut identifier clairement. Mais il ne faut pas les voir comme deux architectures aussi distincts, normés et séparés que les styles romans et gothiques. Il y a eu des influences réciproques. Des emprunts au fil du contact entre les peuples et de la longue et tumultueuse histoire de l'Inde. Quand un royaume l'emportait sur un autre, il y avait des emprunts d'architecture dans un sens ou dans l'autre.

C'est par exemple le cas de la dynastie des Pallava qui a construit des temples à Mahabalipuram, en s'inspirant de l'architecture développée par la dynastie des Chalukyas qu'elle avait vaincus[4].

Il existe un troisième style appelé Vesara, autrefois commun dans le Karnataka qui est la combinaison des deux styles précédents. On le trouve dans des temples hindouistes classiques de l'Inde et l'Asie du Sud, tels que Angkor Vat, Brihadisvara, Khajuraho, Mukteshvara, et Prambanan.

Article principal : Vesara.

On peut aussi distinguer des styles régionaux tels que l'architecture Kalinga que l'on trouve dans l'état de l'Orissa.

Le seul cas d'utilisation de l'arc

Dans toutes ces architectures, il faut noter l'absence totale d'utilisation de l'arc en plein-cintre, inconnu dans l'architecture indienne. Les couvertures et toits sont réalisés par encorbellement. C'est-à-dire que les briques sont entassées avec un décalage sur le vide, jusqu'à arriver à couvrir l'espace concerné. Le seul cas d'utilisation d'arc en plein-cintre est le portail d'entrée du temple de Muktesvara deula à Bhubaneswar. Mais c'est un objet purement décoratif et d'inspiration bouddhiste.

Concepts utilisés[modifier | modifier le code]

Schéma simplifié d'un temple hindouiste
Architecture des temples de Khajuraho
Plan simplifié du temple de Kandiriya Mahadeva à Khajuraho

Les principaux concepts dans l'architecture des temples hindouistes sont les suivants[5],[6] :

Adhishthana
(IAST adhiṣṭhāna[7]) C'est le support de la plateforme sur laquelle est construit un temple. Il est souvent couvert de sculptures. Aussi appelé pīṭha.
Amalaka
(IAST āmalaka) C'est un disque de pierre aux bords arrondis et côtelés, situé en haut de certaines tours de temples (Shikharas, IAST śikhara). À son sommet, se trouve le kalasha ('vase') en forme de bulbe.
Antarala

(IASTantarāla) C'est une antichambre entre le garbha griha (Saint des Saints) et le ou les mandapas (les salles principales du temple). Il est typique des grands temples du nord de l'Inde tels que ceux de Khajuraho.

Deula (ou Deul)

C'est un nom synonyme de temple hindouiste en Orissa. L'architecture Kalinga de cette région distingue trois types de bâtiment :

  • Rekha deula : bâtiment de plan carré en forme de pain de sucre comme un sikhara. Abrite généralement le cœur du sanctuaire
  • Pitha deula : bâtiment de plan carré avec un toit en forme de pyramide comme un vimana. Pour des halls ou des salles du temple.
  • Khakhara deula : bâtiment de plan rectangulaire, inspiré par les gopuras de l'Inde du Sud.
Garbha griha
Également dénommé Sreekovil dans le sud de l'Inde. C'est le sanctuaire proprement dit, le cœur du temple ou se trouve la statue ou l'image de la divinité vénérée. Il est parfois entouré d'un espace appelé Chuttapalam où se trouvent les statues d'autres divinités
Gopura (ou Gopuram)
Ce sont des tours-portails d'accès au temple, généralement situées au milieu des murs d'enceinte. Ils sont en forme de très hautes tours très richement décorées. Ils sont souvent plus hauts que le sanctuaire, moins haut dans ce genre d'architecture. Ils sont typiques de l'architecture dravidienne et de l'Inde du Sud.
Jaga mohan
C'est une salle d'assemblée située entre l'entrée et le garbha griha. Plus particulièrement dans l'Orissa.
Jagati
Désigne une surface surélevée, une plateforme ou une terrasse sur laquelle le temple est construit [8]. Elle repose sur une base surélevée appelée Adhishthana.
Kalasha
Pierre en forme de vase (kalasha) surmontant l'amalaka au sommet des tours de certains temples hindouistes.
Mandapa
(IAST maṇḍapa) Parfois orthographié mantapa ou mandapam. Désigne une salle des colonnes à l'extérieur, ou un pavillon pour des rituels publics
Dans les temples de Shiva, on rencontre parfois un Nandi mandapa qui expose une sculpture du taureau Nandi monture de Shiva regardant vers le centre du temple [4].
  • Ardha Mandapa - Espace intermédiaire entre l'extérieur du temple et le garbha griha, ou les mandapas intermédiaires quand ils existent.
  • Asthana Mandapa - Salle de l'Assemblée
  • Kalyana Mandapa - dédié à la célébration du mariage rituel du Seigneur avec la Déesse.
  • Maha Mandapa - (Maha=grand). C'est le plus grand des mandapas quand il y en a plusieurs. Cette salle est utilisée pour des discours religieux.
  • Nandi Mandapa (ou Nandi mandir) - Dans les temples de Shiva, pavillon avec une statue du taureau sacré mythologie, qui regarde vers la statue ou le lingam de Shiva.
Mandir
Ce nom désigne simplement un temple hindouiste. Mais le terme apparaît dans des noms composés pour des bâtiments spécialisés à l'intérieur des temples :
  • Nata mandira (ou Nat mandir) : pavillon de la danse, utilisé pour des danses rituelles.
  • Bhog mandir (ou Bhoga mandira) : pavillon pour les offrandes apportées par les fidèles à la divinité.
Panchayatana
(IAST pāñcāyatana) Vient de Pañca (=cinq) et āyatana (=demeure[9]). Se dit des temples qui comportent quatre sanctuaires secondaires autour du sanctuaire principal. Les temples étant bati sur un axe ouest-est, ces quatre temples se trouvent sur les points cardinaux secondaires : nord-est, sud-est, sud-ouest, nord-ouest.
Pradakshina ou Parikrama
C'est un espace de circumambulation permettant aux fidèles de tourner autour de la statue ou de l'image de la divinité vénérée.
Prakara (ou Prakaram) 
C'est l'enceinte extérieure d'un temple, plutôt en Inde du Sud.
Ratha
À l'origine, c'est un terme sanskrit signifiant char. En particulier les chars de procession, transportant la divinité lors des fêtes. En architecture, ce nom a été donné à des bâtiments représentant plus ou moins un char de procession
Ce terme est également utilisé dans le vocabulaire technique architectural, pour désigner des structures en saillie sur les parois des temples. Dans ce cas, ils portent souvent la statue d'un gardien surveillant l'extérieur ou une niche avec la statue d'une divinité [4].
Shikhara (nord de l'Inde) ou Vimana (sud de l'Inde)
(IAST śikhara et vimāna) C'est la construction en forme de tour plus ou moins haute au-dessus du garbagriha. C'est la partie la plus haute et la plus visible du temple.
Transept
Certains temples, tels que les grands temples de Khajuraho présentent un ou deux axes transversaux formant ainsi des transepts (sans aucun lien avec une forme en croix). Ces transepts se terminent par un balcon couvert qui apporte lumière et aération à l'intérieur du temple. Ce concept n'existe toutefois pas dans les textes sanskrits. Les saillies du temple s'appellent ratha.
Urushringa
C'est un shikhara secondaire, moins haut que le shikhara principal et accolé contre lui pour renforcer l'impression de montagne en ressemblant à un ensemble de collines autour d'un sommet plus élevé.
Le temple Kandariya Mahadeva à Khajuraho.

Les principaux styles[modifier | modifier le code]

Architecture Nagara[modifier | modifier le code]

Elle présente deux caractéristiques principales :

  • Le plan est basé sur un carré. Avec un grand nombre de renfoncements calculés par l'inscription de cercles et de carrés.
  • La tour qui surmonte le sanctuaire est un Sikhara (tour) avec une forme de pain de sucre.

Le style Nagara est largement diffusé en Inde, plutôt dans le nord. Les premiers temples de style Nagara se trouvent au Karnataka. Par exemple le temple de Galaganath à Pattadakal.

Un des meilleurs exemples de style Nagara est le Temple de Kandariya Mahadeva, le plus grand temple de l'Ensemble monumental de Khajuraho. C'est aussi le plus abouti et le plus décoré. Il fait partie des sites de l'UNESCO.

Temple dravidien de Tanjore

Architecture dravidienne[modifier | modifier le code]

Ces temples sont souvent de très grandes dimensions et constituent de véritables villes avec tous les aménagements nécessaires. Ils présentent cependant quatre caractéristiques principales[10]:

  • Le cœur du sanctuaire, de plan carré est surmonté d'une tour appelée Vimana en forme de pyramide et d'étages de plus en plus petits.
  • Des salles d'accès au sanctuaire ou Mandapas.
  • Des immenses tours-portails ou Gopurams.
  • Des salles à piliers appelées Chawadis ou Chaultris utilisé à des fins diverses.

Ces temples contiennent aussi des puits, bassins et réservoirs, tant pour les cérémonies rituelles que pour la vie quotidienne, ainsi que des logements pour les prêtres et des personnes travaillant dans le temple[10].

Les premiers temples dravidiens se trouvent en fait en Inde du Nord, tels que le Teli-ka-Mandir à Gwalior.

Les autres styles[modifier | modifier le code]

Schéma simplifié d'un temple d'architecture Kalinga

Architecture Kalinga[modifier | modifier le code]

Source [11]:
L'architecture de style Kalinga s'est développée dans l'Orissa et le nord de l'Andhra Pradesh. Les temples se composent de trois types de bâtiments (Deula) :

  • Pidha Deula : c'est un bâtiment de plan carré avec une toiture en forme de pyramide, comme les vimanas. Pour des halls ou des salles de service du temple.
  • Khakhara Deula : c'est un bâtiment de plan rectangulaire avec une toiture en forme de pyramide tronquée, comme les gopuras. Le nom vient de Khakharu (=gourde) du fait de la forme du haut du toit. Les temples de divinités féminines telles que Shakti sont généralement de ce type.

Les deux premiers types sont dédiés à Vishnu, Surya et Shiva alors que le troisième est dédié à leur parèdre : Chamunda et Durga. Le Rekha Deula et le Khakhara Deula abritent un sanctuaire, alors que le Pidha Deula est utilisé comme salle des offrandes ou hall pour des danses rituelles.

Iraivan temple en cours de construction aux îles Hawaï

Architecture contemporaine[modifier | modifier le code]

Des établissements notamment aux États-Unis proposent un enseignement sur les règles du Vastu Shastra et de leur intégration avec les contraintes de l'architecture moderne.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c http://ccrtindia.gov.in/templearchitecture.htm
  2. Inde - Népal - Ceylan, Paris, Éditions Vilo, Paris, coll. « Les guides Fodor »,‎ 1976, 661 p. p. 385-388
  3. http://74.125.155.132/scholar?q=cache:U7OOSQCdIWsJ:scholar.google.com/&hl=en&as_sdt=0,5
  4. a, b et c Andreas Volwahsen (trad. Marcelline de Montmollin), Inde bouddhique, hindoue, jaïn, Fribourg (Suisse), Office du Livre, coll. « Architecture universelle »,‎ 1968, 192 p. p. 136
  5. http://www.indoarch.org/arch_glossary.php
  6. http://personal.carthage.edu/jlochtefeld/picturepages/Khajuraho/architecture.html
  7. http://sanskrit.inria.fr/DICO/2.html#adhi.s.thaana
  8. http://www.art-and-archaeology.com/india/glossary1.html
  9. http://sanskrit.inria.fr/DICO/10.html#aayatana
  10. a et b James Fergusson : History of Indian and Eastern Architecture (1910) Low Price Publications, New Delhi (1997), page 309
  11. http://orissa.gov.in/e-magazine/Orissareview/nov2005/engpdf/Orissan_Temple_Architecture.pdf p. 45-47

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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