Maghrébins

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Maghrebins
مغاربة Maghāribah
ⵎⴰⴳⵕⵉⴱⵉ Maɣṛibi

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1er rang: MassinissaHannibalVictor IerSeptime SévèreCaracallaJuba I
2nd rang: Ibn ArabiKahenaApuléeTertullienTariq ibn ZiyadLéon l'Africain
3ème rang: Ibn KhaldounDihyaAbd ar-Rahman IIbn al-JazzarIbn BattutaAverroes
4ème rang: Omar Al MokhtarKateb YacineMostefa Ben BoulaïdIbn BadisMoufdi ZakariaAboul-Qacem Echebbi

5ème rang: Hindi ZahraIdirAssia DjebarTahar Ben JellounYasmina KhadraZidane

Populations significatives par région
Drapeau de l'Algérie Algérie 37 100 000[1]
Drapeau du Maroc Maroc 35 968 361[2]
Drapeau de la Tunisie Tunisie 10 777 500
Drapeau de l’Union européenne Europe environ 10 million[3],[4],[5], principalement établis en France
Drapeau de la Libye Libye 6 173 579
Drapeau de la Mauritanie Mauritanie 3 281 634
 Sahara occidental 507 160
Population totale environ 100 millions (2013)
Autres
Régions d’origine

Autochtone

Langues

Arabe, Français, Berbère

Religions

Principalement l'Islam sunnite avec des minorités juives et chrétiennes

Ethnies liées

Berbères, Arabes

Fantasia, spectacle équestre traditionnel du Maghreb
Couscous au poulet
Oud maghrébin traditionnel

Les Maghrébins ou Arabo-berbères forment une population issue des Berbères ou Imazighen, l'ensemble d'ethnies autochtones du Maghreb, dont la majeure partie a été arabisée à la suite de la conquête musulmane du Maghreb et dont le reste continue à utiliser les langues berbères traditionnelles. Cette arabisation a donné naissance à l'Arabe maghrébin qui est la forme véhiculaire de l'Arabe du Maghreb.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom de Berbère apparait pour la première fois explicitement après la fin de l'Empire romain. La pertinence de son usage pour la période précédente n'est pas admise par tous les historiens de l'antiquité[6]. Les historiens arabes adopteront à leur tour plus tard le mot (en arabe : بَربَر , prononcé berbères).

L'islamisation et l'arabisation de cette population a donné naissance à la population Arabo-berbère, terme utilisé par extension à tout le Maghreb lors des croisades. En 1978, dans la constitution mauritanienne le terme même d'arabo-berbère pour désigner les maures a été remplacé par arabe.

Démographie[modifier | modifier le code]

Démographie des pays du Maghreb
Pays Algérie[7] Libye[8] Maroc[9] Mauritanie[10] Tunisie[11]
Population (en millions d'habitants, 2013) 38 6 32,6 3,4 10,8
Taux de fécondité (2013) 2,78 2,09 2,17 4,15 2,01
Taux de migration nette (2013) -0,27 0 ‰ -3,67 ‰ -0,89 ‰ -1,78 ‰
Croissance démographique annuelle (2013) 1,92 % 2,01 % 1,05 % 2,32 % 0,97 %
Espérance de vie à la naissance, en années[12] 74,26 74,5 73,8 57,3 76,0
Population urbaine (en % de la population totale) 65 78 56 41 68,7
Densité (hab/km²) 15 3,67 77 3,11 63
Indice de développement humain (2013)[13] 0,713 0,769 0,591 0,467 0,712
Analphabétisme (en % de la population totale)[14] 18 17,4 30[15] 42,2 18,2
Sources : CIA World Factbook

Le Maghreb compte environ 90 millions d'habitants très inégalement répartis .Les plus fortes densités de population se rencontrent sur les plaines littorales de l'océan Atlantique et de la mer Méditerranée. C'est également au nord et à l'ouest de la région que se trouvent ses principales agglomérations (Alger, Casablanca, Rabat, Tunis-Cap Bon-Bizerte-Sahel, Fès,Marrakech, Tanger, Annaba, Constantine et Oran).

En trente ans, la population Maghrébine a été multipliée par deux. Toutefois, la croissance démographique tend à ralentir à cause de la baisse du taux de fécondité : elle s'explique par l'efficacité du planning familial, la scolarisation des filles et la modernisation des modes de vie. Quant au taux de natalité, il a baissé dans les trois pays mais la proportion de moins de 15 ans demeure élevée. Cela pose des problèmes de scolarisation que les gouvernements ont relevés avec plus ou moins de succès.

Par ailleurs, l'exode rural pousse les jeunes des montagnes et des campagnes à migrer dans les villes du littoral où les salaires sont plus élevés et les conditions de vie meilleures[16]. Au début du XXIe siècle, plus de la moitié des Maghrébins vivent en ville. Une partie d'entre eux tente ensuite sa chance en migrant vers Europe de l'Ouest.

Composition[modifier | modifier le code]

Selon Gilbert Meynier, la population Maghrébine serait principalement berbère bien qu'officiellement elle est de majorité arabe[17]. En effet, si l'apport des arabes en Afrique du nord n'est pas aussi important sur le plan démographique qu'il n'est déterminant sur les plans linguistiques, culturels et religieux, les Arabes arrivés à partir du VIIe siècle avec les invasions musulmanes, ont contribué à convertir à l'islam l'Afrique du nord après plusieurs années de guerre, malgré la résistance et les combats de la Kahena et Koceila. L'apport démographique arabe est beaucoup plus significatif à partir du XIe siècle, lorsque le pouvoir des Fatimides envoya, dans le but de réprimer des dynasties berbères ayant proclamé leur indépendance, de nombreuses tribus guerrières. La plus importante d'entre elles est celle des Hilaliens accompagnée des Banu Sulaym et des Banu Maqtil.

Les estimations en termes de déplacement de population vont de 80 000[18] à 200 000[19] ou 250 000[20]. Selon Charles-André Julien, les actuelles populations arabophones, majoritaires au Maghreb, seraient en grande partie berbères[21]. Selon le défenseur de la cause berbère Gabriel Camps, les « invasions hilaliennes » ont été « d'un poids insignifiant sur le plan démographique, mais déterminant sur les plans culturel et socio-économique[22]. » De nos jours, l'arabe littéral est la langue officielle des pays du Maghreb, c'est-à-dire la langue des médias et de l'école. Les parlers arabes maghrébins demeurent fortement influencés par la langue berbère.

Dans ce contexte, seule une minorité de la population maghrébine — de l'ordre de 40 % au Maroc, 27,4 % en Algérie et de 7 à 15 % en Tunisie et en Libye[23] — parle le berbère en plus de l'arabe. Ces groupes conservent une identité qui leur est propre en particulier dans les montagnes de l'Atlas. La plupart sont sédentaires mais certains sont nomades.

Par ailleurs, de petites communautés juives séfarades résident toujours au Maghreb. Il y aurait 7 000 juifs au Maroc et 2 000 en Tunisie, et auraient pratiquement disparu en Algérie sauf un nombre minuscule dans quelques grandes villes. Les Juifs ont une longue histoire en Afrique du Nord. Depuis les débuts de la diaspora israélite, que l'on peut dater de la destruction du second Temple par Titus en 70 de notre ère, il y a aurait eu trois grands pôles qui se sont ensuite avancés vers l'ouest : un en Égypte, un à Carthage et un autre en Cyrénaïque (Libye centrale). D'autres communautés se formèrent à travers l'Algérie, l'Espagne, le Maroc. Les tablettes en hébreu retrouvées en Libye et au Maroc attestent de la présence de Juifs issus de Judée. Une grande partie non négligeable de juifs maghrébins arriva lors de l'expulsion des juifs d'Espagne par les souverains catholiques, après la chute du royaume de Grenade qui marqua la fin de la Reconquista en 1492. Certains juifs européens sont arrivés à l'époque moderne avec la colonisation française[24]. Après les indépendances des trois pays, la plupart des juifs ont quitté le Maghreb pour Israël et la France.

Par ailleurs, plusieurs sources indiquent que plus d'un million d'Européens furent capturés comme esclaves entre 1530 et 1780[25],[26] et que bon nombre d'entre eux firent souche au Maghreb par la suite. Ces chrétiens furent capturés pendant la période corsaire. Il s'agissait de guerres, exacerbées de part et d'autre par le fait religieux, mais surtout pour des raisons économiques et stratégiques, où l'esclavage était pratiqué par les deux camps[27]. Cet esclavagisme terrorisait les populations côtières du bassin méditerranéen. Ainsi, un grand nombre d’esclaves musulmans se trouvait à Malte, du fait des nombreuses prises effectuées par les galères de l’ordre de Malte qui était en guerre perpétuelle contre les « infidèles » ou par des corsaires qui razziaient les côtes maghrébines et moyen-orientales pour en capturer les habitants[28],[29]. De même, le corsaire Barberousse opérait, pour le Sultan, des razzias sur les côtes françaises. Il capturait des civils et négociait ensuite, par rançon, la libération de certains, de rang noble ou d'influence.

Génétique[modifier | modifier le code]

Les études anthropologiques et génétiques ont révélé la complexité du peuplement de l'Afrique du Nord. Selon Coudray, la proximité génétique entre le nord de l’Afrique et les populations sud-ouest européennes conduisent à l’hypothèse d’une origine commune entre ces populations. Deux hypothèses sont actuellement discutées. Cette origine commune pourrait dater du Paléolithique supérieur avec l’expansion d’Hommes anatomiquement modernes depuis le Proche-Orient et s’étendant le long des deux rives de la Méditerranée. Elle pourrait aussi avoir eu lieu au cours de la diffusion Néolithique depuis le Proche-Orient, il y a 10 000 ans av. J.-C[30].

Lignée paternelle : l'ADN du chromosome Y[modifier | modifier le code]

Le chromosome Y est transmis de père en fils, l'étude des polymorphismes présents permet en théorie de suivre la lignée mâle – directe – d'une famille, d'une ethnie ou d'une espèce.

Les principaux haplogroupes du chromosome Y des Maghrébins berbérophones et arabophones sont les haplogroupes E1b1b, caractéristique des populations d'Afrique du Nord (50 % à 100 %), dont l'origine date de 22 000 ans[31], qui dénote une forte origine commune nord africaine[32] et J (20 % à 40 %) d'origine majoritairement néolithique[33].

Un sous-groupe particulier de l'haplogroupe E1b1b, l'haplogroupe E1b1b1b caractérisé par le marqueur M81, est très fréquent chez les Maghrébins et voit sa fréquence décroître d'Ouest en Est[34].

Les différents auteurs attribuent à l'haplogroupe J1, sous-groupe de J, que l'on trouve surtout dans la péninsule Arabique, et dont la fréquence dépasse parfois les 40 % dans certaines régions du Maghreb, une origine soit néolithique soit plus récente et due aux conquêtes arabes[35].

L'haplogroupe R1b (M269), présent surtout en Europe de l'Ouest arrive ensuite avec des fréquences entre 0 et 15 % selon les régions.

Pays[36] n A B E-M33 E-M2 E1b1b-M35* E1b1b-M78* E1b1b-V12 E1b1b-V13 E1b1b-V22 E1b1b-V65 E1b1b-M81 E1b1b-M34 F G I J1 J2 K P,R Q R1a R1b-V88 R1b-M269 T
Maroc 760 0.26 0.66 2.76 3.29 4.21 0.79 0.26 0.26 1.84 3.68 67.37 0.66 0.26 0.66 0.13 6.32 1.32 0.53 0.26 - - 0.92 3.55 -
Algérie 156 - - 0.64 5.13 0.64 1.92 0.64 0.64 1.28 1.92 44.23 1.28 3.85 - - 21.79 4.49 0.64 - 0.64 0.64 2.56 7.04 -
Tunisie 601 - 0.17 0.5 0.67 1.66 - - - 3 3.16 62.73 1.16 2.66 0.17 0.17 16.64 2.83 0.33 0.33 - 0.5 1.83 0.33 1.16
Sahara/Mauritanie 189 - 0.53 5.29 6.88 - - - - - - 55.56 11.11 - - - 13.23 - - - - - 6.88 0.53 -

Nota : E-M35*, E-M78*, E-V12, E-V32, E-V13, E-V22, E-V65, E-M81 et E-M34 sont des sous-groupes de E1b1b

Lignée maternelle : l'ADN mitochondrial[modifier | modifier le code]

L'ADN mitochondrial étant exclusivement transmis par les femmes à leurs enfants, son étude génétique permet de suivre la lignée maternelle – directe – d'une famille, d'une ethnie ou d'une espèce. La majorité des Berbères ont un ADN mitochondrial d'origine ouest-eurasienne[37]. La lignée maternelle directe des Berbères la plus ancienne date du paléolithique (30 000 ans avant notre ère) représentée par l'haplogroupe U6 (d'origine ouest-eurasienne)[38]. Cet haplogroupe est spécifique aux Berbères et sa fréquence s'accroît quand on va à l'Ouest. Selon une étude génétique réalisée en 2010, les populations d'Afrique du Nord descendent en partie, du côté maternel, de migrants de la péninsule ibérique arrivés il y a environ 8 000-9 000 ans[39].

De nombreuses études ont été menées au nord de l’Afrique pour des populations du Maroc[40],[41], d’Algérie[42], de Tunisie[43], ou plus globalement du Nord de l'Afrique[44]. Les auteurs montrent que la structure génétique mitochondriale générale des populations du Maghreb est composée majoritairement d’haplogroupes (H, J, T, V...) fréquents dans les populations européennes (de 45 à 85 %), d’haplogroupes L (de 3 à 50 %) très fréquents dans les populations sub-sahariennes, de l’haplogroupe M1 (de 0 à 15 %) détectés principalement dans les populations est-africaines, de l’haplogroupe U6 (0 à 28 %), surtout présent en Afrique du Nord et également a des fréquences < 5 % dans la péninsule ibérique, et d’haplogroupes M, N ou X (de 0 à 8 %) détectés principalement en Eurasie

Origine géographique des lignées maternelles (ADNmt) et paternelles (Y-ADN)[modifier | modifier le code]

En moyenne, environ 65% des lignées paternelles des Maghrébins sont issues d'Afrique du Nord, 20 % du Moyen-Orient, 10 % d'Afrique de l'Ouest ou de l'Est et 5 % d'Europe, avec des variations parfois significatives selon les régions. Du coté maternel, en moyenne, environ 35% des lignées des Maghrébins sont issues du Moyen-Orient, 30 % d'Europe, 20 % d'Afrique de l'Ouest ou de l'Est et 15 % d'Afrique du Nord, également avec des variations parfois significatives selon les régions[45]:

' Région d'origine Maroc Algérie Tunisie
ADNmt Europe 34.9 % 29.9 % 24.6 %
Moyen-Orient 31.7 % 31.4 % 36.9 %
Afrique du Nord 14.7 % 20.7 % 10.8 %
Afrique de l'Est 3.2 % 1.9 % 8 %
Afrique de l'Ouest 15.5 % 16.1 % 19.8 %
Y-ADN Europe 3.9 % 10.3 % 1.7 %
Moyen-Orient 9.4 % 29.5 % 23.5 %
Afrique du Nord 73.9 % 50 % 68.9 %
Afrique de l'Est 5.8 % 1.9 % 3 %
Afrique de l'Ouest 7 % 8.3 % 3 %

Influence génétique en Europe[modifier | modifier le code]

D'après une étude récente de Adams et al. en 2008[46] les habitants de la péninsule Ibérique auraient en moyenne environ 11 % d'ancêtres nord-africains avec des variations géographiques importantes allant de 2 % en Catalogne à près de 22 % en Castille du Nord-Ouest. Selon une autre étude de Capelli et al. en 2009, 7-8 % des lignées paternelles des Espagnols, Portugais et Siciliens sont d'Afrique du Nord-Ouest et ont été introduites par les Maures au Moyen Âge[47].

Région N E1b1b1b (M81) E1b1b1a-b (M78 avec DYS439 allele 10) J1 (sous-ensemble) Total %
Italie 915 0.8 0.3 0.7 1.7
Sicile 93 2.2 2.2 3.2 7.5
Espagne 717 5.2 1 1.5 7.7
Portugal 659 5 0.3 1.8 7.1
Péninsule ibérique 1376 5.1 0.7 1.7 7.4

Diaspora[modifier | modifier le code]

Pour des raisons historiques, les Maghrébins sont également largement représentés dans les populations issues de l'immigration dans certains pays européens et de façon nettement moindre aux États-Unis et au Canada.

France[modifier | modifier le code]

Selon une étude de l'Insee publiée en 2012, les personnes d'origine maghrébine sur deux générations uniquement (immigrés et leurs enfants) étaient un peu plus de 3,5 millions en 2008 auxquelles il faut ajouter environ 500 000 Harkis soit environ 4 millions de personnes et 6,5 % de la population métropolitaine en 2008 (alors de 62,5 millions)[48]. 16 % des nouveau-nés en France métropolitaine entre 2006 et 2008 ont au moins un grand-parent né au Maghreb[49].

Toutes générations confondues, selon une étude de l'Institut Montaigne publiée en 2004 et basée sur le recensement de la population 1999 de INSEE, il y a en France, en 2004, environ 5 à 6 millions de personnes d'origine maghrébine; 3.5 millions ont la nationalité française dont 500 000 harkis. Environ 400 000 enfants seraient nés d’un couple mixte dont un des parents est maghrébin[50],[51],[50],[52],[50].

D'après une estimation plus ancienne de Michèle Tribalat en 2009, les personnes d'origine maghrébine sur 3 générations (immigrés, enfants et petits-enfants d'immigrés) étaient environ 3,5 millions en 2005 soit environ 5,8 % de la population métropolitaine en 2005 (60,7 millions)[53]. Cette estimation ne prend en compte que les « les individus venus en France alors qu’ils étaient de nationalité étrangère » et donc exclut les Harkis et leurs descendants (environ 400 000) ainsi que les personnes musulmanes originaires d'Algérie venues en France avant 1962 par définition français de naissance[54].

En milliers 1999 2005 % évolution 1999/2005 % population (2005)
Algérie 1 577 1 865 +18,3 % 3,1 %
Dont immigrés 574 679
Dont nés en France 1 003 1 186
Maroc 1 005 1 201 +19,5 % 2,0 %
Dont immigrés 523 625
Dont nés en France 482 576
Tunisie 417 458 +9,8 % 0,8 %
Dont immigrés 202 222
Dont nés en France 215 236
Total Maghreb 2 999 3 524 +17,5 % 5,8 %
Dont immigrés 1 299 1 526 2,5 %
Dont nés en France 1 700 1 998 3,3 %

Toujours selon Michèle Tribalat, en 2005, près de 7 % des jeunes de moins de 18 ans en métropole sont d'origine maghrébine (au moins un parent). En Île-de-France, la proportion est d'environ 12 %. C'est dans les départements de Seine-Saint-Denis (22 %), du Val-de-Marne (13,2 %) et du Val-d'Oise (13 %) et de Paris (12,1 %) que l'on trouve les plus fortes proportions. Au niveau des grandes villes, 21 % des jeunes de moins de 18 ans à Perpignan sont d'origine maghrébine et près de 40 % dans les trois premiers arrondissement de Marseille.

2005 (en % des jeunes de moins de 18 ans) Seine-Saint-Denis Val-de-Marne Val-d'Oise Paris France
Total Maghreb 22,0 % 13,2 % 13,0 % 12,1 % 6,9 %

Influences historiques[modifier | modifier le code]

Conquête musulmane[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Conquête musulmane du Maghreb.
Statue de Kahena à Baghaï dans les Aurès.

La première expédition arabe sur la Tunisie est lancée en 647[55]. En 661, une deuxième offensive se termine par la prise de Bizerte. La troisième, menée en 670 par Oqba Ibn Nafi Al Fihri, est décisive : ce dernier fonde la ville de Kairouan au cours de la même année[56] et cette ville devient la base des expéditions contre le nord et l’ouest du Maghreb[57]. L’invasion complète manque d’échouer avec la mort d’Ibn Nafi en 683[58]. Envoyé en 693 avec une puissante armée arabe, le général ghassanide Hassan Ibn Numan réussit à vaincre l’exarque et à prendre Carthage[59] en 695. Seuls résistent certains Berbères dirigés par la Kahena[59]. Les Byzantins, profitant de leur supériorité navale, débarquent une armée qui s’empare de Carthage en 696 pendant que la Kahena remporte une bataille contre les Arabes en 697[59]. Ces derniers, au prix d’un nouvel effort, finissent cependant par reprendre définitivement Carthage en 698 et par vaincre et tuer la Kahena[58].

Contrairement aux précédents envahisseurs, les Arabes ne se contentent pas d’occuper la côte et entreprennent de conquérir l’intérieur du pays. Après avoir résisté, les Berbères se convertissent à la religion de leurs vainqueurs[58], principalement à travers leur recrutement dans les rangs de l’armée victorieuse. Des centres de formation religieuse s’organisent alors, comme à Kairouan, au sein des nouveaux ribats. On ne saurait toutefois estimer l’ampleur de ce mouvement d’adhésion à l’islam. D’ailleurs, refusant l’assimilation, nombreux sont ceux qui rejettent la religion dominante et adhèrent au kharidjisme, hérésie née en Orient et proclamant l’égalité de tous les musulmans sans distinction de race ni de classe[60]. La région reste une province omeyyade jusqu’en 750, quand la lutte entre Omeyyades et Abbassides voit ces derniers l’emporter[60]. De 767 à 776, les kharidjites berbères sous le commandement d’Abou Qurra s’emparent de tout le territoire, mais ils se retirent finalement dans leur royaume de Tlemcen, après avoir tué Omar ibn Hafs, surnommé Hezarmerd, dirigeant de la Tunisie à cette époque[61].

En 800, le calife abbasside Haroun ar-Rachid délègue son pouvoir en Ifriqiya à l’émir Ibrahim ibn Al-Aghlab[62] et lui donne le droit de transmettre ses fonctions par voie héréditaire[63]. Al-Aghlab établit la dynastie des Aghlabides, qui règne durant un siècle sur le Maghreb central et oriental. Le territoire bénéficie d’une indépendance formelle tout en reconnaissant la souveraineté abbasside[63]. La Tunisie devient un foyer culturel important avec le rayonnement de Kairouan et de sa Grande mosquée, un centre intellectuel de haute renommée[64]. À la fin du règne de Ziadet Allah Ier (817-838), Tunis devient la capitale de l’émirat jusqu’en 909[65].

Appuyée par les tribus Kutama qui forment une armée fanatisée, l’action du prosélyte ismaélien Abu Abd Allah ach-Chi'i entraîne la disparition de l’émirat en une quinzaine d’années (893-909)[66]. En décembre 909, Ubayd Allah al-Mahdi se proclame calife et fonde la dynastie des Fatimides, qui déclare usurpateurs les califes omeyyades et abbassides ralliés au sunnisme. L’État fatimide s’impose progressivement sur toute l’Afrique du Nord en contrôlant les routes caravanières et le commerce avec l’Afrique subsaharienne. En 945, Abu Yazid, de la grande tribu des Banou Ifren, organise sans succès une grande révolte berbère pour chasser les Fatimides. Le troisième calife, Ismâ`îl al-Mansûr, transfère alors la capitale à Kairouan et s’empare de la Sicile[67] en 948. Lorsque la dynastie fatimide déplace sa base vers l’est en 972, trois ans après la conquête finale de la région, et sans abandonner pour autant sa suzeraineté sur l’Ifriqiya, le calife Al-Muizz li-Dîn Allah confie à Bologhine ibn Ziri — fondateur de la dynastie des Zirides — le soin de gouverner la province en son nom. Les Zirides prennent peu à peu leur indépendance vis-à-vis du calife fatimide[67], ce qui culmine avec la rupture avec ce suzerain devenu lointain et inaugure l’ère de l’émancipation berbère[66]. L’envoi depuis l’Égypte de tribus arabes nomades sur l’Ifriqiya marque la réplique des Fatimides à cette trahison[66]. Les Hilaliens suivis des Banu Sulaym — dont le nombre total est estimé à 50 000 guerriers et 200 000 bédouins[66] — se mettent en route après que de véritables titres de propriété leur ont été distribués au nom du calife fatimide. Kairouan résiste pendant cinq ans avant d’être occupée et pillée. Le souverain se réfugie alors à Mahdia en 1057 tandis que les nomades continuent de se répandre en direction de l’Algérie, la vallée de la Medjerda restant la seule route fréquentée par les marchands[66]. Ayant échoué dans sa tentative pour s’établir dans la Sicile reprise par les Normands, la dynastie ziride s’efforce sans succès pendant 90 ans de récupérer une partie de son territoire pour organiser des expéditions de piraterie et s’enrichir grâce au commerce maritime.

Les historiens arabes sont unanimes à considérer cette migration comme l’événement le plus décisif du Moyen Âge maghrébin, caractérisé par une progression diffuse de familles entières qui a rompu l’équilibre traditionnel entre nomades et sédentaires berbères[66]. Les conséquences sociales et ethniques marquent ainsi définitivement l’histoire du Maghreb avec un métissage de la population. Depuis la seconde moitié du VIIe siècle, la langue arabe demeurait l’apanage des élites citadines et des gens de cour. Avec l’invasion hilalienne, les dialectes berbères sont plus ou moins influencés par l’arabisation, à commencer par ceux de l’Ifriqiya orientale[66].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Population of Algeria exceeds 37M in 2012
  2. Sans Ceuta et Melilla
  3. "Estimé à six millions d'individus, l'histoire de leur enracinement, processus toujours en devenir, suscite la mise en avant de nombreuses problématiques...", « Être Maghrébins en France » in Les Cahiers de l’Orient, n° 71, troisième trimestre 2003
  4. Maghreb people represent 45% of people born in Arab countries who emigrated to Europe and N.America, they are 41% of the all Immigrants in Europe
  5. css.escwa.org
  6. (fr) Journée d'étude Africa Antiqua sur l'historiographie de l'Afrique du Nord. Voir les remarques de M. Lenoir en fin de compte rendu
  7. (en) The World Factbook : Algeria.
  8. (en) The World Factbook : Libya.
  9. (en) The World Factbook : Morocco.
  10. (en) The World Factbook : Mauritania.
  11. (en) The World Factbook : Tunisia.
  12. Tableaux statistiques du développement humain sur le site du PNUD.
  13. [Rapport annuel PNUD, http://issuu.com/undp/docs/hdr_2013_fr], Année 2013, p. 215-216
  14. Degré d'alphabétisation - adultes (% des adultes âgés de plus de 15 ans) sur le site de l'université de Sherbrooke : Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie.
  15. (en) Nouveau soutien financier de l'UE pour l'alphabétisation au Maroc
  16. (fr)[PDF] « « Analogie et disparités du fait urbain au Maghreb » » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-30 par Vanessa Rousseau
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