Aqueduc de l'Aqua Trajana

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41° 53′ 19″ N 12° 27′ 51″ E / 41.8886, 12.4641 ()

Aqueduc de l'Aqua Trajana
Acquedotto Traiano
Plan du Latium antique avec l'Aqua Traiana en rouge.
Plan du Latium antique avec l'Aqua Traiana en rouge.
Plan de la Rome antique avec l'Aqua Traiana en rouge.
Plan de la Rome antique avec l'Aqua Traiana en rouge.
Géographie
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Région Latium
Province Rome
Début Trevignano Romano
42° 09′ 52″ N 12° 12′ 19″ E / 42.164326, 12.205296 ()  
Fin Rome
41° 53′ 19″ N 12° 27′ 51″ E / 41.8886, 12.4641 ()  
Caractéristiques
Statut actuel Aqueduc romain
Longueur 59,2 km
Altitudes Début : > 250 m
Fin : ~ 30 m
Dénivelé ~ 220 m
Alimentation Sources des monts Sabatini
Usage Eau potable
Histoire
Année d'ouverture 109
Inauguration Juin 109
Commanditaire Trajan

L’aqueduc de l'Aqua Trajana (ou aqueduc de Trajan, en latin : Aqua Traiana), dixième aqueduc de Rome, est inauguré en 109, sous le règne de Trajan. Comme c'est l'un des deux aqueducs construits après la publication du traité de Frontin, il nous reste peu d'information sur sa construction et son fonctionnement. Reconstruit au XVIIe siècle, il est rebaptisé Acqua Paola.

Il relie Rome aux sources proches du lac de Bracciano, 40 kilomètres au nord-ouest de la ville. Avant sa destruction, il permettait notamment le fonctionnement de moulins à eau construits parallèlement à son conduit sur le Janicule.

Histoire[modifier | modifier le code]

Construction et inauguration[modifier | modifier le code]

La construction de l'aqueduc commence vers 104. L'empereur acquiert une longue bande de terrain de quinze pieds de large de part et d'autre du tracé du futur aqueduc, respectant ainsi un ancien sénatus-consulte datant de 11 av. J.-C. que Frontin a rappelé dans son récent traité (« [...] placere circa fontes et fornices et muros utraque ex parte quinos denos pedes patere [...] »[1])[2]. Il est inauguré en 109[n 1],[3], peut-être seulement deux jours après l'inauguration des thermes de Trajan, le 22 juin[4], et deux mois environ avant l'inauguration de la Naumachia Traiani sur la plaine vaticane.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

L’aqueduc est coupé une première fois et en partie détruit par les Wisigoths de Vitigès, lors du siège de Rome en 537. Il est ensuite réparé par Bélisaire[5].

De nouvelles interventions ont lieu durant le règne du pape Honorius Ier, au VIIe siècle. Il subit de nouveaux dommages au passage des Lombards d'Aistolf en 752 et des Sarrasins, puis est de nouveau restauré entre le VIIIe siècle et le IXe siècle, notamment par les papes Adrien Ier en 772 et Grégoire V en 846.

Reconstruction du XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Lors de son accession au trône de saint Pierre en 1605, le pape Paul V décide la reconstruction de l’aqueduc[6],[5] pour résoudre les problèmes d'approvisionnement en eau des quartiers romains de la rive droite du Tibre, incluant le Vatican. Il parvient à convaincre la municipalité de financer les travaux qui commencent en 1609 sous la supervision de Giovanni Fontana. Ce dernier entreprend la construction d'un nouveau canal prenant appui sur les canaux antiques.

Les sources utilisées du temps des Romains ne sont alors plus complètement disponibles, déjà mises à contribution pour alimenter, par exemple, les moulins et les industries de la ville de Bracciano.

Giovanni Fontana orne l'extrémité de l'aqueduc par une fontaine monumentale appelée Il Fontanone. Elle prend la forme d'un arc de triomphe à cinq baies (trois larges au centre et deux plus étroites sur les côtés) recouvert de marbre blanc et décoré de colonnes de granite. L'eau jaillit du canal dans cinq bassins disposés à la base de chaque arche. Pour cette construction, l'architecte Flaminio Ponzio réemploie des matériaux du forum de Nerva. Parmi les sculpteurs participant à la décoration de la fontaine figure Ippolito Buzzi.

Le nouvel aqueduc, achevé en 1612, est d'abord baptisé Acqua Sabbatina, puis Acqua Bracciano. Il prend finalement le nom d’Acqua Paola en hommage au pape Paul V.

En 1690, le pape Alexandre III charge Carlo Fontana, neveu de Giovanni Fontana, d'agrandir la fontaine. Carlo Fontana remplace les cinq bassins par un seul, beaucoup plus grand : la Fontana dell’Acqua Paola, encore visible aujourd'hui.

Description[modifier | modifier le code]

La longueur totale de l'aqueduc, difficile à estimer en l'absence de sources officielles, est comprise entre 57[3] et 59,2[7] kilomètres. Il a une capacité journalière de 2 848 quinaires[n 2], soit 118 200 mètres cubes (1 367 litres par seconde). Le conduit, recouvert de béton, est large de 1 à 1,30 mètre et haut de 1,78 à 2,30 mètres. Son parcours est essentiellement souterrain, comme en témoignent les nombreux regards encore visibles aujourd'hui. Sa pente moyenne est de 2,67 mètres par kilomètre. La portion de l'aqueduc retrouvée en 1912 sous l'American Academy, sur la Via Angelo Masina, montre une structure en opus mixtum.

La présence de moulins produisant de la farine à proximité du tracé de l'aqueduc sur le Janicule[5] est attestée depuis au moins le VIe siècle. La force de l'eau du conduit, qu'on devait faire chuter sur plusieurs niveaux, permettait alors d'actionner le mécanisme des moulins.

Les sources[modifier | modifier le code]

L'aqueduc puise l'eau dans les sources des monts Sabatins, sur les rives du lac Sabatinus[5] (aujourd’hui connu sous le nom de lac de Bracciano), au nord-ouest de Rome.

Plan représentant les sources et conduits de l’Aqua Traiana autour du lac de Bracciano.

L'aqueduc capte toute une série de sources des collines autour du lac volcanique de Bracciano. D'après une liste établie par les archéologues italiens A. Cassio et R. Lanciani, on dénombre[8],[9] :

  • sept sources de la zone dite Fosso di Grotta dont les eaux sont récupérées dans trois citernes ;
  • les sources de la zone dite Fosso di Fiora ;
  • les sources de Vicarello ;
  • une source proche de l'actuel Acqua delle Donne Restaurant ;
  • les sept citernes dites Sette Botti ;
  • quelques sources au nord du Monte Rocca Romana et le long du Fosso della Calandrina ;
  • les sources Aquarelli, au nord-est du lac ;
  • les sources de l’Acqua d'Impolline, à l'est du lac.

Le tracé entre les sources et Rome[modifier | modifier le code]

Le début du conduit (caput aquae) commence sur la rive septentrionale du lac de Bracciano, entre les villes modernes de Vicarello et de Trevignano Romano[3], et le contourne sur le côté est, en partie sous terre et en partie sur des arches, réceptionnant les eaux des différentes sources. Après la ville d'Anguillara Sabazia, l'aqueduc suit sur sa rive gauche le cours de la rivière Arrone, seule rivière issue du lac. L'aqueduc s'éloigne ensuite de la rivière et partage un long tronçon commun sur arches avec l'aqueduc de l’Aqua Alsietina. Il se sépare ensuite de ce dernier et redevient souterrain le long de la via Clodia jusqu'à la localité de La Giustiniana. À partir de ce point, l'aqueduc suit à peu près le tracé des voies modernes della Pineta Sachetti et di S. Pio V, pour ensuite réapparaître à la surface sur un aqueduc à arches le long de la via Aurelia. Il aboutit à Rome, sur le Janicule, où sera plus tard construit la Porta Aurelia[10].

Le tracé dans Rome[modifier | modifier le code]

L'aqueduc alimente en eau le quartier du Trastévère[10],[6], seul quartier de Rome qui n'est pas encore doté d'un tel dispositif[3]. En effet, l'eau de l'aqueduc d'Auguste, construit un siècle plus tôt pour alimenter la Naumachia Augusti sur la rive droite du Tibre, n'est pas potable[11]. D'après les Fasti Ostienses, il est indiqué que l'eau acheminée par l'aqueduc est destinée à l'ensemble de la ville (tota urbe salientem), c'est-à-dire que l'aqueduc devait aussi alimenter tout un réseau de fontaines présentes à travers toute la ville[12]. Son parcours final, dans Rome, n'est pas connu avec précision. Selon une hypothèse[n 3], l'aqueduc traverserait le Tibre sur un haut pont dans la zone de l'Emporium puis s'incurverait vers l'Aventin avant de se diriger vers la colline de l'Oppius sur laquelle se dressent les thermes de Trajan[13]. Les dates rapprochées des inaugurations de ces deux édifices laissent en effet penser que l'aqueduc est en partie utilisé pour alimenter les thermes[10],[14],[n 4]. Deux mois seulement après l'ouverture de l'aqueduc de Trajan est inaugurée la Naumachia Traiani, construite sur la plaine vaticane. Il est donc également possible que l'aqueduc ait été construit en prévision de son alimentation en eau, en allégeant l'utilisation des autres aqueducs.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Date fournie par une inscription figurant sur une cippe retrouvée à Véies et mentionnant la titulature de Trajan, permettant une datation précise (voir CIL VI 1260 = CIL XI 3793).
  2. La quinaire est l'unité romaine utilisée pour la mesure du débit d'un aqueduc. Elle correspond à environ 41,5 mètres cube par jour, soit 0,48 litre à la seconde.
  3. Émise par Rabun Taylor, professeur de l'Université du Texas, qui s'appuie sur le Gran Pianta di Roma de Giambatta Nolli (1748) et sur le plan de Leonardo Buffalini (1551) sur lesquels figurent ce qui peut être identifié comme les vestiges des piles d'un pont sur le Tibre.
  4. L'hypothèse selon laquelle une branche de l'aqueduc alimente les thermes de Trajan est confortée par la découverte en 1935 d'un bout de tuyau en plomb (fistula aquaria) long de 18 mètres sur le mont Oppius sur lequel on peut lire : THERM(AE) TRAIAN(I) ET AQ(VA) TR(AIANA) (voir AE 1940, 40).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Frontin, De Aquaeductu Urbis Romae, 127.
  2. Herbert Bloch, Aqua Traiana dans AJA, Vol. 48 No. 4, 1944, pp. 337-341.
  3. a, b, c et d Michaël Vannesse, Les usages de l'eau courante dans les villes romaines : le témoignage de l'épigraphie dans Latomus, T. 71, 2012, p. 472.
  4. H. Watkins, Colonia Marciana Traiana Thamugadi: Dynasticism in Numidia Thomas, Classical Association of Canada, Phoenix, 2002, pp. 84–108.
  5. a, b, c et d Samuel Ball Platner & Thomas Ashby, A topographical dictionary of Rome, Oxford University Press, 1929, p. 28.
  6. a et b Luc Duret & Jean-Pierre Néraudau, Urbanisme et métamorphoses de la Rome antique, Les Belles Lettres, 2001, p. 269.
  7. Norman Smith, Mensch und Wasser, Pfriemer, München, 1978.
  8. Alberto Cassio, Route of the ancient waters
  9. Rodolfo Lanciani, Topografia di Roma Antica : Comentarii di Frontino intorno le acque e gli acquedotti. Silloge epigrafica aquaria., Rome, 1880.
  10. a, b et c Filippo Coarelli, Rome and environs, an archaeological guide, University of California Press, 2003, p. 449.
  11. Frontin, De Aquaeductu Urbis Romae, XI.
  12. L. Richardson, A New Topographical Dictionary of Ancient Rome, JHU Press, 1992, p.19.
  13. Rabun Taylor, Public needs and private pleasures, University of Texas.
  14. J. C. Anderson, The Date of the Thermae Traiani and the Topography of the Mons Oppius dans AJA 89, 3, 1985, p. 508.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]