Aqueduc de l'Aqua Marcia

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Aqueduc de l'Aqua Marcia
Plan du Latium antique avec l'Aqua Marcia en rouge.
Plan du Latium antique avec l'Aqua Marcia en rouge.
Plan de la Rome antique avec l'Aqua Marcia en rouge.
Plan de la Rome antique avec l'Aqua Marcia en rouge.
Géographie
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Région Latium
Coordonnées 41° 52′ 16″ N 12° 32′ 20″ E / 41.8711, 12.5389 ()41° 52′ 16″ N 12° 32′ 20″ E / 41.8711, 12.5389 ()  
Fin Rome
Caractéristiques
Statut actuel En ruine
Longueur d'origine 91,4 km
Altitudes Début : ~ 318 m
Fin : 37,48 m
Dénivelé ~ 280 m
Usage Eau potable
Infrastructures
Matériaux Maçonnerie
Histoire
Année début travaux 144 av. J.-C.
Année d'ouverture 140 av. J.-C.
Remise en service -33 (Agrippa)
entre -11 et -4 (Auguste)
Commanditaire Quintus Marcius Rex

L’aqueduc de l'Aqua Marcia ou aqueduc de Marcius ou aqueduc Marcien (Aqua Marcia) est le troisième aqueduc romain et est construit par le préteur Quintus Marcius Rex (d'où provient le nom de l'aqueduc) entre 144 et 140 av. J.-C.

Histoire et description[modifier | modifier le code]

Sous le consulat de Servius Sulpicius Galba et Lucius Aurelius Cotta, on s'aperçoit que les deux aqueducs de Rome sont endommagés par la vétusté, et de nombreux détournements frauduleux des particuliers diminuent grandement le débit[1].

Le Sénat charge alors le préteur pérégrin Quintus Marcius Rex de réparer les canaux des deux aqueducs et de mettre fin aux détournements[2]. De plus, on lui confie la tâche de construire un nouvel aqueduc, plus grand. On lui accorde 8 400 000 sesterces pour la construction, et vu que sa préture expire avant l'achèvement des travaux, elle est prorogée d'un an[1].

En 143 av. J.-C., sous le consulat d'Appius Claudius Pulcher et Quintus Caecilius Metellus Macedonicus, des décemvirs consultent les Livres sibyllins et trouvent que ce doit être l'Aqueduc Anio qui conduise l'eau au Capitole, et apportent leur conclusion devant le Sénat. Trois ans plus tard, en 140 av. J.-C., sous le consulat Quintus Servilius Caepio et Caius Laelius Sapiens, l'affaire est à nouveau portée devant le Sénat. Dans les deux cas, l'avis de Quintus Marcius Rex prévaut, et les eaux de l'aqueduc sont conduites au Capitole[1].

La source antique pour l'aqueduc est près des villes modernes d'Arsoli et d'Agosta, dans la vallée de l'Anio, très proche de la source de l'Aqueduc Claudia. Ce lieu général, à l'est de la ville dans la vallée de Anio, est aussi bien employé pour d'autres aqueducs, y compris l'Aqueduc Anio Vetus et l'Aqueduc Anio Novus, dont les sources sont par ailleurs bien plus proches de Rome[3].

Contrairement aux eaux des deux aqueducs de l'Anio, et à l'instar de celle de la Claudia, la qualité de l'eau de cet aqueduc est excellente[3],[4].

Restes de l’Aqua Marcia près de la Tibur antique.

Depuis sa source, il longe la voie Valérienne et l'Anio jusqu'à Tibur, comme l'Aqueduc Claudia, puis passe très près de la Villa Hadriana, avant de longer Labicum et de dépasser la voie Latine près de Tusculum, qu'il suit pour rejoindre Rome, autant sur arches que par souterrains, portant les aqueducs Tepula et Julia[1].

Porte Majeure, jonction de l’Aqua Claudia et l’Aqua Anio Novus avec l’Aqua Marcia et l’Aqua Tepula portant l’Aqua Iulia.

Il atteint Rome au niveau de la Porte Majeure où il croise l'Aqueduc Claudia dont il a employé quasiment la même route jusqu'à Rome, qui porte l'Aqueduc Anio Novus, et rejoint une voûte plus tard appelée Porte Tiburtine au pied du Viminal[1]. La porte est nommée ainsi lorsque le Mur d'Aurélien est construit, mur qui reprend les arches de l'aqueduc.

Son parcours de la source à Rome est de précisément 61 710 pas et demi (91,4 km) selon Frontin, dont 54 247 pas et demi (80 km) en canaux souterrains. 463 pas (700 m) en arcades loin de Rome, en 528 (800 m) en substructions, ainsi que 6 472 pas (9,6 km) en arcades près de Rome[1]. Il est le plus long des 11 aqueducs qui fournissent la ville de Rome, et est celui qui fournit le plus d'eau par jour après l'Aqueduc Anio Novus[1],[5]. Plus long que ce dernier, il prend pourtant sa source plus en aval, mais les progrès techniques font que l'Aqueduc Anio Novus est beaucoup plus longtemps sur arches ce qui lui permet d'aller tout droit au lieu de suivre les courbes de niveau, comme le font les canaux de la Marcia.

Avec deux autres aqueducs, le Julia et le Tepula, leurs eaux sont reçues dans des réservoirs fermés sur le Viminal. Ces trois eaux quittent leurs réservoirs pour rejoindre les mêmes arcades, mais dans des canaux séparés, celui de la Julia, au-dessus de la Tepula elle-même au-dessus de la Marcia. Arrivées au niveau du Viminal, elles pénètrent toutes trois dans des canaux souterrains côte à côte pour distribuer leurs eaux dans tout Rome. Ses canaux fournissent le Capitole par des arcades tandis que des branches secondaires rejoignent le Cælius et l'Aventin[6].

Il est le cinquième des aqueducs de Rome en hauteur (37,48 m), à l'époque de Frontin, donc sans compter l'Aqueduc Traiana et l'Aqueduc Alexandriana, bien que sa source soit aussi haute que celle de l'aqueduc Claudia, qui arrive à Rome à un niveau plus élevé. Mais, par méconnaissance de l'art de niveler avec précision ou par choix, construit sous la République romaine, ils l'ont peut-être enterré car Rome devait souvent soutenir des guerres contre les Italiques[7].

Il est réparé par Agrippa dans un premier temps[8], et outre des réparations mineures, il est en grande partie reconstitué par Auguste suite à un rapport des consuls Quintus Aelius Tubero et Paullus Fabius Maximus en 11 av. J.-C[9], qui, pour suppléer à cet aqueduc dans les temps de sècheresse, lui amène par un conduit souterrain une eau, appelée Augusta[10], qui double son volume[11]. De nouvelles réparations ont lieu sous le règne de Titus.

L'eau est inscrite dans les règlements à l'époque de Frontin pour 2 162 quinaires (90 000 m³/j), quantité qui n'a pu être constatée à la tête de l'aqueduc, mais l'administrateur principal des eaux de Rome a calculé 4 690 quinaires (195 000 m³/j). 351 quinaires (15 000 m³/j) sont distribués avant l'arrivée dans la piscine épuratoire, dont 164 quinaires (7 000 m³/j) pour l'Aqueduc Anio Vetus et 92 à l'Aqueduc Tepula. Pour la distribution dans la ville, il ne reste que 2 944 quinaires (122 000 m³/j), ce qui est supérieur à ce qu'il y a marqué dans les règlements, mais bien inférieur aux calculs de Frontin. Ce dernier découvre qu'il n'y a en fait que 1 840 de réellement distribués, et met à jour de très nombreux détournements frauduleux expliquant de telles différences[5].

Cependant, une grande partie de son approvisionnement est siphonnée par les citoyens pour leur usage privé avant le règne de Néron, notamment sur l'Aventin et le Caelius. Néron fait construire une extension à l'Aqueduc Claudia, et les eaux de cette dernière ainsi que celle de la Julia disparaissent entièrement suite aux détournements frauduleux[5].

À l'époque de Frontin, hors de la ville, 837 quinaires (35 000 m³/j) sont distribués de la manière suivante[12] :

L'aqueduc fournit aussi réellement 1098 quinaires (46 000 m³/j), le reste étant siphonné illégalement, pour les régions I, III, IV, V, VI, VII, VIII, IX, X et XIV au moyen de 51 châteaux d'eau[12] :

La distribution initiale de l'aqueduc est remise en place, après avoir mis fin aux détournements frauduleux et aux pertes dues aux négligences, et de nouvelles arcades sont construites, notamment entre le Caelius et l'Aventin[13]. L'eau de la Marcia étant la meilleure[14], l'empereur Nerva décide de conduire toutes les eaux dans des canaux séparés, pour éviter que les mélanges altèrent la qualité de son eau. Elle n'est plus que réservée à la boisson[15].

Martial, un poète contemporain de Frontin, laisse entendre que l'Arc de Claude, qui supporte l'aqueduc sur le Champ de Mars, souffre d'une étanchéité loin d'être parfaite[16] :

« Sous la porte voisine du portique d'Agrippa, à l'endroit où le pavé glissant est arrosé d'une pluie incessante, un fragment de cette eau glacée par l'hiver tomba sur la gorge d'un jeune homme qui entrait dans ce temple humide ; après avoir précipité les tristes destins du malheureux, le poignard amolli s'est fondu dans la plaie brûlante qu'il avait faite. Quels jeux cruels n'a-t-on pas à redouter de la fortune ? Où la mort n'est-elle point, si l'eau peut aussi nous égorger ? »

— Martial, Épigrammes, Livre IV, 18 (trad. Verger, Dubois et Mangeart)

L'approvisionnement est encore augmenté par les empereurs postérieurs. Des réparations ont lieu du temps d’Hadrien et de Septime Sévère, et peut-être aussi par Arcadius et Honorius. L’empereur Caracalla fait construire une nouvelle branche pour approvisionner ses thermes (Aqua Marcia Antoniniana). Une autre branche secondaire est utilisée pour alimenter les Thermes de Dioclétien. L'Aqueduc Marcia fonctionne toujours aujourd'hui en tant qu'une des sources d'eau principales de la ville moderne de Rome.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Frontin, Des aqueducs de la ville de Rome, 7
  2. Pline l'Ancien, L'Histoire naturelle, Livre XXXVI, XXIV, [17]
  3. a et b Frontin, Des aqueducs de la ville de Rome, 14
  4. Frontin, Des aqueducs de la ville de Rome, 13,Frontin, Des aqueducs de la ville de Rome, 89
  5. a, b et c Frontin, Des aqueducs de la ville de Rome, 67
  6. Frontin, Des aqueducs de la ville de Rome, 19
  7. Frontin, Des aqueducs de la ville de Rome, 18
  8. Frontin, Des aqueducs de la ville de Rome, 9
  9. Frontin, Des aqueducs de la ville de Rome, 125
  10. Frontin, Des aqueducs de la ville de Rome, 12
  11. Auguste, Res gestae, Table IV, 20
  12. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Frontin, Des aqueducs de la ville de Rome, 81
  13. Frontin, Des aqueducs de la ville de Rome, 87
  14. Frontin, Des aqueducs de la ville de Rome, 91
  15. Frontin, Des aqueducs de la ville de Rome, 92
  16. Martial, Épigrammes, Livre IV, 18

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :