Appropriation (art)

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Appropriation Art - Majid Farahani.

L'appropriation est une forme d'expression de l'art contemporain. Elle est généralement associée à l'art conceptuel.

Définition et historique[modifier | modifier le code]

Dans le sens le plus étroit, on parle d'appropriation si « des artistes copient consciemment et avec une réflexion stratégique » les travaux d'autres artistes. Dans ce cas, l'acte de « copier » et son résultat doivent être compris également comme de l'art (sinon, on parle de plagiat ou de faux).

Au sens large, peut être de l'appropriation artistique tout art qui réemploie du matériel esthétique (par ex. photographie publicitaire, photographie de presse, images d'archives, films, vidéos, etc.). Il peut s'agir de copies exactes et fidèles jusque dans le détail, mais des manipulations sont aussi souvent entreprises sur la taille, la couleur, le matériel et le média de l'original.

Cette appropriation peut être effectuée avec une intention critique ou comme un hommage. Le terme vient de Douglas Crimp qui présente à l'automne 1977 une exposition à l'Artists Space de New York. Les premiers artistes sélectionnés sont Sherrie Levine, Jack Goldstein, Phillip Smith, Troy Brauntuch et Robert Longo. Cindy Sherman avait eu droit un an auparavant à une exposition solo à l'Artists Space. Elle est mentionnée dans la version revue et corrigée du texte du catalogue de Douglas Crimps, parue en 1979 dans la revue marxiste Octobre.

Le Whitney Museum of American Art de New York et le Musée d'art contemporain de Los Angeles ont organisé, en 1989, de grandes rétrospectives de la Picture Generation.

En 2009, le MoMA présente trente artistes de la scène artistique new-yorkaise des années 1970 dans l'exposition, organisée par Douglas Eklund, « The Generation Photos, 1974-1984[1] ».

À cette Pictures Generation appartiennent Louise Lawler, Barbara Kruger, Richard Prince, Sarah Charlesworth, provenant de la scène artistique de Buffalo (NY), Robert Longo, Cindy Sherman, Nancy Dwyer, Charles Clough et Michel Zwack. Le vivier le plus important du mouvement est le séminaire de John Baldessari au California Institute of the Arts de Los Angeles, où David Salle, Jack Goldstein, James Welling, Matt Mullican, Barbra Bloom, Ross Bleckner et Eric Fischl ont étudié.

Caractéristiques de l'appropriation artistique[modifier | modifier le code]

Artistes

Les travaux de l'appropriation artistique s'occupent généralement des « qualités abstraites des œuvres d'art et du marché de l'art lui-même. » Ils problématisent par l'acte d'appropriation les éléments fondamentaux du monde de l'art que sont la paternité de l’œuvre, l'authenticité, la Créativité, la propriété intellectuelle, la signature, le Marché de l'art, le Musée (ex. White Cube), l'histoire, le genre, le sujet, l'identité et la différence. Ils se concentrent sur le paradoxe, les auto-contradictions et rendent ceux-ci visibles et esthétiquement appréhensibles.

Les stratégies individuelles des artistes varient considérablement, de sorte qu'un seul modus global n'est pas facile à repérer. D'ailleurs, beaucoup d'artistes considérés comme pratiquant l'appropriation artistique le nient. L'appropriation artistique est donc un label très controversé, utilisé en critique d'art depuis le début des années 1980.

Les techniques sont variées. L'appropriation est notamment utilisée en peinture, photographie, cinéma, sculpture, collage et happening/performance.

Exemples[modifier | modifier le code]

  • Elaine Sturtevant copie au début des années 1970 des œuvres de Robert Rauschenberg, Andy Warhol, Jasper Johns et Frank Stella par sérigraphie et/ou couleur, donc avec les techniques d'origine. Certains des artistes qu'elle a copiés lui ont donné des conseils techniques. Andy Warhol aurait même donné ses écrans originaux. Sturtevant dit elle-même qu'elle voulait échapper à la contrainte d'originalité que subit chaque artiste, en faisant des recherches à ce sujet par l'intermédiaire de l'art.
  • Richard Pettibone a fréquemment copié Warhol et s'est comparé à lui : « Je suis un artisan soigneux, lui est un bâcleur[2]. » Ses imitations ont été déjà vendues aux enchères par Sotheby's.
  • Mike Bidlo a fait une performance d'après une anecdote biographique, où il a uriné habillé comme Jackson Pollock dans un foyer ouvert… Pour des expositions, il a fait fabriquer des œuvres d'Andy Warhol ou de Constantin Brâncuşi en série. Il produit actuellement des milliers de dessins et de modèles du ready-made Fontaine de Marcel Duchamp.
Le ready-made de Duchamp est l'une des œuvres les plus importantes du modernisme. On peut comprendre dès lors le projet de Bidlo à la fois comme un hommage à Duchamp et comme traitement symbolique du conflit des générations.
  • Louise Lawler photographie des œuvres d'art in situ dans les salons de collectionneurs et de musées, c'est-à-dire dans leur environnement. Ainsi, elle montre le contexte dans lequel l'art est reçu et comment il est mis en scène dans les salles.
  • Une série de photographies de Cindy Sherman, les « Portraits historiques », sont du type « vieux maîtres », en costume et mises en scène. Il arrive qu'elle y joue des rôles historiques de femmes et d'hommes. Elle utilise des costumes délibérément de mauvaise qualité et souvent des maquillages grossiers, de sorte que la mise en scène apparaît clairement dans l'image. Les « Portraits historiques » peuvent être une explication pour comprendre l'histoire de l'art dans laquelle les femmes en général ne sont que des modèles, c'est-à-dire des objets dans le regard de peintres de sexe masculin. En même temps, ils posent des questions sur la construction historique de l'identité, la féminité et la masculinité (voir genre, auto-portrait).
  • Sherrie Levine était célèbre pour son appropriation des photographies de Walker Evans, re-photographiées et présentées dans un livre intitulé After Walker Evans, publié sous son nom. En 2001, Michael Mandiberg retourne cette action contre elle : il effectue des tirages à partir de copies de Sherrie Levine et les présente sous le titre After Sherrie Levine.
Mandiberg n'est pas le seul membre de la deuxième génération des appropriationistes à s'être approprié la première génération. Yasumasa Morimura se met en scène dans des photographies de Cindy Sherman, où ils se portraitise sous divers vêtements et rôles (« Film Stills »). Sherman, une femme, prend souvent des rôles masculins dans ses peintures, Morimura y apparaît lui comme un travesti, et augmente encore la confusion d'identité sexuelle.
  • Dominique Mulhem a commencé ses appropriations dans le début des années 1980 en mettant en scène des peintures classiques de Léonard de Vinci, Vermeer, Ingres et Michel Ange en situation accrochées sur un mur avec à côté un hologramme faisant référence à l'œuvre copiée. Ensuite dans sa série du musée imaginaire, il a mis des œuvres modernes et contemporaines en situation où des femmes regardent l'œuvre en créant une interactivité entre l'œuvre et la spectatrice et aussi le public qui regarde toute l'œuvre. Pierre Restany avait dit qu'il avait assisté à une véritable visite de musée, à la parfaite reproduction d'œuvres de grands maîtres, devant lesquelles de jolies filles agréablement dévêtues prenaient une pose avantageuse. Des créatures de rêve devant une peinture de rêve… « Devant » ou plutôt « dans », devrait-on écrire, car l'œil s'avère incapable de faire la part des choses, d'effacer cette vision simultanée, d'en séparer les deux éléments.

Philosophie[modifier | modifier le code]

D'un point de vue philosophique, ces « stratégies conceptuelles » de l'appropriation artistique doivent être rapprochées de la déconstruction, de la théorie des medias (en) et de l'intertextualité.

Des techniques artistiques telles que la citation, l'allusion, la satire, la parodie et le pastiche, qui sont généralement considérées caractéristiques du postmodernisme, sont utilisées dans l'appropriation artistique.

Puisque beaucoup des stratégies d'appropriation sont orientées vers le système de l'art lui-même, on peut aussi parler de méta-art[3] ou d'auto-réflexion du système de l'art (voir l'analyse systémique), ce qui en fait un mouvement artistique qui explore activement les conditions et les limites de l'art et le force à se redéfinir.

Droit[modifier | modifier le code]

Une œuvre d'art appropriative peut aussi être protégée conformément aux droits d'auteur, même si elle ressemble en détail à une œuvre déjà existante d'un autre artiste. L'acte artistique ici diffère de la fraude ou de l'imposture. Certes, comme le sampling ou la reprise en musique, l'appropriation touche à des secteurs où le droit d'auteur a cours. Toutefois, comme l'on peut argumenter du sens de ses agissements[4], que dans ce cas, l'acte de copie fait partie d'un processus original et artistique, il y a rarement des conflits juridiques. En outre, la valeur de l'original, dans les arts plastiques, est généralement liée, contrairement aux produits médiatiques, à une existence matérielle qui n'est aucunement altérée par une appropriation.

L'appropriation au cinéma[modifier | modifier le code]

Appropriation Cinema

Au cinéma, occasionnellement, la notion d'« appropriation cinema » apparaît (plus fréquemment le stock-shot). Il s'agit de travaux cinématographiques qui intègrent et manipulent du matériau filmique déjà existant.

Le metteur en scène américain Gus Van Sant a tourné par exemple, en 1998, un remake du chef-d’œuvre d'Alfred Hitchcock de 1960, Psycho, qui reconstitue plan par plan l'original ; voir Psycho (film, 1998). La présentation et la production n'ont été légèrement été modifiées que dans quelques scènes. Le film a été en butte à beaucoup d'attaques, il n'a pas été compris par le public des cinémas comme une performance autonome et donc comme superflu.

Puisqu'au cinéma le remake de films est un genre courant, la situation diffère de celle du milieu de l'art plastique: on peut considérer ce film de Gus van Sant comme une parodie des remakes ou comme un pastiche.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Berthet, Art et appropriation, Matoury, Ibis rouge, 1998 (ISBN 978-2-911390-40-1)
  • Jörg Heiser, « Auratisches Toastbrot und Kunst vom Fließband », Süddeutsche Zeitung 23 février 2004
  • Richard Wagner, « Auf der Suche nach dem verlorenen Original. Szenen aus der unmittelbaren Unwirklichkeit », Neue Zürcher Zeitung, 21 février 2004
  • Stefan Römer: Künstlerische Strategien des Fake: Kritik von Original und Fälschung, Cologne, DuMont 2001 (ISBN 3-7701-5532-7)
  • Elaine Sturtevant, Udo Kittelmann, Lena Maculan: Sturtevant, 2 Bde., Stuttgart: Hatje Cantz 2005 (ISBN 3-7757-1485-5) (Katalog zur Ausstellung im MMK Frankfurt)
  • Mike Bidlo, The Fountain Drawings, New York, 1999 (ISBN 3-905173-43-3)
  • Cecilia Hausheer, Christoph Settele, Found Footage Film, Lucerne, VIPER/zyklop 1992
  • Texte zur Kunst 46, 2002, « Appropriation Now! » (ISBN 3-930628-44-9), (ISSN 0940-9596)
  • Der Schnitt 18, 2000, « Appropriating Cinema » (ISSN 0949-7803)
  • Pierre Restany, « Le regard du dedans - Lookin from within - 내부로부터의 시선 », 1993
  • (es) Juan Martín Prada (2001) La Apropiación Posmoderna: Arte, Práctica apropiacionista y Teoría de la Posmodernidad. Fundamentos (ISBN 978-84-2450-8814)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • « Qu’est-ce qu’un auteur ? », Bulletin de la Société française de philosophie, 63e année, no 3, juillet-septembre 1969, p. 73-104. Société française de philosophie, 22 février 1969 - débat avec M. de Gandillac, L. Goldmann, J. Lacan, J. d’Ormesson, J. Ullmo, J. Wahl.

Source[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jerry Saltz, « Great Artists Steal. The Met’s “Pictures” show captures a moment when borrowing became cool », sur nymag.com (consulté le 04/05/2011)
  2. Interview dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung du 22 février 2007 par Annette Spohn : « Andy Warhol ». Frankfurt am Main 2008, p. 131.
  3. Adrian Piper, « In Support of Meta-Art », Out of Order Out of Sight, MIT Press, 1996, 17-27.
  4. « Appropriation, art et droit d’auteur » sur culturelibre.ca.