Approche systémique

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L’approche systémique parfois nommée analyse systémique est un champ interdisciplinaire relatif à l'étude d'objets dans leur complexité. Pour tenter d'appréhender cet objet d'étude dans son environnement, dans son fonctionnement, dans ses mécanismes, dans ce qui n'apparait pas en faisant la somme de ses parties, cette démarche vise par exemple à identifier :

  • la « finalité » du système (téléologie),
  • les niveaux d'organisation,
  • les états stables possibles,
  • les échanges entre les parties,
  • les facteurs d'équilibre et de déséquilibre
  • les boucles logiques et leur dynamique, etc.

Le plus souvent les principes sont utilisés sans être nommés, voire sans être identifiés. Les terminologies « approche systémique » et « analyse systémique » sont donc employées plus couramment dans certains domaines d'application que dans d'autres, pour y faire expressément référence, mais il existe bien une unité dont on peut identifier les articulations historiques[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Ce type d'approche peut être associé à des cultures et des philosophies antiques, mais s'il n'y a pas une origine fixe on peut identifier une multitude de domaines des sciences contemporaines dans lesquels sont apparus au cours du XXe siècle le besoin de considérer les choses selon des approches nouvelles.

On peut isoler des éléments fondateurs en distinguant leur façon d'aborder ce qui est analysé. Comme par exemple :

Ces trois embranchements sont reconnus, mais on pourrait en dénombrer d'autres, et chacune de ces branches s'est développée indépendamment des autres et en interactions avec les autres. Le cycle des conférences de Macy de 1942 à 1953 est connu comme un point de jonction particulièrement important dans la réunion de ces principes interdisciplinaires, mais les interpénétrations des différentes écoles de pensée se sont faites dans la durée. C'est le travail de Bertalanffy, qui en présente une globalité, qui est généralement considéré comme l'origine de la systémique comme discipline à part entière.

Pour représenter la complexité de ce que recouvre l'apparition de l'approche systémique, on peut identifier dans l'évolution des idées et des concepts des chemins qui balayent les différents domaines des sciences. À pondérer très largement car si chaque étape représente des logiques d'influence raisonnablement pertinentes, aucune ne peut être considérée comme la cause unique de la suivante :

  • Le principe physiologique d'homéostasie de Claude Bernard est une des premières mise en évidence des mécanismes de causalité circulaires étudiés à l'ouverture des conférences de Macy qui sont la source principale de la conceptualisation de la cybernétique et de boucles logiques d'information, origine incontestable de l'informatique (mot issue de la contraction de Information automatique), et par là de tout ce qui touche à l'intelligence artificielle.
  • Dans le sens opposé des sciences exactes vers les sciences humaines on peut partir des idées de la thèse de Louis Couffignal L'analyse mécanique, application aux machines à calculer et à la mécanique céleste de 1938, noter leur transposition au système nerveux humain avec Louis Lapicque en 1941, les échanges avec Norbert Wiener en 1946 juste avant la formalisation de la cybernétique, son influence sur les travaux de Grégory Bateson et donc sur l'apparition des notions de double contrainte et d'analyse systémique au sens thérapeutique utilisées par exemple par Paul Watzlawick.

Domaines d’application[modifier | modifier le code]

La méthode cartésienne, de réduction de la complexité à des composants élémentaires est adaptée à l'étude des systèmes stables constitués par un nombre limité d'éléments en interactions linéaires (décrites par des lois mathématiques proportionnelles, additives), mais, elle ne convient pas pour l'étude des systèmes passé un certain niveau de complexité, d'incertitude et de possible logique émergente, comme c'est le cas en biologie, en économie ou dans les systèmes sociaux. Une autre approche est requise, fondée sur de nouvelles représentations de la réalité, prenant en compte l’instabilité, la fluctuation, le chaos, le désordre, le flou, l’ouverture, la créativité, la contradiction, l’ambiguïté, le paradoxe.

Pour rendre compte de la complexité, la systémique impose l'appréhension concrète de concepts qui lui sont propres : vision globale, système, niveau d'organisation, interaction, rétroaction, régulation, finalité, évolution.

Elle prend forme dans le processus de modélisation[5], qui utilise le langage graphique et permet l'élaboration de modèles qualitatifs (en forme de "cartes") et la construction de modèles dynamiques, quantifiés, opérables sur ordinateur et débouchant sur la simulation[6].

La démarche systémique actuelle est associée à la mondialisation qui a stimulé la prise de conscience de la complexité (du cosmos, des organismes vivants, des sociétés humaines, et des systèmes artificiels conçus par les hommes). Elle a évolué vers l'étude de la complexité, avec une attention particulière aux systèmes dynamiques (= évolutifs). Elle a donné lieu à de nombreuses applications, en biologie, en écologie, en économie, dans le management des entreprises, l'urbanisme, l'aménagement du territoire et les thérapies familiales entre autres[7].

L'approche systémique : un « savoir-être »[modifier | modifier le code]

Un savoir-être, à la fois, en tant que comportement de la personne qui agit pour penser le système, que du comportement du système lui-même, que du comportement à mettre en œuvre par les acteurs qui veulent mettre en œuvre ce « nouveau savoir-penser », cette nouvelle façon de se représenter un système. Le savoir-être se situe essentiellement dans un nouveau regard porté sur les systèmes humains. Ce savoir-être consiste à appréhender les composants fondamentaux du référentiel d'accès à la complexité. Il ne s'agit pas de comprendre en analysant chaque partie du système, mais bien d'avoir une vision globale des sous-systèmes appartenant au système à considérer et de leurs interactions récurrentes.

La globalité[modifier | modifier le code]

  • Le tout est, à la fois, plus et moins que la somme de ses parties.

On ne peut connaître le tout et les parties sans les considérer dans leur ensemble.

  • La globalité exprime à la fois l'interdépendance des éléments du système et la cohérence de l'ensemble[8].
  • Cette "attitude holistique" est la voie d'entrée dans la démarche systémique, selon laquelle tous les aspects d'un problème sont abordés "à la fois" d'un point de vue général ("global") et "local"(d'approfondissement des détails), avec de nombreux retours en arrière et itérations pour compléter ou corriger le modèle "qui émerge progressivement.
  • Le tout est un ensemble non réductible à la somme de ses éléments du fait des interactions multiples et variées qui le parcourent. On peut donc le considérer comme une globalité et non comme une totalité. Ceci nous conduit à repérer, dans un ensemble, le système pertinent qui nous intéressera afin d'éviter de se laisser engloutir par la complexité[9].

L’interaction[modifier | modifier le code]

  • La notion d'interaction déborde largement la simple relation de cause à effet.
  • La complexité est contenue dans chaque relation entre les constituants du système (modules considérés à leur niveau élémentaire)[10] : "les acteurs et le système"[11].
  • Initialement empruntée à la mécanique où l'interaction se réduit à un jeu de forces, la relation entre constituants se traduit souvent dans les systèmes complexes, par un rapport d'influence ou d'échange portant sur des flux de matière, d'énergie et d'information.
  • Connaître la nature et la forme d'une interaction est plus important que connaître la nature de chaque composant du système[12].
  • Une observation attentive montre que les échanges et les comportements, souvent spontanés et inconscients, sont en fait structurés et se répètent. Ces répétitions, appelées "redondances interactionnelles" par l'École de Palo Alto, correspondent bien aux interactions récurrentes, caractéristiques de l'organisation d'un système. Leur identification permet d'accéder à la partie stable de sa complexité. Avoir un regard systémique consiste ici à se centrer sur la structuration des contenus. On s'attache au "comment" se déroulent les échanges par rapport à un objectif et non à leur objet ou à l'analyse des cause de leur fonctionnement[9].

L’approche systémique : un savoir[modifier | modifier le code]

(corps de connaissance constituant un ensemble "ouvert" de concepts)

Le système[modifier | modifier le code]

m:systemes

  • Étymologiquement, le mot provient du grec sustêma qui signifie "ensemble cohérent"[13],[14].
  • Deux définitions peuvent en être données, celle de Jacques Lesourne "Un système est un ensemble d'éléments en interaction dynamique." ou celle de Joël de Rosnay "Un système est un ensemble d'éléments en interaction dynamique, organisé en fonction d'un but."[15] La notion d'organisation "en fonction d'un but" est toutefois inadaptée aux systèmes sociaux, qui acceptent une pluralité de buts souvent contradictoires, comme le montre Karl E. Weick[16].
  • Les chercheurs ont proposé de nombreuses typologies des systèmes :

- systèmes ouverts ou systèmes fermés sur leur environnement, - systèmes naturels ou artificiels ou sociaux, - systèmes organisés hiérarchiquement ou systèmes en réseau, - Systèmes Hyper Complexes (typologie due à l'Américain M. Bunge, fondée sur l'ordre supposé d'apparition des différents systèmes dans le temps).

  • À partir des systèmes vivants, il y a "émergence" d’auto-organisation créatrice.

La structure et les niveaux d’organisation[modifier | modifier le code]

  • La structure décrit le réseau des relations (en particulier le réseau des chaînes de régulation) entre les acteurs du système. Elle matérialise son organisation, souvent hiérarchisée selon plusieurs niveaux.
  • Les niveaux d’organisation permettent d’ordonner les données ce qui en facilite l’examen.
  • La confusion des niveaux ou l’appréhension du problème à un niveau inadéquat sont des erreurs qui handicapent la compréhension. Il faut d'abord être capable de définir un niveau d'organisation avec des critères "invariants, itérables et transposables".

L’information[modifier | modifier le code]

(concept d'avant la systémique, contemporain de celui de cybernétique)

  • L'information circulante, indissociable des flux périssables de matière et d'énergie, est présente en permanence dans les échanges, entre et au sein des systèmes.
  • L'information structurante, incluse dans les mémoires du système (par exemple les brins d'ADN du chromosome d'une cellule vivante) fournit les recettes de gouvernance.

La finalité[modifier | modifier le code]

(à laquelle on peut rattacher les notions de projet et de but) Selon la définition restrictive de J. de Rosnay, tout système poursuit un but ou finalité propre (Pour les systèmes humains ou conçus par l'homme, on parle de "projet"). Face à un "objet" à modéliser, le modélisateur se doit de se poser la question "pour quoi faire ?" avant de se demander "comment ça marche ?". Pour les systèmes mécaniques, tous conçus et fabriqués par les hommes, on parle d'utilité. Pour les systèmes vivants et composés de personnes, le mot finalité est plus approprié, d'autant que les finalités sont généralement multiples. Ainsi du point de vue de l'employé, l'entreprise sert à gagner sa vie, du point de vue de l'actionnaire elle sert à engranger des profits, du point de vue du chercheur, c'est un champ d'action pour sa créativité, etc. Certaines de ces finalités sont typiquement plus conscientes que d'autres. Les finalités d'un système social ouvert vont s'articuler les unes avec les autres et préserver une certaine cohérence dans le temps malgré les pressions de l'environnement. Il y a auto-organisation et adaptation des moyens pour assurer la survie et le développement du système. Dominique Bériot souligne qu'une finalité peut sembler prépondérante et jouer le rôle d'attracteur de cohérence comportemental. On cherchera à l'identifier en observant le comportement spontané du système ainsi que l’intentionnalité, choisie ou imposée affichée par les acteurs du système[17]. Cette position dominante d'une finalité qui structure le système ne doit pas faire oublier la pluralité de finalités inhérente à tout système social. Car cette pluralité est susceptible de créer des tensions à l'intérieur du système voir de déstructurer le système ou de renverser son ordre de priorités.

La rétroaction[modifier | modifier le code]

  • Dans un système (ou sous-système) siège d'une transformation, il y a des variables d'entrée (inputs), des variables internes circulantes (throughputs) et des variables de sortie (outputs). Les entrées sont sous l'influence de l'environnement externe (ou écoexotope) du système et les sorties résultent de l'activité de son milieu interne (ou endophysiotope)[18].
  • On appelle boucle de rétroaction (feed-back en anglais) tout mécanisme permettant de renvoyer à l'entrée du système des informations directement dépendantes de la sortie.

Il existe 2 types de boucles de rétroaction :

  • - les boucles positives (ou explosives), sur lesquelles repose la dynamique du changement. La ré-injection sur l'entrée des résultats de la sortie contribue à faciliter et à amplifier la transformation en cours. Les effets sont cumulatifs (effet "boule de neige") aboutissant soit à une expansion indéfinie ("explosion"), soit à un blocage total de l'activité.
  • - les boucles négatives (ou stabilisatrices), sur lesquelles reposent l'équilibre et la stabilité. La rétroaction agit en sens opposé de l'écart à l'équilibre (valeur de consigne) de la variable de sortie. Si la rétroaction est efficace, il y a stabilisation du système qui se montre comme étant finalisé, c'est-à-dire "tendu vers la réalisation d'un but".

L’ago-antagonisme[modifier | modifier le code]

  • Certaines boucles, observées dans les systèmes vivants ou sociaux, peuvent se montrer aussi bien positives que négatives, sans que l'on puisse prévoir le moment de ce changement. Elles sont dites ago-antagonistes. Ces boucles permettent d’appréhender des phénomènes particulièrement difficiles à concevoir selon la logique habituelle (exclusive et binaire) et tout à fait contre-intuitifs.
  • Ainsi dans les thérapies "paradoxales" le traitement consiste à prescrire l’hormone déjà en excès, ce qui permet de sortir de l’équilibre pathologique initial[19].
  • Des stratégies sociales, bien connues de certains managers et hommes politiques qui les appliquent intuitivement, consistent "à combiner une chose et son contraire". (Les parents savent que pour faire progresser leur enfant, ils doivent pratiquer à la fois la réprimande et la récompense.) L'ago-antagonisme est présent en permanence dans la communication inter-humaine et est à la base du "pilotage" de tous les systèmes sociaux.

La causalité circulaire[modifier | modifier le code]

  • L’existence de rétroactions rend difficile la distinction entre l’effet et la cause d'un phénomène au sein d'un système. C'est le paradoxe de la poule et de l’œuf : l’effet rétroagit sur la cause qui devient effet et il est impossible de dire qui se trouve à l'origine ! (Il s’agit d’une fausse question !) Une boucle doit toujours être étudiée dans sa globalité dynamique sans l'ouvrir ou la couper.
  • Une des conséquences est de rendre inattendu et imprévisible le comportement des systèmes complexes et de provoquer l'apparition de certaines réactions-réponses spontanées qui prennent la forme d'"effets pervers".

Le processus de régulation[modifier | modifier le code]

Le fonctionnement d'un système repose sur l'existence de multiples boucles de rétroaction internes, certaines négatives, d'autres positives, d'autres encore ago-antagonistes. Articulées entre elles "en réseau", ces boucles combinent leurs inter-actions pour maintenir à la fois la stabilité du système et l'adapter aux évolutions de son environnement.

La variété[modifier | modifier le code]

C'est le nombre de configurations possibles du système. Le principe de variété requise, dû au biologiste et mathématicien Ross Ashby, énonce qu’un système S1 ne peut assurer la régulation d'un système S2 que si sa variété est supérieure ou au moins égale à celle de S2. Cela peut se traduire par le théorème suivant :"Si un sous système régulateur n'est pas aussi hétérogène que le système qu'il régule alors il n'aura tendance à ne réguler que la part du système homogène avec lui".

L’ouverture et la fermeture[modifier | modifier le code]

Selon la thermodynamique classique, un système qui échange (des flux de matière, d'énergie, d'information) avec l’extérieur est dit ouvert sur son environnement. Il peut maintenir son organisation, voire la complexifier. À l'inverse, un système isolé n'échange rien avec son environnement. Conformément au principe d'entropie (seconde loi de la thermodynamique), il ne peut alors que disparaître. Enfin, un système peut être fermé, auquel cas il n'échange aucune matière avec son environnement, mais seulement de l'énergie. Il est à noter qu'en matière de modélisation des systèmes, les modèles sont très souvent fermés et non ouverts, et l'on considère que cette fermeture, sur l'intervalle de temps simulé, est acceptable (ne biaise pas significativement les résultats).

La boîte noire et la boîte blanche[modifier | modifier le code]

C'est une technique d’observation qui consiste à considérer sélectivement :

  • - soit l'aspect externe uniquement, en ignorant la constitution du système (vision en boîte noire ou opaque), pour ne considérer que ses entrées et sorties et les effets de son action sur l’environnement ;
  • - soit l'aspect interne seulement, en regardant l'ensemble des éléments en interaction mutuelle (vision en boîte blanche ou transparente) pour mettre en évidence le fonctionnement du système.

Synchronisme et diachronisme[modifier | modifier le code]

Les comportements synchrones d'un système s'observent pendant un palier structural, en l'absence d'évolution. La dynamique d'évolution, ou diachronie, est difficile à appréhender car elle n'est pas seulement historique, elle comporte une dimension "possibiliste" et prospective. Il faut d'abord examiner l'aspect diachronique et en observer les stades synchroniques successifs.

L’approche systémique : un « savoir-faire »[modifier | modifier le code]

(les étapes et les outils de la démarche systémique)

  • La démarche se déroule par étapes :
  • - observation du système par divers observateurs et sous divers aspects ;
  • - analyse des interactions et des chaînes de régulation ;
  • - modélisation en tenant compte des enseignements issus de l'évolution du système ;
  • - simulation et confrontation à la réalité (expérimentation) pour obtenir un consensus.
  • Elle met en œuvre 3 outils spécifiques, 1 langage et 1 processus :

La triangulation systémique[modifier | modifier le code]

Elle combine trois voies d'accès :

  • - L'aspect fonctionnel ("ce que le système fait") qui est sensible aux finalités du système.
  • - L'aspect structural ("comment le système est composé") qui vise à décrire la structure du système, l'agencement de ses divers composants. Cette démarche "analytique" met l'accent davantage sur les relations entre composants que sur les composants eux-mêmes.
  • - L'aspect historique (ou "génétique" ou dynamique : "ce que le système était ou devient") qui est lié à la nature évolutive du système, doté d'une mémoire et d'un projet, capable d'auto-organisation.

Le découpage systémique[modifier | modifier le code]

  • À la différence de la décomposition analytique, on ne cherche pas à descendre au niveau des composants élémentaires mais à identifier les sous-systèmes (modules, organes, sous-ensembles…) qui jouent un rôle dans le fonctionnement du système. Cela suppose de définir clairement les frontières de ces sous-systèmes (pour faire ensuite apparaître les relations qu'ils entretiennent entre eux ainsi que leur finalité par rapport à l'ensemble).
  • Ce problème de la frontière se pose pour le système lui-même : comment le définir par rapport à son environnement, avec quel découpage ?

Tout découpage s'accompagne d'un certain arbitraire et ne peut recevoir de réponse univoque. Ce découpage se doit de s'appuyer sur les critères de la systémique :

  • - le critère de finalité : qu'elle est la fonction du module par rapport à l'ensemble ?
  • - le critère historique : les composants du module partagent-ils une histoire propre ?
  • - le critère du niveau d'organisation : par rapport à la hiérarchie des niveaux d'organisation, où se situe le module étudié ?
  • - le critère de la structure : certaines structures ont un caractère répétitif (structures fractales ou en hologrammes) et se retrouvent à plusieurs niveaux d'organisation. Pour les analyser, il suffit alors de s'intéresser à un seul de ces hologrammes, soumis à un "grossissement" (zoom ou effet de loupe).
  • Il importe de rester conscient de ses limites : la démarche postule l'existence, dans le système, de redondances ou régularités reliées au "Tout" par une relation de circularité, et il n’est pas sûr que ces conditions soient toujours et partout réalisées.

L’analogie[modifier | modifier le code]

Connu des philosophes de l'Antiquité et des théologiens médiévaux, ce mode de raisonnement a été décrié par le positivisme…alors qu'il continuait d'imprégner la démarche heuristique des chercheurs. En matière d'analogie, 3 niveaux peuvent être distingués :

  • - La métaphore établit une correspondance entre deux séries de phénomènes différents ou deux systèmes de nature différente. Parce qu'elle se fonde sur l'apparence, la métaphore est dangereuse. Mais, elle stimule l'imagination et facilite la création de nouveaux modèles.
  • - L'homomorphisme établit une correspondance entre quelques traits du système étudié et les traits d'un modèle théorique ou d'un système concret plus simple ou plus commodément étudiable ("modèle réduit"). Par des observations effectuées sur celui-ci, il est possible de prévoir certains aspects du comportement du premier.
  • - L'isomorphisme est la seule analogie acceptable dans une démarche analytique traditionnelle. Il s'agit d'établir une correspondance entre tous les traits de l'objet étudié et ceux du modèle, rien ne devant être oublié. Utilisable pour les systèmes à faible complexité de la physique et de la chimie, l'isomorphisme n'est guère tenable pour les systèmes complexes. On en est donc venu à accepter l'imperfection du modèle homomorphe, condition nécessaire de tout accès à la connaissance.
  • Le modèle est sans doute plus simple que le réel, mais c'est pourquoi nous le comprenons et nous pouvons l'utiliser pour orienter nos actions.

Le langage graphique[modifier | modifier le code]

Largement utilisé dans le domaine technique (schémas, idéogrammes carte)[20],

  • - il permet une appréhension globale et rapide du système représenté (après apprentissage),
  • - il contient une forte densité d'informations dans un espace limité (économie de moyens),
  • - il est monosémique et semi-formel (faible variabilité d'interprétation),
  • - il possède une bonne capacité heuristique (notamment dans un travail de groupe).

La modélisation[modifier | modifier le code]

  • Dans tous les domaines scientifiques, c'est un processus technique qui permet de représenter, dans un but de connaissance et d’action, un objet ou une situation, ou un évènement. La modélisation est aussi un art par lequel le modélisateur exprime sa vision de la réalité. En ce sens, c'est une démarche constructiviste. La même réalité, perçue par deux modélisateurs différents, souvent ne débouchera pas sur le même modèle.

Si le modélisateur souhaite que son modèle soit opératoire, en permettant à l'utilisateur de s’orienter dans la complexité et d’agir efficacement sur elle, il doit prendre en compte certains critères et respecter certaines lois de construction :

  • - "Admettre qu'il ne peut tout connaître" et accepter de se jeter à l'eau ("Le chemin se construit en marchant." selon le poète espagnol Antonio Machado (www.mcxapc.org),
  • - Alterner la théorie (concepts) et la pratique (apprentissage),
  • - Préciser au départ le but qu'il vise et les limites qu'il se fixe (en moyens, en durée) pour éviter de se disperser ou de dépasser les délais,
  • - Apprendre à décomposer le système (selon quelques critères précis) en niveaux d'observation, en sous-systèmes et en modules fonctionnels, et reconnaître sa frontière pour pouvoir distinguer ce qui fait partie du système de ce qui appartient à l'environnement,
  • - Faire autant d'itérations que nécessaire pour assurer la cohérence entre fonctions et structures, entre global et local, entre synchronique et diachronique, entre vision externe et vision interne,
  • - Détecter les signaux faibles, qui renseignent parfois davantage sur les tendances d'évolution du système que les changements massifs,
  • - Accepter de ne pas prétendre à l'exhaustivité et viser plutôt la pertinence. Arrêter dès que le degré de satisfaction est suffisant et laisser la porte ouverte à d'autres voies. Il n’est pas nécessaire d’avoir tout compris pour décider, pourvu qu'on se ménage des possibilités d'amélioration.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Par exemple en thérapie familiale on l'utilise pour signifier des principes issus de l'école de palo-alto. Cette utilisation est clairement liée à l'émergence de ces principes, notamment par l'intermédiaire de la personne de Gregory Bateson. Elle renvoie donc bien historiquement aux mêmes principes que ceux qui ont permis par exemple la naissance de l'informatique.
  2. Il sera publié par ses élèves : F. de Saussure, Cours de linguistique générale, éd. Payot, (1913)1995. (ISBN 978-2228500685), (ISBN 978-2228889421)
  3. Norbert Wiener, Cybernetics. Or Control and Communication in the Animal and the Machine, Paris, Hermann et Cie et Cambridge (Mass.), The MIT Press, 1948
  4. Ludwig von Bertalanffy (1968). General System Theory : Foundations, Development, Applications, New York: George Braziller. Traduction (1973) : Théorie générale des systèmes, Paris, Bordas (Dunod).
  5. Jean-Louis Le Moigne (1990) : La modélisation des systèmes complexes, Bordas (Dunod).
  6. La systémique. Daniel Durand (1979), "Que sais-je ?" n°1795, PUF Paris.
  7. Jacques Pluymaekers: Familles, institution et approche systémique Pluymaekers (Jacques) PARIS : ESF 1989, 207 p., bibliogr.
  8. La systémique, Penser et Agir dans la Complexité. Gérard Donnadieu & Michel Karsky (2002), Éditions Liaisons, Paris.
  9. a et b Manager par l'approche systémique, par Dominique Bériot, préface de Michel Crozier, Éditions d'organisation (2006)
  10. Jacques Mélèse (1972) L'analyse modulaire des systèmes (AMS), Les Editions d'Organisation Université.
  11. L'acteur et le système. Crozier M. & E. Friedberg (1977), Seuil, Paris.
  12. L'auto-organisation. De la physique au Politique. Tabary J.C. (1983), Seuil, Paris.
  13. Gerald M. Weinberg (1975) An Introduction to General Systems Thinking (1975) ed., Wiley-Interscience) (2001 ed. Dorset House).
  14. Jean-Louis Le Moigne (1977) : La théorie du système général Théorie de la modélisation, Presses Universitaires de France, Paris.
  15. Le Macroscope, de Rosnay Joël (1975), Seuil, Paris.
  16. Karl E. Weick, The Social Psychology of Organizing, Mc Graw-Hill Inc., New York, 1979.
  17. "Manager par l'approche systémique, par Dominique Bériot, préface de Michel Crozier, Éditions d'Organisation (2006).
  18. www.afscet.asso.fr
  19. Stratégies Paradoxales en Bio-Médecine et Sciences Humaines. Bernard-Weil E. (2002), L'Harmattan, Paris, Budapest, Torino.
  20. Sémiologie Graphique. Bertin J. (1973), Gauthiers-Villars, Paris.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Bériot : Manager par l'approche systémique (2006) Préface de Michel Crozier - Editions d'Organisation
  • Dominique Bériot : Du microscope au macroscope (1992) Préface de Joël de Rosnay - ESF Editeur

Domaines d’application[modifier | modifier le code]

Thèmes connexes[modifier | modifier le code]

Outils[modifier | modifier le code]

Autres thèmes[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]