Appeau

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d’aide sur l’homonymie Pour l’article homophone, voir Apo.
Collection d'appeaux à Springfield (Missouri - USA)

Un appeau est un instrument utilisé à la chasse pour produire un son ou un bruit particulier attirant les oiseaux ou le gibier. Il est aussi nommé chilet ou pipeau par déformation du fait de sa similitude de construction.

Définition légale[modifier | modifier le code]

Dans le Midi de la France, un appeau, nom occitan, correspond à un appelant. Dans le vocabulaire juridique français, un appelant peut avoir trois sens différents :

  • un appeau "instrument utilisé par l'homme pour attirer un animal par le bruit ou le son qu'il produit" ;
  • un appelant artificiel, ou blette, qui est "un objet imitant plus ou moins fidèlement l'aspect d'un animal" ;
  • un appelant vivant "animal vivan destiné à attirer un animal" pour le tuer, à la chasse, ou pour le capturer[1].
Article détaillé : Appelant (chasse).

qui ne concerne que la chasse à la palombe.

Description[modifier | modifier le code]

Un appeau est fabriqué en utilisant en premier lieu des éléments naturels tels des roseaux entaillés, des coquillages ou des noyaux divers. Il s'est généralisé auprès d'un public de plus en plus large d'amoureux de la nature, simples observateurs ou photographes. Il en existe une multitude, de tous types et de toutes formes, utilisant une organologie variée : sifflet de flûte ou sifflet annulaire, anche simple ou double, friction mécanique, etc.

Fabrication[modifier | modifier le code]

Appeau du XVIe siècle au musée départemental de Beauvais (Oise)
Appeau en bois utilisé en Bretagne comme appelant

Les tout premiers appeaux se fabriquaient avec des moyens modestes comme des noyaux d’olive, de cerise, des petits bouts de bois provenant de pommes de pin, d’écorce de pin, des extrémités de plumes d’oie ou de poule, de ridicules morceaux de fer en fil. L’ensemble était assemblé avec de la résine. Certains appeaux n’étaient qu’une vieille coquille d’escargot dans laquelle on creusait un petit trou bien rond, renforcé par du sparadrap. D’autres fois encore, un simple bout de roseau bien taillé, muni d’un trou et d’une anche bien lovée en faisait un appeau[2].

Mais tous ces objets aux composants naturels glanés dans la campagne avaient un défaut. Ils étaient vivants, un peu trop sensibles, à la moindre pluie, à l’approche d’une grande chaleur, dès que le temps variait, ils ne voulaient plus fonctionner. Souvent aussi, l’humidité dégagée par la bouche les rendait vite inutilisables.

Théodore Raymond, qui créa la première fabrique d’appeau artisanal au monde, a eu l'idée en 1868 de fabriquer des appeaux un peu plus sophistiqués et surtout plus solides. L'industrie du chilet était née. Il a réalisé ses premières productions au début de l’année 1868. Il avait juste 17 ans. Cette production confidentielle de prototypes était extrêmement réduite. Théodore passait la plus grande partie de son temps à chercher de nouveaux appeaux et à perfectionner ses instruments, laissant à plus tard la fabrication proprement dite[2].

Fabricants d'appeaux en France[modifier | modifier le code]

Chasse aux appelants en 1640

L'un d'eux se trouve à Carpentras. Son dirigeant Hélen Beau indique : « Nous fabriquons environ 100 000 appeaux par an. Nous ne sommes que douze fabricants en Europe. Quatre personnes y travaillent toute l'année et en saison des intérimaires viennent renforcer l’équipe. Pour que les armuriers aient les produits dans leur boutique durant la période de la chasse, qui s’étend de juillet à septembre, mes clients, les grossistes, doivent donc les avoir au plus tard au mois de juillet. C’est pourquoi notre pleine saison s’étend du mois de mars à juillet[3]. ».

Cette fabrique d'appeaux a été créée en 1868. Elle a été reprise par Jeannot Baud, le père d'Hélen, en 1956 et son fils lui a succédé en 1994[3]. Les chercheurs du CNRS se sont penchés sur les appeaux de Carpentras. Ils ont mis en exergue que « Dans le Comtat-Venaissin, des chasseurs parlent des différentes techniques de fabrication artisanale des appeaux et de leur utilisation. Les chasseurs expliquent leurs différentes méthodes de la chasse à l'aide de leurres et parlent de leurs connaissances approfondies du comportement des oiseaux. Ils comparent les mérites des appeaux mécaniques (oiseaux en bois ou empaillés), des appeaux en bois ou en métal fabriqués en série. Ils montrent ensuite comment ils utilisent ces leurres pour attirer les oiseaux. Enfin, ils évoquent les différentes techniques de chasse décrivant celle qu'ils dénomment la plus belle chasse, c'est-à-dire la chasse à la glu[4] ».

La chasse à la glu ou chasse aux appelants, qui consiste à prendre des oiseaux vivants, est très répandue sur l'ensemble des pays de l'Europe du Sud et principalement sur le pourtour de la Méditerranée[5].

La chasse à la glu et à la cage pour appelant[modifier | modifier le code]

Cages de grive appelant ayant servies dans le Luberon jusque dans les années 1950

La chasse à la glu consiste à capturer les grives sur des bâtonnets enduits de glu que l'on dispose à des emplacements bien précis. La pratique des gluaux est la plus vieille des chasses à la grive puisqu'elle remonte à l'Antiquité. Pour cette chasse aucune arme n'est utilisée et les grives sont capturées vivantes[6].

Des appelants (grives en cage) sont placés au pied de chaque gluau afin d'attirer leurs congénères. L'utilisation des appeaux (ou chilets) en complément est pratiquée couramment. Après leur capture, les oiseaux sont décollés (dévisqués) et toute espèce autre que la grive aussitôt relâchée[6].

La cage à grive appelant permet de transporter des appelants (grives vivantes) et de les placer sur le lieu de chasse. Elle est fabriquée avec des barreaux en bois de 5 millimètres de diamètre, généralement de l'osier. Elle possède un perchoir pour l'oiseau et son ouverture se fait par la face avant. Elle se décline en deux tailles, la moyenne (30 x 18 x 18 cm) et la grande (30 x 22 x 22 cm)[7].

Les grives ainsi capturées servent ensuite d'appelants. Cette chasse se pratique uniquement pendant la période de migration (octobre, novembre) et est encadrée par une législation très stricte (limitation dans le temps de la pratique, quantité et sélection d'oiseaux à capturer, hauteur de pose des gluaux, longueur et quantité de bâtonnets, distance de pose des baguettes bien déterminée)[6].

Pratique des appeaux aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Appeau "duck call" pour canards du Reelfoot Lake (Tennessee - USA)
Différents appeaux "ducks call"
Appeau pour grouse
Démonstration avec un appeau "duck call"

Aux États-Unis, la première utilisation d'appeau (duck call) se fit pour le canard en 1678[8]. Des chasseurs cherchèrent à améliorer l'ustensile à partir de 1850, comme Elam Fisher en 1870, et Fred Allen, en 1863[9]. L'appeau d'Allen était métallique et avait l'inconvénient pendant l'hiver de geler les lèvres des chasseurs, il dut être refait en bois. Celui de Fisher était constitué de deux morceaux de bois courbé avec une anche métallique[10]. Si Fred Allen fut le premier à commercialiser son appeau en 1880. David Fuller fut le premier à faire breveté le sien en 1885 et à mettre sur le marché un appeau oie/canard en 1903[11].

Entre 1900 et 1910, de nombreuses modifications apparaissent ainsi que de nouveaux matériaux pour remplacer le bois tel que le caoutchouc ou l'acrylique[12]. La marché est alors tenu par Phillip Sanford Olt de Perkin, société créée en 1904. Olt dépose un brevet en 1905 pour le premier appeau de tonalité réglable, la plupart des appeaux actuels utilisent encore cette technique[13]. De 1920 à 1930 plusieurs nouveaux appeaux apparaissent avec des techniques pour produire différents types de sons. Dans les années 1950, Clarence et Dudley Faulk père et fils produisent des canard appelant en plastique et en bois[14]. En 1950, le modèle D-2 Keyhole domine le marché. Il est amélioré avec le modèle D-2 Cutdown[15]. En 1972, Phil Robertson commercialise son appeau, et fonde sa société en 1973[16]. Son troisième fils, Willie Robertson transformer la société familiale en une entreprise qui va devenir un empire de plusieurs millions de dollars[15].

Outre-Atlantique, il y a actuellement plus de trois cent fabricants. Leur méthode de fabrication est très différente de celle utilisée en Europe. Toutes leurs pièces sont usinées en Chine seul l’assemblage et les réglages sonores sont faits sur place. Tout chasseur, là-bas, mise sur ses appeaux. Ils lui coûtent entre 100 et 300 euros alors qu’en France cela va de 5 euros à 40 euros seulement[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Arrêté du 8 février 2008 (« portant modification de l'arrêté du 4 novembre 2003 modifié relatif à l'usage des appeaux et des appelants pour la chasse des oiseaux de passage et du gibier d'eau et pour la destruction des animaux nuisibles »)
  2. a et b Les appeaux Raymond
  3. a, b et c Hélen Beau, dernier fabricant d'appeau en France
  4. Les appeaux de Carpentras sur le site videotheque.cnrs.fr
  5. Centre culturel du pays d'Orthe
  6. a, b et c La chasse à la glu
  7. Cage à grive appelant en bois
  8. Barnard, Graham, History of Call Ducks: Decoy Ducks
  9. Vance, Joel M., Duck Calls : A Fascinating History
  10. Poeschel, Dennis, History of Duck and Goose Calls
  11. Koehler, Gary, Legends of the Call
  12. Sawyer,R.K., Sure Shot Game Calls-The Story
  13. Phil Robertson,Profile:Phil Robertson
  14. Kondolojy, Amanda, Duck Dynasty
  15. a et b A&E TV, Willie Robertson-Duck Dynasty Cast
  16. Phil Robertson, Profile:Phil Robertson

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aviceptologie dans l´Encyclopédie moderne ou dictionnaire abrégé des sciences, des lettres et des arts, M. Courtin, Paris, 1824.
  • Appeau dans Encyclopédie méthodique - dictionnaire de toutes les espèces de chasse, Paris, 1794 (An 3)


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Lien externe[modifier | modifier le code]