Apostasie dans l'islam

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L’apostasie en islam (arabe : irtidād, ارتداد, recul, défection, rebond) est le rejet de la religion islamique par un musulman, par le fait de renier sa foi publiquement, insulter Dieu ou les prophètes de l'islam, professer des dogmes hétérodoxes.

Il n'existe pas de définitions et d'attitudes punitives homogènes à travers le monde musulman  : on trouve ainsi de grandes différences selon les orientations politiques et les époques. Les légistes classiques[Quoi ?] (madhhab) considèrent qu'un apostat masculin doit être exécuté mais lui laissent un délai de réflexion de trois jours alors que pour la femme apostat, selon certains oulémas hanéfites, la sentence prévue est la prison à vie mais une libération est possible si elle décide de retourner à l'islam[1]. Ces légistes se fondent essentiellement sur un hadith d'Ibn `Abbâs dans lequel il rapporte que le prophète de l'islam, Mahomet, aurait dit  : « Quiconque change sa religion, tuez-le. ». Ces propos sont rapportés par al-Boukhari mais ne sont pas repris par Muslim[2].

L’apostasie entraîne des conséquences civiles : dissolution du mariage, enlèvement des enfants et privation du droit de succession[1].

D'une manière générale, en arabe, kafir (kâfir) désigne le mécréant, l'apostat et l'athée. Il peut aussi désigner l'hérétique et toutes sortes de dissidents politiques[réf. nécessaire]. Le takfîr représente la déclaration d'apostasie.

Dans le Coran[modifier | modifier le code]

Plusieurs versets parlent de l'apostasie, et bien que condamnée moralement, aucune sanction terrestre n'est préconisée[3]. Diverses sourates évoquent l'apostasie :

« Et ceux parmi vous qui abjureront leur religion et mourront infidèles, vaines seront pour eux leurs actions dans la vie immédiate et la vie future[4]. »

« Ainsi dit une partie des gens du Livre : “Au début du jour, croyez à ce qui a été révélé aux Musulmans, mais, à la fin du jour, rejetez-le, afin qu'ils retournent (à leur ancienne religion)[5]. »

« En vérité, ceux qui ne croient plus après avoir eu la foi, et laissent augmenter encore leur mécréance, leur repentir ne sera jamais accepté. Ceux-là sont vraiment les égarés[6]. »

« Ô les croyants ! Si vous obéissez à ceux qui ne croient pas, ils vous feront retourner en arrière. Et vous redeviendrez perdants[7]. »

« Ceux qui ont cru, puis sont devenus mécréants, puis ont cru de nouveau, ensuite sont redevenus mécréants, et n'ont fait que croître en mécréance, Allah ne leur pardonnera pas, ni ne les guidera vers un chemin[8] »

« Ô les croyants ! Quiconque parmi vous apostasie de sa religion… Dieu fera alors venir un peuple qu'Il aime et qui L'aime[9]. »

« Ceux qui sont revenus sur leurs pas après que le droit chemin leur a été clairement exposé, le diable les a séduits et trompés[10]. »

« Quiconque a renié Dieu après avoir cru… - sauf celui qui y a été contraint alors que son cœur demeure plein de la sérénité de la foi - mais ceux qui ouvrent délibérément leur cœur à la mécréance, ceux-là ont sur eux une Colère de Dieu et ils ont un châtiment terrible[11]. »

Un verset du Coran explique :

« Point de contrainte en religion (Lā ikrāha fī 'd-dīn)[12]. »

Ce qui signifie qu'un adepte de la religion musulmane ne peut contraindre un individu à se convertir à l'islam. Lorsqu'un non musulman conclut un traité de reddition avec un musulman, il se doit de payer une taxe appelée "jizya". Ce qui permet de pratiquer sa religion sans contrainte et en toute impunité "voir histoire du califat d'Omar Ibn al-khattab".

L’idée de l’apostasie s’accompagnait, au temps de Mahomet, de l’inimitié envers l’islam et de la guerre contre lui. Celui qui croyait s’activait à le défendre et celui qui apostasiait s’activait à le combattre, en rejoignant les idolâtres, comme cela fut le cas par exemple de `Abd Allâh Ibn Sa`d Ibn Abî Sarh. Ce dernier s’était en effet converti à l’islam, puis avait apostasié. Il se mit alors à rassembler la tribu de Quraysh contre Mahomet qui le condamna à mort par contumace. Lors de la conquête de la Mecque, l’apostat se réfugia chez `Uthmân Ibn `Affân, qui était son frère de lait. `Uthmân le couvrit chez lui jusqu’à ce que les choses se calment, après quoi il l’amena devant Mahomet, lui demandant de lui octroyer sa protection. Mahomet se tut alors pendant un long moment, avant de la lui donner. L’apostat finit par se reconvertir à l’islam.

À propos de la sourate IV,89[modifier | modifier le code]

La sourate IV, 89 énonce (traduction de Hamidullah) une conduite à tenir vis-à-vis des « hypocrites » (qui ne croient pas mais pratiquent l'Islam publiquement pour tromper les musulmans), plus loin nommés littéralement « mécréants » :

« (Les hypocrites) aimeraient vous voir mécréants, comme ils ont mécru : alors vous seriez tous égaux ! Ne prenez donc pas d’alliés parmi eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent dans le sentier de Dieu. Mais s’ils tournent le dos, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez ; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur[13]. »

Cependant, l'expression « s'ils tournent le dos », fait l'objet d'autres traductions. Selon le commentaire[Lequel ?] d'Ibn Kathir, cette expression signifie « selon As-Suddi, qu’ils ont rendu leur abandon de l’islam public » (i.e, qu’ils ont abandonné l’islam). On retrouve cette interprétation dans certaines traductions du Coran qui remplacent alors directement « s'ils tournent le dos » par « apostats ».

Cependant, il nous faut noter que le verset 90 pondère quelque peu celui qui précède. Là encore, il faut se référer aux commentaires pour en éclaircir le sens. Ibn Kathir, toujours, indique dans son commentaire que l’expression « ceux qui se joignent à un clan avec lequel vous avez conclu un pacte » désigne, « selon As-Suddi, Ibn Zayd et Ibn Jarir », ceux qui cherchent refuge chez les peuples de la Dhimma. Dans sa traduction commentée du Coran, Grosjean précise pour sa part que le verset IV, 90 fait référence aux combattants musulmans qui auraient quitté Mahomet pendant l’émigration à Médine pour rejoindre des Arabes polythéistes. À noter que, selon Ibn Kathir, qui se réfère cette fois à Ibn Abbas, la première exception mentionnée par le verset IV, 90 serait « abrogée » par la sourate IX, 5.

Dans les hadiths[modifier | modifier le code]

Les hadiths sont des propos attribués à Mahomet et rapportés par divers témoins. Deux de ces citations sont notamment considérées par certains théologiens islamiques comme allant dans le sens d'une application de la peine de mort en cas d'apostasie :

«  Le sang d'un musulman, qui accepte qu'il n'y a d'autre Dieu qu'Allah et que Mahomet est Son prophète, ne peut être versé que dans trois conditions : en cas de meurtre, pour une personne mariée qui s'adonne au sexe de manière illégale, et pour celui qui s'éloigne de l'islam et quitte les musulmans[14]. »

« Celui qui change de religion, tuez-le[15]. »

Ce hadith est rapporté par Bukharî (mort en 870) et n'est pas repris par Muslim (mort en 875) dans son Sahih. Certains savants de l'islam, Mohamed Charfi par exemple, considèrent ce hadith comme étant ahad, c'est-à-dire rapporté uniquement par une seule personne, en l'occurrence Ibn abbas qui n'avait que 13 ans à la mort du Prophète, ce qui en fait un hadith peu authentique, d'autant que la conduite du Prophète infirme cette sanction ; le Prophète avait juste blamé de son vivant des tribus qui avaient abjuré l'islam, comme celle de Kindi[réf. incomplète][16].

Rien dans la biographie de Mahomet ne contient la moindre information crédible favorisant la mise en exécution d'une telle sentence. Au contraire, deux épisodes le montrent traitant avec des apostats ou des personnes ayant quitté sa communauté.

  • Hadith d’Ibn Mas`ûd :

« Le sang d’un musulman qui atteste qu’il n’y a de dieu que Dieu et que je suis le Messager de Dieu est illicite sauf dans trois cas : l’homicide volontaire, le fornicateur qui a déjà connu le mariage et l’apostat qui abandonne la Communauté. »

  • L’érudit Ibn Rajab affirme :

« Tuer dans chacun de ces trois cas est consensuellement admis par les musulmans. »

Ce consensus se limite à deux ulémas, morts en 878.

Pourtant, on le voit signer un traité avec Quraysh encore païen, dont une clause précise que rien ne doit empêcher ceux qui le souhaitent de retourner dans la tribu adverse et, partant, de retourner à l'idolâtrie ante-musulmane. Cet article du traité Hudaybiya n'est pas rapporté par Bukharî.

L'imam Khomeini a argué de ce principe pour émettre une fatwa de condamnation à mort contre l'écrivain britannique Salman Rushdie.

Authenticité[modifier | modifier le code]

Deux hadiths rapportent de l'exécution de l'apostat :

  • Le premier est celui rapporté par A'krama Mouli Ibn Abbas disant:

« Celui qui change de religion, tuez-le[17] »

Une critique fréquente à l'encontre d'A'krama Mouli Ibn Abbasfont est qu'il n'avait que 13 ans à la mort de Mahomet et donc que ses écrits ont peu de chance d'être fiables.

  • Le deuxième est celui rapporté par Abdullah disant:

« Le sang d'un musulman, qui accepte qu'il n'y a d'autre Dieu qu'Allah et que je suis Son prophète, ne peut être versé que dans trois conditions : en cas de meurtre, pour une personne mariée qui s'adonne au sexe de manière illégale, et pour celui qui s'éloigne de l'islam et quitte les musulmans[14]. »

Ridda et Irtidâd[modifier | modifier le code]

Il existe dans l'islam deux types d'apostasie : la ridda[18] et l'irtidâd[19]. Les deux mots ont une racine commune (RDD)[20] avec le sens de rejeter.

Les guerres de Ridda[modifier | modifier le code]

Guerres de Ridda

Ridda signifie le rejet mais aussi la sécession. Reste à savoir ce que rejetaient ceux qui firent l'objet des guerres de ridda racontées dans la littérature des expéditions.

Selon Abu Miknaf, mort en 774, une partie des tribus confédérées par la Constitution de Médine refusaient l'impôt qu'il s'agisse de la zakât ou de la sadaqât (aumône) qui étaient des tributs obligatoires. Ainsi, au Yémen, Al-Wâqidiy rapporte :

« Par Dieu ! Nous voici devenus les esclaves des Quraysh. Ils prennent ce qu'ils veulent de nos biens. Par Dieu ! Que plus jamais Quraysh ne puisse convoiter nos biens désormais. »

On comprendrait donc, dans ce cas de figure, que l'interprétation en apostasie du rejet de l'impôt est une reconstruction de l'histoire destinée à justifier la guerre de conquête ou le maintien d'une colonisation de fait. Néanmoins le Coran précise par ailleurs que les non-croyants sont soumis au contraire à un impôt différent, le zakât étant remplacé pour eux par la djizyah[21].

L'assimilation à la sécession se rencontre dans les guerres menées par Abou Bakr qui sont systématiquement menées contre les leaders charismatiques classés par les tribus comme devins, prophètes et poètes, tels que la poétesse et prophétesse Sajâh que la littérature des Expéditions et des Conquêtes classe parmi les imposteurs.

Cet aspect est évident dans le cas de la confédération des Banû Hanîfa, sous la direction de Musaylima, qui regroupe des tribus monothéistes plus anciennes honorant un Dieu qu'elles nomment Al-Rahman, le Miséricordieux. Cette appellation d'étymologie araméenne a conduit nombre de chercheurs à penser qu'il s'agit là de groupes chrétiens monophysites pré-nicéens.

Ces tribus durent faire allégeance et Tabâri raconte leur sort de la façon suivante :

« Kâlid Ibn al Walid avait livré au feu des gens qui appartenaient à la Ridda. Omar dit alors à Abu Bakr “Vas-tu laisser faire celui-ci qui se permet d'infliger un châtiment qui est réservé à Dieu ?” Abou Bakr lui répondit : “Je ne rengainerai pas un sabre que Dieu a dégainé contre les païens (mushrikîn)”. »

On comprend donc que la raison de la guerre est la concurrence d'une autre confédération rivale. Le récit construit en lutte contre l'apostasie est donc là une réécriture visant à justifier la guerre.

Irtidâd[modifier | modifier le code]

Étymologiquement, l'irtidâd correspond au « retour en arrière ».

Elle signifie le détournement délibéré, sans contrainte aucune, du musulman, mature et conscient, de l'islam vers la dénégation. Cette définition est aussi bien valable pour l'homme que pour la femme.

Chez les hanbalites les plus rigoristes, la sentence de mort est admise pour les hommes et récusée pour les femmes. L'argument de la récusation tient aux circonstances du hadith, liées aux conquêtes et sécessions.

La peine de mort est par ailleurs appliquée dans les pays arabo-musulmans suite à de nombreux délits qui n'ont rien de religieux. Comme le note Tareq Oubrou[22] « Ce qui se passe dans le monde musulman sur cette question relève d’intérêts politiques et économiques sans aucune logique ni éthique. »

Une tradition existe qui suffirait à justifier l'abolition de cette pratique pour peu que des gouvernements démocrates dans les pays concernés le souhaitent. On peut donc s'interroger sur le point de savoir si les gouvernements qui intègrent la charia (en fait, la prennent pour source de droit dans cette interprétation particulière) dans leur constitution ne le font pas dans le projet de disposer des potentialités de terrorisme d'État qu'elle recèle. Le rejet, la persécution voire la peur du meurtre poussent des apostats de l'islam à choisir l'exil.

Conversion forcée[modifier | modifier le code]

Le point de vue traditionnel estime qu'un musulman qui renie sa religion sous la contrainte (comme ce fut le cas par exemple après la Reconquista) n'est pas un apostat. Ainsi, `Ammâr Ibn Yâsir, un des premiers compagnons du Prophète, y fut contraint. Selon la tradition, Dieu révéla alors à son sujet :

« Quiconque a renié Dieu après avoir cru… - sauf celui qui y a été contraint alors que son cœur demeure plein de la sérénité de la foi - mais ceux qui ouvrent délibérément leur cœur à la mécréance, ceux-là ont sur eux une colère de Dieu et ils ont un châtiment terrible[11] »

Dans le monde islamique[modifier | modifier le code]

Sous le califat Abasside[modifier | modifier le code]

C'est le calife Al Mansûr (754-775) qui modifia la hisba.

Au début du règne du calife Al-Mahdî (775-785) apparut le premier muhtasib[23] dont la mission consistait à traquer les apostats et autres hérétiques. Curieusement, étaient déclarés comme tels les opposants du calife comme le prouve l'impunité accordée par le calife Harun ar-Rachid (786-809) à un hérétique comme Abu al-'Atâhiya tandis qu'il évinçait la puissante famille des Barmécides à l'aide de cette accusation. Autrement dit, il aurait utilisé ce prétexte à des fins politiciennes…

Égypte[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Droit en Égypte.

Ce pays est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui admet formellement le droit de changer de religion sans conséquences négatives, et l'apostasie n'est pas explicitement condamnée par la loi.

L'article 98f du code pénal réprime « tout acte de dégradation ou de mépris à l'égard d'un lieu ou d'une secte religieuse dans l'intention de porter préjudice à l'unité nationale ou à la paix sociale ». Il a été occasionnellement utilisé pour condamner la conversion de musulmans à une autre religion ou pour avoir tenu des propos relevant de l'athéisme.

Suite à l'affaire Nawal el Saadawi, la loi no 3 du 29 janvier 1996 réserve au Procureur de la République le droit d'engager la procédure de poursuites pour crime contre Dieu ou pour crime contre le peuple, à l'inverse de la hisba qui traditionnellement laissait ce droit à tout un chacun.

En 2005, un musulman récemment converti au christianisme, Gasir Mohammed Mahmoud, fut interné dans un asile psychiatrique et ne dut sa liberté qu'aux pressions de la communauté internationale.

Arabie saoudite[modifier | modifier le code]

En Arabie saoudite, l'apostasie est passible de la peine de mort par décapitation au sabre[24].

Iran[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Droit en Iran.

De tradition chiite, l'Iran a condamné à mort des musulmans ayant apostasié sur la base de la charia non codifiée[25]. Des peines sont régulièrement prononcées, et servent souvent également à museler toute opposition politique intérieure au pouvoir des mollahs. Certains sunnites considèrent le chiisme comme une sorte d'apostasie. En juin 2008, l'Iran a annoncé son intention de renoncer à inclure dans son projet de nouveau Code pénal l'apostasie comme crime[26] mais un pasteur chrétien d'Iran, Youcef Nadarkhani est condamné sur cette base en 2010.

Libye[modifier | modifier le code]

Le rejet de l'islam peut être sanctionné par la perte de la citoyenneté.

Malaisie[modifier | modifier le code]

L’article 11 de la constitution fédérale de Malaisie garantit à chacun le droit de choisir sa religion, mais l’article 3 dispose que l’islam est la religion officielle et qu’on ne doit pas en prêcher d’autre aux musulmans. La majeure partie des États ont adopté la Loi de contrôle et de restriction qui prévoit une amende de 10 000 ringits ou une peine d’un an de prison pour ceux qui induisent un musulman à changer de religion. La critique de l’islam est considérée par la loi comme un acte de sédition (Sedition Act hérité de la période coloniale). Il est donc très difficile aux musulmans (essentiellement les Malais, considérés comme musulmans de naissance) d’abandonner leur religion car ils doivent pour cela faire entériner leur choix par un tribunal religieux musulman, seule juridiction compétente en la matière depuis 1988. La demande est presque toujours refusée, et une peine peut être imposée pouvant aller jusqu’à la prison ou l'enfermement dans un camp de « réhabilitation » jusqu'au renoncement de leur projet d'officialisation de leur apostasie. Deux cas particulièrement connus sont ceux de Lina Joy et Kamariah Ali qui bataillent depuis plusieurs années pour faire reconnaitre leurs conversions respectives au catholicisme et à la « Religion du Ciel », un mouvement syncrétiste d’apparition récente. La première a vu sa demande de faire reconnaître son changement de religion par un tribunal civil rejetée définitivement en cassation le 30 mai 2007[27].

La question de l’apostasie fait l’objet de débats animés entre les musulmans libéraux qui estiment qu’il n’y a aucun avantage à maintenir de force un non-croyant dans l’islam et une forte et active minorité de fondamentalistes désireux d’imposer encore plus de restrictions, comme des peines de prison obligatoires, voire la peine de mort. Selon Zainah Anwar, directrice de Sisters in Islam[28], la concurrence pour les voix des Malais musulmans entre le parti malais UMNO et le PAS islamiste se traduit par une surenchère identitaire, dont l’islamisation progressive du système judiciaire entamée dans les années 1980 est un des résultats. Le développement simultané de deux tendances contradictoires (renforcement du pouvoir des tribunaux islamiques et soutien de la société pour la liberté de religion) est source de conflits[29].

Par ailleurs, si l’apostasie était facilitée, l’apostat devrait en contrepartie perdre sa qualité de Malais, et donc le bénéfice des quotas que l’article 153 de la constitution fédérale leur réserve dans l’administration, le commerce et l’éducation. Mais il est vrai que ces dispositions avantageuses sont déjà menacées par le désir d’élever la compétitivité économique nationale[30].

Maroc[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Droit au Maroc.

Jamaâ Aït Bakrim (musulman devenu chrétien) a été condamné fin 2003 à quinze ans de prison pour prosélytisme (article 220 du Code Pénal marocain, entre six mois et trois ans) et pour destruction des biens d'autrui (article 581 du Code Pénal marocain, entre dix et vingt ans). Dans l'acte de jugement, il est écrit que « le fait que Jamaâ nie les accusations de prosélytisme est en contradiction avec les aveux tenus auparavant lors des P.V. préliminaires où il proclamait qu'il était le fils du Christ et qu'il souhaitait que les Marocains deviennent chrétiens. L'accusé est un apostat qui mérite, selon les préceptes de la charia, de mettre fin à sa vie »[31].

Certaines sources avancent le nombre de 150 000 apostats pour ces dix dernières années, au profit du christianisme[31]. En 2007, 3 500 marocains seraient devenus chrétiens[32].

En droit, seul le prosélytisme non musulman est puni et non l'apostasie[33]. En effet, le Maroc a signé le Pacte international relatif aux droits civils et politiques dont l'article 18 affirme la liberté de conscience.

Toutefois, en 2013, le quotidien Akhbar Al Youm annonce que le Conseil supérieur des Oulémas a émis une fatwa affirmant que le musulman qui apostasie mérite la peine de mort[34]. Rédigée en avril 2012 en réponse à une demande du ministère des Habous, la fatwa est reprise dans un recueil publié en 2013[35].

Soudan[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Droit au Soudan.

Le 15 juillet 1998, Mekki Kuku est emprisonné à Khartoum et attend son jugement pour l'acte d'apostasie de l'islam vers le christianisme. Le Soudan, à l'exception du Sud-Soudan, applique la charia qui, selon l'interprétation individuelle, peut condamner à mort les musulmans apostats.

Afghanistan[modifier | modifier le code]

La constitution afghane appelle au respect des conventions internationales que le pays a signées comme la Déclaration universelle des droits de l'homme dont un article prévoit la liberté de religion. Mais, elle oblige toute loi à être conforme à l'islam dont l'interprétation traditionnelle réserve la peine de mort aux musulmans ayant renoncé à leur religion, comme en témoigne l’affaire Abdul Rahman[36].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Institut suisse de droit comparé, Avis sur les lieux de culte et les pratiques religieuses dans plusieurs pays musulmans et non musulmans, Lausanne, 2007, p. 15-16
  2. Sami Aoun, Aujourd'hui l'islam: Fractures, intégrisme et modernité, Médiaspaul,‎ 2007, 190 p. (ISBN 2894207131, lire en ligne), p. 93
  3. Livre en ligne p.182
  4. Le Coran, II, 217
  5. Le Coran, III, 72
  6. Le Coran, III,90
  7. Le Coran, III, 149
  8. Le Coran, IV, 137
  9. Le Coran, V, 54
  10. Le Coran, V, 47, 25
  11. a et b Le Coran, XVI, 106
  12. Le Coran, II, 256
  13. Le Coran, IV, 89 (traduction d'Hamidullah) (wikilivres.info)
  14. a et b Sahîh Bukhari, vol. 9, livre 83, numéro 17, rapporté par Abdullah
  15. Sahîh Bukhari, vol. 9, livre 84, numéro 57, rapporté par Ibn Abbas
  16. Livre en ligne p.182-183
  17. Sahîh Bukhari, vol. 9, livre 84, numéro 57, rapporté par A'krama Mouli Ibn Abbas
  18. arabe : ridda, ردة
  19. arabe : irtidād, ارتداد
  20. arabe : radda, ردّ, rejeter ; rendre ; restituer ; répondre
  21. Le Coran, IX, 29
  22. Tareq Oubrou, Loi d'Allah, Loi des hommes : liberté, égalité et femmes en islam, Albin Michel 2002
  23. arabe : muḥtasib, محتسب, contrôleur des prix; chargé de hisba
  24. Reporters sans frontières : Arabie saoudite - rapport annuel 2005
  25. (en) Rudolph Peters, Crime and punishment in Islamic law: theory and practice from the sixteenth to the twenty-first century, Cambridge University Press,‎ 2005, 219 p. (ISBN 0521792266, lire en ligne), p. 179
  26. (en) Iran scraps death penalty for apostasy and stoning, Christian News on Christian Today
  27. Yahoo News 2007-05-30
  28. Association de Malaises musulmanes
  29. Opinion favorable au droit à l'apostasie
    Opinion défavorable au droit à l'apostasie
    Analyse des imperfections de la législation en rapport
    Islamisation de la Malaisie
  30. Ambiguïté et contradictions de la législation malaise en matière d'apostasie
  31. a et b Jamâa Aït Bakrim, Marocain chrétien condamné à 15 ans de prison, le 27 janvier 2011
  32. 3.500 Marocains devenus Chrétiens en 2007
  33. (en) Rapport annuel 2008 sur la liberté religieuse dans le monde auprès de l'ambassade des États-Unis à Raba (lire en ligne)
  34. Conseil Supérieur des Oulémas : peine de mort pour les Marocains musulmans qui changent de religion (Akhbar Al Youm)
  35. Apostasie/peine de mort : les explications du Conseil Supérieur des Oulémas, Lakome, 16 avril 2013
  36. L'affaire Abdul Rahman telle que rapportée par Amnesty International

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Cet article est inspiré de cet ouvrage :

  • Loi d'Allah, loi des hommes. Liberté, égalité et femmes en islam de Leïla Babès avec T. Oubrou, éditions Albin Michel, 2002
  • Alfred-Louis de Prémare, Les Fondations de l'Islam, entre écriture et histoire, Seuil, 2002

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références externes[modifier | modifier le code]