Apologie de Socrate (Xénophon)

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L’Apologie de Socrate (titre complet : Apologie de Socrate au jury - Ἀπολογία Σωκράτους πρὸς τοὺς Δικαστάς) est une œuvre de Xénophon qui décrit l'état d'esprit de son maître Socrate lors de son procès et de son exécution, et en particulier son point de vue selon lequel il vaut mieux mourir avant que la sénilité ne le gagne plutôt que d'échapper à l'exécution en s'humiliant face à la persécution injuste dont il est l'objet.

Contexte de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Les spécialistes pensent que cette interprétation du procès par Xénophon fut écrite en réponse à une réaction littéraire généralisée après le procès, où des personnalités publiques et des écrivains d'Athènes utilisèrent le thème du procès de Socrate pour affirmer leur propre opinion sur sa culpabilité. La partie principale du texte est une réponse directe, point par point, à une attaque particulière sur le personnage de Socrate faite par l'un de ses adversaires.

Le texte donne des indications claires sur les accusations portées contre Socrate par Anytos, et il est souvent utilisé sur ce point en comparaison avec la version de Platon (elle aussi intitulée Apologie de Socrate). Xénophon était absent à l'époque du procès, engagé dans les événements de la marche des Dix Mille. Il cite Hermogène, autre disciple de Socrate, comme sa source pour les éléments factuels du procès. Manifestement, Xénophon a écrit son Apologie après qu'un certain nombre d'autres comptes-rendus du procès eurent été publiés, car il présente le sien comme étant le seul qui rende compréhensible la « manière fanfaronne de parler » (megalēgoria) de Socrate lors du procès (Apologie, 1-2). Outre l’Apologie de Socrate de Platon, ce compte-rendu de seconde main de Xénophon reste le seul autre témoignage contemporain du procès de Socrate. Même en supposant une certaine partialité de l'ouvrage, ce seul point justifie sa valeur historique.

Différences avec la version de Platon[modifier | modifier le code]

Une différence entre le récit de Xénophon et celui de Platon, c'est que, dans le premier, l'oracle de Delphes affirme que personne n'a été « plus libre, plus juste, et plus sain d'esprit » que Socrate (Apologie, 14), tandis que dans le dialogue de Platon il affirme seulement que nul n'a été « plus sage » (Apologie, 21 a). Certains commentateurs ont suggéré que ce qui explique cette différence, c'est que Xénophon voulait éviter la qualification explicite de « sagesse », un terme qui, pour l'Athénien moyen, aurait en effet suggéré que Socrate était à juste titre considéré comme le philosophe naturaliste athée qu'Aristophane en avait fait (dans sa comédie Les Nuées). Toutefois, le Socrate de Xénophon prétend être « sage » au sens où, « à partir du moment où j'ai commencé à comprendre les mots, je n'ai jamais cessé de chercher et d'apprendre chaque bonne chose que je pouvais » (Apologie, 16).

Une autre différence est que, dans l’Apologie de Xénophon, le « signal divin » (daimon) de Socrate est décrit comme donnant des indications positives sur ce qui doit être fait (Apologie, 12), tandis que le Socrate de Platon décrit systématiquement et explicitement le signal comme « me détournant de quelque chose que je m'apprête à faire », mais « ne m'encourageant jamais à faire quelque chose» (Apologie, 31 d).

Une différence de plus entre Platon et Xénophon, c'est que, tandis que Platon fait proposer par Socrate à la fin du procès une indemnité de trente mines pour lui-même (Apologie, 38 b), la version de Xénophon / Hermogène dit qu'il a refusé de proposer une peine, et qu'il a interdit à à ses amis de le faire, en arguant que tout autre comportement impliquerait sa culpabilité (Apologie, 23).

Enfin, alors que la décision de Socrate d'accepter la peine de mort est expliquée dans l’Apologie de Platon par l'engagement indéfectible de Socrate envers sa mission divine de continuer à philosopher à tout prix (29c-30c), elle est expliquée dans la version de Xénophon / Hermogène par son affirmation selon laquelle il est préférable pour lui de mourir maintenant plutôt que d'affronter les douleurs et les limites de la vieillesse avancée (Apologie, 6-8, 27 et 32).

Lien avec les Mémorables[modifier | modifier le code]

Le dernier « chapitre » des Mémorables de Xénophon (4.8.1-4.8.8) contient quelques morceaux du même récit que les premières sections de l’Apologie (1-8) — dont certaines parties presque mot pour mot. Cela a conduit certains interprètes à penser que l’Apologie de Xénophon était la conclusion initiale des Mémorables ; compte tenu des données limitées sur le sujet, ceci ne peut toutefois être affirmé avec certitude.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis-André Dorion, « Le daimonion et la megalêgoria de Socrate dans l’Apologie de Xénophon », Cahiers des études anciennes, XLV, 2008 [lire en ligne]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]