Apollonie Sabatier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Sabatier.
Portrait d'Apollonie Sabatier
par Vincent Vidal

Apollonie Sabatier, née Joséphine-Aglaé Savatier, née à Mézières le 7 avril 1822 et morte à Neuilly le 3 janvier 1890, est une peintre, demi-mondaine et salonnière française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Aglaé Sabatier est la fille illégitime d'Étienne Louis Harmant, vicomte d'Abancourt et d’une blanchisseuse nommée Marguerite[1]. Ladite blanchisseuse fut établie par le père de sa fille, peu après la naissance de l'enfant, puis épousera un soldat, André Sabatier, dont elle aura deux fils et une fille.

Plus tard, Aglaé préférera se renommer Apollonie Sabatier, une fois installée par son amant, l'homme d’affaires franco-belge, amateur d'art et collectionneur, Alfred Mosselman (1810-1867) qu'elle rencontrera vers l'âge de seize ans.

À l'Hôtel Pimodan (anciennement Hôtel de Lauzun) dans l'île Saint-Louis à Paris, où elle avait habité avant de s'installer rue Frochot, vivaient Théophile Gautier, Charles Baudelaire et le peintre Fernand Boissard de Boisdenier. Ce dernier y tenait portes ouvertes. Là, elle fit connaissance de tout un peuple d'artistes. Sa première rencontre en 1851 avec Baudelaire eut pour témoins le maître de maison ainsi que Gautier et le sculpteur Feuchères. Gautier a décrit dans sa préface à la première édition posthume des Œuvres de Baudelaire, ce premier contact mémorable. Baudelaire vouera longtemps à cette jeune femme ravissante une passion secrète, la considérant comme « son ange gardien ». Elle fut l’une des trois femmes (avec Jeanne Duval et Marie Daubrun) qui lui inspirèrent certains de ses poèmes. On peut distinguer un cycle « Madame Sabatier », au sein du recueil Les Fleurs du mal[2]. Ils devinrent amants le , mais le poète se désintéressa peu à peu d'elle et cessa de la voir vers 1862[3].

Durant les décennies 1840 et 1850, elle est l'égérie des artistes et poètes modernes sous le surnom de "la Présidente". Elle tenait salon sur invitation rue Frochot, près de la Place Pigalle récemment aménagée autour de laquelle s'étaient installés nombre d'artistes. Alfred Mosselman lui suggéra de recevoir sans invitation le cercle d'amis chaque dimanche. Ces réunions devenant institutionnalisées, il fut décidé, par jeu, qu'elle en serait la présidente. Tous ses admirateurs et soupirants de la surnommer « la Présidente » désormais : Maxime du Camp, Alexandre Dumas père, Ernest Feydeau, Gustave Flaubert, Théophile Gautier, Edmond de Goncourt, Arsène Houssaye, Alfred de Musset, Gérard de Nerval ; les peintres Ernest Meissonnier, Charles Jalabert, Gustave Ricard ; les sculpteurs Auguste Préault et Auguste Clesinger, et, puisqu'elle avait appris le chant dès son jeune âge, les musiciens comme Ernest Reyer ou Hector Berlioz. Quant à Meissonier, Ricard, Vidal, et Jalabert, entre autres, ils firent son portrait en buste ou en pause.

Flaubert et Gautier ont écrit des articles sur elle. En 1850, Théophile Gautier lui consacre sa Lettre à la Présidente, un écrit mémorable de littérature érotique dont le terme "présidente" fut repris par Edmond de Goncourt ainsi que dans la correspondance de Flaubert qui ne la mentionne pas sous une autre appellation.

Dans le tableau de Courbet l’Atelier du peintre, elle serait représentée avec son amant Alfred Mosselman. Ce dernier désirant que ses amis mesurent son bonheur, tant sa muse est séduisante, la fait mouler in extenso, puis sculpter par Auguste Clesinger, qui crée sa célèbre statue, objet de scandale au Salon de 1847, initialement nommée Rêve d'amour avant d'être rebaptisée Femme piquée par un serpent (musée d'Orsay, Paris).

On dit qu'elle serait aussi le modèle du fameux tableau de Courbet L'Origine du monde (1866) et non pas Joanna Hiffernan.

Après 1860, elle fut la maîtresse de Richard Wallace, secrétaire puis héritier du richissime lord Hertford-Conway (1800-1870), le grand collectionneur d'art décoratif français du XVIIIe siècle. En 1870, Wallace lui aurait dit « si je deviens riche, je penserai à toi » et lui aurait fait remettre 50 000 livres de rente[4].

Sa tombe se trouve au cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Paul Jarry "Cénacles et vieux logis parisiens"
  2. Notamment les poèmes Que diras-tu ce soir ?, Harmonie du soir, Hymne, A une Madone, Tout entière, Confession, Le Flambeau Vivant, Réversibilité, L’Aube spirituelle
  3. http://baudelaire.litteratura.com
  4. Louis Mermaz, Madame Sabatier. Apollonie au pays des libertins, Lausanne: Éd. Rencontre, 1967, p.211

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Portrait de Mlle Marie L… ;
  • Portrait de Mlle Jeanne F… ;
  • Portrait de Mlle A. F… ;
  • Portrait de l’auteur

Références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Émile Bellier de La Chavignerie, Dictionnaire général des artistes de l’école française, Paris, Renouard, 1885, p. 444.
  • André Billy, La Présidente et ses amis, Paris, Flammarion, 1945
  • Pierre Dufay, Autour de Baudelaire: Poulet-Malassis, l’éditeur et l’ami ; Madame Sabatier, la muse et la madone, Paris, Cabinet du livre, 1931
  • Théophile Gautier, Lettres à la Présidente & Poésies érotiques, Thierry Savatier, ed. Paris, Champion, 2002
  • Paul Jarry Cénacles et vieux logis parisiens
  • Armand Mauss, Baudelaire et madame Sabatier, Paris, A. G. Nizet, 1965
  • Louis Mermaz, Madame Sabatier. Apollonie au pays des libertins, Lausanne: Éd. Rencontre, 1967
  • Thierry Savatier, Une femme trop gaie, biographie d’un amour de Baudelaire, Paris, CNRS éditions, 2003