Apollon sauroctone

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Le Sauroctone Borghèse du Louvre

L’Apollon sauroctone est un type statuaire grec traditionnellement attribué à Praxitèle, représentant le dieu Apollon s'apprêtant à tuer un lézard, principalement connu par le Sauroctone Borghèse conservé au musée du Louvre (Ma 441), le Sauroctone du Vatican conservé au musée Pio-Clementino (Inv. 750) et plus récemment, par l'Apollon en bronze conservé au Cleveland Museum of Art (Inv. 2004-30).

D'un point de vue historiographique, l'œuvre a été à l'origine de la Kopienforschung (« recherche des copies »), démarche consistant à recomposer un prototype perdu à partir de l'étude des copies, variantes, représentations sur d'autres supports (intailles, monnaies, etc.) et textes littéraires.

Histoire[modifier | modifier le code]

À Rome, au XVIIe siècle, est découverte une statue grandeur nature d'un adolescent menaçant un lézard rampant sur un tronc d'arbre, laquelle rejoint rapidement les collections du cardinal Scipione Borghese. En 1720, le baron von Stosch rapproche une pierre gravée de ses collections d'un passage de Pline l'Ancien : « (Praxitèle réalisa aussi en bronze) un Apollon jeune, guettant avec une flèche un lézard en train de ramper, et qu'on appelle sauroctone[1]. » En 1760, Johann Joachim Winckelmann étend le rapprochement à l'Apollon Borghèse et à une statuette en bronze de la collection Albani. Après avoir pensé à cette dernière[2], il reconnaît dans son Histoire de l'art (1760) un original de Praxitèle en l’Apollon Borghèse. La découverte quelques années plus tard d'autres sauroctones, et notamment d'une autre statue grandeur nature — le Sauroctone du Vatican — ruine cette hypothèse. Winckelmann et son collègue italien Ennio Quirino Visconti déterminent alors qu'il s'agit de copies romaines d'un même type. En 1807, le Sauroctone Borghèse fait partie des statues que le prince Camille Borghèse, en proie à de graves difficultés financières, est contraint de vendre à son beau-frère Napoléon Ier. L'œuvre rejoint alors le musée du Louvre, où elle se trouve toujours.

En 2003, l'étude du type est relancée par la mise sur le marché d'une statue jusque là inconnue, qui se révèle être le seul Sauroctone grandeur nature en bronze. Selon son vendeur, il provient d'une résidence privée située dans l'ancienne RDA, où il était considéré comme une copie du XVIIIe ou du XIXe siècle[3]. Acquis en 2004 par le Cleveland Museum of Art, l’« Apollon de Cleveland », comme on l'appelle bientôt, est daté par les premières analyses comme appartenant au second classicisme, et présenté par Michael Bennett, conservateur du département des antiquités grecques et romaines au CMA, comme pouvant avoir été la statue vue par Pline[4]. La statue fait également l'objet d'une controverse sur son origine, des rumeurs affirmant qu'elle a été en réalité pillée en Italie ou en Grèce, ce qui a amené le Conseil central archéologique (KAS) grec à demander officiellement au Louvre de ne pas l'accueillir dans le cadre de son exposition Praxitèle du printemps 2007[5].


Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Fecit et pubertem Apollinem subrepenti lacertæ cominus sagitta insidiantem, quem sauroctonon vocant. » Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne] (XXXIV, 70). Traduction issue de Marion Muller-Dufeu, La Sculpture grecque. Sources littéraires et épigraphiques, Paris, éditions de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts, coll. « Beaux-Arts histoire »,‎ 2002 (ISBN 2-84056-087-9), no 1406, p. 487.
  2. Haskell et Penny, p. 177.
  3. Communiqué de presse du Cleveland Museum of Art, 22 juin 2004.
  4. M. Bennett, « Une nouvelle réplique de l'Apollon Sauroctone au musée de Cleveland », catalogue de l'exposition Praxitèle, p. 206.
  5. « Louvre backs down on ancient statue here », article de The Plain Dealer, quotidien de Cleveland.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Francis Haskell et Nicholas Penny (trad. François Lissarague), Pour l'amour de l'antique. La Statuaire gréco-romaine et le goût européen [« Taste and the Antique. The Lure of Classical Sculpture, 1500–1900 »], Paris, Hachette, coll. « Bibliothèque d'archéologie »,‎ 1988 (édition originale 1981) (ISBN 2-01-011642-9), no 79, p. 177-179.
  • Bernard Holtzmann et Alain Pasquier, Histoire de l'art antique : l'art grec, la Documentation française, la Réunion des musées nationaux et l'École du Louvre (ISBN 2-11-003866-7), p. 212-213.
  • Jean-Luc Martinez, « L'Apollon sauroctone » dans Praxitèle, catalogue de l'exposition au musée du Louvre, 23 mars-18 juin 2007, éditions du Louvre & Somogy, 2007 (ISBN 978-2-35031-111-1), p. 203-235.
  • (en) Brunilde Sismondo Ridgway, Fourth-Century Styles in Greek Sculpture, Madison, University of Wisconsin Press,‎ 1997 (ISBN 0-299-15470-X), p. 265.
  • Claude Rolley, La Sculpture grecque, vol. II : La période classique, Manuels d'art et d'archéologie antiques, Picard,‎ 1999 (ISBN 2-7084-0506-3), p. 248-250.

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