Apocatastase

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Le terme apocatastase désigne la restauration finale de toutes choses en leur état d'origine[1].

Cette notion diversement envisagée dans des écrits apocalyptiques, platoniciens ou stoïciens de l'Antiquité, est surtout connue pour ses développements dans la théologie chrétienne où le terme se rapporte en premier lieu à des positions sur la restauration finale de toutes choses en Dieu développées à partir du Traité des principes d'Origène[1]. Dix propositions issues de ce traité ont été condamnées en 542 par l'empereur Justinien, condamnation validée par Ménas, l'évêque de Constantinople et reprises par le deuxième concile de Constantinople en 553. Il était reproché à l'« apocatastase origénienne » d'annuler la liberté et la responsabilité des créatures, car suivant cette position, la restauration en Dieu de tout ce qu'il a créé dans son état de bonté originelle, état antérieur à tout péché et à tout mal, se fait indépendamment des dispositions et des actes de chacun. Contre cela, le Concile affirme : « Si quelqu'un dit que les Vertus célestes, tous les hommes, le diable, les Puissances du mal seront unis pareillement au Dieu Verbe et de la même manière que Christ, qu'il soit anathème. » En fait, Origène n'a pas lui-même soutenu les thèses condamnées mais il a exposé dans ses écrits des idées répandues dans la culture hellénistique de son temps, et en a discuté en rapport aux écritures chrétiennes[2]. Néanmoins, ce sont les écrits d'Origène qui inspirèrent à Grégoire de Nysse, Évagre le Pontique et Didyme l’Aveugle, les positions semblables à celle jugées hétérodoxes depuis 542 et 553.

La réflexion théologique sur l'apocatastase a connu une nouvelle actualité au XVIe siècle avec les réformes protestantes où elle fut un point de désaccord entre luthériens et anabaptistes[1]. Les positions des anabaptistes sur l'apocatastase furent ainsi condamnées en 1533 par l'article 17 de la Confession d'Augsbourg dont le principal rédacteur était le réformateur luthérien Philippe Mélanchthon. Malgré cela des positions condamnées en 1533 trouveront des échos chez nombre de théologiens protestants, en particulier chez Friedrich Schleiermacher, Albert Schweitzer et Karl Bath[1]. Les théologiens catholiques, en particulier Henri de Lubac[3] et Hans Urs von Balthasar[4], discuteront eux aussi de l'apocatastase.

Dans la théologie chrétienne, le terme apocatastase ne désigne pas uniquement des positions condamnées, mais il peut aussi servir à intituler des hypothèses ou conjectures théologiques (théologoumènes) sur les fins dernières et la restauration de toutes choses en Christ ou en Dieu. Parler d'apocatastase, c'est, dans un langage simple, se demander si « tout le monde ira au paradis », ou bien, selon la question posée par Hans Urs von Balthasar, celle de savoir si l'enfer est vide[5]. Considérée comme un théologoumène, l'apocatastase est tenue pour relever d'un questionnement juste et pertinent mais auquel il est impossible d'apporter des réponses certaines et qui, à ce titre, ne relève pas du dogme ou de l'orthodoxie. Ce qui empêche le théologien chrétien de se prononcer sur l'apocatastase est que le questionnement dont relève cette notion porte sur le problème du salut, problème qui par ailleurs relève du jugement de Dieu. Pour un chrétien, il semble donc impossible d'y répondre sans se substituer à Dieu et à son jugement[1].

Étymologie[modifier | modifier le code]

"Apocatastase" est la transcription du terme grec Apocatastasis, qui a les sens suivants :

  1. rétablissement ;
  2. reconstitution ou restitution[6] ;
  3. restauration dans l’état original ou primordial[7] ;

Différentes assertions de l'apocatastase[modifier | modifier le code]

Chez le Babylonien Bérose[modifier | modifier le code]

Bérose (vers 290 av. J.-C.) est célèbre pour avoir exposé la théorie - reprise par les stoïciens - de l'Éternel Retour et de la Grande Année. Les astronomes babyloniens avaient découvert que les révolutions synodiques des planètes, les révolutions annuelles du Soleil et de la Lune sont des sous-multiples d'une même période commune, la Grande Année, au terme de laquelle le Soleil, la Lune et les planètes reprennent leur position initiale par rapport aux étoiles fixes. Ils en conclurent que la vie de l'univers est périodique, qu'elle repasse éternellement par les mêmes phases, suivant un rythme perpétuel. C'est l'idée du Retour éternel. Le cycle de base est le sharos qui dure 3 600 ans ; le cycle des éclipses se reproduit en 223 lunaisons donc en 28 ans 11 jours ; etc. Pour Bérose, la Grande Année s'étend sur 432 000 ans. Et la Grande Année subit deux cataclysmes. Le premier est un cataclysme de feu (une Conflagration), au solstice d'été de l'univers, lors de la conjonction des planètes en Cancer ; le second est un cataclysme d'eau, un Déluge donc, qui se produit au solstice d'hiver de l'univers, lors de la conjonction des planètes en Capricorne.

« Bérose, traducteur de Bélus l'interprète du dieu Bêl, le prêtre de Mardouk, attribue ces révolutions aux astres, et d'une manière si affirmative, qu'il fixe l'époque de la conflagration et du déluge. « Le globe, dit-il, prendra feu quand tous les astres, qui ont maintenant des cours si divers, se réuniront sous le Cancer, et se placeront de telle sorte les uns sous les autres, qu'une ligne droite pourrait traverser tous leurs centres. Le déluge aura lieu quand toutes ces constellations seront rassemblées de même sous le Capricorne. Le premier de ces signes régit le solstice d'hiver ; l'autre, le solstice d'été. Leur influence à tous deux est grande, puisqu'ils déterminent les deux principaux changements de l'année. » J'admets aussi cette double cause ; car il en est plus d'une à un tel événement ; mais je crois devoir y ajouter celle que les stoïciens font intervenir dans la conflagration du monde. Que l'univers soit une âme, ou un corps gouverné par la nature, comme les arbres et les plantes, tout ce qu'il doit opérer ou subir, de son premier à son dernier jour, entre dans sa constitution, comme en un germe est enfermé tout le futur développement de l'homme. »

— Sénèque, Questions naturelles, III, 29

Dans le stoïcisme[modifier | modifier le code]

Dans le stoïcisme, le Cosmos est une expression matérielle des pensées parfaites de Zeus, et l’apocatastase est le repli qui se produit quand Zeus revient à son auto-contemplation[8]. Il se produira quand les étoiles et les planètes reviendront à leur position originelle, considérée comme devant être en alignement avec le Cancer ; alors, l’univers sera consumé par le feu (ekpurosis). L’antapocatastasis est une occurrence inverse qui se produit quand les étoiles et les planètes sont en alignement avec le Capricorne, et que l’univers est détruit par un déluge. Quand Zeus dirigera à nouveau ses pensées vers l’extérieur, le cosmos renaîtra ou sera reconstitué sous la direction et avec le soutien du Logos, qui est une émanation de Zeus[9]. Pour Macrobe, la voie de la réincarnation passe du Cancer au Lion (Le Songe de Scipion, I, 12, 4).

"Les stoïciens prétendent que lorsqu'après une certaine période de temps les planètes reviennent toutes exactement soit en longueur soit en hauteur au même point du ciel où elles étaient au commencement du monde, il en résulte l'embrasement et la destruction de l'univers, et qu'en suite tout recommence de nouveau. Or, comme le cours des astres est exactement le même qu'auparavant, toutes les choses qui ont eu lieu dans la période précédente se passent encore de la même manière. Ainsi, il y aura de nouveau un Socrate, un Platon, et chacun des hommes avec les mêmes amis et les mêmes concitoyens et ils conseilleront les mêmes choses, s'entretiendront avec les mêmes personnes et traiteront les mêmes questions. Et la Cité tout entière et le bourg et la campagne se renouvelleront pareillement… Il n'y aura rien d'étranger par rapport à ce qui s'était produit auparavant, mais toutes choses seront exactement pareilles, même jusqu'aux détails les plus infimes… Et cette restauration (apocatastase) ne se produira pas une fois, mais plusieurs fois ; ou plutôt toutes choses seront restaurées éternellement"[10].

Dans le christianisme[modifier | modifier le code]

Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

Dans Les Actes des Apôtres l'apocatastase s'agit du "rétablissement (apocatastase) de toutes choses, dont Dieu a parlé" (restitutionis omnium quae locutus est Deus):

Actes 3:21 "que le ciel doit recevoir jusqu'aux temps du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé anciennement par la bouche de ses saints prophètes." (Segond, 1910)[11]

Gnose chrétienne[modifier | modifier le code]

L’évangile de Philippe 180-350c contient le terme lui-même et, dans d’autres écrits exprime l’idée que tout vient d’une source éternelle commune :« De quelle nature est la résurrection! Et l’image doit resurgir au travers de l’image. Le fiancé et l’image doivent entrer au travers de l’image dans la vérité, ce qui est l’apocatastase. »

Dans les écrits du gnosticisme, l’apocatastase se produit quand une âme, qui est une lumière divine emprisonnée dans la matière, se libère en parvenant à une connaissance spéciale, ou gnose, pour rejoindre le Vrai Dieu qui est au-dessus de tous les dieux.[citation nécessaire][12]. Des Messagers de Lumière, dont Jésus-Christ est l’exemple primordial, révèlent le salut qui provient de la découverte du Royaume de Dieu en soi[13],[14].

Origène[modifier | modifier le code]

Dans la chrétienté, l’apocatastase est la doctrine de la réconciliation finale du bien et du mal. L’apocatastase soutient que toutes les créatures spirituelles – anges, êtres humains et démons[citation nécessaire] – parviendront finalement à l’harmonie dans le royaume de Dieu. Cette doctrine est basée[citation nécessaire] sur le passage biblique 1 Corinthiens 15:28. Selon les historiens de l'Église universaliste d'Amérique (Ballou, Hanson, et d'autres) elle a été largement prêchée par saint Grégoire de Nysse[citation nécessaire] dans l’Église d’Orient, et par saint Ambroise de Milan[citation nécessaire] et Grégoire de Nazianze[citation nécessaire] dans l’Église d’Occident, au IVe siècle. Saint Jérôme de Stridon (347-420) y a d’abord cru[citation nécessaire] puis s’est rétracté, et Basile de Césarée (330-379), qui s’opposait à cette doctrine, a écrit que la majorité des chrétiens y croyaient.[citation nécessaire]

Cette croyance fut d’abord formulée et défendue par Origène (185-232)[citation nécessaire] et Clément d'Alexandrie (?-215)[citation nécessaire], deux théologiens éduqués et versés dans la philosophie hellénistique, et familiers des écrits gnostiques et des Cultes à Mystères. Ils adaptèrent librement la terminologie et les conceptions néoplatoniciennes au christianisme, pour exposer la nouvelle foi et souligner ses différences avec les autres[15],[16]. Certains savants estiment que le Traité des Principes d’Origène est le premier ouvrage de théologie chrétienne systématique[9]. Il inclut les conceptions-clé de la Trinité et du libre arbitre, ainsi que celle de l’apocatastase.

Environ un siècle plus tard, un autre théologien systématique, Augustin d'Hippone (354-386), concentra son attention sur une autre partie de la bible et formula ce qui devint plus tard la doctrine de la double prédestination, selon laquelle certains sont prédestinés au salut de l'âme, d'autres, à la damnation[17].

Le concile de Constantinople, en 543, condamna l'apocatastase, [citation nécessaire] et l'anathème fut formellement soumis au cinquième concile œcuménique de Constantinople en 553, ce qui n'empêcha pas l'autre doctrine théologique d'Origène, qui enseigne la Transmigration des âmes, ou Métempsycose, et la possibilité qu'une nouvelle chute de l'homme glorifié relance le cycle, de jouer un rôle[16]. L'anathème contre l'apocatastase, ou plus exactement contre la croyance selon laquelle l'enfer n'est pas éternel, ne fut pas ratifié, malgré l'appui de l'empereur, et il ne figure pas parmi les anathèmes formulés contre Origène au deuxième concile de Constantinople.

Réconciliation universelle[modifier | modifier le code]

Selon les historiens universalistes l'apocatastase a pratiquement disparu de la pensée chrétienne malgré le fait que plusieurs théologiens aussi respectés que Maxime le Confesseur[citation nécessaire], Jean Scot Érigène[citation nécessaire], Amalric de Bena[citation nécessaire] et Hans Denk[citation nécessaire], continuèrent à professer cette doctrine, alors généralement considérée comme hétérodoxe par l'Église d'Occident. Selon les mêmes historiens la doctrine devint plus populaire sous l'influence de la Réforme protestante, qui remit en question toutes les doctrines et pratiques catholiques. Ceci fit dire à l'historien de l'Église Adolf von Harnack que presque toutes les Églises réformées« professaient secrètement l'apocatastase »[18].

Toutefois, certains petits groupes qui affirmaient avoir précédé la Réforme protestante, tels les anciens Anabaptistes et l'Église Sabbatiste de Dieu, enseignaient une forme d'apocatastase, [citation nécessaire] et furent condamnés tant par l'Église latine que par les Églises réformées. Des groupes, tels entre autres la Living Church of God (ou Église vivante de Dieu), qui se réclame de précurseurs anabaptistes, enseignent encore que Dieu ressuscitera les morts et appellera ensuite tous ceux qui n'ont pas été appelés au cours de cet âge, et que presque tous les hommes accepteront finalement cet appel.[citation nécessaire]

À noter encore une croyance connexe : celle de la réconciliation universelle, doctrine selon laquelle tous les êtres humains seront sauvés de la damnation éternelle, ou de l'annihilation en enfer.

La fiabilité des sources du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Des études récentes[19],[20] ont réexaminé les textes originaux concernant l'apocatastase et certaines d'entre elles ont conclu que nombreux savants au XIXe siècle ont omis de faire une distinction suffisante entre l'utilisation du terme (1) dans le Nouveau Testament, (2) l'utilisation dans les œuvres d'Origène, (3) les opinions attribuées aux Origénistes dans l'anathème de 553, (4) le point de vue de l'église universaliste en Amérique au cours du XVIIIe siècle.

Au moins deux sources principales semblent être inexactes: L'article de Pierre Batiffol (1899), qui a été traduit en anglais pour l'Encyclopédie catholique (The Catholic Encyclopedia 1911), et l'article de l'universaliste George T. Knight dans le Schaff-Herzog 1904 (la version anglaise de l'encyclopédie évangélique allemande Die Theologische Realenzyklopedie) contient de nombreuses identifications de personnages historiques comme "universalistes" au sens américain, ce qui - on le sait aujourd'hui - est incorrect.


Thématiques apocatastatiques dans la Bible[modifier | modifier le code]

[interprétation personnelle] Les très nombreux écrits d'Origène témoignent d'une grande familiarité avec le corpus littéraire qui fut finalement inclus dans le Canon, au Concile de Carthage, en 387[21]. La Bible, qui contient de nombreux récits d'une déchéance apocatastatique de la grâce, suivie d'une rédemption et d'une restauration, a constitué le fondement de cette théologie.

Ces récits contiennent trois éléments-clé.

  1. La personne ou la nation qui parcourt ce cycle est fondamentalement marquée et changée par son expérience.
  2. Un fil ténu de totalité parcourt ces récits. Dans la Parabole de la Brebis Perdue de l'Évangile selon Thomas, écrit gnostique, la brebis perdue est l'une des plus grandes et le berger abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres pour aller à sa recherche. Quand il la trouve, il lui dit :« Je t'aime plus que les quatre-vingt-dix-neuf autres » (Évangile de Thomas, v. 107). Dans les Évangiles chrétiens, le berger recherche sa brebis seulement parce qu'elle est perdue.
  3. Il arrive que la personne ou la nation devienne quelque chose de glorieux et de mystérieux. C'est un retour chez soi, mais pas dans la condition antérieure. On voit cela dans les prophéties eschatologiques concernant l'Égypte et l'Assyrie[22], Sodome[23] et le monde entier[24].

Le mot apocatastasis n'apparaît qu'une seule fois dans la Bible : Actes 3, 21. Pierre guérit un mendiant handicapé et s'adresse ensuite aux témoins étonnés. Son discours présente Jésus dans le contexte juif, c'est-à-dire comme celui qui accomplit l'Alliance abrahamique, et dit :« Il [Jésus] doit rester dans les cieux jusqu’à ce que vienne le temps où Dieu restaurera toutes choses (apocatastasis), comme il l'a promis il y a longtemps par ses saints. »[25].

Ancien testament[modifier | modifier le code]

Adam et Ève[modifier | modifier le code]

[interprétation personnelle] Adam et Ève succombent à la tentation ; ils sont maudits, chassés du jardin d'Éden et empêchés d'accéder à l'Arbre de Vie. Tous les êtres humains vivent en exil, luttant contre Dieu et entre eux jusqu'au dernier livre de la Bible, l'Apocalypse, où se révèlent des cieux nouveaux et une terre nouvelle, ainsi que la Nouvelle Jérusalem. La ville est le nouvel Éden, un fleuve de vie la traverse. Des arbres de vie se dressent de chaque côté du fleuve et leurs feuilles servent à guérir les nations. Dieu habitera avec les hommes en cet endroit et Il les appellera Son peuple.« Il essuiera toute larme de leurs yeux. » (Apocalypse 21:3). Les portes sont toujours ouvertes (Apocalypse 21-22).

La Nation d'Israël[modifier | modifier le code]

[interprétation personnelle]

Le Codex de Leningrad présente une étoile de David couverte de versets bibliques vantant Dieu.

L'histoire d'Israël contient de multiples récits d'apocatastase, preuve que personne ne peut pécher de manière irrémédiable.

Abraham est choisi du milieu de peuple d'Ur et se voit promettre une Terre et une Nation. Son petit-fils, Jacob (alias Israël), a douze fils qui finissent en Égypte par la grâce d'un des fils, Joseph. Des siècles plus tard, ils sont devenus un peuple nombreux mais sont esclaves des Égyptiens. Ils sont délivrés par Dieu, avec beaucoup de prodiges et de miracles. Au Mont Sinaï, ils reçoivent la Loi, et c'est encore au Mont Sinaï qu'ils se font un veau d'or auquel ils rendent un culte. Dieu déclare qu'Il va les détruire et tout recommencer avec Moïse, mais Moïse, marchant sur les traces d'Abraham qui pria pour Sodome, intercède en leur faveur. Sur le point d'entrer dans la Terre Promise, le peuple refuse de faire confiance à Dieu et d'entrer dans cette terre. Ils tournent en rond dans le désert et reviennent au même endroit, 40 ans plus tard. La nouvelle génération entre dans la Terre Promise sous la conduite de Josué.

Le peuple tombe dans de multiples cycles d'apostasie et d'idolâtrie, il subit l'oppression de ses ennemis, puis se repent de s'être détourné de Dieu. À chaque fois qu'il crie vers Dieu, Il lui envoie un Juge ou un Libérateur de la nation. Les Juges sont aussi différents que les situations sont diverses : homme, femme, héros, lâche, saint, pécheur, citoyen, étranger.

La nation devient une monarchie, mais le quatrième roi provoque une guerre civile qui divise la nation en deux. En fin de compte, ils sont expulsés de la Terre Promise et emmenés captifs en Assyrie ou à Babylone. Mais Dieu promet d'être avec eux et de les ramener. Il promet aussi de mettre en eux un cœur nouveau, de sorte qu'ils ne retombent pas. Une part du peuple revient, environ soixante-dix ans plus tard, pour rebâtir Jérusalem et le temple.

Dans ces récits se mêlent fureur et jugement terribles. Très souvent, la colère est suivie de miséricorde, en raison de l'amour de Dieu pour Son peuple.« Une mère peut-elle oublier l'enfant qu'elle a allaité et n'avoir point compassion de l'enfant qu'elle a porté ? L'oublierait-elle que moi je ne vous oublierai pas ! »[26]. La Septante se termine sur l'espérance d'un Fils de David, qui sera à la fois prêtre et roi, rétablira la royauté et inaugurera un âge d'or.

La ville de Sodome[modifier | modifier le code]

[interprétation personnelle] Sodome est décrite comme un lieu où règne une grande perversité. Quand la sainte présence du Seigneur apparaît au centre de la ville, sous l'aspect de trois anges, les gens de Sodome décident de s'en emparer, d'avoir commerce avec Lui de manière abominable, et de faire pécher comme eux ce qui est ineffablement pur. La ville est jugée et détruite par du soufre brûlant venu de Dieu[27]. Par la suite, Jésus dira que, si les prodiges accomplis à Capharnaüm l'avaient été à Sodome, ses habitants se seraient repentis, montrant que Dieu savait ce qui eût amené la ville à se repentir[28]. Dans une prophétie eschatologique, Ézéchiel dit que Dieu rétablira Sodome et Samarie exactement comme il rétablira Jérusalem, parce qu'il leur a accordé l'expiation. Il appelle sœurs ces trois villes : Sodome, lieu de perversion, qui fut entièrement détruit ; Samarie, centre d'apostasie et de syncrétisme ; et Jérusalem, le cœur de la nation juive et le lieu où il réside[29].

L'Égypte et l'Assyrie[modifier | modifier le code]

[interprétation personnelle] L'Égypte, nation située au sud d'Israël, et l'Assyrie, située au nord d'Israël, sont deux des plus grands ennemis d'Israël. Israël fut réduit en esclavage par l'une et conquis par l'autre. La Bible contient plusieurs jugements et malédictions contre l'une et l'autre. Mais, dans une vision eschatologique, Isaïe voit« une grande route qui va d'Égypte en Assyrie. Les Assyriens iront en Égypte et les Égyptiens en Assyrie. Les Égyptiens et les Assyriens célébreront le culte ensemble », et c'est le Dieu d'Israël qu'ils adoreront.« En ce jour, Israël, le troisième aux côtés de l'Égypte et de l'Assyrie, sera en bénédiction sur la terre. Le Seigneur Tout-Puissant les bénira en disant : « Bénis soient l'Égypte, mon peuple, l'Assyrie, l'œuvre de mes mains, et Israël mon héritage. » »[30].

Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

Vie de Jésus-Christ[modifier | modifier le code]

[interprétation personnelle]

Jésus Christ.

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. »[31]. Seconde Personne de la Trinité, le Logos, ou Verbe, s'est humilié, s'est livré à la création et est né à Bethléem. Il a grandi et a révélé qui est Dieu le Père[32], en enseignant comme rabbi itinérant en Palestine[33]. Il fut accusé de sédition et de blasphème et crucifié ; sa mort a expié les péchés du monde. Il est descendu aux enfers, où il a proclamé son triomphe sur le péché et la mort. Il est ressuscité et est monté aux cieux, entraînant avec lui toute l'humanité[34], et il siège avec Dieu dans le royaume céleste, pour pouvoir montrer à quiconque croit en lui la grâce et la bonté incomparables de son Père, dans les âges à venir[35].

La Lettre de Paul aux Romains[modifier | modifier le code]

[interprétation personnelle]

Paul de Tarse par Bernardo Daddi, vers 1333.

Paul de Tarse est l'apôtre en charge des païens, mais il s'est imposé la lourde tâche de prêcher la nouvelle foi à ses frères juifs dans la synagogue locale, au point qu'il en est finalement expulsé. Alors il va prêcher aux païens. Le rejet de Jésus par ses coreligionnaires juifs lui cause une angoisse intense qu'il exprime dans cette lettre en disant qu'il souhaiterait être maudit et anathématisé si cela pouvait sauver ses frères. Ensuite, se remémorant la déclaration de Dieu à Moïse :« J'aurai pitié de qui j'ai pitié, et je ferai miséricorde à qui je fais miséricorde », Paul reconnaît que cela même qui différencie la nation : la Loi, les Alliances, sa longue histoire avec Dieu, les prophéties messianiques, lui ont rendu plus difficile encore d'accepter Jésus-Christ comme Dieu, et que le salut vient de la grâce seule, par la foi en lui. Il affirme aussi que le salut est accordé au monde entier indépendamment de la loi. Il compare les Juifs à des branches qui ont été détachées d'un olivier, de manière à ce que les branches d'un olivier sauvage puissent y être greffées. Alors, de manière plutôt soudaine et inexplicable, Paul affirme, avec une certitude absolue, que tous les Juifs seront sauvés, et il termine sa lettre par un hymne triomphal à la louange de la« profondeur des richesses de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! »[36].

La Parabole du fils prodigue[modifier | modifier le code]

Le Retour du fils prodigue par Rembrandt.

[interprétation personnelle] Le fils prodigue (c'est-à-dire dépensier) réclame sa part de l'affaire familiale et la dépense en menant grand train dans un pays lointain, jusqu'à être réduit à garder les porcs pour quelqu'un d'autre. Malheureux et mourant de faim, il se dit qu'il pourrait rentrer chez lui et demander un emploi de salarié dans la maison de son père. Comme il approchait de la maison, son père le vit et courut l'embrasser et le serrer dans ses bras. Il dit à son père qu'il n'était plus digne d'être appelé son fils, mais son père lui montra qu'il était toujours le fils de son père en le revêtant du plus beau vêtement, en mettant des sandales à ses pieds et un anneau à son doigt et en appelant ses gens à fêter le retour en bonne santé de son fils perdu[37].

L'Apocalypse[modifier | modifier le code]

[interprétation personnelle] Les rois de la terre sont décrits comme ligués avec Babylone la Prostituée, ivre du vin qui rend fou, de ses adultères[38]. Ils pleurent et se lamentent quand elle est finalement jetée dans l'étang de feu[39]. Ensuite, ils se rassemblent avec la Bête, dans la vallée de Megiddo, pour combattre le « Roi des rois et Seigneur des seigneurs », ainsi que les armées du ciel, dans la bataille ultime d'Armageddon. Ils sont vaincus et la Bête et son Faux Prophète sont jetés dans l'étang de feu. Ceux qui les ont suivis sont exterminés par « l'épée qui sort de la bouche » du Verbe de Dieu, qui est probablement le symbole de l'Évangile ou de la Vérité[39]. Mais, dans la dernière scène de la Nouvelle Jérusalem, dont les portes sont toujours ouvertes, où les feuilles des arbres servent à guérir les nations, il est prévu qu'entrent les rois de la terre, apportant avec eux leur magnificence. C'est une gloire et c'est un mystère[40].

Un autre sens du mot Apocatastase dans les Actes des Apôtres[modifier | modifier le code]

[interprétation personnelle] Les exposés qui précèdent ne mentionnent pas l'unique passage du Nouveau Testament où le terme Apocatastasis figure explicitement, dans les Actes des Apôtres[41]. Peut-être est-ce dû à l'incertitude qui règne au sujet du sens que donnait à ce terme Luc, l'auteur des Actes des Apôtres, dans le contexte où il l'emploie.

Pourtant, un auteur du nom de Damien Saurel s'est mesuré à ce texte difficile[42]. Prudent, il se garde de traduire l'expression contestée, où figure le mot apocatastase, préférant la transcrire littéralement du grec :« Il enverra alors le Christ qui vous a été destiné, Jésus, celui que le ciel doit garder jusqu'aux temps de l'apokatastasis pantôn dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes [d'autrefois] ». Comme le précise Saurel, « Dans la traduction qu'en donne la Bible de Jérusalem, les deux mots grecs, apokatastasis pantôn, sont traduits en français par restauration universelle. Ce choix de traduction efface, hélas, les nuances de sens du grec sous une terminologie globalisante. » Et Saurel de préciser :« Tout d'abord, le mot pantôn peut être érigé en Tout cosmologique, avec une majuscule, ou bien servir de simple mot de liaison dans la phrase, avec la traduction suivante : « tout ce dont Dieu a parlé ». Ensuite, le mot apokatastasis peut, selon l'ensemble de la phrase, être déformé soit en res-tauration, ou en ins-tauration, soit encore en ré-tablissement, ou en é-tablissement. De telle sorte que la phrase pourrait se traduire soit par : « jusqu'aux temps du rétablissement du Tout [ou de toutes choses], dont Dieu a parlé », soit par : « jusqu’à l'établissement de tout ce dont Dieu a parlé par ses prophètes » ».

Saurel ne cache pas sa préférence pour la deuxième traduction, qui, selon lui : « part d'une transcription plus liée de l'ensemble des mots de la phrase ». Il fait remarquer que « le sens de la phrase est plus cohérent dans l'organisation de ses éléments au niveau syntaxique », et en appelle à un parallèle qui semble convaincant : « Du reste, le verset 18 du même discours de Saint Pierre suggère une telle traduction, où il est retranscrit du grec de la façon suivante : « Dieu a ainsi accompli ce qu'il avait annoncé d'avance par la bouche de tous les prophètes, que son Christ souffrirait »[43]. On aurait alors une parenté de construction et de signification entre les versets 18 et 21, le verset 18 faisant part d'un « accomplissement de ce que Dieu avait annoncé par la bouche de tous les prophètes », et le verset 21, d'un « établissement de tout ce dont Dieu a parlé par ses prophètes ». »

Le site Rivsion.org[44] présente sur ce sujet des considérations, à la fois plus techniques et plus théologiques, voire mystiques, et, en tout état de cause, plus engagées.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Damien Saurel, Apocatastase. Irons-nous tous au paradis?, éd. Docteur Angélique, Avignon 2008, (ISBN 978-2-9527315-2-2).
  • Menahem Macina, Chrétiens et Juifs depuis Vatican II. État des lieux historique et théologique. Prospective eschatologique, éd. Docteur Angélique, Avignon 2009, (ISBN 978-2-918303-00-8), (Apocatastase: page 242 et suivantes); et voir, du même auteur: Les frères retrouvés. De l'hostilité chrétienne à l'égard des juifs à la reconnaissance de la vocation d'Israël, éditions L'Œuvre, Paris 2011, (chapitre consacré à l'apocatastase) p. 204 et ss.
  • Ilaria Ramelli, The Christian Doctrine of Apokatastasis. A Critical Assessment from the New Testament to Eriugena, Leiden, Brill, 2013.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Origine du texte :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Pierre Bühler, « Apocatastase » dans André Gounelle, La mort et l'au-delà, Paris, Cerf, Genève, Labor et Fides, pp. 51-51 (ISBN 2-8309-0902-X).
  2. Henri Crouzels, Origène, Paris, Letheilleux, 1985.
  3. Henri de Lubac, Recherches dans la foi: trois études sur Origène, saint Anselme et la philosophie chrétienne, Paris, Beauschesne, 1979, pp. 67 ss.
  4. Hans Urs von Balthasar, L'enfer, une question, Paris, Desclée de Brouwer, 1992, (ISBN 978-2220027180) et Éspérer pour tous, Paris, Desclée de Brower, 1993, (ISBN 978-2220026640).
  5. L'enfer, une question, Paris, Desclée de Brouwer, 1992.(ISBN 978-2220027180)
  6. Strong's Greek Lexicon référencé le 22 septembre 2006.
  7. Batiffol, Catholic Encyclopedia, Apocatastasis 1910, référencé le 22 septembre 2006
  8. Edward Moore, « Origen of Alexandria and Apocatastasis: some notes on the development of a noble notion. », Quodlibet: online journal of Christian Theology and Philosophy., Vol 5. Num. 1, janvier 2003.
  9. a et b « Origen of Alexandria (185-254) », The Internet Encyclopedia of Philosophy, référencé le 20 septembre 2006.
  10. Némésios d'Émèse, De la nature humaine, 38.
  11. 3,21 ον δει ουρανον μεν δεξασθαι αχρι χρονων αποκαταστασεως παντων ων ελαλησεν ο θεος δια στοματος παντων αγιων αυτου προφητων απ αιωνος
  12. Arendzen, J. (1909). Catholic Encyclopedia, « Gnosticism », 1909 référencé le 22 septembre 2006
  13. The Gnostic Worldview: A Brief Summary of Gnosticism, référencé le 22 septembre 2006
  14. Gnosticism and the Gnostic Jesus, Douglas Groothius, référencé le 23 septembre 2006
  15. Havey, Francis 1908 Catholic Encylopedia, « Clement of Alexandria » référencé le 22 septembre 2006
  16. a et b Catholic Encyclopedia, « Origin of Alexandria » référencé le 22 septembre 2006
  17. History of the Doctrine of God, Herman Barvinck 1854-1921, référencé le 23 septembre 2006
  18. 1899 Pierre Batiffol 1907 Catholic Encyclopedia, « Apokatastasis » référencé le 23 septembre 2006
  19. McGuckin The Westminster Handbook to Origen 2004, 9780664224721
  20. Julia Konstantinovsky Evagrius Ponticus: The Making of a Gnostic
  21. The Bible: God's Inspired, Inerrant Word référencé le 23 septembre 2006
  22. Isaïe 19:23-25
  23. Ezékiel 16:53-55
  24. Apocalypse 21-22
  25. Actes 3:21
  26. Isaïe 49:15
  27. Genèse 2019:1-29
  28. Matthieu 2011:23
  29. Ézéchiel 2016 20:53-55
  30. Esaie 2019:23-25 20
  31. Jean 1:1
  32. Jean 201:18
  33. Jean 2014:6-11
  34. Jean 2012:32
  35. Eph 202:4-9
  36. Romains 209-11
  37. Luc 2015:11-24
  38. Apocalypse 2017 20:2
  39. a et b Apocalypse 2019 20:11-21
  40. Apocalypse 2021-22 20
  41. Ac 3:21
  42. D. Saurel
  43. Actes des Apôtres 3:1
  44. www.rivtsion.org Voir, entre autres « Qu'est-ce que l'apocatastase ? », « Annonces eschatologiques à caractère apocatastatique », « Situations apocatastatiques dans le Nouveau Testament », « Gestes et déclarations du Christ à caractère apocatastatique ». Les textes référencés ci-avant, comme d'ailleurs une bonne partie de ceux qui figurent sur ce site, ont un caractère religieux militant qui peut choquer, voire jeter le doute sur le sérieux des recherches qui y figurent, sur ce thème comme sur beaucoup d'autres. Mais le site utilise des documents instructifs et des éléments d'analyse et de réflexion exégétique et théologique (d'inspiration majoritairement catholique et juive).