Antoine Omer Talon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Talon.
Antoine Omer Talon
Portrait de Talon
Portrait de Talon
Biographie
Nom de naissance Antoine Omer Talon
Date de naissance 20 janvier 1760
Lieu de naissance Paris, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Date de décès 18 août 1811 (à 51 ans)
Lieu de décès Gretz, Drapeau de la France France.

Antoine Omer Talon, né le 20 janvier 1760 à Paris, décédé le 18 août 1811 à Gretz (Seine-et-Marne), était un lieutenant civil au Châtelet de Paris et un député de la Noblesse à la Constituante. Il fut également un contre-révolutionnaire français, défenseur de Louis XVI et du parti royaliste. Il contribua notamment à mettre sur pied au palais des Tuileries, en 1791 et 1792, un réseau de distribution de pots-de-vin aux révolutionnaires les plus influents.

Vie[modifier | modifier le code]

L'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Né à Paris le 20 janvier 1760, Antoine Omer Talon, fils aîné de Jean-Baptiste Talon, seigneur du Boullay-Thierry[1], receveur des finances au Châtelet de Paris, et de Marie-Charlotte Radix, sœur de Maximilien Radix de Sainte-Foix était issu d'une riche et ancienne famille de parlementaires. Anobli par sa charge, il portait le titre de marquis du Boullay et de Tremblay-le-Vicomte, terres proches de Dreux, dont il avait hérité.

Le 2 août 1780, il épousa à Paris Jeanne-Agnès-Gabrielle, comtesse de Pestre[2], d'une riche famille de négociants anoblis originaires de Belgique, avec laquelle il eut deux enfants, Denis-Mathieu-Claire, né le 20 novembre 1783 à Paris[3], et Zoé-Victoire, née le 2 août 1785 au Boullay-Thierry[4].

Avocat du roi (29 juillet 1777), conseiller au Parlement de Paris (1er juillet 1781), reçu le 21 décembre en la 2e chambre des enquêtes[5], où il avait pour collègue Huguet de Sémonville[6], puis lieutenant civil au Châtelet (1789), il fut chargé, en octobre 1789, de l'instruction des procès contre les émeutiers ayant participé aux Journées des 5 et 6 octobre 1789 et de celui de Thomas de Mahy de Favras. Il abandonna sa charge le 30 juin 1790, quatre jours après avoir rendu compte à l'Assemblée nationale des procédures du Châtelet.

Élu le 21 mars 1789 député suppléant de la noblesse par le bailliage de Chartres aux États généraux par 71 voix sur 139 votants, il siégea à l'Assemblée constituante, le 16 décembre 1789 en remplacement du comte François Dominique de Reynaud de Montlosier, démissionnaire. Fidèle soutien d'une monarchie constitutionnelle, il était proche de son oncle maternel, Maximilien Radix de Sainte-Foix qui l'associa à ses projets.

Le comité secret des Tuileries[modifier | modifier le code]

Pour ce qui le concernait particulièrement, il avait un agent principal, Pierre Benoît d'Angers, avocat et diplomate qui épousa la célèbre peintre, fille de Delaville-Leroulx, le dernier ministre de Louis XVI, et fit par la suite une brillante carrière administrative. Mais le réseau de Talon et de Radix de Sainte-Foix avait des ramifications étendues. Leur parentèle d'abord: l'avocat au Parlement Huguet de Sémonville, partie prenante dans leurs projets avec son collègue et ami Hugues-Bernard Maret, le futur duc de Bassano, M. et Mme Descorches de Sainte-Croix, née Marie-Victoire Talon[7], sa seconde sœur -, et, par le biais de sa femme, née Jeanne-Agnès-Gabrielle de Pestre, les familles de Hyacinthe de Pestre de Séneffe, d'Édouard de Walckiers, Mme de Boullongne, l'ambassadeur Chauvelin, etc. Cette coalition tentaculaire d'intérêts politiques et financiers se mit, dès l'affaire de Varennes, au service des Tuileries, notamment après que Louis XVI eût validé la constitution monarchique (septembre 1791). Pour maintenir ou défendre les prérogatives de la cour face aux assauts des clubs et d'une partie de l'Assemblée qui œuvrait en vue de l'instauration d'une République en France, le réseau de Maximilien Radix de Sainte-Foix et de Talon, de concert avec les ministres de Louis XVI (Montmorin, Valdec de Lessart, Bertrand de Molleville notamment), mit sur pied cette ambitieuse (et assez chimérique) entreprise de noyautage des clubs et de l'assemblée en corrompant leurs meneurs influents ou populaires.

Ils s'entendirent avec tout l'entourage de Louis XVI, ses conseillers, tels que Thierry de Ville d'Avray et le duc de Brissac, sur des financiers (Tourteau de Septeuil, Arnault de Laporte et Joseph Duruey), sur des recruteurs, dirigés par M. Collenot d'Angremont[8] qui s'aboucha avec quelques juges de paix (Buob, La Borde, Bosquillon, etc.), sur Jean-Baptiste Léonard Durand, ancien directeur de la Compagnie du Sénégal - recruteur de Danton, et enfin sur des journalistes comme Rivarol et divers membres issus de la rédaction des Actes des Apôtres.

Une partie de leurs entreprises secrètes a été dévoilée grâce à la publication en plusieurs volumes, plus tard ordonnée par la Convention, des « papiers trouvés dans l'armoire de fer », sorte de coffre où le roi déchu avait entreposé quelques éléments de la correspondance de son entourage. Les documents les plus importants ont échappé par des voies diverses (entre autres les lettres confiées à Mme Campan qui tombèrent en tout ou en partie entre les mains de Georges Gounenot, de Berthold Proly et de Bertrand Barère).

Après la journée du 10 août 1792, Talon fut décrété d'arrestation, mais il put se soustraire aux recherches en émigrant en Angleterre grâce au passeport que Danton, très compromis par le comité secret des Tuileries, lui procura.

En l'an II, Talon comme Talleyrand, chassés par l'Alien Bill, aboutirent aux États-Unis. Arrivé à Philadelphie en 1793, il participa à la fondation de la colonie « La Grande Maison »[9] et s'occupa d'import-export.

Sous le Directoire[modifier | modifier le code]

De retour en France sous le Directoire, il devint l'agent de liaison entre les royalistes de l'intérieur et ceux de l'extérieur et la Cour.

Sous le Consulat et le Premier Empire[modifier | modifier le code]

Après le Coup d'État du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), Napoléon Bonaparte ordonna son arrestation en 1804. Talon fut envoyé à l'île Sainte-Marguerite. Atteint de démence, il fut libéré en 1807.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Thomas de Mahy de Favras

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean Arrigon, « Omer Talon », La Revue des Deux Mondes, 1952.
  • Olivier Blanc, La corruption sous la Terreur, Paris, Robert Laffont, 1992.
  • Albert Mathiez:
    • Danton, Talon, Pitt et la mort de Louis XVI, Société des études robespierristes, 1916
    • « Talon et la police de Bonaparte », dans Girondins et Montagnards, Firmin-Didot, 1930, 305 pages
  • Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, 1847-1850 (Gallimard, coll. Folio histoire, 2007, 4 vol.)
  • Adolphe Robert, Gaston Cougny (dir.), Dictionnaire des parlementaires français comprenant tous les membres des assemblées françaises et tous les ministres français depuis le 1er mai 1789 jusqu'au 1er mai 1889, Paris, Bourloton, 1889, tome V (de Talleyrand à Tarte), p. 363.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Charles Lefeuve, Les Anciennes maisons de Paris sous Napoléon III, Paris, Achille faure, 1863, tome II, p. 9.
  2. Gustave Bord, Étude sur la question Louis XVII: Autour du Temple (1792-1795), Émile-Paul, 1912, p. 396.
  3. Louis Sandret, Revue nobiliaire historique et biographique, J.B. Dumoulin., 1875 (nouvelle série: tome 10), p. 25.
  4. Aristide Douarche, Antoine Mathurin Casenave, Andrew Dickson White, Les tribunaux civils de Paris pendant la Révolution (1791-1800): documents inédits recueillis avant l'incendie du Palais de Justice de 1871, L. Cerf, 1907, tome II, 1380 pages, p. 388; Charles Nauroy, Les derniers Bourbons: le duc de Berry et Louvel, les favorites de Louis XVIII, la dernière maitresse du comte d'Artois, la femme du duc d'Enghien, Charavay frères, 1883, 242 pages, p. 152; Georges Cazenave, Une camarilla sous la Restauration, Nouvelles éditions latines, 1955, 172 pages, p. 69.
  5. Joël Félix, Les Magistrats du Parlement de Paris (1771-1790): dictionnaire biographique et généalogique, Sedopols, 1990, 239 pages, p. 229.
  6. Marius Cyrille Alphonse Sepet, La chute de l'ancienne France: La fédération, V. Retaux, 1896, 436 pages, p. 44.
  7. Née le 20 avril 1756, elle épousa en 1775 Marie-Louis-Henri Descorches de Sainte-Croix qui fut nommé par Lebrun ambassadeur de la République à Constantinople.
  8. Jugé au « tribunal du 17 août », il fut le premier noble guillotiné.
  9. Pennsylvania: A Guide to the Keystone State, Oxford University Press, New York, p. 364.