Antoine Louis François Sergent dit Sergent-Marceau

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Antoine Louis François Sergent, dit Sergent-Marceau, le 9 octobre 1751 à Chartres, mort 24 juillet 1847 à Nice, était un peintre, graveur et aquatintiste du XVIIIe siècle.

Personnalité politique de la Révolution française, conventionnel, il fut impliqué dans les massacres de septembre 1792. Après son mariage avec la sœur du général Marceau, il accola à son nom, le nom de celui-ci.

Le graveur[modifier | modifier le code]

Fils d’un arquebusier et habile dessinateur, François Sergent fait ses études à Chartres. En 1768, il part à Paris étudier la gravure chez Augustin de Saint-Aubin durant trois ans, puis retourne à Chartres en tant que graveur et professeur de dessin[1]. Pendant près dix ans, il grave des médailles, des armoiries, des estampes pour bréviaires et entreprend la réalisation d'un plan de Chartres qui reste inachevé[2]. Il s’occupe aussi de gravures héraldiques. Vers 1784, il quitte Chartres pour Paris et commence l’exécution d’une galerie de gravures en couleur représentant des scènes et des personnages célèbres de l’histoire de France[3]. Il était en relation, depuis sa jeunesse avec plusieurs personnages qui jouèrent un rôle capital dans l'histoire de la Révolution française: Jacques-Pierre Brissot et Jérôme Pétion, principalement[réf. nécessaire].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Révolution[modifier | modifier le code]

Dès le début de la Révolution, il accompagne les mouvements populaires. Électeur en 1789, président du district de Mauconseil, il y tient le rôle de juge et de commissaire de police[4]. En 1790, il devient président du district de Saint Jacques l'Hôpital. Il s'affilie à la société des Jacobins où il fait la connaissance du Duc de Chartres[5]. À la fin de l'année 1790, il en devient le secrétaire, poste qu'il occupera de longues années. À la fin de cette même année, il devient président de la section du Théâtre-Français, dite section des Cordeliers.

En 1791, il est nommé officier municipal et se voit confier le département de police[6], conjointement avec Étienne-Jean Panis qui devint un ami intime, et Perron et Vignier qui penchaient pour la monarchie constitutionnelle. Il s'occupe entre autres de l'entretien des prisons[7]. En mai-juin 1792, il est chargé de licencier la garde constitutionnelle de Louis XVI[8].

Il est accusé par ses détracteurs d'avoir pris une part active, avec Pétion, à l'invasion des Tuileries le 20 juin 1792 mais s'en défendra en affirmant qu'il est arrivé juste pour « protéger les jours du roi »[9].

Dans les journées précédant le 10 août 1792, il fournit des armes aux Marseillais venus en réclamer[10]. Il prend une part active à la journée du 10 août[11]. Après le triomphe de l'insurrection, avec Panis, il fait fermer les grilles et procède à l'inventaire des lieux. Il sera par la suite soupçonné de pillage[12].

Le 27 août 1792, il organise la cérémonie funèbre en l'honneur des martyrs de la révolution, en particulier ceux tombés lors de l'attaque des Tuileries. Cette commémoration guerrière appelle à la vengeance[13].

Septembre 1792[modifier | modifier le code]

Il est mêlé aux massacres de septembre. Quoiqu’il ne fasse pas partie de la Commune de Paris nommée le 10 août 1792, il continue à siéger au Comité de surveillance dont sont écartés Perron et Vigner dès le 10 aout, remplacés par Pierre Jacques Duplain et Didier Jourdeuil[14]. Marat y joue un rôle actif dès le début[15] même s'il n'en fait officiellement partie que le 2 septembre[16]. Sergent, qui désapprouve son introduction[17] lui attribue la responsabilité de l'incitation à l'émeute qui conduit aux massacres de septembre. Le 2 septembre, Sergent, selon ses dires[18] arrive trop tard pour empêcher la foule de massacrer les prisonniers. C'est cependant lui qui donne l'ordre, avec Panis, de nettoyer toutes les traces du massacre et rémunère des ouvriers pour s'acquitter de cette tâche. Ce fait lui sera plus tard reproché, et il fut soupçonné d'avoir rémunéré l'assassinat[19]. De plus, sa signature apparait au bas de la circulaire qui incitait à perpétrer des massacres équivalents dans le reste de la France :

« (...) La commune de Paris se hâte d'informer ses frères de tous les départements qu'une partie des conspirateurs féroces détenus dans ses prisons ont été mis à mort par le peuple (...) Sans doute la nation entière (...) s'empressera d'adopter ce moyen si nécessaire de salut public(...)[20]. »

Dès le 25 septembre 1792, Sergent se défend de l'avoir signée et impute à Marat la totale responsabilité des faits[21].

Il est également impliqué dans le pillage du Garde Meuble du 16 - 17 septembre 1792[22].

Le 18 septembre 1792, le Conseil Général Girondin suspend le comité de surveillance[23].

Accusé d'avoir conservé par devers lui, des objets appartenant à des victimes des massacres du 2 septembre, en particulier une agate, Sergent affirme avoir acheté cette agate lors d'une mise en vente des dépouilles du massacre et la restitue mais cet écart lui vaut le sobriquet de Sergent Agate dans le rang de ses détracteurs[24].

Une commission d'enquête parlementaire réclamée par la convention est chargée de poursuivre les auteurs des crimes des 2 et 3 septembre 1792. Le 10 mai 1793, un arrêté du conseil général de la commune l'accuse ainsi que Panis de « bris de scellés et disparition d'objet de valeurs ». Selon Noël Parfait, ces accusations tireraient leur origine de la lutte engagée à cette époque entre les Girondins et les Montagnards[25].

À la convention[modifier | modifier le code]

Élu député de la Convention par le département de la Seine, il siège sur les bancs de la Montagne[26]. Dès octobre 1792, il est adjoint à la commission conservatrice des monuments des arts[27]. C'est à ce poste qu'il prend des mesures pour que soient évitées les dégradations commises sur les monuments historiques, symboles, pour certains, de l'ancien régime. En 1793, il propose la création du musée national de peinture et sculpture, et encourage la création du conservatoire de Musique (projet de Marie-Joseph Chénier). Toujours avec Chénier, il fait promulguer une loi sur la défense du droit d'auteur[28].

Dès le début de son mandat, il s'oppose à ce que soit créée une loi visant à punir les provocateurs des massacres de septembre. Il obtient la suppression de la croix de Saint-Louis[29]. Il est un des plus acharnés lors du procès de Louis XVI et fait partie de ceux qui votèrent pour la mort du roi[30].

Le 31 mai 1793, il participe, selon lui à son corps défendant[31], au coup d'état provoquant la chute des Girondins. Suspecté par Robespierre de sensibilité cordelière[32], il s'éloigne de la scène politique jusqu'au 9-Thermidor. Il poursuit alors son activité jusqu'au 1er juin 1795, proposant la prolongation de 4 mois à un an de la durée d'études dans les Écoles Normales, prenant la défense des membres des anciens comités[33]. Après le 20 mai 1795, il est accusé d'avoir encouragé le peuple lors de l'insurrection, on ressort alors la circulaire du comité de surveillance et les accusations de détournement. François Sergent prend la fuite[34].

Exils[modifier | modifier le code]

Il épouse la sœur de François Séverin Marceau, accole à son nom celui du célèbre général et se fait appeler Sergent-Marceau[35]. Il s'installe, en Suisse, à Bâle où il reprend ses activités de graveur. L’amnistie de brumaire an IV lui permet de revenir en France, ce qu'il fait en 1797.

Après le 30 prairial de l'an VII (18 juin 1799), le général Bernadotte le nomme commissaire du gouvernement près de la régie des hôpitaux militaires, poste qu'il occupe pendant 4 ans[36]. Mais le coup d'État du 18 brumaire le place comme personnage dangereux pour le nouveau régime. Après l’attentat de la rue Saint-Nicaise, il est arrêté et emprisonné.

Rendu à la liberté après une brève détention, il est autorisé à quitter la France et il part vivre en Italie, difficilement, de son art, et de la pension que sa femme peut obtenir du gouvernement impérial, en 1809, comme sœur du général Marceau-Desgraviers.

C'est en 1824, année du début du règne de Charles X qu’il se fixe à Nice. En 1834, la mort de son épouse le prive de la pension qui permettait au vieux couple de survivre. Il reçoit alors une pension de Louis-Philippe Ier[37].

Il meurt, aveugle, à Nice, le 24 juillet 1847 à l'âge de 95 ans.

Principales œuvres[modifier | modifier le code]

Chartres[modifier | modifier le code]

  • Christ en croix, la vierge et la trinité - gravure sur missel.
  • Vue de la cathédrale de Chartres (1783)
  • Vue de l'abside de l'église Saint André de Chartres

Paris[modifier | modifier le code]

  • Portraits des personnages célèbres et sujets mémorables de l'Histoire de France (1787 - 1789)
  • Tableaux des révolutions de paris depuis 1789

Exils[modifier | modifier le code]

  • Portrait de madame Royale, duchesse d'Angoulème (1795)
  • Portrait en pied du général Marceau
  • Tableau de l'univers et des connaissances humains
  • Costumi di populi antichi e moderni
  • Notices historiques sur le général Marceau (1820)
  • Iconologie (1821)
  • Monuments du musée Chiaramonti (1822)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Noel Parfait, Notice biographique sur A.-F. Sergent, graveur en taille-douce: député de Paris à la Convention nationale, Garnier, imprimeur-libraire, 1848, p 7
  2. Parfait, p 10
  3. Parfait, p 11
  4. Parfait p 12
  5. Biographie universelle (Michaud) ancienne et moderne, Volume 39, article Sergent(Antoine François), Madame C. Desplaces, 1854, p 96
  6. Parfait, p 14
  7. Parfait p 15
  8. Michaud, p 97
  9. Parfait, p 16
  10. Louis Blanc, Histoire de la révolution française, Volume 7, Société typographique Belge, 1855, p 33
  11. Parfait p 17
  12. Michaud p 97.
  13. Blanc, p 118
  14. Louis Mortimer Ternaux, Histoire de la Terreur: 1792-1794, Volume 3, M. Lévy, 1868, p 92
  15. France: Dictionnaire encyclopédique, Volume 5, Par Philippe Le Bas, Augustin François Lemaitre, p 425 "où dominait Marat même avant d'en faire partie"
  16. Louis Mortimer Ternaux, Histoire de la Terreur: 1792-1794, Volume 3, M. Lévy, 1868, p 216
  17. Parfait p 19
  18. parfait p 23
  19. Blanc, p 183
  20. Parfait, p 76
  21. Parfait p 33
  22. Michaud p 97
  23. Parfait p 35
  24. Louis Blanc p 221
  25. Parfait, p 41
  26. Michaud p 98
  27. Parfait, p 45
  28. Michaud, p 98
  29. Parfait, p 39
  30. Parfait p 41
  31. Parfait, p 47
  32. Christine Le Bozec, Éric Wauters, Pour la Révolution française: en hommage à Claude Mazauric, Publication Univ Rouen Havre, 1998, p 379
  33. Parfait p 53
  34. Michaud p 98
  35. Michaud, p 98
  36. Parfait p 59
  37. Parfait p 64

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Biographie universelle (Michaud) ancienne et moderne, Volume 39, article Sergent(Antoine François), Madame C. Desplaces, 1854
  • Noel Parfait, Notice biographique sur A.-F. Sergent, graveur en taille-douce: député de Paris à la Convention nationale, Garnier, imprimeur-libraire, 1848
  • Louis Blanc, Histoire de la révolution française, Volume 7, Société typographique Belge, 1855
  • Assemblée nationale - Base de données historique des anciens députés : Antoine, François SERGENT-MARCEAU
  • Marc Tinoy, Sergent Marceau, 1751 - 1847 : une curieuse figure de la révolution, G. Le Prat, 1943