Antoine-Louis Polier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Polier.

Antoine-Louis de Polier, ou Antoine David Henry Polier[1], baptisé le 28 février 1741 à Lausanne et assassiné le 9 février 1795 à Avignon, était un ingénieur et orientaliste franco-suisse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Antoine-Louis de Polier était le plus jeune fils de Jacques-Henri de Polier et de son épouse Jeanne-Francoise Moreau de Brosses, descendant d'une famille noble de Protestants français ayant émigré en Suisse au milieu du XVIe siècle pour fuir les Guerres de religion.

Claude Martin Antoine-Louis Polier Johann Zoffany
Antoine-Louis Polier, Johann Zoffany, Claude Martin et John Wombwell.

À 15 ans, il s'embarqua pour les Indes pour rejoindre un oncle riche qui mourut avant son arrivée. Sans le sou, Polier s'engagea alors dans l'armée britannique. Il resta en Inde jusqu'en 1788 en occupant divers postes importants à la Compagnie anglaise des Indes orientales, puis auprès du nabab Souja-oul-Doula. À Lucknow, il fit la rencontre, entre autres du français Claude Martin et du savoyard Benoît de Boigne qui résida un temps dans sa demeure.

Il eut des hauts et des bas, tantôt il fut comblé de faveurs, tantôt il connut la disgrâce. Il commanda un temps une armée de 7 000 hommes pour l'Empereur mogol Chah-Aalum, perdit des batailles, puis retourna dans l'armée britannique.

En juillet 1788 Antoine-Louis Polier rentra en Europe, en rapportant une riche collection de manuscrits orientaux, dont une copie complète des Vedas en 11 volumes qu'il offrit au British Museum. Il se maria et se fixa à Lausanne.

Les troubles qui agitèrent le canton de Vaud le déterminèrent à s'installer en France, non loin d'Avignon. Habitué au luxe colonial asiatique, il excita par le faste de sa manière de vivre la cupidité d'une troupe de brigands qui sévissait dans le Vaucluse. Il fut assassiné à son domicile le 9 février 1795 à coups de sabre, de couteau, et d'armes à feu[2].

Il laisse deux enfants, les comtes Charles et Adolphe de Polier

Œuvre[modifier | modifier le code]

Durant son long séjour en Inde, le colonel Polier a pu se familiariser avec l'hindouisme auprès d'un informateur de première main, un brahmane du nom de Ramtchund. De retour en Suisse, Polier a établi un vaste dossier sur le sujet et rassemblé un grand nombre de notes, mais sans les fondre dans un texte définitif. Ce sera l’œuvre de sa sœur, la chanoinesse de Polier, qui publiera en 1809 Mythologie des Indous / Travaillée par Mdme. la Chnsse. de Polier sur des manuscrits authentiques apportés de l'Inde par feu Mr. le Colonel de Polier, Membre de la Société Asiatique de Calcutta. Cet ouvrage regroupe les notes sur la religion mais également des résumés fort développés – et déjà mis en forme par le colonel – de trois textes majeurs de l'hindouisme, le Ramayana, le Mahâbhârata et le Bhâgavata Purâna.

Alors que les spécialistes ont négligé ce travail de synthèse, le jugeant peu intéressant parce que déformé par la chanoinesse[3], Georges Dumézil et son collègue suédois Stig Wikander ont remarqué, dès le milieu des années 1950, la qualité du texte de Polier et ils se sont promis de réhabiliter l'auteur et son œuvre. C'est ce qui a donné lieu à la publication en 1985 par Dumézil de l'ouvrage Le Mahabarat et le Bhagavat du colonel de Polier qui permet de découvrir de substantiels extraits d'« une vieille œuvre injustement oubliée[4] », à savoir les chapitres V à X et la première partie du chapitre XI de la Mythologie des Indous. Dans sa recension, le colonel a nettement mis l'accent sur la vie de Krishna (le Bhâgavata Purâna), narrant longuement ses nombreux épisodes pleins de rebondissements et passant somme toute assez rapidement sur la querelle entre les Pândava et les Kaurava (qui fait l'objet de l'immense Mahâbhârata), considérée comme un épisode parmi d'autres de la vie de Krishna. Il passe en particulier sous silence le dialogue entre Arjuna et Krishna, qui est le thème de la Bhagavad-Gītā, un des ouvrages essentiels de l'hindouisme.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Identité figurant sur son acte de décès, consultable sur le site des archives municipales d'Avignon (vues 418 à 421).
  2. Le rapport de l'autopsie réalisée le 22 pluviôse de l'an III (10 février 1795) sur la scène du crime par un juge de paix et un officier de santé est inclus in extenso dans l'acte de décès susmentionné.
  3. Georges Dumézil, « Préface », in Le Mahabarat et le Bhagavat du colonel de Polier, Paris, Gallimard, 1985, p. 10.
  4. Id., p. 37

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Georges Dumézil. Le Mahabarat et le Bhagavat du Colonel de Polier. Paris, Gallimard, 1985.