Anthropologie économique

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L'anthropologie économique est un champ de la discipline anthropologique qui étudie les dispositifs mis en œuvre par les sociétés humaines afin de produire et échanger les biens matériels nécessaires à leur consommation et à leur reproduction en tant que groupes[1].

Ce domaine de l'anthropologie à principalement été exploré par le courant marxiste à travers les études de Maurice Godelier ou de Claude Meillassoux.

Origines[modifier | modifier le code]

Dès ses débuts, l'anthropologie met en évidence la diversité des modèles économiques et leur rôle dans le fonctionnement de toute société humaine. Un des premiers anthropologues à aborder la question de l'importance des échanges et de la compétition qu'ils peuvent induire est l'américain Franz Boas(1858-1942) à travers de ses travaux sur le Potlatch, pratiqué par les sociétés autochtones de la côte nord-ouest de l'Amérique [2].

Marcel Mauss s'est intéressé aux cultures dont l'économie est fondée sur le don plutôt que sur l'échange marchand. L'anthropologue Bronislaw Malinowski a lui aussi travaillé sur le domaine économique en décrivant le système de la kula dans les sociétés trobriandes[3].

Ces analyses détaillées ouvrirent la porte à la remise en question de la vision évolutionniste des systèmes économiques, dominante jusqu'au début du XXe siècle[4]. Elles montrent que de nombreuses activités économiques se développent au delà des activités de subsistance.

Mythe de l'économie de subsistance[modifier | modifier le code]

Dans la lignée d'Adam Smith, une pensée très répandue était celle du sauvage en perpétuelle quête de nourriture pour pouvoir à peine survivre. Seul le développement de techniques en vue de maitriser la nature, et en parallèle d'un système marchand ou capitaliste, peut libérer les sociétés primitives de la misère, leur permettre de disposer de "loisir" et ainsi pouvoir fabriquer de la culture. Ces sociétés n'auraient donc pu développer qu'une économie de subsistance ou auto-subsistance.

Récemment, les recherches anthropologiques menées auprès de sociétés dites de chasseurs-cueilleurs (par ex. Aborigènes de la Terre d'Arnhem, Bochimans du Kalahari) et mises à profit par Marshall Sahlins en 1976 remettent en question ce préjugé idéologique[5]. Marshall Sahlins cherche en effet à montrer que ces sociétés consacrent extrèmement peu de temps à leur subsistance et disposent de larges "loisirs", sans parler d'une culture extrêmement complexe, et ceci malgré le fait que ces peuples ne disposent aujourd'hui que des terres les plus inhospitalières.

Approches[modifier | modifier le code]

Trois écoles se partagent le champ d'investigation de l'anthropologie économique, se basant sur des définitions différentes de ce qu'est l'économie [6]

Les formalistes[modifier | modifier le code]

Ce courant se base sur une définition restrictive de l'économie [4]; celle de Lionel Robbins (1935) qui consiste à voir l'économie comme "la science qui étudie le comportement humain comme une relation entre des fins et des moyens rares qui ont des usages alternatifs". Cette vision de l'économie restreint l'objet d'étude de l'anthropologie économique aux comportements humains qui combinent au mieux des moyens déterminés et rares pour atteindre des fins spécifiques[7]. Cela sous-tend la notion de rareté, de choix rationnel, de compétition entre acteurs et par extension celle de l'Homo œconomicus animé par le goût du profit personnel et pour qui la fin justifie les moyens. Le courant formaliste ne conçoit donc qu'un seul type d'économie celui de l'économie de marché et de la libre concurrence [6]. Les formes primitives d'échange sont donc analysées sous l'angle de pré-économie capitaliste et l'économie libérale est perçue comme naturelle et universelle.

Les principaux représentants de ce courant sont Melville Herskovits, Edward LeClair, Harold Schneider, Robbins Burling, Richard Salisbury

Les substantivistes[modifier | modifier le code]

Le courant des substantivistes se base sur une définition plus large de l'économie. C'est, dans ce cas-là, la science qui s'intéresse à l'ensemble des rapports sociaux quels qu'ils soient, qui règlent dans chaque type de société la production et la répartition des biens matériel [4]. Les grandes figures de ce mouvement, Karl Polanyi et Georges Dalton mettent en évidence que les rapports "économiques" sont encastrés dans d'autres types de rapports. Ils doivent être compris en termes de processus visant à assurer la "subsistance" qui possèdent une réalité en soi. Les analyses substantivistes se concentrent sur la circulation et la distribution des biens. Ce courant, contrairement aux formalistes, insiste sur le fait que l'économie primitive diffère de l'économie marchande par sa nature profonde et non par son degré[6].

Le courant marxiste[modifier | modifier le code]

Les marxistes tentent sur base de l'appareil conceptuel commencé par Karl Marx d'expliquer le pourquoi et le comment des variétés de modèles économiques, mais aussi leurs rôles et fonctions dans les sociétés; Maurice Godelier, Claude Meillassoux, E. Terray

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Francis Dupuy, Anthropologie Économique, Armand Colin, 2e ed., 2008 (2001), p.9
  2. Le Potlach,Franz Boas, 1889
  3. Les argonautes du Pacifique occidental, Bronislaw Malinowski, 1922
  4. a, b et c Maurice Godelier, Anthropologie Économique, Encyclopedia Universalis
  5. Francis Dupuy, Anthropologie Économique, Armand Colin, 2e ed., 2008, p38
  6. a, b et c Francis Dupuy, Anthropologie Économique, Armand Colin, 2e ed., 2008, pp19-31
  7. Maurice Godelier, Horizon, trajets marxistes en anthropologie, Maspero, 1973

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anthropologie économique, Francis Dupuy, 2001, Armand Colin
  • Anthropologie économique, Maurice Godelier, Encyclopédia Universalis
  • "Wirtschaftsanthropologie", n° spécial de la revue Historische Anthropologie : Kultur, Gesellschaft, Alltag, 17-2, 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]