Anne de Jésus

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Anne de Jésus
Image illustrative de l'article Anne de Jésus
Portrait d'Anne de Jésus
Vénérable
Naissance 25 novembre 1545
Medina del Campo (Espagne)
Décès 4 mars 1621 
Bruxelles (Belgique)
Nom de naissance Ana de Lobera Torres
Nationalité Drapeau de l'Espagne Espagnole
Béatification en cours
Vénéré par O.C.D
Fête 4 mars

Ana de Lobera Torres, connue sous son nom religieux d'Anne de Jésus (Ana de Jesús en espagnol), née à Medina del Campo le 25 novembre 1545 et morte le 4 mars 1621 à Bruxelles, est une religieuse, grande mystique, et écrivain espagnole. Elle est proche de Jean de la Croix et de Thérèse d'Avila. Elle répand l'œuvre de Sainte Thérèse d'Avila en Europe, et rassemble les écrits de la Sainte. Elle est déclarée Vénérable le 2 mai 1878.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Née à Medina del Campo le 25 novembre 1545, elle est baptisée le jour même. Peu de temps après sa naissance son père meurt. Elle a un frère ainé, Cristobal, qui devient jésuite. Elle est muette et sourde les sept premières années de sa vie, jusqu'au jour où elle commence à parler. À l'âge de 9 ans, sa mère meurt et c'est sa grand-mère qui obtient la tutelle des deux enfants. Anne de Lobera fait alors vœu de chasteté, contre l'avis de sa grand-mère qui cherche à la marier.

En 1560, à l'âge de 15 ans, elle décide avec son frère de partir vivre à Plasence, chez leur grand père paternel, où il vivent pendant 10 ans.

Vie religieuse[modifier | modifier le code]

À l'âge de 18 ans, elle décide de se mettre sous la direction spirituel du Père Pedro Rodríguez, jésuite, qui part en 1569 à Tolède. Il rencontre le Père Pablo Hernandez, lui aussi jésuite, qui lui parle et lui présente Thérèse d'Avila. La même année, Anne souffre d'une grave maladie, qui dura trois mois, et qui devient plus sévère avec une fièvre importante, ou sans doute la malaria.

Un an plus tard, le père Pedro lui écrit une lettre à Plasence, lui parlant de Thérèse d'Avila et lui demandant si elle voulait entrer chez les carmélites. En lui répondant, elle lui demande s'il gère avec Thérèse d'Avila pour savoir où cette dernière veut qu'elle professe. Thérèse d'Avila l'admet dans l'ordre le 2 avril, lui demandant qu'elle se soigne afin d'aller à Áviladans son prieuré.

Le 31 juillet, Anne part pour Avila, où elle prend l'habit de novice le 1er août, étant reçue par Marie de Saint-Joseph en l'absence de Thérèse d'Avila, qui était alors à Tolède. En novembre 1570, Thérèse d'Avila l'envoie dans la nouvelle fondation à Salamanque, et le 22 octobre 1571, elle fait sa profession et prend l'habit. L'année suivante, elle est nommée sacristine et infirmière, afin de la distraire de ses méditations (selon Thérèse d'Avila). Elle reste à Salamanque jusqu'en janvier 1575.

Relations avec Thérèse d'Avila[modifier | modifier le code]

À partir du moment où Thérèse d'Avila connait Anne de Jésus, elle voit en elle de nombreuses vertus et elle devient sa fille de prédilection, qui avec Marie de Saint-Joseph, sont ses piliers pendant sa vie et pour sa succession.

Anne de Jésus est alors envoyée pour les fondations les plus difficiles en Andalousie, et en Castille, étant sure de la valeur d'Anne de Jésus.

Les fondations[modifier | modifier le code]

En Espagne[modifier | modifier le code]

La première sortie d'Anne de Jésus de Salamanque en 1575 est pour la fondation d'un carmel à Beas de Segura. Elle rencontre alors Jérôme Gratien, qui est alors le Visiteur en Andalousie. En octobre 1578, elle rencontre Jean de la Croix, qui s'était échappé de sa prison au Carmel de Tolède. Anne est alors très marquée par l'influence spirituelle de Jean de la Croix.

En janvier 1582, suivant les conseils de Jérôme Gratien et de Jean de la Croix, part pour effectuer une nouvelle fondation à Grenade. Elle est accompagnée de Jean de la Croix et de 6 religieuses. Le nouveau carmel est fondé le 21 janvier.

Elle intervient à la fondation du carmel à Malaga. En juillet 1586, elle fonde le carmel de Madrid, là où Thérèse d'Avila cherchait à fonder sans y parvenir. Elle y rencontre la fille du roi Philippe II d'Espagne, Isabelle Claire Eugénie d'Autriche qui devient son amie. Depuis Madrid elle prépare les fondations de Huarte et Valence. En 1586 elle revient à Salamanque pour devenir la prieure du Carmel.

En Europe[modifier | modifier le code]

Marie de Saint Joseph est envoyée par Thérèse d'Avila pour fonder en France après avoir fondé à Séville et l'avoir nommée Prieure à Lisbonne. Elle est envoyée en secret à Cuerva (près de Tolède) et meurt le 4 mars 1621 dans des circonstances étranges. C'est Anne de Saint-Barthélemy, qui servait d'infirmière à Thérèse d'Avila dans les dernières années de sa vie, qui est choisie pour lui succéder. Cinq autres religieuses l'accompagnent.

En France la fondation se fait sous la protection de Pierre de Bérulle, qui avec d'autres personnes envoie des lettres à Henri IV, roi de France, ainsi que l'ambassadeur français Barrault, et une bulle « In Supremo » daté du 13 novembre 1603. Pierre de Bérulle a pour préférence la venue d'Anne de Jésus en France, mais le supérieur Général, Francisco de la Madre de Dios, y est opposé. Après des discussions, et l'appui d'Anne de Saint-Barthélemy qui soutient la candidature d'Anne de Jésus, il décide d'envoyer Anne de Jésus en France pour fonder l'ordre du carmel déchaussé en France.

Ils arrivent à Paris le 15 octobre 1604 et, le 18 octobre, le nouveau carmel du nom de l'Incarnation est fondé, ayant pour prieure Anne de Jésus.

L'année suivante, en 1605, elle fonde un nouveau carmel à Pontoise, et un troisième à Dijon[1].

Isabel Clara Eugenia, la fille de Philippe II, gouvernante des Pays-Bas, demande à Anne de fonder un carmel là-bas. Ce qu'elle fait le 25 janvier 1607, et le 7 novembre elle fonde un carmel à Lovania. Elle fonde encore un carmel le 7 février 1608 à Mons. Elle meurt à Bruxelles en 1621.

Elle suscitera également d'autres fondations, sans pour autant y participer comme la fondation d'un carmel à Cracovie en 1612, et à Anvers en 1619[2].

Postérité[modifier | modifier le code]

Le procès en béatification[modifier | modifier le code]

L'année même de la mort d'Anne de Jésus, en 1621, commence le processus ordinaire de béatification et de canonisation à Malines, Tournai, Cambrai, Arras, Anvers. Les déclarations se poursuivent jusqu'en 1642, mais le processus n'ira pas plus loin.

En 1872, la cause de béatification est relancée. Pour cela, le Père Ignacio Bertolo, carme belge et définiteur général, publie un guide de documents procéduraux de Sœur Anne de Jésus, qui est intitulé «Tableau chronologique des principaux Témoignages… de la Vénérable mère Anne de Jésus " à Bruxelles. Le 2 mai 1878 elle est déclarée Vénérable[1] et sa cause de sa béatification est introduite à Rome.

En 1881, le père Bertolo ouvre, dans le diocèse de Malines, la procédure sur sa réputation de sainteté, sa vie et ses miracles. Il ouvre également de nouveaux décrets sur les écrits et la validité du procès apostolique.

Le 2 mai 1885, ses écrits et lettres spirituelles qui révèlent sa profonde vie intérieur et une extraordinaire prudence sont approuvés par les autorités religieuse[3] En 1895, le père Bertolo ouvre à Malines un autre processus sur les vertus et les miracles "in specie". Et en 1904, un autre décret relatif à la validité du procès apostolique est ouvert.

Influence[modifier | modifier le code]

Quand Thérèse d'Avila a écrit le livre des Fondations, elle partageait sa cellule avec Sœur Anne, dans le carmel de Salamanque et Anne était au courant de tout ce qu'écrivait la sainte. Quelques années plus tard, quand l'Inquisition fut surpris par Le livre de la vie (de Thérèse d'Avila), elle consultera Anne de Jésus. Anne était celle qui connaissait le mieux de l'œuvre de Thérèse d'Avila.

De même, Saint Jean de la Croix lui confiera son Cantique spirituel, qu'elle a conservé jusqu'en 1586. Jean de la Croix viendra avec elle lors des fondations de Baeza et Jaén. Il lui dédiera même son commentaire sur le Cantique Spirituel[3].

Lorsqu'elle vit pour la première fois Jean de la Croix (tout juste évadé de son cachot), tout couvert de plaies, Anne demanda à deux religieuses de chanter des texte (d'elle-même ?). En les entendant chanter, Jean de la Croix tomba en extase. De nombreux auteurs se sont attribués la paternités de ces écrits d'Anne de Jésus, si bien qu'aujourd'hui il subsiste des doutes sur l'auteur exacte.

Anne fut celle qui quelques années après la mort de Thérèse d'Avila a rassemblée toute son œuvre. En 1587, étant à Madrid, elle a rencontrée Luis de León, qui lui a demandé ce travail afin de réaliser une publication des écrits de Thérèse. Cette publication a été réalisée à Salamanque en 1588 sous le nom Los libros de la madre Teresa de Jesús, fundadora de los monasterios de monjas y frailes de Carmelitas Descalzos de la primera Regla (Livres de mère Thérèsa, fondatrice des monastères de moniales et les moines des Carmes déchaux de la première Règle).

Anne a aussi écrit le récit de la fondation à Grenade. Sur les conseil du Père Jérôme Gratien, elle a également écrit le récit de son voyage à Paris.

Anne a également lutté avec le père Gratien pour défendre l'esprit de la réforme Thérésienne contre le père Nicolas Doria[3]. Elle fut pour cela emprisonnée durant 3 ans[1].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Les écrits, déclaration, procès-verbaux et la correspondance d'Anne de Jésus présentent une importance bien supérieur à ses poèmes. Très peu de ses œuvres manuscrites nous sont parvenues, ce sont essentiellement des copies. Certaines de ses écrits ont été perdues.

Elle nous a laissée un grand nombre de lettres et de documents. Mais il est très regrettable que les lettres que lui a écrit Thérèse d'Avila aient été brûlées. C'est Anne elle-même qui a détruit ces courriers sur la demande expresse de la Madre, durant les années où elles rencontraient des grandes oppositions avec les carmes chaussés. Anne a témoignée, en 1597, de sa douleur à exécuter cet ordre.

Citation[modifier | modifier le code]

  • « Ce ne sont pas les hommes qui nous éprouvent, mais celui-là même qui sait comment doivent être taillées les pierres vivantes de la Jérusalem céleste. »[4]
  • « Le Roi des rois, voici le Roi des rois qui en faisant de nous des seigneurs, s'est soumis à nos lois, et Il s'est chargés de douleurs. »[5]

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Manrique, Ángel (1632). La Venerable Madre Ana de Jesús, discípula y compañera de la S.M. Teresa de Jesús y principal aumento de su orden. Fundadora de Francia y Flandes. Lucas de Meerbeeck. Bruselas. 1632.
  • Presentación de la, Juan (1748). Vida devota de la beata madre María Ana de Jesús: religiosa del sacro, real, y militar Orden de Descalzos de Nuestra Señora de la Merced, Redención de Cautivos. Madrid: I. de Hernández Pacheco, 1784. (3ª Édition).
  • V.V.A.A. (1966). Humor y espiritualidad en la escuela teresiana primitiva; Santa Teresa de Jésus, Jerónimo Gracián, Ana de Jesús, María de San José. Burgos: Editorial "El Monte Carmelo", 1966.
  • Fortes, Antonio (1996). Escritos y documentos de Ana de Jesús. Burgos: Editorial "El Monte Carmelo", 1996.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Vénérable Anne de Jésus sur martyretsaint.com
  2. Anne de Jésus - Qui es-tu ? sur lecarmel.org
  3. a, b et c (en) ANNE OF JESUS Servant of God (D) sur le site carmelnet.org
  4. Extension du Carmel réformé en Europe sur carmel.asso.fr
  5. (es) « El Rey de reyes, Mirad al Rey de los reyes que por hacernos señores se sujeta a nuestras leyes y se carga de dolores. »