Anne-Marie Staub

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Anne-Marie Staub

Naissance 13 novembre 1914[1]
Pont-Audemer (Eure)[1] (France)
Décès 2012[1]
Saint-Germain-en-Laye (Yvelines)[1] (France)
Nationalité Drapeau : France française
Champs Biochimie
Immunochimie
Sérologie
Institutions Institut Pasteur
Renommée pour Premiers antihistaminiques
Étude des salmonelles
Caractérisation des polyosides des antigènes O
Distinctions Prix Paul-Ehrlich-et-Ludwig-Darmstaedter (1969)

Anne-Marie Staub est une biochimiste française, née en 1914 et morte en 2012, surtout connue pour ses contributions à la mise au point des premiers antihistaminiques et pour ses importants travaux en sérologie et en immunologie, et plus précisément pour ses études immunochimiques sur les Salmonelles.

L’œuvre scientifique[modifier | modifier le code]

Anne-Marie Staub est née le 13 novembre 1914 à Pont-Audemer dans l'Eure, dans une famille pastorienne : Pasteur avait été témoin au mariage de son grand-père en 1882, et son père, André Staub, est entré à l'Institut Pasteur en 1906[2] ou 1907[3]. Il y travaille encore en 1936 quand elle y est reçue à son tour pour préparer le doctorat en sciences sous la direction de Daniel Bovet. Depuis 1933, le futur prix Nobel conduit des recherches sur l'action sympatholytique de certaines molécules synthétisées dans le laboratoire de chimie thérapeutique d'Ernest Fourneau[4]. C’est sur la découverte des propriétés antihistaminiques de quelques-uns de ces composés qu’Anne-Marie Staub signe, avec Bovet, ses premières publications[5]. Et sa thèse de 1939 porte sur « quelques bases synthétiques antagonistes de l'histamine »[6]. Cependant, les molécules en question, le 929 F et le 1271 F[n 1], restent trop toxiques et ce n’est qu’à partir de 1942 que Bernard Halpern développera, chez Rhône-Poulenc, les premiers antihistaminiques médicalement exploitables[7].

Entre-temps, Anne-Marie Staub s’est tournée vers d’autres sujets. Daniel Bovet ayant été mobilisé en Suisse, son pays natal, Ernest Fourneau a confié les recherches sur les antihistaminiques à la société Rhône-Poulenc. En septembre 1939, Anne-Marie Staub quitte donc le service de chimie thérapeutique pour rejoindre celui des vaccins vétérinaires, dirigé par son père[8], et pour y poursuivre l'étude de sérums anticharbonneux. De 1941 à 1946, elle travaille au laboratoire de Pierre Grabar. Elle s'initie à l'immunochimie en étudiant les antigènes qui se développent dans l’œdème provoqué chez le cobaye par l'inoculation de Bacillus anthracis, la bactérie du charbon. Dans l’œdème d'un mouton vacciné, elle réussit alors à isoler une glycoprotéine capable d'immuniser contre la maladie[9].

Pendant toutes ces années de guerre, Anne-Marie Staub donne des cours de français, d'allemand et de secourisme dans le cadre d'une association de charité. A la libération, en août 1944, son frère Roger, résistant, est tué par l'occupant[1].

Après la guerre, Anne-Marie Staub poursuit ses études sur les glycoprotéines et sur le charbon. De 1946 à 1949, elle réside à Londres, travaillant auprès de Claude Rimington, qui l'associe à ses recherches sur la purification et l'analyse des glycoprotéines[10], et à l'Institut Lister (en) du Conseil de la recherche médicale, dans le laboratoire de Paul Fildes et Gareth Gladstone, avec lesquels elle collabore à la mise au point d'un vaccin anticharbonneux.

De retour à l'Institut Pasteur en 1949, elle entre au service des vaccins, dirigé par Antoine Bonnefoi, où elle est nommée assistante et où, promue chef de laboratoire en 1953, elle approfondit ses études sur le bacille du charbon, avec Bernard Virat et Jean Levaditi[11].

Dans les années 1960, elle poursuit des recherches en immunologie, et plus spécialement sur les antigènes des salmonelles, avec Otto Lüderitz (de) et Otto Westphal (de)[12]. Elle travaille sur la caractérisation des déterminants épitopiques des chaînes polysaccharadiques reconnues par les anticorps. Elle décrit de nouveaux sucres. Elle contribue également à la classification sérologique des Salmonellae. Enfin, avec Léon Le Minor, elle étudie la conversion lysogénique des salmonelles par les bactériophages, et ses effets sur les déterminants polysaccharidiques[13],[14].

De 1960 à 1974, elle codirige avec Marcel Raynaud[15] le cours d'immunologie générale de l'Institut Pasteur, avant d'en laisser la direction à Joseph Alouf.

Anne-Marie Staub est morte en 2012 à Saint-Germain-en-Laye où elle avait pris sa retraite.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Publications
  • 1956-1972 : avec O. Lüderitz, O. Westphal et al., « Études immunochimiques sur les Salmonelles, I-XV », Ann. Inst. Pasteur ; Bull. Soc. chim. biol. ; European J. Biochem.,‎ 1956-1972.
  • 1971 : Cours d'immunologie générale et de sérologie de l'Institut Pasteur (dir., avec Marcel Raynaud), Centre de documentation universitaire, Paris.
Sur Anne-Marie Staub
  • (de) Renate Strohmeier, Lexikon der naturwissenschaftlerinnen und naturkundigen Frauen Europas : Von der Antike bis zum 20. Jahrhundert, Verlag Harri Deutsch, 1998, pp. 261 et suiv. (ISBN 978-3817-11567-9) (Extrait. Consulté le 4 juin 2013.)

Récompenses et distinctions[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Archives de l'Institut Pasteur.
  2. « Repères chronologiques : André Staub (1887-1967) », Service des archives de l'Institut Pasteur (page consultée le 1er août 2013).
  3. Sandra Legout, « La Famille pasteurienne en observation : Histoire et mémoire », dans Histoire, économie et société, 20e année, no 3, 2001, p. 347 (Texte intégral. Consulté le 15 février 2013.)
  4. E. Fourneau et D. Bovet, « Recherches sur l'action sympathicolytique de nouveaux dérivés du dioxane », dans C. r. séances Soc. biolog., vol. 113, 1933, pp. 388-390 ; « Recherches sur l'action sympathicolytique d'un nouveau dérivé du dioxane », Arch. int. pharmacodynam. et thér., vol. 46, 1933, pp. 178-191.
  5. A.-M. Staub et D. Bovet, « Action protectrice des éthers phénoliques au cours de l'intoxication histaminique », dans C. r. séances Soc. biol., vol. 124, 1937, pp. 547-549 ; « Action de la thymoxyéthyldiéthylamine (929 F) et des éthers phénoliques sur le choc anaphylactique du cobaye », C. r. séances Soc. biol., 1937, vol. 125, pp. 818-823.
  6. A.-M. Staub, « Recherches sur quelques bases synthétiques antagonistes de l'histamine », dans Ann. Inst. Pasteur, vol. 63, 1939, pp. 400-436.
  7. B. Halpern, « Les Antihistaminiques de synthèse : Essais de chimiothérapie des états allergiques », dans Arch. int. pharmacodynam. et thér., vol. 68, 1942.
  8. « Anne-Marie Staub : Elle se souvient de 1940 », sur Réussir ma vie (Lire en ligne. Consulté le 14 octobre 2012.)
  9. P. Grabar, A.-M. Staub et R. Prudhomme, « Recherches immunochimiques sur la bactérie charbonneuse », Ann. Inst. Pasteur, 1944-1946.
  10. A.-M. Staub et C. Rimington, « Preliminary Studies on the Carbohydrate-rich Fractions of Ox Serum », Biochem. J., vol. 42, 1948, pp. 5-13. (Texte intégral. Consulté le 28 août 2013.)
  11. « Lethal Power of Certain Non-capsulated Stocks of Bacillus anthracis », avec Bernard Virat et Jean Levaditi, Ann. Inst. Pasteur, vol. 88, no 2, 1955, p. 244 PMID : 13403278.
  12. Études sur les Salmonelles, 1956-1972.
  13. L. Le Minor et A.-M. Staub, « Étude sérologique des facteurs O 27 des Salmonella », dans Ann. Inst. Pasteur (Paris) (ISSN 0020-2444), vol. 110, no 6, juin 1966, pp. 834-848.
  14. (en) Jean-Marc Cavaillon, « The Pasteur Institute to Host the 6th IES Conference » (présentation du 6e colloque de l'International Endotoxin Society, tenu à l'Institut Pasteur de Paris du 24 au 27 août 2000), dans Endotoxin Newsletter, vol. 9, no 2, été 1999. (Texte intégral. Consulté le 12 août 2012.)
  15. « Repères chronologiques : Marcel Raynaud (1911-1974) », Service des archives de l'Institut Pasteur (page consultée le 1er août 2013).

Note[modifier | modifier le code]

  1. Selon un usage emprunté aux laboratoires allemands (606 (Salvarsan), 205 Bayer (Germanine), etc.), les produits du laboratoire de chimie thérapeutique de l'institut sont numérotés dans l'ordre de leur découverte : 1262 F (sulfanilamide), 1399 F (acédapsone), etc.