Anne-Marie Javouhey

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Anne-Marie Javouhey sur un canivet du XIXe siècle

Anne-Marie Javouhey, née le 10 novembre 1779 à Jallanges (Côte-d'Or) en Bourgogne, morte le 15 juillet 1851 à Paris, est la fondatrice de la congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny.

Biographie[modifier | modifier le code]

La fondatrice d'une nouvelle congrégation[modifier | modifier le code]

Mère Rosalie Javouhey, la plus jeune sœur, en 1819

Anne-Marie Javouhey naît au sein d'une famille qui comptera dix enfants (quatre décéderont jeunes). En pleine Révolution française, elle se consacre à Dieu lors d'une messe clandestine. Adolescente, elle instruit les enfants pauvres de son village de Chamblanc et des alentours. Elle catéchise également et prie longuement devant l'oratoire familial qui se trouve dans le jardin.

Après avoir cherché sa voie auprès de congrégations religieuses, elle est encouragée par l'évêque d'Autun à rédiger en 1804 les règles d'une nouvelle union pieuse regroupant autour d'elle quelques jeunes filles, ainsi que ses trois sœurs, qui prononcent leurs vœux ensemble à l'église Saint-Pierre de Chalon-sur-Saône, en 1807. C'est la naissance d'une congrégation nouvelle, sous le patronage de saint Joseph, pour s'occuper d'enfants pauvres.

En 1809, elle s'installe au grand séminaire d'Autun (actuel lycée militaire d'Autun) des classes mixtes afin de pourvoir à l'éducation des enfants issus du milieu pauvre.

En 1812, la congrégation s'installe dans l'ancien couvent des Récollets de Cluny, devenu bien national, qui est racheté par Balthazar Javouhey pour ses filles. La congrégation prend désormais le nom de Saint-Joseph de Cluny. La congrégation qui a pour but l'éducation va se faire remarquer à Paris pour sa qualité. C'est ainsi que les missions outre-mer vont démarrer en 1817. C'est, chronologiquement, le premier ordre de femmes missionnaires.

Elle établit des fondations en France et envoie des religieuses à l'île Bourbon en 1817, au Sénégal en 1821, en Martinique et en Guinée en 1822, en Guadeloupe en 1823

En Guyane[modifier | modifier le code]

Finalement c'est en Guyane qu'elle obtient son premier grand succès.

Elle arrive à Mana à la fin août 1828 avec trente-six sœurs dont vingt-sept converses, trente-neuf agriculteurs adultes dont cinq couples, et onze enfants[1]. En ajoutant douze ouvriers charpentiers, serruriers, forgerons, etc. qui doivent rejoindre Mana séparément, l'effectif total de l'expédition est de 98 personnes[1].

L'administration, qui dispose à l'embouchure de la Mana d'un « atelier de noirs » d'au moins trente personnes[2],[3], subvient comme promis aux besoins de l'expédition pendant les deux premières années, et par une série de décisions prises entre 1828 et 1831, confie gratuitement à Anne-Marie Javouhey des bâtiments[1], 15 ha défrichés, et les 120 têtes de bétail laissées par trois familles du Jura reparties en France dans le plus grand dénuement faute d'avoir pu tirer des ressources suffisantes de terres soit trop difficiles à drainer soit trop sabloneuses[4].

Les colons laïcs de l'expédition ont été engagés pour trois ans pour une solde de 300 francs par an payables à l'expiration de l'engagement[5]. Neuf d'entre-eux ont été renvoyés, et à l'expiration de leur engagement, en 1830, tous sauf trois décident de ne pas rester à la communauté, la plupart rentrant en France, et cinq s'établissant à leur compte à Mana dans le commerce du bois[6]. Anne-Marie Javouhey fait face à cette baisse d'effectifs en achetant 32 esclaves noirs[4], dont quatre enfants[7]. En 1832, trois sœurs sont hospitalières, treize sont employées à des travaux domestiques, treize sœurs, deux colons et dix esclaves adultes sont employés à l'agriculture. Un colon est directeur des travaux. Trois esclaves adultes sont employés à l'élevage, et dix à l'exploitation du bois[7]. La vente de madriers et de planches d'acajou procure des revenus substantiels à la colonie[7].

En 1835, deux ans après son retour en métropole, elle recueille du gouvernement 520 Noirs, autrefois travaillant sous l'autorité de Cayenne : elle les christianise, les initie à la vie moderne de l'époque et leur apprend un métier, avant de les laisser repartir. Son principe est en effet que la liberté doit pouvoir être assumée financièrement et moralement pour être effective. Elle prouve alors à son temps que les Noirs peuvent être libres et vivre de leur travail. En 1838 elle fait libérer 185 esclaves noirs.

Harcelée par ceux qui craignaient une érosion de la main d'œuvre servile et s'opposaient à elle, elle arriva néanmoins à influencer beaucoup de propriétaires de plantations pour qu'ils traitent mieux leurs esclaves et son œuvre put survivre. Lors de l'abolition de l'esclavage, il n'y eut pas de grandes émeutes de la part des Noirs, en grande partie à cause des meilleures conditions de vie, comparées à celles des autres esclaves de Guyane, qu'elle avait pu obtenir pour eux. Une majorité d'entre eux s'étaient convertis au christianisme et baptisaient volontiers leurs enfants.

Prolifique, elle écrira un journal aujourd'hui publié sous la forme de quatre grands volumes, où elle parle surtout de la Guyane.

La colonie fondée par Anne-Marie Javouhey à Mana correspond à l'actuelle commune de Mana qui comprend notamment l'ancien bourg de Mana et le village de Javouhey habité aujourd'hui par des réfugiés Hmongs en provenance du Laos.

Dernier retour en France[modifier | modifier le code]

À son retour en France, elle fonde un petit séminaire d'où sortiront les premiers prêtres indigènes du Sénégal, dont l'abbé Boilat, auteur des Esquisses sénégalaises (1853).

Femme forte, entreprenante et réfléchie, Anne-Marie Javouhey sait tout accueillir et y discerner l'essentiel. Elle ne se contente pas de soulager la misère; elle travaille aussi à instaurer un ordre social plus conforme à l'Évangile. À sa mort à Paris le 15 juillet 1851, 1 200 religieuses se trouvent sur les cinq continents.

Elle fut d'abord enterrée dans la crypte du collège Anne-Marie Javouhey à Senlis avant d'être transportée au cimetière du Père-Lachaise. Son cœur est une relique déposée dans la chapelle Saint-Joseph-de-Cluny à Paris.

En 2010, les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny sont plus de 3 000 sur les cinq continents.

Béatification et fête[modifier | modifier le code]

Anne-Marie Javouhey a été béatifiée par Pie XII en 1950.

Elle est fêtée le 15 juillet.

Citations[modifier | modifier le code]

  • Le roi Louis Philippe disait d'elle : « Madame Javouhey ? Mais c'est un grand homme ! ».
  • Luttant contre les obstacles qui ont parsemé sa route, elle affirmait que : « La croix est plantée sur tous les chemins où passent les serviteurs de Dieu ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Ministère de la Marine et des Colonies, « Précis sur la colonisation des bords de la Mana », Imprimerie royale, avril 1835, p. 60-61
  2. Ministère de la Marine et des Colonies, « Précis sur la colonisation des bords de la Mana », Imprimerie royale, avril 1835, p. 65
  3. Voir aussi la lettre no 165 adressée en septembre 1828 à l'ordonnateur Millot, lui demandant de faire revenir les « noirs du chantier » pour clore les cultures pour les protéger du bétail : « Recueil des lettres de la Vénérable Anne-Marie Jahouvey », tome II, 1911, p. 13
  4. a et b Ministère de la Marine et des Colonies, « Précis sur la colonisation des bords de la Mana », Imprimerie royale, avril 1835, p. 62
  5. Ministère de la Marine et des Colonies, « Précis sur la colonisation des bords de la Mana », Imprimerie royale, avril 1835, p. 59
  6. Ministère de la Marine et des Colonies, « Précis sur la colonisation des bords de la Mana », Imprimerie royale, avril 1835, p. 66
  7. a, b et c Ministère de la Marine et des Colonies, « Précis sur la colonisation des bords de la Mana », Imprimerie royale, avril 1835, p. 68-69
  • Sources : article de Xavier Lecoeur - "Prions en Église" - no 247 - juillet 2007 - Pages 20 et 21 - Éditions Bayard

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Abbé F. Delaplace c.s.sp., La vénérable mère Anne-Marie Javouhey. Fondatrice de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny (1779-1851)., Paris, Maison mère de l'Institut, 1914.
  • Abbé Louis Saluden, Un Centenaire A Brest 1er octobre 1826 - 1er octobre 1926 - L'Œuvre De La Vénérable Anne-Marie Javouhey Fondatrice De La Congrégation De Saint Joseph De Cluny, Brest, 1926
  • (en) Cyril Charles Martindale, The Life of St. Anne-Marie Javouhey, Londres, Longmans, Green, 1953, 140 p.
  • Gaëtan Bernoville (i.e. Gaston Bernouille), Anne-Marie Javouhey, fondatrice des Sœurs de St. Joseph de Cluny. (Une gloire de la France missionnaire.), Paris, Éditions Bernard Grasset, 1942, 289 p.
  • V. Caillard, La Vénérable Anne-Marie Javouhey, fondatrice de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny, 1779-1851, Paris, 1909, 221 p.
  • Georges Goyau, Un grand "Homme" : Mère Javouhey, apôtre des noirs, Paris, Plon, 1929, 293 p.
  • Abbé Raoul Plus s.j., La bienheureuse Anne-Marie Javouhey. Une passionnée de la volonté de Dieu, Paris, Éditions Spes, 1950.
  • André Merlaud, Anne-Marie Javouhey : audace et génie, Paris, Éditions S.O.S., 1982 (2e édition), 237 p. (ISBN 271850921X)
  • Geneviève Ecuir-Nemo, Anne-Marie Javouhey. Fondatrice de la Congrégation des sœurs de St Joseph de Cluny., Paris, Karthala, 2001.
  • Élisabeth Dufourcq, Les aventurières de Dieu, Paris, Perrin, 2de édition 2009
  • Anne-Marie Javouhey, Recueil des lettres de la Vénérable Anne-Marie Javouhey, t. 1, Paris, J. Mersch,‎ 1909, 353 p. (lire en ligne)
  • Anne-Marie Javouhey, Recueil des lettres de la Vénérable Anne-Marie Javouhey, t. 2, Paris, J. Mersch,‎ 1911, 328 p. (lire en ligne)
  • Anne-Marie Javouhey, Recueil des lettres de la Vénérable Anne-Marie Javouhey, t. 3, Paris, J. Mersch,‎ 1913, 242 p. (lire en ligne)
  • Anne-Marie Javouhey, Recueil des lettres de la Vénérable Anne-Marie Javouhey, t. 4, Paris, J. Mersch,‎ 1915, 351 p. (lire en ligne)
  • Anne-Marie Javouhey, Recueil des lettres de la Vénérable Anne-Marie Javouhey, t. 5, Paris, J. Mersch,‎ 1917, 422 p. (lire en ligne)
  • Jules Brunetti, La Guyane française : souvenirs et impressions de voyage, Tours, Alfred Mame et fils,‎ 1890, 285 p. (lire en ligne), p. 40-43
  • Antoinette Drohojowska, Histoire des colonies françaises : Antilles, Ile Bourbon, Guiane Française, Paris, Périsse Frères,‎ 1853, 312 p. (lire en ligne), p. 252 à 294
  • France, ministère de la marine et des colonies, Précis sur la colonisation des bords de la Mana, à la Guyane française, Paris, Imprimerie Royale,‎ 1835, 70 p. (lire en ligne)
  • Joseph Janin, Le clergé colonial de 1815 à 1850, Toulouse, H. Basuyau & Cie,‎ 1935, 421 p. (lire en ligne), p. 57, 67, 214, 372, 387, 376
  • Allocution pour le Jubilé de la Profession religieuse de la Révérende Mère Ursule Supérieure des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, Évêché de Guyane, 4 p. (lire en ligne)
  • Annuaire de la Guyane française et du territoire de L’Inini, Imprimerie Emile Gratien,‎ 1936, 204 p. (lire en ligne), p. 38-39, 195

Liens externes[modifier | modifier le code]