Anne-Marie Casteret

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Anne-Marie Casteret, née en 1948 et décédée le à Saint-Nazaire, des suites d'une maladie de Hodgkin[1], était une journaliste française. Ses articles ont révélé l'affaire du sang contaminé[2]. Elle était médecin de formation.

Journaliste après des études de médecine[modifier | modifier le code]

Après des études de médecine, elle s'oriente vers le journalisme, et débute au Quotidien du médecin en 1979, puis passe au Matin de Paris. « Formidable investigatrice, qui vérifiait tout, ré-enquêtait sur tout », déclare à l'Agence France-Presse Denis Jeambar, directeur de la rédaction à L'Express, où elle a été grand reporter de 1996 à sa mort.

Parmi les sujets qu'elle a abordés pendant sa carrière, Anne-Marie Casteret a notamment enquêté sur l'explosion de l'usine AZF en 2001 à Toulouse.

Longtemps seule à dénoncer le scandale du sang contaminé[modifier | modifier le code]

Le 4 décembre 1987, Anne-Marie Casteret publie dans L'Express un article, «La tragédie des hémophiles», qui révèle qu'en France des produits sanguins non chauffés, et de ce fait contaminés par le sida, ont été laissés sur le marché et utilisés par les services de transfusion sanguine, en particulier pour des hémophiles, jusqu'en octobre 1985.

Début 1991, elle publie plusieurs articles dans L'Évènement du Jeudi sur ce qui va devenir « l'affaire du sang contaminé ». Aucun de ses six premiers articles ne fait la Une de l'hebdomadaire, soulignera plus tard le journaliste Mark Hunter dans Médias Pouvoirs: l'affaire n'est pas considérée comme importante par sa hiérarchie, ni par ses confrères qui pendant plusieurs semaines ne reprennent pas le sujet.

Progressivement cependant, ses révélations sont reprises dans d'autres journaux. Le 25 avril 1991, Anne-Marie Casteret publie une note du Centre national de transfusion sanguine (CNTS), datée du 29 mai 1985. Cette note montre que le directeur général du CNTS, le docteur Michel Garretta, a laissé écouler des lots de sang, alors qu'il les savait contaminés.

En 1992, Anne-Marie Casteret a publié L'affaire du sang. Dans ce livre, elle réfutait l'argument selon lequel en 1985 on ignorait que le chauffage du sang rendait inactif le virus: dès 1983 des chercheurs avaient émis cette hypothèse.

Hommages à une journaliste atypique[modifier | modifier le code]

Après sa disparition à l'âge de 57 ans, son confrère Eric Mettout écrit sur le site de L'Express que « parmi les premières de ses confrères - pour ne pas dire contre une majorité d'entre eux, notamment les chroniqueurs médicaux - elle a révélé dès le début des années 1990 les malversations, les hésitations ou les erreurs des autorités sanitaires, déclenchant l'un des plus retentissants scandales de la Ve République, l'affaire du sang contaminé. Débutante, elle s'était à l'époque attiré cette remontrance de quelque haut fonctionnaire: "Taisez-vous les journalistes, laissez les professionnels travailler!". En 1999, devant le déchaînement contre elle de certains intellectuels, elle résumait parfaitement la conception qu'elle avait de sa profession: "Vous trouvez que nous exerçons mal notre métier, puisque nous sommes rebelles à la version institutionnelle de l'affaire. Nous maintenons. Les faits. Les dates. Les fautes... Vous préférez le discours à la Knock des acteurs et des témoins de cette affaire. C'est votre droit. Mais vous avez inversé les rôles. En réalité, nous sommes les chercheurs et vous êtes les porte-micros." ».

Dans Le Nouvel Observateur, Guillaume Malaurie salue Anne-Marie Casteret en écrivant:« l’affaire, dite du sang, n’aurait sans toi jamais été élucidée comme il se devait…Et pourtant, alors, la plupart des notables mandarinaux, ceux de la médecine, de l’État, de la Justice, de la presse et de la télévision (à l’exception notable notamment de Libération et du Nouvel Observateur) ont préféré faire corps. C’est l’affaire dans l’affaire qui ne sera jamais jugée devant un tribunal pénal ou d’honneur et qui te faisait tant hurler de rage. Ce sont des Trissotins, des Tartuffe, des marquis de toutes les petites cours jacobino-savantes qui susurraient que tu en faisais trop. Comme si la vérité était affaire de dosage. Les mêmes qui ont tenté le tout pour le tout pour expliquer que dans cette affaire tant de monde était un peu coupable et donc que personne ne l’était vraiment. C’est grâce à toi que les quelques médecins qui portaient la responsabilité première de ce misérable crime ont été confondus. Jugés et condamnés.−Mais c’est aussi parce que tu avais fait ton job que ton livre ( "L’affaire du sang", La Découverte 1992) a été assassiné dans un grand journal du soir dont on espère quelques contritions à l’heure de ta disparition. Tu avais coutume d’écrire en dédicace de cet ouvrage « Ce livre qui n’existe pas ». Exact. Dézingué, il est introuvable dans les bibliothèques, introuvable en poche, introuvable tout court. Frappé de non-conformité par de petits notaires de l’establishment. »Guillaume Malaurie salue Anne-Marie Casteret en affirmant que « les patients et tous autant que nous sommes, te doivent d’avoir installé enfin le principe de précaution qui nous protège, un peu, de docteurs et autres technocrates Folamour de l’univers de la santé ».

Anne-Marie Casteret a également dénoncé l'enquête et les conclusions officielles concernant l'Explosion de l'usine AZF de Toulouse. Dans son introduction pour l'article de l'Express elle écrit :"L'explosion a été revendiquée par plusieurs groupes; le rapport des RG n'a pas été exploité; deux expertises médicales ont disparu; il y aurait eu deux cadavres de trop sur le cratère; l'emploi du temps du manutentionnaire Hassan J. n'a pas été vérifié; son ami Samir A. avait un curieux profil; et, enfin, 21 kilos de chrome 6 s'étaient mystérieusement volatilisés. Ça fait beaucoup."[3]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Casteret, L'affaire du sang, Paris, Éditions La Découverte,‎ 1992 (ISBN 2707121150)
  • Casteret, Les centenaires : la mémoire des français, Paris, Belfond,‎ 1995 (ISBN 2714431208)
  • AZF Toulouse : La vérité sur l'explosion (2003). Éditions Michel Lafon, (ISBN 2840989646)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Autre article[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • The Rise of the Fouille-Merdes, Mark Hunter, Columbia Journalism Review, November-December 1995
  • Olivier Cyran, Mehdi Ba et al., Almanach critique des médias, Paris, Ed. des Arènes,‎ 2005 (ISBN 2912485835), « Le Monde se fait du mauvais sang contaminé »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Anne-Marie Casteret, une plume obstinée, Éric Favereau, Libération du 23 mai 2006
  2. La presse, rarement à la traîne, Armelle Thoraval, Libération du 8 février 1999 : « Témoins des «incertitudes» de leur temps sur le sida, les journaux ont activement suivi l'affaire du sang contaminé. Grâce au travail d'Anne-Marie Casteret. »
    Du drame au scandale, les leçons d'une “affaire”, Elisabeth Fleury, L'Humanité du 6 février 1999
  3. "Sept raisons de ne plus croire à un accident"[1]