Ange déchu

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L'ange déchu (R. Bellver, 1877), à Madrid.

Un ange déchu est, dans les traditions juives et chrétiennes et certaines autres religions, un ange exilé ou banni du Paradis en punition de sa désobéissance ou rébellion contre Dieu. Le plus connu des anges déchus est Azazel, et son nom est fréquemment donné à Satan dans les croyances chrétiennes, bien que cet usage semble résulter d'interprétations particulières, la seule référence aux anges déchus dans la Bible étant un passage du Livre d'Isaïe[1]. Le principal texte chrétien évoquant les anges déchus est le livre d'Hénoch, considéré comme apocryphe par la majorité des Églises. La notion d'ange déchu se retrouve dans d'autres religions, comme la tradition hindoue, et elle forme un thème artistique populaire.

Tradition juive[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nephilim.

Genèse[modifier | modifier le code]

Miniature médiévale gothique illustrant la Genèse.

Dans la mythologie juive, les Grigori sont des êtres célestes descendus sur terre pour surveiller les hommes, mais qui se sont mariés avec des femmes humaines et ont eu des enfants, appelés nephilim. Les « fils de Dieu » se réfèrent aux anges dans l'Ancien Testament :

Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la face de la terre, et que des filles leur furent nées,
les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu’ils choisirent.
Alors YHWH dit : Mon esprit ne jugera plus l'homme pour ses fautes, car l’homme est fait de chair, et ses jours seront de cent vingt ans.
Les Nephilim se trouvaient sur la terre en ces jours-là, et aussi après cela, quand les fils du vrai Dieu continuèrent d’avoir des rapports avec les filles des hommes et qu’elles leur donnèrent des fils: ils furent les hommes forts du temps jadis, les hommes de renom[2]

La tradition juive regarde les Grigori comme des anges déchus[3], mais le mythe peut être un fragment d'une mythologie païenne, où les dieux se croisaient avec des humains pour produire des héros[4]. La tradition chrétienne considérera que les fils de Dieu ici évoqués ne sont pas des anges et ne puisera pas dans ce passage la source du concept d'anges déchus.

Livre d'Isaïe[modifier | modifier le code]

  • Le Livre d'Isaïe contient un passage qui a été interprété comme une mention de la chute de l'ange rebelle : « Te voilà tombé du ciel, Astre brillant, fils de l'aurore ! Tu es abattu à terre, Toi, le vainqueur des nations ! Tu disais en ton cœur : Je monterai au ciel, J'élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu ; Je m'assiérai sur la montagne de l'assemblée, A l'extrémité du septentrion ; Je monterai sur le sommet des nues, Je serai semblable au Très Haut. Mais tu as été précipité dans le séjour des morts, dans les profondeurs de la fosse[5]. »
  • La raison de la chute semble résider dans un orgueil et une volonté de s'égaler à Dieu et cette opinion a prévalu dans la tradition chrétienne. Ce passage du livre d'Isaïe pourrait faire référence au roi déchu de Babylone, ce que semble clairement confirmer la suite (Isaïe 14, 4).

Livre d'Ézéchiel[modifier | modifier le code]

Le Livre d'Ezéchiel fait également référence à un ange déchu, un « chérubin protecteur » : « Je t'avais installé, et tu y étais, sur la sainte montagne de Dieu [...] et ce jusqu'à ce qu'on trouve de l'injustice en toi[6]. »

Livre d'Hénoch[modifier | modifier le code]

  • La notion d’ange déchu provient de la première section du livre d'Hénoch, un écrit pseudépigraphique de l'Ancien Testament considéré comme un texte apocryphe et donc rejeté par la plupart des Églises, mais qui a néanmoins beaucoup influencé la tradition chrétienne. *Selon cet écrit, la chute des anges aurait été provoquée par leur envie de procréer[7] : « Il arriva que lorsque les humains se furent multipliés, il leur naquit des filles fraîches et jolies. Les anges, fils du ciel, les regardèrent et les désirèrent. Ils se dirent l'un à l'autre : Allons nous choisir des femmes parmi les humains et engendrons-nous des enfants. Shemêhaza, qui était leur chef, leur dit : je crains que vous ne renonciez et je serai tout seul coupable d'un grand péché. Tous lui répondirent : Jurons tous en nous vouant mutuellement à l'anathème de ne pas renoncer à ce dessein que nous ne l'ayons accompli et que nous n'ayons fait la chose[8]. »
  • Les anges mirent leurs projets à exécution et les femmes ainsi engrossées donnèrent naissance à des géants hauts de trois mille coudées, qui dévorèrent tout le fruit du labeur des peuples[9]. Les enfants de ces géants seraient les Nephilim cités dans la Genèse[10] : « Les géants étaient sur la terre en ces temps-là, après que les fils de Dieu furent venus vers les filles des hommes, et qu'elles leur eurent donné des enfants : ce sont ces héros qui furent fameux dans l'antiquité. »
  • Les anges déchus auraient appris aux femmes la botanique et l'usage des drogues. En plus, chaque ange aurait transmis aux hommes son savoir particulier : Azraël la métallurgie et la fabrication des armes, Shemêhaza la botanique et les charmes, Hermoni les exorcismes, la magie et la sorcellerie, Baraquiel l'astrologie, etc. Les anges déchus selon le Livre d'Enoch sont, dans l'ordre : Shemêhaza ou Shemhazai, Arataqif, Ramt, Kokabiel, Tamiel, Ramiel, Daniel, Ziquiel, Baraquiel, Asaël, (Azaël ou Azazel), Hermoni, Matariel, Ananiel, Setaouël, Shamshiel, Sahriel, Toumiel, Touriel, Yomiel, Yehadiel et loukas.

Tradition chrétienne[modifier | modifier le code]

Catéchisme catholique[modifier | modifier le code]

La chute de Lucifer, illustration de Gustave Doré.
  • Selon l'enseignement du catéchisme de l'Église catholique romaine, les anges furent tous créés par Dieu pour être bons mais certains devinrent mauvais et se retournèrent contre leur créateur[11]. Cette conception s'appuie sur les écrits bibliques : l'ange rebelle fut déchu selon Isaïe[5] et Ézéchiel[12] dans l'Ancien Testament et Pierre et Jude dans le Nouveau Testament[13],[14].
  • Les anges n'ayant pas besoin de la foi puisqu'ils ont déjà la connaissance de toutes les choses célestes, leur rébellion contre Dieu constitue un acte impardonnable[15]. Matthieu[16] qualifie cette rébellion de pêché impardonnable dans « cet âge ou un âge à venir ».

Explication de la chute[modifier | modifier le code]

  • Tertullien présenta Lucifer comme le « plus sage de tous les anges avant d'être le diable[17]. » Saint Thomas d'Aquin précisera en sa Somme Théologique reprendra l'affirmation de Saint Grégoire le Grand qui disait que le premier ange qui a péché était placé à la tête de toutes les cohortes célestes et qu'il surpassait tous les autres en lumière et en splendeur[18],[19]. Dès lors, la tradition chrétienne s'attachera à expliquer les raisons de cette chute.
  • S'appuyant sur la Genèse[20] et sur le Livre d'Hénoch[21], Justin expliquera la chute des anges rebelles par leur commerce charnel des anges avec les filles d'hommes ; Justin dit [22] : « Dieu confia le soin des hommes et des choses terrestres à des anges. Mais les anges violant cet ordre, eurent commerce avec les femmes et en eurent des enfants qui sont les démons. » Cette thèse fut abandonnée car le Livre d'Hénoch n'est pas reconnu dans les canons juifs et chrétiens et le passage de la Genèse les « fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils prirent pour femmes celles qu'ils choisirent parmi elles » est interprété autrement : les fils de Dieu seraient des descendants de Seth opposés aux filles des hommes descendantes de Caïn.
  • Irénée de Lyon développera l'idée que c'est la jalousie de l'ange qui est la cause de sa chute ; s'appuyant sur le Livre de la Sagesse : « Mais par l'envie du diable, la mort est entrée dans le monde et la subissent ceux qui sont de son parti[23]. » L'évêque de Lyon déclare : « Ce commandement l'homme ne l'observa pas, mais il désobéit à Dieu, ayant été égaré par l'ange qui, à cause de la jalousie et de l'envie qu'il éprouvait à l'égard de l'homme pour les nombreux dons que Dieu lui avait accordés, tout ensemble provoqua sa propre ruine et fit de l'homme un pécheur en le persuadant de désobéir au commandement de Dieu. L'ange étant devenu par un mensonge chef et guide du pêché, et lui-même fut chassé pour s'être heurté à Dieu et il fit que l'homme fut précipité en dehors du Jardin. »
  • Pour Origène, la chute de l'ange provient de l'orgueil ; reprenant le Livre d'Isaïe[24], il affirme : « Comment Lucifer est-il tombé du ciel, lui qui se levait le matin ? Il s'est brisé et abattu sur la terre, lui qui s'en prenait à toutes les nations. Mais toi, tu as dit dans ton esprit : Je monterai au ciel, sur les étoiles du ciel je poserai mon trône, je siégerai sur le mont élevé au-dessus des monts élevés qui sont vers l'Aquilon. Je monterai au-dessus des nuées, je serai semblable au Très Haut. Or maintenant tu as plongé dans la région d'en bas et dans les fondements de la terre. » C'est par Origène que la théorie de l'orgueil fut introduite, théorie qui sera reprise par l’Église grecque, par Eusèbe de Césarée, et en occident par Saint Hilaire, Saint Ambroise et Saint Jérôme. Ce dernier déclare en son commentaire du Psaume 118 : « Le diable lui-même de par sa nature orgueilleuse a perdu la grâce quand il a dit : "J'établirai mon trône sur les nuées et serai semblable au Très Haut" (Isaïe XIV, 13 et 14) et il s'est mis en dehors de la compagnie des anges[25]. » Saint Augustin développe aussi la thèse de l'orgueil, il déclare : « Ainsi la véritable cause de la béatitude des bons anges, c'est qu'ils demeurent unis à celui qui est souverainement. Et voici la cause de la misère des mauvais anges, c'est qu'ils se détournent de celui qui a l'être en soi, pour se tourner vers eux-mêmes qui ne l'ont pas. Et quel nom porte un tel vice si ce n'est le nom d'orgueil ? Car "l'orgueil est l'origine de tout pêché". Ils n'ont pas voulu rapporter à Dieu leurs excellences. Eux qui, par leur union avec l'être souverain, auraient eu plus d'être, ont préféré moins d'être, en se préférant à lui[26]. »

L'Ange déchu, le Serpent, Satan, Lucifer[modifier | modifier le code]

L'ange déchu, peinture d'Odilon Redon.
  • L'ange rebelle fut assimilé au Serpent de la Genèse et au Satan du Livre de Job[27] et du premier livre des Chroniques[28]. Satan, est le roi des « démons » qui sont les anciens anges qui, avec lui, se sont révoltés et ont chuté, devenant les ennemis de l'humanité et de Dieu.
  • Le chef des anges déchus est fréquemment appelé Lucifer, sans qu'aucun texte de l'Ancien Testament ou du Nouveau n'utilise ce nom. L'assimilation à Lucifer provient du fait que Vénus était appelée « astre du matin », expression rappelant celle d'Isaïe. Ainsi, Jérôme de Stridon, vers 408[29], utilise le terme « Lucifer » pour traduire dans sa Vulgate l'hébreu HêYLêL du passage d'Isaïe. HêYLêL (ou HYLYL dans l'un des manuscrits de la mer Morte) vient de la racine HâLaL (« briller, luire » mais aussi « vouloir briller, se vanter, extravaguer[30] ». Les lexicographes Brown, Driver et Briggs, ainsi que Koehler et Baumgartner le traduisent par shining one (« celui qui brille »), qu'ils interprètent comme « étoile du matin[31]. » Dans la Septante, on lit ὁ ἑωσφόρος ὁ πρωὶ ἀνατέλλων, qui signifie « le porteur d'aurore, celui qui se lève le matin ». L'étymologie grecque de Lucifer, Φωσφόρος (Phosphoros), est « porteur de lumière ». En latin, lux, luci- signifie « lumière » et fer, « porteur »[32],[33], et le nom d'étoile du matin lui est donné[34], sans qu'il ne soit fait de lien avec Satan. Depuis Satan est ainsi nommé Lucifer dans de nombreux écrits postérieurs à la Bible, notamment dans le texte de John Milton, Le Paradis perdu (7.131-134, parmi d'autres). Selon Milton, Satan était le plus brillant parmi les légions des anges, plus brillant même que les étoiles autour de lui[35].

Tradition islamique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Iblis.

Dans l'islam, les jinns sont des créatures dotées de pouvoirs surnaturels, ils ont été créés d'un maillage/tissage de « lumière d'une flamme subtile, d'un feu sans fumée (ناَر [na:r]/[nɛ:r]) » (comme l'être humain l'a été à partir d'argile), ils sont appelés à croire et subiront le Jugement Dernier.

Iblis est cité dans le Coran à plusieurs reprises en tant que jinn qui se rebelle contre Dieu
Soit par sa nature :

Et lorsque nous dîmes aux Anges : « Prosternez- vous devant Adam », ils se prosternèrent, excepté 'Iblîs (Satan) qui était du nombre des djinns et qui se révolta contre le commandement de son Seigneur.[Coran 18 - verset 50].

ou soit, par sa constitution :

Je suis meilleur que lui : tu m’as (Iblis) créé de feu, tu l’as créé d’argile [sourate 38 - verset 76]

À noter que jinns et anges sont des créatures différentes.

Tradition hindoue[modifier | modifier le code]

La notion d'anges déchus existe également dans la tradition Hindoue :

« La joie et l'harmonie régnaient autour du Trône de l'Eternel, lorsque l'envie et la jalousie s'emparèrent de Moïsasour et des autres chefs des bandes angéliques. Ils oublièrent les devoirs qui leur étaient imposés; s'éloignèrent de l'obéissance qu'ils devaient à l'être suprême, et refusèrent de se soumettre à son vice-gérant et à ses coadjuteurs Bistnoo et Sieb. Ils dirent en eux-mêmes : nous voulons gouverner, et inspirèrent la même ambition à un grand nombre d'anges qui se séparèrent avec eux du trône de l'éternel. Dieu, irrité du crime de ces rebelles, après les avoir fait avertir inutilement de rentrer dans leur devoir, commanda à Sieb de les chasser du ciel, et de les précipiter dans les ténèbres épaisses pour y souffrir des tourments éternels. »[36]

Représentation dans les arts[modifier | modifier le code]

Les anges déchus forment un thème artistique populaire, notamment à travers les illustrations de Gustave Doré, mais aussi de nombreux peintres de la Renaissance.

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Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bible, Livre d'Isaïe, 14:3-20.
  2. Genèse 6: 1-4.
  3. (en): McGinn, Bernard. Antichrist: Two Thousand Years of the Human Fascination with Evil. NY: HarperColllins, 1994, p. 25.
  4. (en): note en bas de page de la Genèse 6:1-4 dans The New American Bible, St Joseph Edition.
  5. a et b Livre d'Isaïe, 14, 12-15.
  6. Livre d'Ezéchiel, 28, 14.
  7. Ils sont ici clairement de sexe masculin.
  8. Henoch VI,1-4 - La Bible Ecrits Intertestamentaires - La Pléiade - 1987.
  9. Henoch VII,3-4 - La Bible Ecrits Intertestamentaires - La Pléiade - 1987.
  10. Bible, Genèse VI,4.
  11. (en) The Catechism of the Catholic Church, Numéro 391. Lire en ligne.
  12. Livre d'Ezéchiel, 28, 14.
  13. Deuxième épître de Pierre, ch. II, verset 4.
  14. Epître de Jude, verset 6.
  15. (en) The Catechism of the Catholic Church, Numéro 393. Lire en ligne.
  16. Bible, Matthieu, 12:32.
  17. Tertullien, Adversus Marcionem, II, 10.
  18. Grégoire le Grand, Homiliae in Evangelium, 34.
  19. Thomas d'Aquin, Somme Théologique - Des Anges, question 63, Article 7. Première traduction intégrale française par l'abbé Drioux. Paris, Librairie Eugène Belin, 1851, tome 1, page 548.
  20. Genèse, VI, 1-3.
  21. Le Livre d'Henoch, 1re partie, chapitre 6. Traduction sur le texte éthiopien par François Martin. Milan, Arché Nouvelle Edition, 1975 pages 10 et 11.
  22. Justin, 2 Apologie V, 2
  23. Livre de la Sagesse, II, 24.
  24. Livre d'Isaïe XIV, 12-16.
  25. Ambroise, Exposé sur le Psaume 118, Sermon 7, paragraphe 8 traduction par Denys Gorce, Namur, éditions du Soleil Levant, 1963 page 79.
  26. Augustin, La Cité de Dieu, Livre XII, chapitre 6, Traduction par L. Moreau. Paris, Librairie Charpentier, 1843, tome 2 page 42.
  27. J.N. Darby, La Sainte Bible, Livre de Job 1:6, en note de bas de page concernant le nom Satan, on peut voir "litt. : le Satan, c. à d. l'adversaire.".
  28. 1 Chroniques 21,1
  29. Philippe Henne, Saint Jérôme, Cerf, coll. « Histoire »,‎ octobre 2009, p282
  30. Sander & Trenel, Dictionnaire hébreu-français, page 142.
  31. (en)Doug Kutilek, Notes on “Lucifer” (Isaiah 14:12, KJV)
  32. (en) Étymologie de Lucifer sur scripturetext.com.
  33. Étymologie de Lucifer sur etymonline.com.
  34. Bible, Peter, 1:19.
  35. Lucifer sur online-literature.
  36. Extrait du Shastra de Brhama in Dictionnaire des cultes religieux - J-A Lebel - 1820 p. 91.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]