Angelo Donati

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Angelo Donati à Paris en 1930

Angelo Donati est un homme politique, financier et philanthrope juif italien du XXe siècle (Modène, 3 février 1885Paris, 30 décembre 1960).

Diplomate de la République de Saint-Marin à Paris, il s'est illustré par ses nombreuses actions en faveur des Juifs dans la zone d'occupation italienne en France entre 1942 et 1943.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Des jeunes années à la première guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Angelo Donati descend de l'une des plus importantes familles de la communauté juive de Modène, dont les origines remontent à la seconde moitié du XVe siècle, quand Donato Donati, alors habitant à Finale Emilia, obtient l’autorisation d'exploiter du sarrasin dans les états du duc César d'Este.
Son père, ses frères et ses cousins ont la plupart d'éminentes positions.

Ayant obtenu son diplôme d’avocat, Angelo Donati est banquier à Milan et agent de change à Turin ; mobilisé en mai 1915, il combat dans les tranchées avec le grade de capitaine d’infanterie.
En 1916 il est muté dans l’aviation et accomplit de nombreuses missions de combat. Il est envoyé en France, chargé de la coordination entre les armées italienne et française.

L'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Angelo Donati s’établit à Paris en 1919 et devient administrateur de diverses sociétés italiennes et françaises.

De 1925 à 1932, il est consul général de la République de Saint-Marin. À partir de 1932, il est président de la Chambre de Commerce italienne de Paris. Il est nommé grand officier de la Couronne d’Italie et à Saint-Marin, commandeur de l’ordre de Sant'Agata. Le gouvernement français le nomme en 1936 commandeur de la Légion d'honneur.

La seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Contraint d'abandonner sa charge de président de la commission de commerce en 1939, suite aux lois raciales fascistes contre les Juifs, Donati quitte Paris en 1940, avant l’entrée des troupes allemandes. Il part à Cauterets dans les Hautes-Pyrénées, puis à Marseille où il est témoin des noces de son parent Piero Sacerdoti avec Ilse Klein, avant de trouver refuge à Nice, occupée par les troupes italiennes depuis le 11 novembre 1942 avec l'ensemble des départements du sud des Alpes, suite au débarquement allié en Afrique du Nord. Il devient rapidement directeur de la Banque franco-italienne.

Le pape des Juifs[modifier | modifier le code]

Fort de son prestige personnel et des bons contacts qu'il entretient dans les milieux militaires et diplomatiques italiens, Donati profite de l'entrée des troupes italiennes à Nice pour prendre en main le sort des Juifs. L'activité de celui qui sera désigné par la Milice française ou ses détracteurs sous le sobriquet infâmant de « pape des Juifs », devient légendaire.

Il reçoit tous les matins deux membres du Comité d’aide aux réfugiés (ou « Comité Dubouchage » du nom de la rue où se situe la synagogue de Nice) ainsi que le rabbin Saltiel, qui lui apportent des demandes de visas ou de laissez-passer et étudient les mesures à prendre en faveur des Juifs de la zone occupée.

Grâce aux informations transmises par Donati, le consul général d'Italie Alberto Calisse réussit à s'opposer efficacement aux dispositions antijuives des autorités françaises à tel point que le « Comité Dubouchage » émet un document contresigné par la Synagogue dont la police française doit accepter la validité car légitimé par les Italiens.

Une telle situation engendre une totale irritation des autorités allemandes, lesquelles protestent à Rome, obligeant Mussolini à créer le Bureau Royal de la Police Raciale de Nice, confié à l'inspecteur Guido Lospinoso. Cependant, à son arrivée à Nice, Lospinoso rencontre Donati qui lui fait comprendre qu'il est la personne la mieux informée des réalités du terrain.

À l'instigation de Donati, le général Avarna di Gualtieri qui représente le commandement suprême italien auprès du gouvernement de Vichy annule toutes les mesures anti-juives prises par ce gouvernement, arguant que de « telles mesures relèvent de la seule compétence des Autorités militaires italiennes d'occupation ». Par ailleurs, Barranco, chef de la police italienne, désigne quatre carabiniers pour protéger les fidèles de la synagogue des agressions commises par les jeunes membres de la Milice française. Tout ceci en passant outre les télégrammes et informations allemands expriment rage et indignation.

En dépit d'un mandat d'arrêt émis par la police allemande pour son arrestation, Donati continue son œuvre de sauvetage et réussit à éloigner de Nice plus de 2 500 Juifs qui sont transférés, en évitant la zone occupée par les Allemands, vers la « résidence forcée » de Saint-Martin-Vésubie, les autorités françaises ayant reçu l'ordre de ne pas intervenir[1].

Au cours des premiers mois de l'année 1943, Donati met au point un projet ambitieux visant au transfert de milliers de Juifs de la zone sud vers la Palestine, comptant sur l'appui des autorités italiennes, du Vatican, des Anglais et des Américains. En août de cette année, Donati organise, avec l'aide du capucin père Marie-Benoît, une réunion de haut niveau à Rome et au Vatican, où il expose son projet, en présence des ambassadeurs d'Angleterre et des États-Unis auprès du Saint-Siège, Sir Osborn et Titman.
Le plan prévoit l'entrée en Italie du plus grand nombre possible de réfugiés, lesquels auraient été ensuite transférés en Afrique du Nord. Donati pense pouvoir affréter quatre navires (Duillio, Giulio Cesare, Saturnin et Vulcania) grâce aux fonds de l'American Joint Commitee, soit un montant de 5,500 dollars par jour. Les Alliés considérant le projet réalisable, doivent consentir au passage des convois à travers la Méditerranée.

5 000 passeports ont déjà été préparés à Rome afin de permettre aux réfugiés d'entrer légalement en Italie et le gouvernement Badoglio, en une réunion interministérielle, a défini les lieux où les Juifs seraient en sûreté. De plus, le gouvernement a donné de fermes assurances sur la possibilité de concrétiser cette opération car plusieurs semaines précèdent encore la divulgation et la publication officielle de l'armistice.
Cependant, le 8 septembre 1943, le général Eisenhower communique la nouvelle de l'armistice sans en informer le Gouvernement italien. Donati est alors bloqué à Florence, dans l'impossibilité de rejoindre la France, mais ce coup du sort lui évite l'arrestation par la Gestapo de Nice ; son appartement de la promenade des Anglais est dévasté et pillé.

Recherché par les Allemands, même en Italie, Donati reste caché pendant trois mois en Toscane, puis en Lombardie et finit par trouver refuge en Suisse le 14 octobre 1943 près de Stabio avec de jeunes neveux. Basé à Montreux, Donati tente de sauver sa famille et connaître le sort réservé à ses coreligionnaires déportés. Il fait de nombreux voyages à Berne afin d'y rencontrer le Nonce Apostolique et divers diplomates, ainsi qu'à Genève pour mobiliser la Croix-Rouge internationale en faveur des déportés.

Le diplomate[modifier | modifier le code]

Angelo Donati dans les années 1950

En 1945, le gouvernement italien prie Donati de revenir en France avec le titre de délégué général de la Croix-Rouge italienne. Ayant obtenu le consentement de l'ambassadeur Giuseppe Saragat, il entreprend dès la fin des hostilités des pourparlers avec le gouvernement français en vue d'assister et libérer des prisonniers et internés civils italiens.

Il reprend dès 1948 ses activités diplomatiques au nom de la République de Saint-Marin. Il est nommé chargé d'affaires de la République de Saint-Marin à Paris puis ministre plénipotentiaire en 1953. La même année, il fait jouer ses bonnes relations avec le nonce apostolique à Paris Angelo Roncalli pour atteindre un dénouement dans l’affaire Finaly, du nom de ces deux enfants juifs sauvés de la déportation par des sœurs catholiques qui ne voulaient pas les restituer à leurs proches après la guerre car elles les avaient baptisés.

Sans enfants, il adopte deux enfants juifs de huit et dix ans dont les parents juifs allemands étaient morts en déportation. Ils avaient été cachés par son valet de chambre Francesco Moraldo dans la commune natale de celui-ci, Triora, après la fuite en Suisse de Donati.

Angelo Donati s'éteint en 1960.

Le 27 janvier 2004 la commune de Modène, la Fondation de la Caisse d'épargne de Modène, l'Institut historique de Modène, la communauté juive de Modène et de Reggio d'Émilie organisent un colloque d’études et une exposition photographique en mémoire d'Angelo Donati.

Titres honorifiques[modifier | modifier le code]

  • Grand Officier de la Couronne d'Italie
  • Commandeur de l’ordre di Sant'Agata de Saint-Marin
  • Commandeur de la Légion d'honneur, 1936
  • Commandeur de l'ordre de l’Étoile de la Solidarité italienne, 23 novembre 1950
  • Médaille d'or du mérite civil à la mémoire, 26 janvier 2004, avec la citation suivante du président de la République Ciampi : « Pendant la seconde guerre mondiale dans la zone de la France occupée par l’armée italienne, Angelo Donati, avec grand courage, réussit à sauver, avec la collaboration des autorités civiles et militaires italiennes, des milliers de Juifs de différentes nationalités, en protégeant pendant plusieurs mois leurs vies menacées par la déportation dans les camps d’exterminations nazis. Avec générosité d’âme et engagement passionné il a donné vie et témoignage aux valeurs de liberté et de justice. Un brillant exemple de nobles vertus civiques ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir André Waksman, 1943, Le temps d'un répit, film pour la télévision présenté à Paris le 4 décembre 2009

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Flaminia Lubin (réalisatrice), 50 Italiani, Film Kairòs, Italie, 2009, 95' (on parle de Angelo Donati après une heure et 8 minutes)
  • André Waksman (réalisateur), film pour la télévision HD-TV 1943, Le temps d'un répit, Italie/France, 2009, 59'
  • Léon Poliakov, La conditions des Juifs sous l'occupation italienne, Paris, CDJC, 1946
  • Madeleine Kahn, Angelo Donati. De l'oasis italienne au lieu du crime des allemands, Paris, Éditions Bénévent, 2004
  • Olga Tarcali, Retour à Erfurt. 1935-1945 : récit d'une jeunesse éclatée, L'Harmattan 2001 (ISBN 2747501590)
  • Serge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz. 1942-1944, Paris, Fayard, 2001, nuova edizione ampliata
  • Jean-Marie G.Le Clézio, Étoile errante, Paris, Gallimard, 1992,
  • Jean-Louis Panicacci, Les Alpes-Maritimes de 1939 à 1945, Nice, Éditions Serre, 1989
  • Encyclopaedia Judaica, vol VI, pag. 166
  • Paolo Veziano, Angelo Donati, Un ebreo modenese tra Italia e Francia, catalogo della mostra allestita in occasione del convegno di studi in onore di Angelo Donati, Modène, 27 gennaio 2004
  • Edmond Fleg et Raoul Elia, Introduzione alla Haggadà di Pesach, Sefer Angelo, Milan, Éditrice Fondazione Sally Mayer, 1962
  • Elena Aga Rossi, Una nazione allo sbando. L'armistizio dell'8 settembre, Bologne, Il Mulino, 2003, nuova edizione ampliata
  • Daniel Carpi, Between Mussolini and Hitler. The Jews and the Italian Authorities in France and Tunisia, Hannover-London, Brandeis University Press, 1994
  • Maria Sofia Casnedi - Fabio Della Seta, Cara Sophie, Udine, Paolo Gaspari ed., 1966
  • Alberto Cavaglion, Nella notte straniera. Gli ebrei di St Martin Vésubie, Cuneo, L'Arciere, 2003 quarta edizione aggiornata, trad. française Nice, Éditions Serre, 1993
  • Liliana Picciotto Fargion, Il libro della memoria. Gli Ebrei deportati dall'Italia (1943-1945), Milano, Mursia, 2002, nuova ed. aggiornata
  • Paolo Frajese, L'ultimo rifugio: gli ebrei in Francia durante l'occupazione italiana, documentario del TG1, 13 novembre 1997
  • François Maspero, II tempo degli Italiani, Turin, Einaudi, 1998
  • Davide Rodogno, Il nuovo ordine mediterraneo. Le politiche di occupazione dell'Italia fascista in Europa (1940-1943), Turin, Bollati Boringhieri, 2003
  • Hélène Saulnier, Nizza occupata, in "Les Langues néo-latines", LXXXIX, 1995, pp. 49-58.
  • Michele Sarfatti, Gli ebrei nell'Italia fascista, Turin, Einaudi, 2000
  • Jonathan Steinberg, Tutto o niente. L'Asse e gli ebrei nei territori occupati 1941-1943, Milan, Mursia, 1997
  • Klaus Voigt, Il rifugio precario. Gli esuli in Italia dal 1933 al 1945, Florence, La Nuova Italia, 1993 et 1996, deux vol.
  • Paolo Veziano, Ombre di confine. L'emigrazione clandestina degli ebrei stranieri dalla Riviera dei Fiori verso la Costa Azzurra (1938-1940), Pinerolo, Alzavi, 2001
  • Susan Zuccotti, The Holocaust, the French and the Jews, New York, Basic Books, 1993