Andrea Luchesi

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Andrea Luchesi

Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait présumé d'Andrea Luchesi[note 1]

Naissance 23 mai 1741
Motta di Livenza, Drapeau de l'Italie Italie
Décès 21 mars 1801
Bonn, Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Activité principale Compositeur

Andrea Luca Luchesi est un compositeur italien, né à Motta di Livenza, dans la province de Trévise, en Vénétie le 23 mai 1741 et mort à Bonn, le 21 mars 1801.

Biographie[modifier | modifier le code]

Andrea Luchesi quitta à 15 ans sa ville natale pour Venise, avec une bonne formation culturelle et musicale reçue de son frère Matteo, prêtre, précepteur public et organiste. Sa famille faisait partie d’un groupe de nobles familles originaires de Lucques (d’où le nom Luchesi, que l’on trouve écrit aussi Luchese, Lucchese, Lukesi, etc. par ses contemporains) qui s’étaient établies dans la République de Venise depuis longtemps.

À Venise, grâce à la protection et aux conseils de Jseppo Morosini, noble influent et musicien amateur, il étudia avec les meilleurs musiciens du moment (tels que Gioacchino Cocchi, Ferdinando Bertoni, Baldassare Galuppi). Sa préparation théorique bénéficia des relations didactiques et artistiques qu’il eut avec deux des théoriciens musicaux les plus avancés de l’époque, le Père Francesco Antonio Vallotti (qui codifia la théorie de la dissonance) et le comte Giordano Riccati (mathématicien, physicien acoustique, architecte… auteur d’un essai sur les lois du contrepoint) [1].

Sa carrière comme organiste et compositeur fut fulgurante : à 20 ans il fut nommé dans la commission qui examinait les aspirants organistes, à 23 organiste titulaire de San Salvatore ; célèbre comme virtuose de l’orgue, on l’invitait pour l’inauguration de ces instruments (notamment le nouvel orgue de la basilique Saint Antoine à Padoue). Il composa de la musique pour clavier (orgue, clavecin), instrumentale, sacrée, pour le théâtre. Il fut chargé de composer pour des événements importants, tels que la Fête de San Rocco (1769) ou les funérailles solennelles du Duc de Montealegre, ambassadeur espagnol à Venise (1771). Sa renommée se propagea rapidement en Europe; en 1763 il envoya à la cour du prince Esterházy la première d’une série de symphonies qui se trouvent actuellement dans le catalogue Hob. des œuvres de Haydn. Au printemps de 1765 son opéra bouffe "L'isola della fortuna" fut représentée au Hoftheater de Vienne (reprise ensuite à Venise et à Lisbonne). Leopold et Wolfgang Mozart lui rendirent visite en 1771 et Luchesi leur “prêta” un de ses concertos pour clavecin.

À la fin de 1771 il partit pour Bonn, à l’invitation du Prince-Électeur de Cologne Maximilian Friederich qui désirait rehausser le niveau de sa chapelle musicale et le nomma son maître de chapelle privé ; il s’agissait d’un escamotage formel, car la charge de maître de chapelle (Kapellmeister) de la cour était à vie et on ne pouvait pas remplacer celui en place. Luchesi fit le voyage avec une petite équipe d’« experts » (dont seul le premier violon Gaetano Mattioli restera à Bonn jusqu’en 1784). Très vite, la chapelle de Bonn fut classée parmi les meilleures d’Allemagne et d’Europe. Après la mort du précédent maître de chapelle (Ludwig van Beethoven grand-père de Beethoven), Andrea Luchesi est nommé officiellement Kapellmeister en 1774. La charge requiert la naturalisation de Luchesi. En 1775 il se maria avec Anthonetta d'Anthoin, fille d’un des principaux conseillers du Prince-Électeur. Il resta à Bonn jusqu’à la fin de sa vie, avec une seule parenthèse en 1783-84 lorsqu’il se rendit à Venise. L’invasion des troupes françaises en 1794 mit fin à la cour de Cologne/Bonn ; Luchesi avait été mis à la retraite et passa d’une vie jusqu’alors aisée à devoir surmonter quelques difficultés économiques.

Parmi les nombreux élèves que Luchesi eut comme Kapellmeister à Bonn, on trouve Antonin Reicha, Bernhard et Andreas Romberg, F. Ries et Beethoven, le plus doué de tous. Beethoven resta à la chapelle pendant une douzaine d’années (jusqu’à son départ pour Vienne), comme assistant organiste, claveciniste et joueur d’alto. Lorsque, pendant son absence en 1783, l’organiste de cour C. G. Neefe remplaça provisoirement le Kapellmeister à la direction musicale de la chapelle, Luchesi chargea Beethoven (âgé de 12 ans) de prendre sa place à l’orgue.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Le compositeur et musicologue Jean-Benjamin de La Borde écrivait vers 1780 au sujet de Luchesi: "Il jouit d'un avantage bien rare parmi les Italiens, c'est que ses symphonies sont recherchées et applaudies en Allemagne" [2]. Or, non seulement ses symphonies mais la plupart des œuvres qu’il a écrites paraissent s’être volatilisées pendant presque deux siècles. Ces dernières années, des recherches de musicologues ont apporté de plus en plus de preuves à l’hypothèse que cette disparition était due à une combinaison de faits et coutumes du XVIIIe siècle et d’une tentative organisée d’effacement.

Pour ce qui est des coutumes, par exemple, la cession par un compositeur à un acheteur d’une œuvre avec le droit pour l’acheteur de l’utiliser comme sienne était d’usage assez courant. Luchesi à partir de 1763 délivra plusieurs travaux au prince Esterházy ou directement à Joseph Haydn. Pour ce qui concerne l’activité d’un Kapellmeister, l’usage voulait qu’il écrive gratuitement des travaux pour la chapelle, conservés comme œuvres anonymes, attribuées à son nom après la fin de son mandat (pour démission ou décès). Luchesi respecta formellement la règle, car on ne trouve pas de travaux à son nom après 1774 (avec quelques exceptions, comme pour la visite à Venise). Enfin, certains éditeurs n’hésitaient pas à publier des œuvres sous le nom de compositeurs qu’ils croyaient plus rentables, au lieu du nom du véritable auteur.

Pour ce qui est des faits: au moment de la nomination de 1774 il y eut très probablement un accord entre Luchesi et l’Électeur Maximilian Friederich, aux termes duquel Luchesi pouvait (en dehors de ses devoirs de composition pour la chapelle) faire circuler des œuvres, sous le nom de Ferdinand d’Anthoin (son beau-frère) ou de Haydn, qu’il pouvait vendre librement. En 1784, le successeur Max Franz essaya de remplacer Luchesi par son ami et protégé Mozart, mais sans succès. Luchesi dut toutefois apparemment négocier un nouvel accord, sous lequel les travaux ‘hors chapelle’ devaient être fournis sous le nom de Mozart. Le nom de Ferdinand d’Anthoin réapparaîtra entre 1791 et la fin de 1793 (dates de décès de Mozart et de d’Anthoin, respectivement).

Max Franz voulut aussi un inventaire des archives musicales de la cour de Bonn. Neefe le termina au début de mai 1784, juste avant le retour à Bonn de Luchesi. En octobre 1794, les archives furent transportées au château de Bad Mergentheim juste avant l’arrivée des troupes françaises. Finalement, une grande partie de ces documents arriva à la bibliothèque (Biblioteca Estense) du duc de Modène vers 1836.

L’Électeur Max Franz, qui était le frère de l’Empereur, et l’entourage impérial avaient tout intérêt à soutenir que désormais le nouveau centre de rayonnement musical était lié aux Habsbourg et à leur capitale. Pour ce faire très vraisemblablement on développa l’idée d’exagérer les mérites de ‘géants musicaux’ (comme Joseph Haydn, Mozart et plus tard Beethoven) à présenter comme presque autodidactes et dont le génie se serait épanoui dans les alentours de Vienne, ceci au détriment de compositeurs étrangers. Cette interprétation se trouve évidemment à l’opposé de la présentation traditionnelle de l’histoire musicale de la période dite classique. On n’a pas trouvé par ailleurs de meilleure explication à la tentative d’effacement de Luchesi de l’histoire musicale, tentative dont les musicologues sont en train de découvrir de plus en plus de traces.

L’archive personnelle de Luchesi a aussi disparu, peut-être dispersée après son décès. En attendant d’autres progrès de la recherche musicologique en cours, on peut considérer son œuvre selon les groupements suivants:

Œuvres à son nom ou facilement attribuables à Luchesi[modifier | modifier le code]

  • Opéras bouffes : L’isola della fortuna (1765), Il marito geloso (1766), Le donne sempre donne (1767), Il giocatore amoroso (1769), Il matrimonio per astuzia (1771), Il Natal di Giove, L’inganno scoperto ovvero il conte Caramella (1773)
  • Ademira, ‘opera seria’ (1784), en l’honneur de la visite du roi de Suède Gustave III à Venise.
  • Arlequin déserteur (Arlequin deserteur devenu magicien, ou Le docteur mari ideal), ballet-pantomime (1774)
  • Nombreuses compositions de musique sacrée, dont : Oratorio Sacer trialogus (1768), Stabat Mater (env.1770), Requiem (pour les funérailles d’État du duc de Montealegre, 1771) en fa majeur, Messe pour San Lorenzo à Venise, Messe pour la fête de la conception de Marie à Vérone, Te Deum pour l’Hôpital des Incurabili à Venise.
  • 2 Symphonies (1768)
  • 6 Sonates pour clavecin et violon (‘per il cembalo con l’accompagnamento di un violino’) Op.1 (Bonn, 1772)
  • 3 (ou 6?) Symphonies Op.2 (Bonn, 1773) - disparues
  • Concerto pour clavecin (Bonn, 1773) – quatre autres concertos/trios ont disparu
  • Cantate pour l’élection à Évêque de l’Archiduc Max Franz (1785 – attribuée a Luchesi dans l’Archive de la ville de Bonn)
  • Les travaux ‘anonymes’ (principalement de la musique religieuse) composés en tant que Kapellmeister qui se trouvent dans les archives conservées à Modène. Certains documents indiqués dans l’inventaire de 1784 ne sont pas parvenus à Modène, comme 100 travaux pour entr’actes.
  • Les œuvres qui circulaient sous le nom de Ferdinand d’Anthoin ont disparu.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce tableau est exposé à Bonn avec l'attribution: C. G. Neefe

Références[modifier | modifier le code]

  1. G.Taboga, Episteme No. 4, September 2001 (en anglais / italien)
  2. J.-B. de la Borde, Essai sur la musique ancienne et moderne, Tome III page 199, Paris, 1780