André Leducq

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André Leducq
Image illustrative de l'article André Leducq
André Leducq en 1931.
Informations
Nom Leducq
Prénom André
Date de naissance 27 février 1904
Date de décès 18 juin 1980 (à 76 ans)
Pays Drapeau de la France France
Spécialité sprinteur
Équipe amateur
1923-1925 Vélo club de Levallois
Équipe professionnelle
1926
1927-1934
1935-1936
Thomann-Dunlop
Alcyon-Dunlop
Leducq-Mercier
Principales victoires
2 grands tours

Jersey yellow.svg Tour de France 1930 et 1932
Classiques
Paris-Roubaix 1928
Paris-Tours 1931
25 étapes de grand tour

Tour de France (25 étapes)

André Leducq (27 février 1904 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) - 18 juin 1980 à Marseille) est un cycliste français. Professionnel de 1926 à 1938, il a notamment remporté le Tour de France en 1930 et 1932 et Paris-Roubaix en 1928. Il a également été champion du monde sur route amateurs en 1924. Surnommé « le Joyeux Dédé », ou « Dédé Gueule d'Amour et Muscles d'Acier », il a été l'un des coureurs français les plus populaires de l'entre-deux-guerres.

Biographie[modifier | modifier le code]

Carrière amateur et début de carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

En catégorie junior, André Leducq est champion de France sur route en 1922[1]. Aux Jeux olympiques de 1924 à Paris, André Leducq dispute la course individuelle sur route, courue sous forme de contre-la-montre individuel sur une distance de 188 kilomètres. « Non classé »[2], il réalise le neuvième temps, 6 heures 39 minutes et 16 secondes, contre 6 heures 20 minutes et 48 secondes pour le vainqueur Armand Blanchonnet[3], membre comme lui du Vélo club de Levallois. Une semaine plus tard, il devient champion du monde sur route amateur au circuit de Montlhéry, où Armand Blanchonnet est troisième[4]. En 1925, il est champion de France sur route amateurs et militaires[1].

Il devient cycliste professionnel en 1926 chez Thomann-Dunlop. En 1927, il est engagé par l'équipe la plus puissante de l'époque, Alcyon-Dunlop. En juillet 1927, André Leducq participe pour la première fois au Tour de France. Après une édition 1926 ennuyeuse, le directeur de la course Henri Desgrange essaye une nouvelle formule : lors des étapes de plaine, soit 16 des 24 étapes, les équipes partent séparément, de quart d'heure en quart d'heure. Leducq remporte trois étapes de cette édition : la sixième à Brest et les deux dernières à Dunkerque et Paris. Il termine à la quatrième place du classement général, et premier Français. Avec Antonin Magne, qui débute également sur la « grande boucle » et finit sixième, il incarne un renouveau du cyclisme français[5].

1928-1933 : les principaux succès[modifier | modifier le code]

Huit jours après avoir gagné Paris-Le Havre en mars 1928, André Leducq remporte Paris-Roubaix en battant au sprint les Belges Georges Ronsse et Charles Meunier[6]. Malgré les défauts constatés, Desgrange conserve lors du Tour de France la formule inaugurée l'année précédente : 15 des 22 étapes sont disputées avec départs séparés des équipes, ce qui favorise les équipes importantes, comme l'équipe Alcyon dont sont membres André Leducq et le vainqueur sortant Nicolas Frantz. Ce dernier gagne la première étape et garde le maillot jaune du début à la fin de la course. Après avoir perdu dix minutes à cause d'une crevaison lors de la première étape, Leducq gagne la deuxième à Cherbourg, puis à Perpignan, Marseille et Belfort. Il est deuxième du classement général, derrière Frantz et devant Maurice De Waele, autre coureur d'Alcyon[7],[8].

En 1929, Henri Desgrange revient sur la formule des départs séparés : le Tour de France est de nouveau disputé individuellement, l'entraide entre coureurs est interdite. André Leducq gagne la deuxième étape, à Cherbourg. À Bordeaux, où Nicolas Frantz remporte la septième étape, trois coureurs revêtent le maillot jaune : Frantz, Leducq et Victor Fontan. À Perpignan, Maurice De Waele récupère le maillot jaune. Malade, il bénéficie alors de l'aide des autres coureurs d'Alcyon, dont Leducq, qui bloquent la course et l'accompagnent pour favoriser sa victoire, malgré le règlement. Des coureurs « isolés » et des adversaires sont également sollicités. Leducq gagne quatre autres étapes et termine à la onzième place. Les conditions de la victoire de De Waele font dire à Henri Desgrange : « On fait gagner un cadavre ! Comment un Maillot Jaune aussi facile à dépouiller a-t-il pu conserver la première place ? ». Après plusieurs éditions et des changements de formules qui ont dégradé l'image du Tour (« l'époque la plus ténébreuse du Tour » pour Pierre Chany), celui-ci, ainsi que son règlement, qui interdit l'entraide, sont définitivement discrédités[9],[10].

Henri Desgrange en 1914.

Henri Desgrange bouleverse le mode de participation au Tour de France en 1930. Les marques de cycles sont supprimées. Désormais, les coureurs contractent directement avec le Tour et sont regroupés par équipes nationales. Pour cette édition de 1930, cinq équipes nationales de huit coureurs sont présentes. André Leducq fait partie de l'équipe de France. Durant la première semaine, la course est un duel entre les routiers-sprinters des équipes de France et d'Italie. André Leducq gagne une étape aux Sables-d'Olonne tandis que l'Italien Learco Guerra porte le maillot jaune. Alfredo Binda, alors quadruple vainqueur du Tour d'Italie, remporte la première étape des Pyrénées à Luchon, devant Pierre Magne et André Leducq. Celui-ci prend le maillot jaune, Learco Guerra perdant 13 minutes ce jour-là. Lors de la seizième étape entre Grenoble et Évian, Leducq chute deux fois : une première dans la descente du col du Galibier, puis dans l'ascension du col du Télégraphe. Cette dernière est causée par la cassure de l'une de ses pédales. Il monte alors sur le vélo de son coéquipier Marcel Bidot. Aidé des autres coureurs de l'équipe de France, ils parviennent à rattraper Guerra, qui a pris 15 minutes d'avance, et Leducq gagne au sprint à Évian devant Charles Pélissier. Ce dernier gagne les quatre dernières étapes, lors desquelles la victoire finale de Leducq n'est plus menacée. Aucun Français n'avait plus gagné le Tour depuis Henri Pélissier en 1923. Cette victoire est la première d'une série de cinq pour l'équipe de France. Elle projette l'image d'une France unie et suscite un regain d'intérêt du public, enthousiasmé par ses victoires[11],[12].

En 1931, André Leducq gagne Paris-Tours, puis prend la troisième place du championnat de France. Il n'est cependant pas considéré comme un favori du Tour de France. Durant la première étape des Pyrénées, les Belges Demuyssère, Schepers et Vervaecke attaquent avec l'Italien Pesenti. Ils sont cependant tous retardés par des crevaisons, de sorte qu'Antonin Magne s'impose à Luchon avec 4 minutes d'avance sur Pesenti et prend la tête du classement général. Il conserve le maillot jaune et remporte ce Tour de France devant Demuysere et Pesenti. André Leducq gagne une étape à Colmar et termine à la dixième place du classement général[13].

Charles Pélissier et Antonin Magne renoncent à participer au Tour de France 1932. Desgrange, qui souhaitait voir Charles Pélissier s'imposer, a introduit des bonifications de quatre minutes aux vainqueurs d'étape, supposées favoriser un routier-sprinter comme Pélissier. En l'absence de ce dernier, André Leducq profite de ces bonifications. En remportant la troisième étape à Bordeaux, il prend le maillot jaune. Bénéficiant de la mésentente régnant dans l'équipe de Belgique, et grâce à sa stratégie basée sur les victoires d'étapes, il remporte son deuxième Tour de France. Il gagne six étapes, dont les deux dernières[14].

Georges Speicher et André Leducq lors du Tour de France 1933.

Lors du Tour de France 1933, André Leducq, avec les autres coureurs de l'équipe de France, aide Maurice Archambaud à défendre son maillot jaune durant la première semaine puis Georges Speicher, qui prend la tête du classement général à Marseille après la douzième étape et gagne ce Tour. Leducq gagne deux étapes. Speicher signe la quatrième victoire consécutive de l'équipe de France, invaincue depuis que le Tour est disputé par équipes nationales. C'est lors de cette édition 1933 que sa « cohésion […] est la plus forte »[15]. Cette « équipe de copains offrait un potentiel assez exceptionnel », qui fait dire à Speicher après sa victoire : « Non, vraiment, nous n'avions aucune idée sur celui d'entre nous qui gagnerait »[16].

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

Plaque en l'honneur d'André Leducq, 19 rue Michel-Ange (16e arrondissement de Paris).

En 1934, André Leducq quitte Alcyon, qui l'emploie depuis 1927 et lui refuse une augmentation de 200 francs. Il rejoint la nouvelle équipe Mercier-Hutchinson, dirigée par Henri Pélissier. Les relations entre ce dernier et Henri Desgrange sont restées mauvaises, alors que Desgrange est ami avec le patron d'Alcyon, Edmond Gentil. Alcyon est en outre le fabricant des vélos jaunes utilisés par les coureurs du Tour de France depuis la création des équipes nationales. Ainsi, pour le seul motif qu'il a quitté Alcyon, Desgrange écarte André Leducq de l'équipe de France. Celle-ci écrase le Tour de France : elle gagne 20 étapes et porte le maillot jaune de bout en bout, d'abord avec Georges Speicher puis Antonin Magne qui gagne son deuxième Tour. Leducq suit cette édition avec les journalistes de Paris-Soir Albert Baker d'Isy et Géo Villetan[17].

André Leducq se classe deuxième de Paris-Roubaix en 1935. Leducq est réintégré à l'équipe de France du Tour de France. Romain Maes gagne la première étape et remporte le Tour en conservant le maillot jaune durant toute la course. Victime d'une chute et blessé, Antonin Magne, favori du Tour et capitaine de l'équipe de France, abandonne lors de la septième étape. Les coureurs de l'équipe de France se concentrent dès lors davantage sur les victoires d'étape que sur le classement général. Ils en gagnent treize, dont une par Leducq à La Rochelle. Georges Speicher est toutefois un temps en mesure de disputer le maillot jaune, mais perd toutes ses chances dans les Pyrénées et termine à la sixième place. Dans les discussions suivant cette défaite, Antonin Magne met en cause la mésentente de l'équipe après son abandon et l'attitude des coureurs, notamment Archambaud et Vietto, qui n'ont selon lui pas suffisamment soutenu Speicher. Leducq admet le manque de confiance des coureurs envers ce dernier, justifie les stratégies individuelles de ses coéquipiers et demande la désignation d'un directeur sportif de l'équipe de France, à l'image de ceux dont disposent les équipes de Belgique et d'Italie[18].

Antonin Magne au début des années 1930.

Il ne participe pas au Tour de France 1936, ni à l'édition 1937, qu'il décide comme Antonin Magne de ne pas disputer. Cette année-là, Desgrange dote l'équipe de France d'un directeur sportif, comme le demandait Leducq deux ans plus tôt. Ce directeur sportif est Jean Leulliot, collaborateur du journal L'Auto et futur organisateur de courses cyclistes.

En 1938, Desgrange supprime la catégorie des coureurs individuels du Tour de France, également appelée "touristes-routiers" ou "isolés" lors d'éditions précédentes. Il agrandit les équipes nationales et crée deux équipes de coureurs français, en plus de l'équipe de France emmenée par Antonin Magne : l'une est appelée « Bleuets » et l'autre « Cadets », qui a pour capitaine André Leducq. Sans avoir gagné d'étape, Leducq prend le maillot jaune après le deuxième tronçon de la sixième étape, à Bayonne. Il le cède au Belge Félicien Vervaecke à l'issue de la huitième étape, à Luchon, où il arrive avec 25 minutes de retard. Il termine à la trentième place de ce Tour de France remporté par l'Italien Gino Bartali. Lors de la dernière étape, entre Lille et Paris, il s'échappe avec Antonin Magne à Vallangoujard. Ils parcourent ensemble les 50 derniers kilomètres menant au Parc des Princes. Après avoir débuté sur le Tour la même année, ils font ensemble leur adieu à la « grande boucle » en franchissant la ligne d'arrivée, en se tenant par l'épaule, et sont classés premiers ex-aequo[19]. C'est la 25e victoire d'étape de Leducq sur le Tour de France, un record qui ne sera battu qu'en 1972 par Eddy Merckx. À cette occasion, il est le sixième cycliste du Tour de France à connaître une victoire d'étape dix ans au moins après un premier succès.

André Leducq meurt le 18 juin 1980, à 76 ans, des suites d'un accident de plongée sous-marine[20].

Palmarès[modifier | modifier le code]

Palmarès année par année[modifier | modifier le code]

Résultats sur le Tour de France[modifier | modifier le code]

En neuf participations, André Leducq remporte deux fois le Tour. Il totalise 25 victoires d'étapes dont 4 par équipes, ce qui fait de lui le troisième coureur au classement des victoires derrière Eddy Merckx et Bernard Hinault[21], et aura passé 35 jours avec le maillot jaune sur les épaules.

André Leducq fait partie des coureurs ayant remporté au moins deux étapes du Tour de France sur plus de dix années.

  • 1927 : 4e du classement général et vainqueur des 6e, 23e et 24e étapes
  • 1928 : 2e du classement général et vainqueur des 2e, 10e, 11e et 16e étapes
  • 1929 : 11e du classement général et vainqueur des 2e, 11e, 17e et 18e étapes
  • 1930 : Jersey yellow.svg vainqueur du classement général et des 5e et 16e étapes
  • 1931 : 10e du classement général et vainqueur de la 20e étape
  • 1932 : Jersey yellow.svg vainqueur du classement général et des 3e, 11e, 13e, 15e, 20e et 21e étapes
  • 1933 : 31e du classement général et vainqueur des 13e et 14e étapes
  • 1935 : 17e du classement général et vainqueur de la 18eb (contre-la-montre) étape
  • 1938 : 30e du classement général et vainqueur de la 21e étape

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Sergent, p. 1076
  2. Seuls les six premiers sont officiellement « classés ».
  3. [PDF] « Les Jeux de la VIIIe olympiade - Paris 1924 - Rapport officiel », sur la84foundation.org (consulté le 25 janvier 2012)
  4. Chany, p. 299
  5. « Tour de France 1927 », sur memoire-du-cyclisme.net (consulté le 25 janvier 2012)
  6. Sergent, p. 167-1970
  7. « Tour de France 1928 », sur memoire-du-cyclisme.net (consulté le 25 janvier 2012)
  8. Chany 2004, p. 220-221
  9. Viollet 2007, p. 95-96
  10. Chany 2004, p. 223-228
  11. Viollet 2007, p. 108
  12. Chany 2004, p. 237-243
  13. Chany 2004, p. 244-249
  14. Chany 2004, p. 250-252
  15. Viollet 2007, p. 100
  16. Chany 2004, p. 253-259
  17. Chany 2004, p. 263
  18. Chany 2004, p. 286-287
  19. Chany 2004, p. 303-308
  20. [PDF] Christophe Penot, « André Leducq, pour la France, pour les dames... », sur lncpro.fr (consulté le 26 janvier 2012)
  21. Les principaux records du Tour de France

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Leducq, Une fleur au guidon, Presses De La Cité,‎ 1979 (ISBN 9782258004498)
  • Pascal Sergent, Encyclopédie cyclisme mondial, vol. 3, De Eecloonaar, 2134 p. (ISBN 9074128734)
  • Pierre Chany, La fabuleuse histoire du cyclisme, vol. 1 : Des origines à 1955 (ISBN 2092864300)
  • Pascal Sergent, Paris-Roubaix. Tome I, 1896-1939 : chronique d'une légende, Roubaix, Véloclub de Roubaix,‎ 1991, 243 p. (notice BnF no FRBNF36158492), p. 167-170
  • Pierre Chany, La fabuleuse histoire du Tour de France : livre officiel du centenaire, Minerva,‎ 2004, 959 p. (ISBN 2830707664)
  • Sandrine Viollet, Le Tour de France cycliste : 1903-2005, L'Harmattan,‎ 2007, 256 p. (ISBN 9782296025059)
  • Jean Roussel, Il était une fois le Tour de France : À l'époque tumultueuse de l'entre-deux-guerres 1919-1939, L'Harmattan,‎ 2003, 365 p. (ISBN 2747552543)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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