André Jeanbon Saint André

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Jeanbon Saint André

Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait peint par David lors de son second emprisonnement au Luxembourg.

Nom de naissance André Jeanbon
Naissance
Montauban
Décès (à 64 ans)
Mayence
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Homme politique
Distinctions

André Jeanbon, dit Jean-Bon Saint-André ou Jeanbon Saint André, né à Montauban le , mort à Mayence le , est un pasteur, un révolutionnaire et un homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant la Révolution[modifier | modifier le code]

De famille protestante, fils d’un foulon, élevé chez les jésuites, d’où il est retiré par son père calviniste, il étudie la navigation à Bordeaux, s’enrôle dans la marine marchande, atteint le grade d’officier et devient capitaine. Après trois naufrages et la perte de ses économies, il abandonne la marine, étudie la théologie à Genève et devient pasteur à Castres en 1773, puis est amené à démissionner en 1782 après un conflit avec le consistoire de Castres, reprend son ministère à Montauban en 1788, où il préside la Société des Amis de la Constitution au début de la Révolution en 1789.

Sous la Révolution[modifier | modifier le code]

Il échoue aux élections de l’Assemblée législative en 1791, mais entre au conseil municipal.

Élu, le 4e sur 9, député du Lot à la Convention nationale en 1792, Jeanbon quitte ses amis Jacobins pour rejoindre Paris, où il siège d’abord à droite en compagnie de ses amis Girondins. Mais il s’en désolidarise progressivement et rejoint bientôt les rangs de la Montagne. Le 12 octobre 1792, il achève son évolution en se prononçant contre les Girondins, qui attaquent la Commune de Paris et réclament le renforcement de la garde de la Convention. En janvier 1793, il vote la mort du roi sans appel ni sursis, car, dit-il, « un roi par cela seul qu’il est roi, est coupable envers l’humanité, car la royauté même est un crime ».

Devant les périls que court la République, avec la guerre contre les monarchies coalisées, et la guerre civile déclenchée par les royalistes, en Vendée, et par les fédéralistes, il prône l’union de la Convention avec le peuple contre ses ennemis.

Il se prononce contre les poursuites visant les massacreurs de septembre 1792, car « une grande révolution ne peut s’opérer que par des évènements de toute nature ». Jean-Bon-Saint-André, initiateur du Tribunal Révolutionnaire de sinistre mémoire et charmant compagnon qui proclame ouvertement que «… pour établir solidement la République, il faut réduire de plus de moitié la population française ».

Il est envoyé dans le Lot et en Dordogne pour accélérer la levée des 300 000 hommes et assiste, à son retour, à l’agonie de la Gironde.

Président de la Convention du 11 au 25 juillet 1793, il entre, le 10 juillet 1793 au comité de salut public, où il prend la charge de la Marine.

Chargé, en tant que président de la Convention, de prononcer l’éloge funèbre de Jean-Paul Marat, il s’exécute avec une sécheresse qui témoigne clairement de son peu de sympathie pour la victime de Charlotte Corday. La plupart du temps en mission, il se tient à l’écart des affrontements entre factions.

D’abord envoyé en mission aux armées de l’Est, le conventionnel est bientôt chargé de la réorganisation de la marine militaire, minée par l’insubordination. À Brest, où il est représentant en mission de septembre 1793 à mai 1794, il rétablit la discipline par des mesures très sévères, avec son collègue Prieur de la Marne. Pour y parvenir, il n’hésite pas à faire rédiger, contre monnaie sonnante et trébuchante, de faux témoignages par des matelots peu scrupuleux et des bagnards. Mais, retors, il se garde bien de prononcer lui-même toute condamnation et expédie les « coupables » à Paris où Fouquier-Tinville, Accusateur Publique du Tribunal Révolutionnaire, se charge de la basse besogne. Puis Jean-Bon se fait envoyer, par le Tribunal Révolutionnaire de Paris, une délégation permanente et particulièrement dévouée qui, dorénavant, siègera à Brest. Il pourra toujours arguer, à l’heure de rendre des comptes, qu’il n’a aucun sang sur les mains et ainsi sauver sa tête.

Après s’être attaqué aux officiers, Jean-Bon s’occupe des équipages. Erigée sur un ponton, la guillotine trône au milieu du port de Brest. Le premier condamné est un vieux quartier-maitre de l’Impétueux, dénoncé par ses camarades pour attitude antirépublicaine, exécuté le 16 mars 1794. Il s’est essuyé le visage avec un mouchoir au lieu de retirer son chapeau à l’annonce de la reprise de Toulon par les troupes républicaines (9 janvier 1794) ! . Officiers et équipages sont passibles des mêmes peines. Pour une broutille, on exécute. On envisage même, à un moment, d’embarquer une guillotine sur les bâtiments. Les désertions se multiplient à Brest et il faut constituer une commission chargée de faire le tour des autres ports pour tenter d’enrôler des volontaires.

En janvier 94, Jean Bon Saint André dissout les régiments d’artillerie et d’infanterie de marine, troupes spécialisées pour le service sur les bâtiments, principalement constituées de bretons, sous prétexte que la spécialisation est contraire à l’égalité tant louée par la République. Dorénavant, les conscrits de la Garde Nationale sauront parfaitement remplir ce rôle…

On lui prête même l’intention, sur la base de témoignages et de document d’époque, de vouloir traduire 18 000 marins brestois en justice pour attitude antirévolutionnaire ! Décision folle qui aurait désarmé la flotte.

Le 14 Pluviôse An 2 (2 février 1794), il emet une proposition de décret tristement célèbre. Sera puni de mort et déclaré traitre à la Patrie, tout capitaine et officier qui aura amené son pavillon, quels que soient la puissance et le nombre d’ennemis affrontés, sauf si son bâtiment est en train de couler, encore faut-il qu’il ait quasiment de l’eau jusqu’à la taille ! Accessoirement, un navire de guerre en bois a généralement la fâcheuse tendance à continuer de flotter et ne sombre qu’exceptionnellement ! De même pour un commandant de frégate, corvette ou petit bâtiment isolé, qui se rendra à un ennemi inférieur au double de sa puissance et sans que son bâtiment ne soit en train de couler. Pour faire bon poids, le 26 mai (7 Prairial), le Comité de Salut Public publie un nouveau décret qui ordonne de ne pas faire de prisonnier, y compris sur les prises civiles et de pratiquer la guerre à mort.

Jean Bon Saint André participe alors, sur mer, aux opérations de Villaret de Joyeuse contre les Anglais ; Jeanbon participe ainsi en mer à la bataille du 13 prairial an II au large d'Ouessant le 1er juin 1794 (célèbre pour la résistance du Vengeur du Peuple) à bord du vaisseau la Montagne, en compagnie de ce contre-amiral.

En mission lors du 9 Thermidor, qu’il désapprouve, il est remplacé par un thermidorien au sein du comité de salut public, sous prétexte des empêchements de ses missions en province. De fait, de juillet 1794 à mars 1795, Jeanbon est chargé d’une nouvelle mission dans les départements maritimes du Midi, spécialement Toulon, où il montre les mêmes qualités d’administrateur.

Adversaire malheureux, dans le Lot, de Jean-Pierre Ramel, l'aîné,  frère du général, (Cahors étant le chef-lieu, Montauban une sous-préfecture), lors de l'élection à l'Assemblée législative, il poursuivit Ramel de sa vengeance. Celui-ci, après la session, était entré à l'armée des Pyrénées-Orientales, où sa brillante conduite l'avait fait nommer général de brigade au commencement de 1793. À Collioure, où Ramel s'était cependant battu avec courage, il fut accusé de s'être laissé surprendre et de témoigner beaucoup de tiédeur envers le pouvoir ; Jean-Bon-Saint-André le fit arrêter, mais dut trois fois modifier la composition du tribunal avant d'obtenir un arrêt de mort ; Ramel fut exécuté dans les premiers jours de l'année 1795.

Alors que la Terreur blanche sévit en France, il est arrêté le 9 prairial an III, lors de la réaction qui suit l’insurrection du 12 germinal et celle du 1er prairial. Cependant, après l’adoption de la constitution de l'an III, le 24 septembre 1795 et l’échec de l’insurrection royaliste le 13 vendémiaire, une loi d’amnistie générale « pour les faits proprement relatifs à la Révolution » est votée le 26 octobre 1795, et il est libéré le 29 octobre.

Le Directoire le nomme alors consul général à Alger, puis à Smyrne en 1798. Lorsque l’Empire ottoman rompt avec la France, il est arrêté et passe trois ans en captivité.

Sous le Consulat et le Premier Empire[modifier | modifier le code]

Tombe du baron de Saint-André à Mayence

Après sa libération, Bonaparte le nomme commissaire général des trois départements de la rive gauche du Rhin, en décembre 1801, puis préfet du département du Mont-Tonnerre à Mayence en septembre 1802, où il confirme sa réputation d’administrateur exceptionnel. En remerciement de ses services, Napoléon le fait chevalier de la Légion d'honneur en 1804, puis baron d’Empire, baron de « Saint-André », en 1809. Le typhus l’emporte en 1813. Il est enterré au cimetière principal de Mayence.

Franc-maçon actif, Jean Bon de Saint André fut le premier Vénérable Maître de la Loge « Les Amis de l’Union » de Mayence, fondée en 1803, et qui existe toujours aujourd’hui dans cette ville sous l’appellation « Die Freunde zur Eintracht ».

Publications[modifier | modifier le code]

  • Sermon d'action de graces, prononcé dans une société de Protestans le dimanche 26 juillet, pour remercier Dieu de la fin des troubles de Paris, & de l'éloignement des troupes qui environnoient cette capitale, Montauban, Teulières et Fontanel, 1789.
  • L'éducation nationale, impr. par ordre de la Convention nationale, Reprod. de l'éd. de : [Paris], [de l'Impr. nationale], [179-?]. [1]
  • Journal sommaire de la croisière de la flotte de la république, commandée par le contre-amiral Willaret, tenu jour par jour par le représentant du peuple Jean-Bon Saint-André, embarqué sur le vaisseau la montagne, imprimé par ordre de la Convention nationale, Reprod. de l'éd. de : Paris, de l'Impr. nationale, an II, 1793, 1794. gallica.bnf.fr
  • Opinion et projet de décret, du citoyen Jean-Bon St.-André,... sur l'organisation de la marine française, impr. par ordre de la Convention nationale, Reprod. de l'éd. de : Paris, de l'Impr. nationale, 1793. [2]
  • Rapport des représentans du peuple, envoyés à Brest et auprès de l'armée navale par Jean-Bon Saint-André ; [fait à la] Convention nationale, Reprod. de l'éd. de : Paris, de l'Impr. nationale, 179-?. [3]
  • Rapport fait au nom du comité de marine par Jean Bon Saint-André, membre du comité, imprimé par ordre de la convention nationale, Reprod. de l'éd. de : Paris, de l'Impr. nationale, 1793. [4]
  • Rapport sur la trahison de Toulon, au nom du Comité de salut public par Jean-Bon Saint-André ; impr. par ordre de la Convention nationale, Reprod. de l'éd. de : Paris, Impr. nationale, 179-?. [5]
  • Recueil des arrêtés du citoyen Jean-Bon-Saint-André, représentant du peuple dans les départemens maritimes de la République, pendant la mission au Port la montagne, Reprod. de l'éd. de : Port de la montagne, chez A. Aurel, an II 1794. [6]
  • Réponse de Jean-Bon Saint-André, à la dénonciation des citoyens de la commune de Brest, impr. par ordre de la Convention nationale, Reprod. de l'éd. de : Paris, de l'Impr. nationale, an III, 1795. [7]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Augustin Kuscinski, Dictionnaire des Conventionnels, Paris, 1916, « Jeanbon Saint-André ».
  • Léon Lévy-Schneider, Le Conventionnel Jeanbon St André, membre du Comité de salut public, organisateur de la marine de la Terreur, 1749-1813, Paris, Félix Alcan, 1901, 2 volumes.
  • Daniel Ligou,
    • Jeanbon Saint-André, membre du grand comité de salut public de l'an II 1749-1813, Paris, Messidor, 1989.
    • « Jeanbon Saint-André(André Jeanbon dit) », dans Albert Soboul, Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989 (collection Quadridge, 2005, p. 595-597).
  • (de) Helmut Mathy, Jeanbon St. André. Kleiner Druck der Gutenberg-Gesellschaft, Mayence, 1969, 60 p. (ISBN 3775500928).
  • Michel Nicolas, Jean-Bon Saint-André : sa vie et ses écrits, Montauban, Comptoir des imprimeurs-unis, 1848, 349 pages (rééd. 1988, 196 pages).
  • Société de l'histoire du protestantisme français:
    • Léon Lévy-Schneider, « Le pasteur Jeanbon Saint-André jusqu'à la réunion des États-généraux, 1749-1789 », Bulletin historique et littéraire, Société de l'histoire du protestantisme français, Agence centrale de la Société, Paris, 1894, p. 337 et alii.
    • Tu. Schoel, « Le pasteur et conventionnel Jeanbon-Saint-André », Bulletin historique et littéraire, Société de l'histoire du protestantisme français, Agence centrale de la Société, Paris, 1901, p. 497 et alii.
    • A. Paul, « Jeanbon-Saint-André et les Réfugiés du Palatinat », Bulletin historique et littéraire, Société de l'histoire du protestantisme français, Paris, 1911, p. 351 et alii.
    • J. Pannier, « Quelques souvenirs de Jeanbon Saint-André à Mayence (1804-1813) », dans Bulletin historique et littéraire, Société de l'histoire du protestantisme français, Paris, 1925 (p. 345 et alii)

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