André Détolle

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André Détolle
Image illustrative de l'article André Détolle
Fonctions
maire de Caen
15 mai 192514 septembre 1944
Réélection 16 mai 1929 - 16 mai 1935
Prédécesseur Armand Marie
Successeur Yves Guillou
Biographie
Date de naissance 13 décembre 1876
Lieu de naissance Paris
Date de décès 11 novembre 1962
Lieu de décès Caen
Profession Négociant en tissus, Administrateur de société

André Détolle est un ancien maire de Caen. Il effectue son mandat pendant 19,5 ans entre le 15 mai 1925 et le 14 septembre 1944. Sous l'Occupation, il est maintenu à son poste par le préfet Graux par décision de l'amiral Darlan du 4 mars 1941[1].

Un boulevard porte son nom à l'ouest de la ville par décision unanime du conseil municipal en date du 22 mars 1963.

Biographie[modifier | modifier le code]

André Détolle est né le 13 décembre 1876 à Paris et vit à Caen dès l'âge de 3 ans. De caractère réfléchi, pragmatique, modeste et d'une grande discrétion, il avait une éducation de diplomate. André Détolle aimait Caen et s'est fortement investi pour améliorer le quotidien des Caennais.

Détolle edouard sucesseur

Son père Édouard avait racheté le négoce Morin-Gost à Caen au 8 rue du Cours de la Reine (devenu 8 rue Sadi-Carnot). Édouard sera conseiller municipal de la ville de Caen pendant presque vingt ans, adjoint de Georges Lebret[2], il décédera en activité à la suite d'une maladie inconnue en 1908. Adolphe Parissot neveu du fondateur du grand magasin À la Belle Jardinière à Paris, Pierre Romet[3](Le Gagne-Petit à Alençon)[4] et François Armand Détolle[5], oncles et père d'Édouard, étaient eux-mêmes dans le négoce de tissus et la confection dès 1830. André passe son baccalauréat au lycée Malherbe et sort diplômé de l'École de commerce du Havre en 1898. Il participe à la création du Club Malherbe caennais en 1907 et reprend l'entreprise familiale en 1908.

Détolle André militaire en 1915-1918

Mobilisé le 3 septembre 1915, il est affecté auprès des Britanniques, il est démobilisé en janvier 1919. Il développe et fait prospérer son entreprise entre 1919 et 1933. En parallèle, il s'implique dans la vie sociale et dans l'économie de la ville, président de la Société de gymnastique de Caen[6], président de l'association des anciens du lycée Malherbe,en juin 1927[7]. Il est nommé administrateur de Banque de France en décembre 1924[8], puis administrateur de la Caisse d’épargne et du Crédit immobilier de Caen. Henry Chéron, sénateur du Calvados, le reçoit au grade de chevalier de la Légion d'honneur en janvier 1928, au titre de l'Industrie et du Commerce[9]. La crise l'oblige à fermer son négoce fin 1935, il a alors 59 ans. Il s'implique dans la Société normande d'alimentation, il en deviendra président d'honneur.

Dans son entreprise, ou à la mairie, c'est un gestionnaire innovant et proche du quotidien de ses concitoyens comme de ses employés. Au sein de son entreprise, il avait créé un atelier de confection de chemises afin de faire travailler les femmes chez elles. Des réfugiés espagnols fuyant Francisco Franco sont hébergés à la Maladrerie en 1938, il leur fait une visite avec l'un de ses fils afin de s’enquérir qu'ils ne manquent de rien. Fin des années 30 et début 40, période de fort chômage, il fait préparer sandwich ou soupe chaude à toute personne qui frappe à sa porte[10].

Action municipale[modifier | modifier le code]

Ses débuts dans la cité[modifier | modifier le code]

Il débute à 36 ans en tant que conseiller d'arrondissement de Caen Ouest en 1912[11]. En tant que négociant en tissu, il fait partie de la fédération des groupements commerciaux et industriels[12]. Il est élu au conseil municipal sur la liste d'Union républicaine le 30 novembre 1919[13]. Il fait partie de la commission des fêtes et de celle de la foire de Caen[14]. Il devient deuxième adjoint d'Armand Marie le 26 novembre 1921 en remplacement d'un démissionnaire[15]. Il est réélu au premier tour comme conseiller d'arrondissement de Caen le 14 mai 1922[16]. Il devient le vice-président du conseil d'arrondissement[17].

Ses premiers mandats[modifier | modifier le code]

Il est élu maire de Caen lors du conseil municipal du 15 mai 1925 au premier tour de scrutin par 28 voix sur 30[18]. Il était sur une liste d'union comprenant seize républicains de gauche et seize républicains libéraux[19]. Il conserve son mandat de conseiller d'arrondissement mais quitte sa fonction de vice-président ; il devient secrétaire[20]. Son mandat de conseiller de Caen-Ouest est renouvelé le 14 octobre 1928 sous l'étiquette républicain de gauche[21]. Il conduit lui-même la liste d'« union municipale et de concorde républicaine » lors des élections municipales d'avril 1929[22]. Il arrive 7e en nombre de suffrage et sa liste remporte 22 des 32 sièges[23]. Il est réélu maire de Caen lors de la séance du conseil municipal du 16 mai 1929 par 28 voix et 4 bulletins blancs[24].

Vers 1930 Détolle Henriette et André à l'aérodrome

Il est surnommé « le maire des cités-jardins »[25] car il développe les quartiers d'habitations à bon marché de Caen. La première est celle de la Haie Vigné, à l'ouest de la ville, après une délibération municipale du 18 juin 1928[25]. En 1929, est érigée celle du Clos-Joli boulevard Clemenceau, puis en 1930, la cité Guynemer[25].

1932 Caen visite du président Lebrun et André Maire (2)

En novembre 1931, est voté le plan Danger pour l’aménagement et l’embellissement de la ville[26] qui prévoit notamment le percement d'une avenue dans le quartier Saint-Jean entre la gare de l'État et le château[27]. Si ce dernier plan n'est pas appliqué[28], les chantiers d'assainissement se poursuivent toutefois avec Yves Guillou chargé des travaux publics ; le recouvrement de l'Odon dans la vieille ville en 1932 (Caen, Venise du nord, subissait crues et inondations régulières) et la mise en place du tout à l'égout permettent d'offrir un nouveau visage à la cité. Ces grands travaux offrent également de nombreux emplois, alors même que la Grande Dépression touche l'agglomération caennaise[27]. Il développe l'hygiène dans les écoles de la ville en y installant le chauffage central[29].

1962: Hommage du Maire de Caen, Jean-Marie Louvel
1962: Hommage, suite et Fin.

Attitude sous l'Occupation[modifier | modifier le code]

Par voie d'affichage, André Détolle annonce qu'il reste en place le 17 juin 1940[30],[31]. Le 18 juin les Allemands entrent dans la ville. Lors d'un discours au conseiller d'arrondissement de Caen, il déclare « tant de deuils et d'angoisses font actuellement l'horizon impénétrable, mais sur ces nuées semble émerger une cime d'espoir. M. le maréchal Pétain est véritablement, en ce jour tragique, l'homme du destin. Pour ce qui est de l'honneur, du patriotisme, de la compétence militaire, enfin de la lucidité, nul ne pourra mieux prétendre à la confiance de tous les Français et d'abord, n'est-il pas vrai, de ceux qui ont versé le 23 juin, les larmes les plus amères, nos anciens combattants de 1914. L'âme de ce grand vieillard est comme le roc où nous pouvons nous réfugier et sur lequel nous espérons s'édifiera la France de demain »[32]. Les historiens le qualifient de maréchaliste, André Détolle témoigne ainsi à cette époque d'une confiance dans la personne du maréchal Pétain, propos qu'il nuancera en avril 1941 devant le préfet Graux. « André n’est pas resté à la mairie par admiration et fidélité au maréchal, cela n’avait pas de sens. Caennais, élu et réélu, sa responsabilité voulut qu’il reste, ni pour la gloire, ni pour la reconnaissance. La philosophie d’André, pendant l’occupation était qu’il fallait continuer à vivre dans la dignité, alors que le sort des armes avait été défavorable »[10].

Le 20 août 1940, il lance un appel à la population lui rappelant que « les actes de sabotage ou d'hostilité seront punis avec la dernière sévérité par les tribunaux allemands. »[33]. Après la rupture de câbles téléphoniques rue de Falaise en novembre 1940, le maire est obligé d'instaurer un tour de garde pour les surveiller. C'est lui-même qui effectue le premier tour de garde le 2 décembre[31]. Le 6 février 1941, il tente de dissuader de nouveau le sabotage de câbles rue des Jacobins et rue du 11 novembre[31]. Le 2 mars, il instaure un nouveau service de garde.

En mars 1941, les conseils municipaux sont supprimés[31]. André Détolle est confirmé dans sa fonction par le chef du gouvernement, l'amiral Darlan. Le conseil municipal est nommé par le ministère de l'Intérieur le 26 avril[31], il est installé par le préfet Graux le 8 mai 1941, André pris la parole pour son quatrième mandat « les directives politiques, les doctrines et tout ce qui tient à la catégorie des grands principes ne sont pas et n’ont jamais été mon affaire […] Il est difficile de se réjouir d’assumer une telle charge […] mais il acceptait dans un sentiment de devoir prenant exemple sur le Chef qui n’a pas craint de prendre en main les destinées de la patrie »[1].

Il y eut une tentative de renommer le cours Sadi Carnot cours Pétain sur proposition de la légion française des combattants de Caen, André se montra très prudent sur la question en mai 1941 en adressant un refus poli « Le cours dont il s’agit est suivi d’une rue du même nom, de sorte que subsistera l’hommage antérieurement apporté au président de la République assassiné dans l’exercice de ses fonctions »[34]. L'absence du préfet Graux et du maire à la première réunion publique du comité de collaboration de décembre 1941 ne passe pas inaperçue. Pendant neuf mois, Julien Lenoir et le groupe Collaboration devront composer avec l’hostilité ouverte du préfet[34]. Extraits établis par le préfet (1942 ou 1943) « M. Détolle jouit d’une bonne réputation à Caen, donne satisfaction pour la gestion et l’administration des affaires de la ville, néanmoins il manque d’énergie ». Après de nouveaux sabotages, la ville de Caen se voit infliger une amende de 50 000 reichmark, André Détolle répartit la somme entre les Caennais en se fondant sur la taxe foncière[31]. Le 11 mai 1942, André Détolle doit prendre un ordre de réquisition suite au déraillement d'un train allemand à Airan pour faire garder la ligne Paris-Caen-Cherbourg[31].

Février 1944, il est convoqué ou arrêté au même titre qu'un grand nombre de personnalités ou de notables du Calvados[31]. Son second fils Alain se souvient d'un matin où la Gestapo emmènera son père et qu'il ne revint qu'en fin d'après-midi, Alain n'en saura pas plus[10]. Durant la bataille de Caen, son fils aîné Gilbert de 22 ans est actif au centre d'accueil des Petites Sœurs des Pauvres[35],[36],[37], André est évacué par les Allemands avant la libération de la rive gauche, le 13 juillet, il est aperçu au nord d'Argentan à Trun[36]. « Mon père traverse quotidiennement l’Orne pour se rendre à l’abbaye aux Hommes où la Mairie et la Préfecture ont établi leurs bureaux. Le 7 juillet, une cérémonie patriotique réunit rive gauche quelques membres de l’ancienne municipalité et le Comité départemental de la Libération. André ne pouvait pas s’y rendre et ne se remettra jamais d’avoir raté l'unique cérémonie commémorant la libération de la ville. Sa maison située rue de l'Arquette était sur la ligne du front. Les SS en repli l'occupèrent et les expulsèrent, la rive gauche était coupée de la rive droite (ponts détruits), il dut suivre la voie de la retraite vers Moulins-la-Marche avec sa femme et sa cuisinière »[10]. Le 19 juillet, son troisième adjoint — Joseph Poirier —[38]est nommé maire par intérim par les Alliés[39].

Aux élections de 1945, il se laisse convaincre de se représenter avec sa liste Union municipale. Il est logiquement battu, sa liste recueille 7 élus sur 34.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Rémy Desquesnes, Caen 1900-2000 : un siècle de vie, Fécamp, Éditions des Falaises,‎ 2001, 75 p.
  2. Le journal des instituteurs, 39e année, no 19, 8 février 1895, p. 291 [lire en ligne] [PDF]
  3. Romet (Pierre) sur le site de l'histoire d’Alençon par Alain Champion
  4. Gagne-Petit (maison du) sur le site de l'histoire d’Alençon par Alain Champion
  5. Bulletin des lois de la République française, Paris, Imprimerie nationale, 1852, Xe série, second semestre 1851, tome 8, nos 410-476, p. 356[lire en ligne]
  6. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 25 mars 1922
  7. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 18 juin 1927.
  8. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 31 décembre 1924.
  9. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 29 janvier 1928.
  10. a, b, c et d Extrait des écrits de son fils Alain à Rémy Desquesnes en 2001.
  11. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 1er septembre 1912.
  12. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 28 novembre 1919.
  13. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 1er décembre 1919.
  14. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 15 décembre 1919.
  15. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 27 novembre 1921.
  16. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 16 mai 1922.
  17. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 21 octobre 1922.
  18. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 16 mai 1925.
  19. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 23 avril 1925.
  20. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 5 août 1925.
  21. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 15 octobre 1925.
  22. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 3 mars 1929.
  23. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 7 mai 1929.
  24. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 17 mai 1929.
  25. a, b et c Caen Habitat, 90 ans d'histoire, décembre 2009.
  26. Rémy Desquesnes, op. cit., p. 189
  27. a et b Rémy Desquesnes, op. cit., p. 66
  28. François Robinard, Caen avant 1940 : rétrospective de la vie caennaise de 1835 à 1940, Caen, Éditions du Lys, 1993, p. 169 [lire en ligne]
  29. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 3 juin 1930.
  30. [Avis d'André Détolle et Henri Graux]
  31. a, b, c, d, e, f, g et h « Chronique de l'occupation », Michel Le Querrec (consulté le 17 décembre 2011).
  32. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 18 juillet 1940.
  33. L'Ouest-Éclair - édition de Caen, 21 août 1940.
  34. a et b Jean Quellien, Opinions et comportements politiques dans le Calvados sous l'occupation,‎ 2002
  35. Itinéraire de la Mémoire sur le site de la ville de Caen
  36. a et b « À Caen du 10 au 17 juillet 1944 », Michel Le Querrec (consulté le 17 décembre 2011)
  37. « Les Petites-sœurs-des-pauvres pendant la bataille de Caen », Michel Le Querrec (consulté le 17 décembre 2011)
  38. « Témoignage de Joseph Poirier », Michel Le Querrec (consulté le 17 décembre 2011)
  39. « Les organismes de Vichy », Michel Le Querrec (consulté le 17 décembre 2011)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]