André-Charles Boulle

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Boulle.

André-Charles Boulle

Nom de naissance André-Charles Boulle
Naissance 10 novembre 1642
Paris
Décès 29 février 1732 (89 ans)
Paris
Activités Ébéniste, Marqueteur, sculpteur, fondeur, ciseleur, doreur, peintre et dessinateur
Maîtres Johan Bolt
Mécènes Louis XIV

André-Charles Boulle (10 novembre 1642 Paris - 29 février 1732 Paris) est un ébéniste, sculpteur, fondeur, ciseleur, doreur, peintre et dessinateur français des XVIIe siècle et XVIIIe siècle. Ébéniste du roi, il fut le premier de son temps à appliquer du bronze doré à l'ébénisterie. Principal ébéniste de son siècle, sa longévité et son succès auprès de ses contemporains expliquent la profusion de ses œuvres.

Biographie[modifier | modifier le code]

André-Charles Boulle naît le 10 novembre 1642. Il est le troisième enfant de Johann Bolt, dont le nom francisé devient Jean Boulle, compagnon menuisier en ébène originaire du duché de Gueldre installé à Paris dès 1637, et de Légère Thorin[1].

Son père lui enseigne durant sa jeunesse de nombreuses techniques artistiques, en particulier le dessin, la sculpture, la reparure, la ciselure, la dorure, ainsi que la peinture. Johann lui fait abandonner cette dernière pour laquelle André-Charles Boulle présentait une préférence au profit de la menuiserie pour qui le garçon montrait de grandes dispositions. Le talent du jeune homme est tel que selon le père Orlandi, le Bernin venu en France durant l'année 1665, le prend en amitié et lui prodigue conseils au sujet de sa technique du dessin architectural. À partir de 1666, alors qu'il n'a pas encore atteint la majorité, André-Charles est mentionné comme ayant acquis la maitrise parisienne, que son père n'avait lui jamais obtenue. L'atelier familial se trouvait alors rue de Reims, face au collège Sainte-Barbe. Face à la reconnaissance du jeune artiste et au nombre de commande grandissant, le petit atelier s'agrandit bien vite et emploie toute la famille. Son ascension sociale se perçoit nettement dans le contrat de mariage de la sœur de André-Charles, Constance, mariée à Philippe Poitou futur ébéniste de roi, qui cite comme témoins un procureur, un avocat au Parlement de Paris, un contrôleur général de la Marine ainsi qu'un auditeur de la Chambre des Comptes[2].

À l'instar de la bourgeoisie et de la noblesse de robe parisienne, la famille royale accorde sa faveur à l'ébéniste dès 1672, par l'intermédiaire de Jean-Baptiste Colbert pour l’estrade de la petite chambre de la reine Marie-Thérèse à Versailles[3]. Cette faveur est confirmée, si besoin était, en mai 1672 lorsque le logement des « Galleries du Louvre » de l'ébéniste Jean Macé, décédé le 14 de ce mois, est attribué à André-Charles, alors préféré à Pierre Gole, pourtant ébéniste du roi depuis 25 ans. À cette date, le roi est en Flandres avec son armée. Colbert, qui avait fait son choix entre les deux prétendants, fait signer le 20 mai le brevet accordant le logement à Boulle à la reine alors régente. Le ministre n'informera le roi que deux jours plus tard, le 22, lui précisant que Boulle est « le plus habile ébéniste de Paris ». La décision ayant déjà été prise, le roi qui ne connait pas personnellement Boulle ne peut qu’acquiescer et répond « le logement des Galleries au plus habile »[3]. Être admis au Louvre est un signe de la faveur royale, mais c’est aussi un privilège de liberté par rapport aux corporations parisiennes. Le prestige qui en découle entraine une nette augmentation des commandes. Boulle possède alors deux ateliers, celui de la rue de Reims et celui du Louvre pour lesquels toute la famille travaille, y compris la sœur de André-Charles, première femme connue comme ouvrier ébéniste[4].

Le 1er mars 1677, André-Charles épouse Anne-Marie Leroux en l'église Saint-Sulpice à Paris. Elle est elle-même fille d'ébéniste et huit enfant naitront de leur union. L'année de leur mariage, l'atelier de Boulle continue son accroissement. Constance Boulle était décédée l'année précédente, Philippe Poitou se remarie et devint à son tour ébéniste du roi[4]. Il semble que c'est à ce moment que Colbert entreprend de confier à Boulle une immense zone du Louvre, faisant de son atelier le plus grand de Paris. Le palais est à cette période progressivement déserté, le roi s'installant à Versailles et la reine-mère dont les appartements se trouvait non loin étant décédée en 1666. Une immense zone du palais est alors vacante dans laquelle des travaux entrepris pour l'érection d'un théâtre avaient été entrepris puis abandonnés à la mort de la reine-mère. Les lieux sont alors partagés afin d'accueillir d'une part l'Académie royale de peinture et de sculpture et d'autre part, l'atelier de Boulle. Si la date exacte de la prise de possession par Boulle de ce nouvel atelier s'étendant sur la moitié du théâtre n'est pas connue, il convient de la situer vers 1677, date à laquelle l'atelier de la rue de Reims est fermé. Qui plus est, le 29 octobre 1679, Boulle voit son logement du Louvre situé dans la Grande Galerie augmenté de deux étages, occupés jusqu'en 1677 par Vincent Petit. L'appartement de l'ébéniste et son atelier couvrent alors une surface de 780 mètres carrés[5].

En 1685, l'atelier de Boulle se dote d'une fonderie, illustrant l'importance du bronze doré dans la production de l'ébéniste. Elle est placée dans un bâtiment non loin de l'atelier du Louvre, racheté à Madeleine Laniel, veuve de Denis Buret, ébéniste, et s'étend sur près de 200 mètres carrés. L'occupation du bâtiment cesse probablement vers 1692, de manière certaine en 1699. Elle sera alors située au sein même des ateliers de Boulle dans le Louvre. À la fin du siècle, l'atelier atteint un développement inédit jusqu'alors avec plus de quinze collaborateurs ayant le statut de compagnon, issus de nombreux corps de métier (ciseleurs, doreurs, ébénistes, menuisiers, graveurs en marquèterie), ainsi qu'un nombre conséquente d'assistants et d'apprentis[5].

À partir de 1680, l'atelier Boulle connait une partie de son succès grâce au chantier du château de Versailles pour lequel il produit nombre de meubles de prestige. On compte ainsi dès 1680 une commande de la reine pour un cabinet d'orgue portative dont le coût fut estimé à 8 000 livres (considérant le salaire journalier moyen au XVIIe siècle légèrement inférieur à une livre). Le Grand Dauphin commande en 1682 à l'atelier la réalisation de son premier cabinet des Glaces pour lequel l'ébéniste percevra 59 900 livres. Le succès de l'ébéniste est tel que son atelier ne produit alors que sur commande[6]. Ces années de gloire sont l'occasion pour Boulle d'acquérir un patrimoine immobilier par l'achat de terre ainsi que d'une maison de rapport, à proximité de Paris. Collectionneur de dessins et d'estampes, il en profite également pour acquérir de nombreuses œuvres. Néanmoins, Boulle avance régulièrement l'argent pour ses commandes royales et les paiements se font souvent attendre. Si bien que les paiements du roi ne suffisent plus à couvrir les 169 000 livres qu'il a engagé dans la réalisation des œuvres royales[7]. L'ébéniste doit alors s'endetter avant d'être payer quelque temps plus tard par le trésor royal. Il s'agit là d'une période de plus faible production (même si elle reste remarquable à l'échelle de l'époque) pour l'atelier.

Les années 1700 marquent la reprise des commandes royales avec la commande du mobilier du château de la Ménagerie pour la duchesse de Bourgogne. En 1707, le prince de Condé lui passe également commande et en 1708, c'est au tour de Jules Hardouin-Mansart, duquel Boulle était proche, de lui obtenir la commande de deux commodes pour le Trianon de Versailles[8].

Il développa et diffusa en France une technique, utilisée plus tard en Italie et en Hollande, consistant à décorer les meubles avec un placage en marqueterie constitué de différents matériaux : bois de rapport, métal (étain, laiton) et écaille de tortue, découpés selon un dessin très précis et collés sur le bâti du meuble à la façon d'un puzzle. C'est la fameuse marqueterie Boulle qui porte aujourd'hui son nom. Il réalisa suivant cette technique, de nombreux meubles ornés de très riches décors de bronzes dorés : armoires et bas d'armoires, bureaux plats, commodes, consoles, gaines, cabinets, boîtiers de pendules, miroirs...

Boulle collectionneur[modifier | modifier le code]

Collectionneur d'Art passionné et déraisonnable, il sera plusieurs fois proche de la ruine financière et devra son salut à une intervention du roi soleil Louis XIV dont il est alors « premier ébéniste ». Pour l'anecdote, la collection d'art de Boulle, composée d'œuvres très diverses, connue en son temps comme une des plus belles et des plus complètes (Rubens, Antoine Van Dyck, Pierre Mignard, Frans Snyders, Sébastien Bourdon, Charles Le Brun et bien d'autres), estimée alors à 370 770 livres, disparut presque entièrement dans un incendie sans doute criminel qui se déclara dans son logement au Louvre le 30 août 1720 à trois heures du matin.

Descendance[modifier | modifier le code]

Quatre de ses fils poursuivirent son œuvre :

Les marqueteries dans le genre de Boulle eurent également du succès sous le règne de Louis XVI et sous celui de Napoléon III.

Il publia un recueil de Nouveaux dessins de meubles et ouvrages de bronze et de marqueterie.

Une des plus célèbres écoles d'Arts Appliqués de Paris porte son nom : il s'agit de l'école Boulle.

Estampille[modifier | modifier le code]

À l'époque de Boulle, l'obligation d'estampiller n'était pas totalement entrée dans les mœurs. Il faut attendre 1743 pour sa généralisation. Il n'existe pas de marque, d'estampille, de Boulle ou de ses fils. Une telle marque, apposée au plus tôt au XIXe siècle; figurant sur un objet désigne généralement un faux.

Cote[modifier | modifier le code]

Prix les plus récents :

Un bureau plat (vers 1710) attribué à André-Charles Boulle, issu de la collection Wildenstein, a été vendu par Christie's London les 14-15 décembre 2005 pour la somme de 2 920 000 £ soit 4 321 000 €. Ainsi qu'une paire de coquilliers en amarante dans la manière de Boulle (1 221 888 €), deux tables-consoles attribuées de façon certaine à l'artiste (1 636 288 €), un bureau attribué à un des fils Boulle avec une pendule signée « J. Henry Enderlin à Paris » (940 096 €). Tous ces meubles étaient issus de la même collection.

Archives[modifier | modifier le code]

  • The Boulle Archives, Centre de Recherches Historiques, 92, rue La Fayette, 75009 Paris

Musées[modifier | modifier le code]

Détail du bureau plat conservé au château de Chantilly
Bureau en ébène par André-Charles Boulle (château de Vaux-le-Vicomte)
  • Château de Chantilly : une table en marqueterie métallique de 1710 due à André Charles Boulle, composée de laiton, d'écaille de tortue de mer et de feuilles d'or. Le bureau fourni au duc de Bourbon en 1720 (2012).
  • Château de Vaux-le-Vicomte : commodes « Mazarine » et bureau en ébène
  • Château de Versailles : grand appartement du Roi, Salon de l'Abondance :
    • « Les deux commodes de la chambre de Louis XIV au Grand Trianon » (1708-1709) Bâti de chêne, placage d'écailles de tortue avec incrustations de laiton, bronze doré.

Quatre grandes collections de mobilier par ou attribué à André Charles Boulle :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Le groupe Faton a publié un numéro de sa revue Dossier de l'Art, no 124, novembre 2005 sur l'œuvre de Boulle. On y trouve notamment une biographie extensive incluant les dernières données de la critique moderne « André-Charles Boulle (1642-1732), Chronologie nouvelle de sa vie et de son œuvre » par J. N. Ronfort, qui y a également écrit « Les commandes pour le Grand Dauphin et la duchesse de Bourgogne au château de Versailles ».

Le Catalogue raisonné de l’artiste est en cours de publication par le même auteur.

Une exposition internationale « André-Charles Boulle (1642-1732), et l'Art de son Temps, un nouveau Style pour l'Europe » s'est tenue au Museum für Angewandte Kunst à Francfort jusqu'au 31 janvier 2010. Ayant pour commissaire général Jean Nérée Ronfort, assisté de Jean-Dominique Augarde et d'Ulrich Schneider, elle est encensée par la critique, du Financial Times au La Libre Belgique qui a titré "Versailles sur le Main", en passant par la Frankgurter Allgemeine ou Radio France International. Vingt-neuf musées y participent dont Versailles, le Victoria & Albert de Londres et l'Ermitage de Saint-Petersbourg. La scénographie de Juan Pablo Molyneux met en valeur les œuvres exposées d'une façon extraordinaire.

Le catalogue publié par Somogy est disponible en versions française, allemande et enfin, mise à jour, en anglais (2011).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Nérée Ronfort, André-Charles Boulle : Un nouveau style pour l'Europe, Paris, Somogy Edition d'Art,‎ 2009, 475 p. (ISBN 978-2-7572-0314-9), p. 39
  2. Jean Nérée Ronfort, André-Charles Boulle : Un nouveau style pour l'Europe, Paris, Somogy Edition d'Art,‎ 2009, 475 p. (ISBN 978-2-7572-0314-9), p. 40
  3. a et b Jean Nérée Ronfort, André-Charles Boulle : Un nouveau style pour l'Europe, Paris, Somogy Edition d'Art,‎ 2009, 475 p. (ISBN 978-2-7572-0314-9), p. 41
  4. a et b Jean Nérée Ronfort, André-Charles Boulle : Un nouveau style pour l'Europe, Paris, Somogy Edition d'Art,‎ 2009, 475 p. (ISBN 978-2-7572-0314-9), p. 42
  5. a et b Jean Nérée Ronfort, André-Charles Boulle : Un nouveau style pour l'Europe, Paris, Somogy Edition d'Art,‎ 2009, 475 p. (ISBN 978-2-7572-0314-9), p. 45
  6. Jean Nérée Ronfort, André-Charles Boulle : Un nouveau style pour l'Europe, Paris, Somogy Edition d'Art,‎ 2009, 475 p. (ISBN 978-2-7572-0314-9), p. 46
  7. Jean Nérée Ronfort, André-Charles Boulle : Un nouveau style pour l'Europe, Paris, Somogy Edition d'Art,‎ 2009, 475 p. (ISBN 978-2-7572-0314-9), p. 47
  8. Jean Nérée Ronfort, André-Charles Boulle : Un nouveau style pour l'Europe, Paris, Somogy Edition d'Art,‎ 2009, 475 p. (ISBN 978-2-7572-0314-9), p. 49