Andamanais

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Carte de localisation des îles Andaman-et-Nicobar.

Les Andamanais, ou Mincopies[1], sont les habitants autochtones des îles Andaman. La plupart des autres habitants (aujourd'hui très majoritaires) sont des Bengalis hindouistes venus du Bengale oriental lorsque celui-ci est devenu le Pakistan oriental (aujourd'hui le Bangladesh). Les îles Andaman sont un territoire de l'Union indienne situé à 800 km environ au sud-est de l'Inde dans le golfe du Bengale, au large des côtes birmanes.

Peuplement originel.
Deux Andamanais en 1875
Femmes Grand Andamanaises - XIXe siècle.
Les îles Andaman et les habitats des Andamanais autochtones en 2013

Les cinq groupes ethniques andamanais[modifier | modifier le code]

On distingue cinq groupes ethniques parmi les Andamanais. Ces groupes, parmi les plus petits en nombre sur la planète, ont disparu ou sont menacés de disparition :

Les Grands Andamanais[modifier | modifier le code]

Les Grands Andamanais, au nombre de 5 000 à l’arrivée des Britanniques il y a 150 ans, n’étaient plus que 41 en 2008. On les considère donc comme le plus petit peuple au monde en termes de population. Leur population a cependant recommencé à croître.

Leur langue était l’aka-bo, considéré comme éteint depuis février 2010, avec la disparition de la dernière locutrice. Ils s’expriment désormais en bengali[2].

Au XIXe siècle et dans le premier tiers du XXe siècle, des centaines de Grands Andamanais furent tués en défendant leur territoire contre les colons britanniques, qui changèrent ensuite de politique, établissant une réserve andamanaise où les autochtones faits prisonniers étaient détenus. Maladies et mauvais traitements y régnaient et des 150 enfants nés dans ce « refuge », aucun ne survécut plus de deux ans.

En 1970, les autorités indiennes transférèrent la vingtaine de survivants sur l’îlot de Strait Island où ils dépendent depuis entièrement du gouvernement pour leur nourriture, leur habillement et leur habitat. L’abus d’alcool, souvent fourni par les fonctionnaires, se répand parmi les derniers Grand-Andamanais.

Les Jangil[modifier | modifier le code]

Les Jangil ont totalement disparu. Cela ne signifie pas forcément qu’ils sont tous morts sans descendance, massacrés ou atteints par des épidémies, mais qu’ils ont disparu en tant qu’ethnie, acculturés et métissés.

Les Jarawa[modifier | modifier le code]

Les Jarawa sont, eux aussi, restés volontairement isolés des colons qui se sont installés sur leurs îles au cours des 150 dernières années, faisant preuve d’une hostilité constante envers les envahisseurs qui empiétaient sur leurs terres et chassaient leur gibier. Leur nombre est passé de 8 000 avant la colonisation britannique à moins de 300 aujourd'hui. C'étaient des chasseurs-cueilleurs, chassant les porcs sauvages et les varans, pêchant à l’arc et à la flèche, récoltant des graines, des baies et du miel. Ils étaient nomades, vivant en groupes de 40 à 50 personnes. Jusqu’en 1988, ils ont refusé tout contact avec le monde extérieur. Certains ont accepté de se laisser filmer dans les années 1990 alors qu’ils menaient encore leur vie traditionnelle : ces documentaires représentent un témoignage unique sur un mode d’existence disparu[3]. Suite à une pétition lancée par « Survival International », l’État indien a dû abandonner un projet de transfert de cette population[4].

En 2013, le sort des derniers 240 Jarawa est en danger, une route en cours d’élargissement traversant leur territoire et contribuant à leur acculturation (le gibier diminuant à cause des braconniers et de l’extension des cultures, les Jarawa en viennent à mendier le long de cette route où les tours-opérateurs véhiculent les touristes). Une campagne internationale orchestrée par « Icra International »[5] est en cours pour faire pression sur le gouvernement indien afin qu'il assure la protection des Jarawa et de leur territoire.

En juin 2007, « Survival International », sur son site internet, rappelait que selon les autorités des îles Andaman, les visites touristiques organisées chez les Jarawa enfreignent une décision de la Cour suprême indienne protégeant les tribus les plus vulnérables[6]. « Cet avertissement vise les hôteliers, les tour-opérateurs, les chauffeurs de taxis et tous ceux qui organisent de telles rencontres en dépit de l’interdiction formelle des autorités locales ».

Les Onge[modifier | modifier le code]

Les Onge ont également été décimés à la suite du contact avec les Britanniques et les Indiens. De 670 en 1900, la population Onge est tombée à moins de cent individus depuis 2010. Le gouvernement indien a tenté en vain de forcer les Onge à travailler dans une plantation sur leur île de Little Andaman.

À l’instar des Grands Andamanais, les Onge sont dépendants de l’aide gouvernementale. Des colons indiens se sont maintenant établis sur Little Andaman et une grande partie de l’île a été déboisée. La chasse aux porcs était une activité importante dans la vie des Onge, un homme ne pouvant se marier qu’après en avoir tué un. Les Onge se plaignent aujourd’hui des colons qui chassent tous leurs cochons, entraînant une baisse de leur taux de natalité déjà très bas. « Survival » mène campagne pour que le territoire des Onge soit protégé des personnes venant de l’extérieur.

Les Sentinelles[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sentinelles (peuple).

Les Sentinelles seraient entre 50 et 200 individus. Ils vivent sur la petite île de North Sentinel, d’une superficie de 72 km², et s’attaquent à ceux s’en approchant. Les informations les concernant sont donc très fragmentaires. Ils sont les seuls à avoir réussi à se préserver des nuisances extérieures et à être économiquement indépendants, continuant à pêcher, chasser et exploiter les ressources végétales de leur île. Ils n’ont aucun contact amical avec le monde extérieur, et sont considérés comme le peuple le plus isolé du monde. Ils vivent dans de longues huttes communautaires comportant plusieurs foyers et, tout comme les Onge, ils naviguent sur la mer autour de leur île à l’aide de canoës à balanciers.

Le gouvernement indien a vainement tenté, à plusieurs reprises, d’entrer en contact amical avec eux. Selon « Survival », contacter les Sentinelles aurait très certainement des conséquences désastreuses, leur isolement les rendant très vulnérables aux maladies contre lesquelles ils n’ont aucune immunité. Alors que les eaux côtières de la réserve des Jarawa sont abondamment exploitées par les braconniers, les pêcheurs clandestins se tournent désormais vers les eaux entourant l’île de North Sentinel... au risque de recevoir une flèche.

Connaissances techniques[modifier | modifier le code]

Le LAROUSSE Collection Histoire Naturelle Illustrée- L'HOMME - 1931, dont la qualité scientifique est sans doute à mettre en question, mentionne :

  • Arc : « Leur arc, beaucoup plus grand que les chasseurs, a une forme toute particulière. Les moitiés latérales sont aplaties, larges au milieu, rétrécies aux extrémités qui, lorsque l'arc est détendu, sont courbées en sens contraire; l'arme a alors la forme d'un S très allongé. »
  • Métallurgie : « Il est vrai que, depuis longtemps, les Andamanais utilisaient, pour faire les pointes de leurs flèches, le fer} qu'ils retiraient des embarcations qui venaient se perdre sur leurs côtes et qu'ils martelaient à froid au moyen d'une pierre. Actuellement, ils s'en procurent facilement par voie d'échanges avec les Anglais. »
  • Feu : « Ils ne mangent jamais crue la chair du gibier ou du poisson; ils la cuisent dans des vases en terre, qui, simplement séchés au soleil, vont cependant au feu, et, chose curieuse, ils ignoraient totalement le moyen de se procurer du feu avant l'arrivée des Anglais; aussi conservaient-il toujours avec grand soin quelques tisons allumés. »

Considérations anthropologiques[modifier | modifier le code]

Certains anthropologues ont pensé que ces peuples pouvaient descendre des premiers humains ayant quitté l’Afrique. Mais la génétique semble contredire cette idée.

On inclut les habitants des Andaman dans un ensemble appelé Négritos, qui désigne les populations d’Asie du Sud-Est insulaire et péninsulaire présentes bien avant l’arrivée de leurs voisins, peuples de langues austronésiennes et de langues môn-khmer dont elles se distinguent. Certains anthropologues comptent les Négritos parmi les populations dites "veddoïdes".

Sur le plan du phénotype, les habitants des Andaman ont la petite taille, les cheveux crépus et la peau foncée des populations dites négritos d’Asie du Sud-Est et de Nouvelle-Guinée. Toutefois, d’anciens crânes d'Andamanais non métissés présentent de nombreuses affinités morphologiques avec ceux des populations dites "caucasoïdes".

En outre, de récentes études phylogénétiques du chromosome Y humain d’Andamanais non métissés montrent qu’il dérive du même ancien YAP+, haplogroupe D qui a produit le chromosome Y de quelque 90 % des Aïnous du Japon et quelque 50 % des Tibétains.

Dans le cas particulier des populations andamanaises, « des études récentes de l’ADN mitochondrial [...] donnent à penser que les Andamanais sont plus étroitement liés à d’autres [anciennes populations] Asiatiques qu’aux Africains modernes[7] ». Ce qui s’expliquerait si les populations qui ont quitté l’Afrique pour l’Asie et l’Océanie il y a 50 à 70 000 ans avaient un phénotype "africain", perdu par mutation chez les populations asiatiques modernes. Les ressemblances physiques entre Négritos et Mélanésiens, ou entre Négritos et Africains, renvoient à des caractères ancestraux conservés (plésiomorphie), comme la couleur de la peau, qui n’expriment pas d’apparentement récent. Les caractères génétiques dérivés (apomorphie) dans l’ADN maternel des Andamanais montrent qu’ils descendent, comme les Asiatiques, d’une ancienne vague venue d'Afrique. Quelles que soient leurs ressemblances avec les Africains, les Papous ou les Mélanésiens, sur le plan génétique les Andamanais sont plus proches de leurs voisins asiatiques que des africains modernes.

Langues[modifier | modifier le code]

Article détaillé : langues des Andaman.

Les différentes langues parlées par les Andamanais autochtones sont regroupées par les linguistes en une seule famille divisée en deux groupes : grand-andamanais et andamanais méridional, avec par ailleurs une langue encore mal connue, le Sentinelle.

Alors que les autres groupes négritos d’Asie parlent des langues étroitement apparentées à celles de leurs voisins non-négritos, les langues des Andaman ne présentent aucune similitude avec les langues des îles Nicobar voisines, qui sont môn-khmer. Cela a amené certains linguistes à penser que les langues des Andaman pourraient être les dernières représentantes des langues parlées à l’origine par les Négritos d’Asie du Sud-Est avant que des groupes du néolithique ne s’installent sur leurs territoires, aboutissant à leur dispersion actuelle.

Tsunami de 2004[modifier | modifier le code]

Selon le gouverneur du territoire (les îles Andaman-et-Nicobar dépendent directement du gouvernement de l’Union Indienne) les Andamanais ne semblent pas avoir éprouvé de pertes humaines lors du tsunami de décembre 2004. Suivant les oiseaux, ils se sont réfugiés vers les hauteurs de leurs îles avant l’arrivée de la vague. De plus, le peu de constructions en dur, de véhicules et d’animaux domestiques sur leurs territoires, et l’absence de touristes, leur a épargné d’être confrontés à l’accumulation de ruines, à la pollution et aux cadavres vecteurs de maladies. Mais cette affirmation est à prendre au conditionnel car en 2004 seule une partie des Andamanais (surtout les Sentinelles) menait encore le mode de vie traditionnel, basé sur l’observation attentive et constante de l’environnement.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « On désigne habituellement les insulaires des îles Andaman sous le nom de Mincopies, qu'on a cru être celui qu'ils se donnent eux-mêmes, mais le mot n'existe pas dans leur langue, d'après Man, qui a appris leurs différents dialectes ». L'Homme, Larousse, page 53
  2. Courrier international « Une tribu des îles Andaman disparaît »
  3. Voir Patrick Bernard, Jarawa : la rencontre interdite, 52 min, 2003
  4. Situation des Jarawa sur le site de survivalfrance.
  5. Sauvons les Jarawa des Iles Andaman: Article tiré du site d'ICRA International.
  6. Une vidéo de «zoo humain» fait scandale en Inde dans Le Figaro du 11 janvier 2012.
  7. « Molecular Relatedness of The Aboriginal Groups of Andaman and Nicobar Islands with Similar Ethnic Populations », International journal of human genetics, mars 2003, volume 3, par V. K. Kashyap, T. Sitalaximi, B. N. Sarkar et R. Trivedi.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • LAROUSSE Collection Histoire Naturelle Illustrée- L'HOMME - 1931, pp. 53-55, section b) Négritos des îles Andaman : Andamanais ou Mincopies.
  • Album Photos de Olivier Blaise "The Last Jarawa" ( Les derniers Jarawa) sur [1] et [2]

Articles connexes[modifier | modifier le code]